
Grosse annonce pour les fans de curiosités et de créations anormales. Les premières annonces relatives aux présentations de la New York Comic Con sont actuellement en train de tomber, et dans cette liste (encore assez courte, dieu soit loué), les éditions Oni Press ont choisi de matérialiser la prochaine renaissance du Stardust the Super Wizard de Fletcher Hanks pour une nouvelle maxi-série en douze numéros. Grandiose. Pile en face de la résurrection de Miracleman dans le canon des comics Marvel, le signal aurait presque quelque chose d'ironique du point de vue du marché indépendant. Aux commandes de cette relance tardive, Dave Baker (Halloween Boy) et Malachi Ward (Black Hammer : The End) comptent bien fouiller toutes les aspérités les plus improbables du héros maudit de Fletcher Hanks, icône involontaire de la contre-culture dans le paysage des comics du Golden Age.
Un peu d'histoire : au moment du premier boum des super-héros, dans la foulée de la naissance de Superman et de l'explosion des périodiques consacrés aux justiciers de toutes sortes, le milieu de l'édition de la fin des années trente s'était alors engagé dans une sorte de course aux armements. Le moindre personnage en combinaison moulante capable de tirer des rayons lasers recevait immédiatement le sceau de validation d'une industrie soucieuse de cloner la formule gagnante. Ce mouvement emportera même les grandes enseignes du comic strip, qui investiront dans le nouveau format des anthologies distribuées dans les kiosques pour tenter de récupérer une part du gâteau. Or, c'est précisément dans ce contexte que l'artiste Fletcher Hanks (une figure passablement nébuleuse dont l'existence ne nous est connue qu'au travers des témoignages de son fils, Fletcher Jr.) inventera le personnage de Stardust the Super Wizard dans les pages de la série Fantastic Comics (King Features Syndicate, 1939).
Publiée aux côtés du Samson de Will Eisner, cette création fera date pour l'absurdité nihiliste de sa proposition de base : un héros sans origine, omniscient et qui n'empêchera jamais ses adversaires de nuire qu'au tout dernier moment, dans le cadre d'aventures relativement violentes et portées par un coup de crayon unique, proche du surréalisme ou du cauchemar éveillé. Si Hanks n'occupera qu'une petite partie de cette période des débuts de l'industrie des super-héros (actif entre 1939 et 1941), l'héritage de Stardust the Super Wizard sera fréquemment considéré comme l'une des premières briques fondamentales de la critique des formats mainstream. Volontaire ou involontaire, l'existence de ce personnage inspirera plusieurs courbes fondamentales, qu'il s'agisse des productions undergrounds, des parodies postérieures, ou des théoriciens de la déconstruction du surhomme classique. Dans cette catégorie, nous savons par exemple qu'Alan Moore insistera pour placer Stardust dans sa critique des super-héros au sein de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires. Et accessoirement, l'énigme du lien secret entre le personnage de Fletcher Hanks et son propre Miracleman aura souvent été évoquée par les historiens de l'art séquentiel, même si cette connexion n'a jamais été totalement officielle.
Pour le public moderne, la redécouverte des vieux numéros de Fantastic Comics passera notamment par un superbe projet de réédition piloté par l'éditeur Paul Karasik, dont le premier volume sera publié sous le titre "I Shall Destroy All Civilized Planets" chez Fantagraphics (2007). L'album remportera un prix aux Eisner Awards dans la catégorie des meilleurs recueils d'archives, permettant du même coup aux artistes contemporains de plonger dans l'imaginaire hors normes de Fletcher Hanks, témoignage surprenant de la permissivité des formats aux origines mêmes de premiers temps de l'industrie. Dans la foulée, le personnage de Stardust entrera officiellement dans le domaine public. Ce qui nous transporte vers la New York Comic Con de cette année et la série Citizen Stardust de Dave Baker et Malachi Ward.

Prévue pour fonctionner comme une maxi-série en douze numéros, cette nouvelle exploration du Super Wizard devrait opter pour un angle purement métatextuel, manifestement inspiré par le roman The Fountainhead d'Ayn Rand ou l'extravagance du chantier du Jodorowsky's Dune. Ou peut-être encore du Lost in La Mancha de Keith Fulton. Pour le dire plus simplement, le titre ne devrait pas forcément reprendre la base canonique des comics de Fletcher Hanks, mais plutôt opter pour une sorte de dérivation - avec un personnage qui souhaiterait adapter l'oeuvre du cartooniste, avant de réaliser que celle-ci serait tout bonnement trop ambitieuse ou trop invraisemblable pour tenir dans le canon d'un cinéma normé ou rigide. Avec une exploration de la quête de la célébrité au passage, façon Gueule d'Argile. Le pitch s'annonce prometteur :
"Barclay Flagg était un acteur du Hollywood des années quarante connu pour avoir incarné le personnage de Stardust au cinéma. Mais un jour, un fan tentera d'assassiner le comédien, et cet attentat ruinera sa vie et sa carrière pour de bon. Tout du moins, jusqu'à ce qu'une organisation mystérieuse d'artistes libertaires se présente pour lui proposer de l'aider à réaliser son rêve : adapter l'oeuvre de Fletcher Hanks sans aucune contrainte et sans pression extérieure.
The Institute - un centre dédié aux expériences artistiques qui prône l’innovation et la créativité radicale - décide de sponsoriser Flagg afin de lui permettre de façonner le chef d'oeuvre dont il rêvait en secret depuis si longtemps. Une occasion pour le comédien de rétablir sa réputation, de retrouver son aura d'autrefois et de remettre sa carrière sur les bons rails. Avec la promesse d'un budget illimité et l'assistance d'une équipe d'artistes dévoués qui feront tout pour lui permettre d'accoucher de sa vision, Flagg aura toutes les cartes en main... avant de réaliser que certains rêves sont simplement irréalisables, et que le héros de comics qu'il admire est peut-être trop puissant pour être libéré des caves de son imagination personnelle."
N'en dites pas plus, nous sommes clients. Avec une mise en couleurs de Dave Stewart et quelques premières planches séduisantes de Malachi Ward, la série Citizen : Stardust a été annoncée pour le mois d'avril 2027. Gageons que celle-ci devrait faire parler d'elle dans les travées de la New York Comic Con, au détour des nombreux autres titres prévus pour être annoncés sur place par la maison Oni Press.




