
Ça y est, Avengers Versus X-Men est terminé et une nouvelle page se tourne dans l’histoire de la Maison des Idées. Le dernier statu quo en date se nomme Marvel Now et a été symboliquement lancé avec Uncanny Avengers, en attendant des nouveaux numéros 1 pour Avengers,Captain America, Thor, Iron Man ou encore les Fantastic Four (et Spider-Man, et Wolverine et sûrement Uncanny X-Men, oui bon ils ont vu ce qui s’était fait chez DC).
Mais le vrai évènement ce n’est pas ça. Soyons justes, des changements de paradigme on en a vu un paquet ces dernières années, avec à chaque fois un joli bandeau pour bien nous montrer que rien ne serait jamais plus comme avant (pêle-mêle citons The Initiative, Dark Reign ou Heroic Age…) Non, là où ça change vraiment avec Marvel Now, c’est du côté des auteurs. Les Architects pour être plus précis : Brian Michael Bendis, Ed Brubaker, Matt Fraction, Jonathan Hickman et Jason Aaron. Ces cinq scénaristes qui ont façonné l’univers Marvel depuis des années.
C’est en effet à un véritable jeu de chaises musicales que ceux-ci vont se livrer dans les prochaines semaines, entre les départs et les changements de série. Et vu que la plupart de ces auteurs officient sur leurs titres respectifs depuis des années, ce n’est pas un euphémisme d’affirmer qu’ils les ont marqués de leur empreinte.
A tout seigneur tout honneur, commençons par le premier des Architects : Brian Michael Bendis. Premier chronologiquement, mais surtout par son importance. C’est lui qui a offert à Marvel son plus beau succès critique et commercial de ces douze dernières années avecUltimate Spider-Man. Il a réussi à ce que le nom de Frank Miller ne soit plus le seul auquel on pense dès qu’il est question de Daredevil. Il a créé un titre culte par excellence avec Alias. Il a rendu Spider Woman cool. Il a voulu inventer le futur des comics avec le motion comic. Il s’est planté lamentablement avec Moon Knight. Et c’est lui qui a écrit le plus des mega events de ces dernières années (House of M, Secret Invasion, Siege). Bref, son nom est presque synonyme de Marvel depuis près de 12 ans.
Mais à l’heure du bilan, c’est vers la franchise qu’il quitte que nos regards vont se tourner : lesVengeurs.
La patte Bendis en matière d’écriture est assez facile à identifier. Elle peut se résumer en trois atouts et une faiblesse. Les premiers ce sont des dialogues très présents et ciselés à la perfection, des intrigues character driven (où ce sont les personnages et leur motivations/caractères qui sont le moteur), et un penchant pour les histoires de complots avec de multiples tiroirs et des silhouettes dans l’ombre. La faiblesse c’est une tendance à terminer certaines histoires avec l’arrivée d’un personnage surpuissant qui résout tout en un coup façon deus ex machina.
On a retrouvé tous ces éléments au fil des huit années passées par le scénariste sur ses divers titresAvengers. Mais ce que Brian Bendis a surtout accompli, c’est de redéfinir ce qu’est un comic Avengers. Il l’a fait dès son premier numéro de New Avengers, juste après avoir détruit l’équipe dans l’arc « Disassembled » (où on voyait déjà des silhouettes comploter dans l’ombre). Son acte fondateur fut d’ajouter à l’équipe des personnages qu’on aurait jamais cru y voir : l’éternel solitaire Spider-Man, l’omniprésent X-Man Wolverine et Luke Cage. Oui, Luke Cage, personnage de seconde zone parodie de la blacksploitation pour le grand public, à qui Azzarello puis Bendis avaient commencé à donner ses lettres de noblesse dans la mini-série Marvel Max Cage (Azzarello/Corben) et Alias. Et un personnage typiquement urbain, bien loin des intrigues cosmiques auxquelles les Vengeurs sont habitués.
Cette « politique de recrutement » pour le moins surprenante a été une constante tout au long des années Bendis, et à la fin on ne s’étonnait plus de voir Daredevil, Iron Fist ou Docteur Strange recevoir leur carte de membre. Mais si ces nouveaux membres se sont si bien intégrés, c’est sûrement parce que Bendis n’a pas non plus écrit lesdites histoires cosmiques typiques de Vengeurs, du moins au début. En effet dans les premiers arcs de New Avengers point de menaces galactiques ou de combat épique pour nos héros. Plutôt la formation de l’équipe (les fameuses histoires character driven), et du mystère (le complot au sein duSHIELD en terre sauvage, dont on n’aura le fin mot qu’avec Secret Invasion).
Niveau vilains, c’est la même chose. Bendis se spécialise dans la récupération de personnages qui n’ont rien à voir avec les Vengeurs et leur univers. Ses deux plus grandes réussites en la matière seront The Hood (repris de la mini série Max de Brian Vaughan et Kyle Hotz) et Norman Osborn. Du premier il fait le caïd des supers vilains (en reprenant au passage une kyrielle d’obscurs seconds couteaux genre Griffin). Du second, jusque là un ennemi de Spider-Man, reconverti en directeur desThunderbolts par Mark Milar puis Warren Ellis, il fait le leader de sa propre équipe de Dark Avengers. Bref là encore des personnages inattendus pour des histoires qui le sont tout autant (les confrontations entre Avengers, Dark Avengers et la bande de The Hood n’étaient souvent que la partie émergée de l’iceberg, la vraie intrigue se situant dans les luttes de pouvoir au sein des groupes, que ce soit pour Osborn ou The Hood, avec la « cabale »).
Mais Brian Bendis sait aussi faire du grand spectacle, et a vite compris que ça serait indispensable sur une franchise telle qu’Avengers. C’est ainsi qu’est né Mighty Avengers, post-Civil War, qui devait fournir un pendant 100% adrénaline aux intrigues plus subtiles de New Avengers. Une dichotomie qu’on retrouvera post-Siege avec Avengers d’un côté et un nouveau volume de New Avengers. Avengers Assemble, tentative aussi éhontée commercialement qu’efficace artistiquement de capitaliser sur le succès du film Avengers, s’inscrit dans cette même lignée de pop-corn comics.
Des histoires plus classiques, avec quand même toujours la touche Bendis, que ce soit en terme de technique d’écriture (sa tentative de réhabilitation du « ballon de pensée » au début de Mighty Avengers, ses tie-ins à Fear Itself en forme d’interviews) ou d’intrigues (la Venom Bomb de Doom, les gemmes de l’infinité cachées par les Illuminati). C’est d’ailleurs à ces occasions qu’on aura quelques beaux cas de « Bendis ending-itis » comme disait le défunt magazine Wizard (récemment voyez le final de son premier arc d’Avengers : Red Hulk choppe une gemme et tabasse The Hood très fort. Fin.).

Mais ce qui fut peut être le plus grand apport de Brian Bendis aux Avengers, ça a été d’en refaire les cadors de l’univers Marvel, ses personnages les plus centraux. Dans les trois events qu’il a scénarisés (House Of M, Secret Invasion, Siege), ce sont eux qui avaient la vedette (en duo avec les X-Men pour House Of M). Ils (re)devenaient le visage de la Maison des Idées quand il était question d’organiser un méga-crossover. D’autres auteurs ont d’ailleurs fait de même (Mark Millar pour Civil War, Matt Fraction pour Fear Itself), mais Bendis fut le premier de l’ère actuelle de Marvel. Et surtout les grands changements de paradigme post-events étaient liés à la situation des Avengers (sauf après House Of M), que l’event en question soit de Bendis (Dark Reign après Secret Invasion, Heroic Age après Siege) ou pas (The Initiative après Civil War).
Mais tout a une fin, et en novembre Brian Bendis aura quitté les Vengeurs pour s’occuper des mutants avecAll New X-Men. Et la NYCC vient de nous apprendre qu’il écrira aussi une nouvelle série Guardians Of The Galaxy.
Gageons que vu le pitch (les cinq premiers X-Men voyagent à notre époque et rencontrent l’équipe actuelle, y compris leur moi futur), X-Men sera une série très character driven, l’intérêt se situant a priori dans la rencontre entre ces personnages de deux époques. D’ailleurs vous noterez qu’on n’a pas encore parlé d’un éventuel vilain.
Guardians Of The Galaxy devrait plutôt être du pop-corn comic. On peut déjà s’en douter en voyant la façon dont l’équipe est écrite dans les pages d’Avengers Assemble actuellement plutôt pas mal, même si on ne retrouve pas le charme du duo Abnett-Lanning). Mais surtout on devine aisément que la série est là pour préparer le public au futur film sur ces personnages.
Et bien sûr, a priori pas question pour Bendis de lâcher Ultimate Spider-Man, et son héros Miles Morales qui semble décidément l’inspirer.

31 Octobre 2012
darkphenTrès beau dossier, bravo et merci de nous permettre de suivre le jeu des chaises musicales chez marvel et de faire un bilan sur ces 'architectes'
25 Octobre 2012
MartiLa fille dont tu parles est la nouvelle She-Thing/Miss Chose, un nouveau personnage qui enfile une armure que portait Ben Grimm à l'époque où il n'avait plus de pouvoirs.
24 Octobre 2012
gambitlebauPas mal le look de la nouvelle version des quatre fantastiques , en fait 8 si on compte la nouvelle équipe , je n'ai pas encore lu AVX mais j'ai hâte de voir les changement dans Marvel Now , par contre ,je sais pas si c'est une métamorphe , je la connais pas mais la fille avec la tête normal et le corps de la Chose ,je trouve cela vraiment raté . Sinon m^me si j'en suis à la moitié sympa le dossier sur les auteurs
24 Octobre 2012
KryshkBravo pour le dossier ... même si je ne suis pas d'accord sur l'ensemble des points de vue, c'est une excellent idée et un très beau travail. Hormis le cas Matt Fraction, dont je ne suis définitivement pas fan (hormis la travail sur Thor peut être), je suis globalement d'accord. J'adore Bendis, même si on s'accorde souvent à le dire il est plus efficace sur ses titres creator-owned que sur le mainstream, en tout cas ce mec aime les comics et ses personnages. En revanche son gros problème c'est le nombre de titres qu'il doit gérer, au final il a tendance à se perdre, à pas finir certains arcs. Je suis le premier à demander plus de liberté pour les scénariste ... lui aurait besoin d'être un peu cadré de temps en temps. Quand je regarde le marvel Now, j'aurais donné les X-Men à Hickmann, plus qu'à Bendis. Ils ne font pas partie des architects, mais j'ai adoré le travail de Remember sur "Uncanny X-Force" et celui de Gillen sur "Journey Into Mystery", j'espére que ces deux garcons vont confirmer leur bon boulot.
21 Octobre 2012
MartiEt avec des compliments sur Matt Fraction dedans en plus, comme quoi rien n'est impossible. ;-p
21 Octobre 2012
Benji_du91Ce dossier était GENIAL! Un des meilleurs que j'ai lu sur comicsblog! Merci Jeff, merci!
21 Octobre 2012
QLoTésuper dossier :)
21 Octobre 2012
MartiMerci pour ce dossier très bon et très instructif.
21 Octobre 2012
The RenegatorTres bon dossier, felicitations, comme d'habitude, beau boulot!!
21 Octobre 2012
DarkseidUn très bon dossier, même si je suis pas tout à fait d'accord avec ton avis sur Punisher Max de Aaron, pour moi une excellente série et un des meilleurs boulot de l'auteur. Mais bon, tu réussis presque à convaincre ton lecteur que Fraction est un bon scénariste et ça c'est très très fort.