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Industrie des comics et pénurie de papier : vers une augmentation des prix des comics aux US et en France ?

Industrie des comics et pénurie de papier : vers une augmentation des prix des comics aux US et en France ?

NewsIndé

Cela fait maintenant plusieurs mois que les secteurs de l'édition subissent le contrecoup de l'arrêt du circuit de livre au printemps 2020. Conséquence de la reprise du marché, qui s'est même montré très énergique depuis la fin du premier confinement, les matières premières essentielles à la production et l'impression de livres viennent à manquer. Les secteurs des comics, que ce soit aux Etats-Unis comme en France, sont durement touchés. 

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C'est depuis les débuts du mois de septembre que l'actualité autour de la pénurie de papier et de matières premières pour les secteurs du livre se fait de plus en plus entendre. Pour en expliquer les raisons, plusieurs facteurs additionnés sont à prendre en compte, tous à mettre en relation avec l'arrêt brutal des circuits de production en 2020, et une reprise économique ayant entraînée une flambée de la demande en 2021, que les sites producteurs et circuits d'acheminement n'ont pas su gérer. En outre, les phénomènes éditoriaux (telle que la poussée du manga, en France comme aux Etats-Unis) et la forte reprise des marchés de la bande dessinée font que toute l'industrie commence, lentement mais sûrement, à appréhender la situation des prochains mois. 

Le coût des matières premières a très fortement augmenté. On estime que la pâte à papier, composant essentiel s'il en est, a vu son coût de production augmenter de 40 à 50% au cours des neuf derniers mois, selon les propos rapportés par le site spécialisé ActuaLitté. En conséquence, tous les produits dérivés de cette pâte, qu'il s'agisse des différentes sortes de papier utilisés dans les industries des livres, mais aussi des cartons utilisés pour les couvertures, voient également leurs coûts exploser. En outre, avec la crise sanitaire, le e-commerce a vu son activité augmenter fortement, et donc les besoins en cartons pour les emballages suivre des courbes ascendantes, sinon exponentielles. Toujours chez ActuaLitté, on expliquait même que certains imprimeurs reprogrammaient leur machines pour produire ces emballages plutôt que  d'autres types de papiers. 

Les circuits d'acheminement se sont aussi vu complètement déréglés avec la crise sanitaire. Les containers venus de Chine, par exemple, sont devenus hors de prix pour les éditeurs installés en France (avec des augmentations de prix allant de +300 à +400%). Dès lors, seuls les plus grosses structures peuvent encore se permettre de passer leurs commandes, quand la priorité n'est pas simplement réévaluée aux tarifs des clients les plus importants - les structures indépendantes passant après, en toute logique mercantile. Des logiques qui s'appliquent par ailleurs aussi en Europe (Italie, Europe de l'est), puisque certains groupes importants ont rapatrié leurs productions sur le vieux continent face à l'impossibilité de faire venir les produits de plus loin.

En conséquence, en fonction de la capacité des éditeurs à avoir pu anticiper les pénuries, les difficultés à se réapprovisionner, et leur gestion de stocks, de nombreux retards de sortie ont été à déplorer au cours des dernières semaines. A titre d'exemple, le Tortues Ninjas Classiques Tome 3 sorti cette semaine chez HiComics était prévu au mois de septembre, son décalage étant de fait lié à cette pénurie. Dans tous les secteurs, qu'il s'agisse du comics, de la bande dessinée franco belge ou du manga, nombreux sont les éditeurs à communiquer désormais publiquement, sur des retards de disponibilités, mais aussi sur des ruptures de stock sur pas mal de titres de fond, alors que les réimpressions ne sont pas possible, les délais de commande étant passé de quelques semaines à plusieurs mois auprès des imprimeurs. 

Une pénurie et une crise mondialisée

La situation, préoccupante pour notre marché, touche de plein fouet le secteur de l'édition aux Etats-Unis. L'informateur Rich Johnston de Bleeding Cool récupère lui aussi des témoignages depuis de nombreuses semaines. En somme, les éditeurs de comics font face aux même problématiques, et se voient contraints de réduire les volumes d'impressions sur leurs sorties, d'annuler la production de livres en grand format ou qui demandent des couvertures spéciales, et parfois de repousser littéralement les nouveautés. A côté, les délais d'impression pour les recueils (en souple - TPB - ou cartonné - Hardcover -) par rapport à la sortie en single issue se sont aussi rallongés. 

DC Comics enregistrait déjà de nombreux retards en raison de la crise et de cette pénurie, annoncés dès le mois d'août passé. Tout récemment, la maison d'édition a fait savoir que son Action Comics #1036, prévu pour cette semaine, se voyait repoussé jusqu'au 9 novembre, toujours pour les mêmes raisons. Todd McFarlane voit le lancement de son Gunslinger Spawn, l'un des plus gros dans l'industrie cette année, être lui aussi décalé alors que toutes les variantes n'ont pas pu être livrées aux revendeurs. Chez Image Comics, la situation est encore plus préoccupante : l'éditeur annonce pour le moment renoncer aux réimpressions sur l'ensemble de ses titres. C'est à dire que si un comicbook est sold out au niveau du distributeur (Diamond Comics en l'occurrence), il peut y avoir un peu de stock pour faire quelques commandes, mais aucun numéro ne sera réimprimé. Ce qui oblige les comicshops à commander plus en cas de succès impromptu, mais qui empêche aussi des succès surprise (comme The Department of Truth ou Stray Dogs) de se faire - ce qui est d'autant plus dommageable pour les titres qui gardent ce succès passé le 4e numéro, là où tous les bénéfices vont aux équipes créatives. 

Le problème américain vient aussi du fait qu'une très grande partie, si ce n'est la majorité, des comics et albums sont imprimés en Asie, et que les problèmes rencontrés là bas associés à une absence d'imprimeurs équivalents aux Etats-Unis font que les comics ne peuvent plus sortir à temps. Il existe bien une main d'oeuvre au Canada, mais celle-ci a aussi du mal à faire face à la demande. On pourrait voir le bon côté des choses : la pénurie est aussi une conséquence d'une demande accrue. En d'autres termes, c'est parce qu'il y a plus de lecteurs et lectrices que ces problèmes ont lieu (les graphiques récents de ComicChron attestent d'ailleurs que le chiffre d'affaires américain au total du marché des comics, toutes catégories confondues, était supérieur cet été à celui de 2019, dans un contexte pré-pandémique). Si l'on peut s'attendre à ce que la situation revienne à la normale, c'est la question du "quand" qui est une inconnue, et de taille. 

Sur du court/moyen terme, l'industrie américaine s'attend à quelques changements : bien sûr, à une augmentation du prix des single issues ou des albums face à l'augmentation des coûts de production. Mais aussi une diminution du nombre de variantes sur les comics mensuels, attendus que leur production ne peut pas être assurée - surtout s'il s'agit de variantes dites incentives (soit disponibles par exemple pour cent comics à couverture régulière commandés), puisqu'elles impliquent de forts volumes de comics imprimés. L'un dans l'autre, cette potentielle baisse des volumes sur les nouveautés pourrait permettre de remettre l'attention sur les back issues, tandis qu'on a déjà pu voir pas mal de mouvements du côté du numérique, que ce soit avec l'arrivée de nombreux créatifs sur Substack, les partenariats avec ComiXology ou le développement des webtoons chez les Big Two

Et en France ? De notre côté de l'Atlantique, les problèmes sont assez similaires. Certaines craintes concernent les sorties de fin d'année. Par exemple, un éditeur nous confie ne pas vouloir communiquer sur l'arrivée d'un coffret (pourtant listé sur les sites revendeurs habituels) en l'absence totale de certitude sur leur capacité à pouvoir le proposer à la date espérée. Cette situation n'est pas un cas isolé, attendu que certains décalages font même l'objet de communications publiques, dans un milieu qui a souvent tendance à rester discret. A côté, l'ombre d'une répercussion des augmentations des coûts de production et de transports sur le prix du livre se fait sentir. Un autre éditeur nous explique que les décisions seraient prises en ce moment, et concerneraient surtout "les grands groupes, qui réunissent sous un même toit des structures qui publient franco-belge, comics et mangas". Dans l'idée, un pourcentage d'augmentation serait appliqué de façon systématique sur tous les produits de ces éditeurs. Mais il faut s'attendre à ce que les structures plus petites, indépendantes, doivent faire de même, et ce "dès l'année prochaine", tout en "attendant de voir ce que fera la concurrence". Si l'on imagine bien qu'une résolution de ces problèmes puisse empêcher aux prix d'augmenter, cette perspective n'a hélas rien d'irrationnel. Côté lectorat, il va falloir croiser les doigts... 

Arno Kikoo
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