Review

Batman #15, la review

Dc Comics   15
Le 14 Dec par
Cynok
Batman #15, la review
Notre note
• La joie, peut être erronée, d'enfin comprendre où Scott Snyder veut aller
• Un Joker différent, plus fin
• Les pistes semées comme des miettes de pain
• Le plaisir non immédiat
• Une écriture qui va diviser
    

Attention avant de commencer, cette review risque de contenir quelques spoilers, pas sur le numéro en lui même mais sur l’arc narratif en général.


Il arrive toujours un moment dans une relation intime où les reproches commencent à se faire entendre, à se faire sentir. Si au début tout est rose et l’on passe le plus clair de son temps main dans la main, ce contact charnel révèle quoi qu’il arrive une pointe de critique quand arrive les jours plus las. Les oreilles de Batman ont commencé à siffler sous son masque; faute à une perte d’amour pour son scénariste du moment, Scott Snyder, qui a pourtant reçu tant de fleurs depuis la célébration de son ménage à trois avec la chauve-souris et Greg Capullo. Le divorce n’est tout de même pas annoncé, pour tout vous dire il va être très compliqué de donner un réel avis sur Batman #15. Même si le numéro est très bon et qu’il aguiche une suite que l’on se sent obligé de suivre, beaucoup de défauts ressortent. Des tics agaçants, pourtant involontaires, qui poussent à modérer son amour ou à le penser trop longuement. Ce Batman nous sourit, vous caresse le bras en posant ses lèvres sur votre joue mais ne finira pas dans vos bras, du moins pas tout de suite.


"Look into his eyes and tell yourself he’s just a man"

Scott Snyder avait un rêve, celui d’écrire sa propre histoire du Joker. Il faut dire que le personnage inspire par ses méthodes, sa psyché, sa verve et sa constante implication dans les pires et meilleurs moments de son Batounet. Après son arc magistral en tout point sur la Cour des Hiboux, le scénariste hérite de son souhait, du moins ce qu’il en reste. Le visage séparé du reste de sa tête, le Joker revient à Gotham rafistolé de bouts de ficelles. Snyder entame alors une guerre psychologique avec la police municipale et toute la famille du chevalier noir. Cette dernière, particulièrement visée, a un avenir sombre; la série sous-intitulée Death of the Family présage pertes et fracas sur un, plusieurs ou tous les membres connaissant le secret de Bruce Wayne. Le quatorzième numéro finissait sur une révélation que beaucoup attendaient et espéraient en murmures, le Joker dévoile connaitre l’identité secrète de son jouet et de tous ses petits amis. Une menace planante, qui a toujours causé plus d'inquiétude pour Bruce Wayne que d’affronter son pire ennemi. Sous ces airs d’histoire aux tremblements, Snyder prend son temps, décortique sa pistache sans vouloir enlever la peau mais au final ne nous donne rien. Le scénariste est talentueux, c’est un fait, il suffit de lire les premières lignes et sa tirade sur le regard, pour comprendre qu’il maîtrise les mots et l’ambiance comme personne. Il se mue en ambianceur et plus un conteur comme il l’a prouvé précédemment. Alors oui le Joker est de retour, plus flippant que jamais, preuve en est la scène dans le commissariat quelques numéros auparavant. Oui le Joker semble connaître les identités secrètes de chacun, et après... pas grand chose. Plus qu’une histoire sur le Joker, c’est un hommage qui lui est rendu mais ce n’est peut être pas ce que l’on attendait. Pour le moment Snyder semble passer à côté du potentiel énorme que lui donne cette dissociation entre le visage étiré et malmené du Joker pour juste jouer sur un mauvais placement dû à un coup du nez et des yeux. L’auteur veut nous faire déballer, morceau de scotch par morceau de scotch, notre cadeau de Noël, mais il faut qu’il comprenne qu’il est dur d’attendre cet instant quand quelques mois auparavant il nous avait offert un poney sorti de nul part. Essai raté? Trop de pression? Non, assurément pas, mais l’on sent, et ce n’est pas qu’inhérent à Batman , que Snyder perd le rythme ces derniers temps.
Je me passerai de parler des dessins de Capullo avec lesquels j’ai toujours beaucoup de mal, mais sachez qu'il est meilleur qu'à l'accoutumée, fort de quelques fulgurances vraiment impressionnantes. 

"He’s Chaos Bruce, What else?"

Cette seconde partie de la review, n’en est plus vraiment une, de review. C’est avant tout un ressenti personnel qui, je le pense, pourrait expliquer cette apparente petite baisse de forme de Snyder avec Batman.

Le Joker est un piège terrible pour un auteur. Snyder a pris l’angle de la tumeur s’implantant dans le cerveau de Batman (couverture du #15). Très certainement le plus intéressant de tous les vilains jamais crée, il est pourtant l’un des plus simples à écrire. J’en veux pour preuve le Joker de Christopher Nolan dans The Dark Knight. Implacable tortionnaire il agit pour nuire et seulement pour cela. Le rôle du Joker est la base du personnage de la terreur et du chaos au cinéma. On ne connaitra ni son nom, ni son origine et n’est là que pour mettre à mal les idées du héros mais jamais son intégrité physique. L’omniprésence dans les esprits de ce dernier reposant à mon sens que par la prestation exceptionnelle de son acteur et beaucoup moins de ses lignes de texte.
Le Joker n’est qu’un gringalet qui physiquement ne peut rivaliser avec Batman. S’il est si fort c’est parce qu’il est une coquille vide et sans attache que seul la haine et le chaos peuvent remplir, agissant dans la lumière comme un clown qu’il est. Le Joker de Snyder aime l’obscurité, les actions soufflées et non dites, et range le grand spectacle. Portant son visage comme un masque, le Joker se cache et ne s'expose plus comme il le faisait.
Snyder a poussé le vice jusqu’à implanter cette tumeur dans le cerveau du lecteur, le poussant à se triturer les méninges et à réécrire trois fois une review. Le numéro demande du recul, beaucoup de recul, trop d’analyses, de simagrées  pour pouvoir être apprécié immédiatement. Paradoxe incroyable de la littérature, cette sensation de mauvaise lecture sur l’instant pour retourner sa veste trois jours plus tard. Il est dommage mais compréhensible de s’arrêter à la première étape, c’est ce qui trahit Snyder ces temps-ci, une explication d’idées difficiles à cerner et peut être encore ici, mal interprétées. Triste retour de bâton, va-t-on crier au génie machiavélique qui planifie ses sorties ou juste au manque flagrant d’inspiration tant ce numéro en particulier est creux?

Batman #15 est comme cette fille qui nous sourit, vous caresse le bras en posant ses lèvres sur votre joue. Elle ronge votre inconscient de l'intérieur et y fait des misères. Vous voulez l'aimer mais lorsque la tache se complique, vous la détestez. Puis le temps passera et vous retournerez vers ses lèvres tendres, même si vous savez pertinemment que rien n'avancera, que la situation s'embourbera de plus belle. Vous y retournerez parce que son sourire vous est nécessaire. Batman a besoin de ce Joker qui le fixe et lui sourit sans rien lui dire mais ce Joker est différent : sans masque, sans visage. Scott Snyder perd son héros et par la même son lecteur, quitte à essuyer ses foudres.

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