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Godzilla : Rage Across Time : Monstres Géants et Manuels d'Histoire

Godzilla : Rage Across Time : Monstres Géants et Manuels d'Histoire

ReviewIndé
On a aimé• Godzilla au Japon Féodal, une évidence
• L'aspect historique, forcément ludique
• Le style de Pablo Tunica
• L'aspect angélique de Mothra
On a moins aimé• Quelques histoires moins intéressantes
• Un narratif dispensable pour habiller le projet
• Tous les artistes n'opèrent pas au même niveau
Notre note

Spécialisées dans la bande-dessinée de licences, les éditions Vestron  adaptent régulièrement en français les adaptation en comics des films Transformers, G.I. Joe, Alien(s), Terminator, etc. L'équipe de l'enseigne, vraisemblablement motivée par l'envie de dénicher la qualité dans cette niche de produits à licence, va généralement chercher à piocher les bonnes idées dans l'énorme sac des BDs à licence. Pour les Tortues Ninja, un inédit de Kevin Eastman et Simon Bisley, pour le Terminator, le premier travail historique de l'artiste peintre Alex Ross, ou encore la rencontre entre le monstre de Cyberdyne et celui de l'OCP avec le Robocop vs Terminator de Frank Miller et Walt Simonson, un Aliens de James Stokoe, en résumé, chercher des noms ou des idées derrière les simples propriétés et marques.

Dans le cas du monstre géant Godzilla, invention japonaise qui fascine une autre niche aux Etats-Unis, celle des adorateurs de grosses bêtes et de cet inépuisable saga d'extra-terrestres, de dinosaures et de gens dans le fond qui commentent tout ce qui se passe à défaut de pouvoir être utiles à quoi que ce soit d'autre, Vestron édite en France la mini-série Rage Across Time. Le projet ne peut pas se targuer d'embarquer des artistes particulièrement connus, mais repose tout de même sur une bonne idée : plutôt que de suivre le sempiternel affrontement du titan contre un autre titan, l'histoire propose de remonter le parcours de Godzilla à travers l'histoire humaine. Après tout, si la bestiole est effectivement cachée sur Terre depuis l'aube du règne animal, il n'est pas interdit d'envisager que le lézard ait effectivement eu un rôle à jouer avant de couler le navire japonais Eiko-Maru en 1954. Et si Godzilla avait même été là à plusieurs moments décisifs de notre histoire commune ? Hein ? Imaginons.
 

 
La mini-série se découpe comme une anthologie de plusieurs histoires courtes situées à différents points du temps. Pour honorer la généalogie japonaise de la bestiole, le premier chapitre nous mène sur les terres de l'archipel nippon lors de la grande invasion mongole de 1274. A l'époque, le chef de l'immense empire fondé par Genghis Khan, Kublai Khan, s'était mis en tête d'annexer le Japon en dépit de l'énorme effort que représenterait pareille opération militaire. Manque de pot pour le conquérant, le pays est historiquement protégé des invasions extérieures par ses courants marins particulièrement brutaux : les ouragans finiront par raser par deux fois la flotte de neuf cent navires envoyée par le Khan, dont une partie seulement parviendront à toucher terre. Cet événement du réel est mis au service du mythe de Godzilla développé dans cette première histoire, signée par Jeremy Robinson et Matt Frank.
 
Le numéro ressemble beaucoup à ce qui a pu être entrepris depuis par l'artiste Peach Momoko et ses Demon Days : apposer à un environnement de fiction populaire les codes d'un Japon féodal, autrement dit dans le cas présent, les monstres de la Toho, présentés comme des avatars des puissances mythologiques chinoises et japonaises. Khan attaque avec Gigan et Megalon, et deux guerriers du roman national nippon sont envoyés pour réveiller Horochi, le dragon-serpent à huit têtes des légendes locales. L'éveil de la bestiole interpelle un autre gros lézard qui passait par là : Godzilla devient par accident le premier protecteur du Japon et l'allégorie du cyclone qui rasera les armées mongoles dans cette version fictionnelle de l'histoire. Celle-ci représente le meilleur passage de Rage Across Time : illustrée dans un style qui rend hommage aux estampes de l'art traditionnel du japon, documentée, plutôt bienvenue pour un personnage qui sera devenu en l'espace de trois quarts de siècles l'un des représentants les plus évidents de la culture japonaise au point d'obtenir la citoyenneté officielle et un titre d'ambassadeur au tourisme en 2016 (si, vraiment, vérifiez).
 
Il était à la fois logique de commencer par là et très intelligent de placer la bête à ce moment séquent : les ouragans n'ont pas toujours rendu service aux Japonais en dehors de cet exemple isolé, et le fait de présenter Godzilla comme un monstre autant qu'un protecteur permet de nuancer le côté Casimir de la bestiole, pas juste là pour protéger les humains. En l'occurrence, cette lecture bestiale suit l'ensemble des aventures qui suivront. Le monstre n'est pas forcément belliqueux, mais reste systématiquement une allégorie de la nature parfois vengeresse ou totalitaire sur l'individu, généralement impuissant devant la moindre de ses manifestations.
 

 
Suivent en effet une histoire qui s'achève à Pompéi et dans laquelle Godzilla cause l'éruption du Vésuve après avoir affronté les dieux grecs de l'Olympe. Ce passage, de Chris Mowry, Khalil Schweitzer et Tadd Galusha présente moins d'intérêt : des dialogues trop nombreux qui cherchent à expliquer que les divinités de cette mythologie étaient déjà obsolètes à ce moment là, des découpages qui étouffent le récit et se répondent mal et un trait relativement brouillon et simpliste. Plus loin, dans l'histoire de Ryan Ferrer et Hugo Petrus, les kaijus en général et pas forcément Godzilla servent d'explication à l'apparition de l'épidémie de peste noire qui ravage l'Europe au milieu du XIVème siècle. Mélangé à des croyances poussiéreuses sur les dragons et les malédictions, une équipée de croisés va être envoyée en territoire kaiju pour espérer trouver un dragon à zigouiller - là-encore, les monstres auront plus à voir avec le bestiaire de la Toho, mais l'ensemble tient debout et reste même assez agréable à regarder. Au global, on aurait même envie d'imaginer une histoire de longue haleine dans cet univers, qui troque les aventuriers et explorateurs des romans d'île au monstres contre des chevaliers superstitieux en terre sainte, avec des monstres à terrasser. Le segment est intéressant, mais frustrant pour le peu de place qu'on lui laisse.
 
L'avant-dernier numéro d'Ulises Farinas, Erik Freitas et Pablo Tunica est encore un cran au-dessus - surtout sur le plan purement esthétique, l'artiste étant un poil plus doué que ses deux prédécesseurs. Cette fois, il s'agit de comprendre comment le général carthaginois Hannibal Barca a pu se frayer un chemin à travers nos Alpes pour attaquer l'Empire Romain au moment de la Seconde Guerre Punique, et envahir une partie de l'Italie dans la foulée. Godzilla lui ouvre la voie en ratissant le territoire inhospitalier. Etonnamment, cette histoire est aussi mieux cousue par ses choix de narration : Hannibal devient une sorte de Captain Achab obsessionnel, qui aurait décidé de pactiser avec le monstre dans le but d'atteindre son véritable ennemi. Obnubilé par l'idée de raser la civilisation latine, ce-dernier se lance le pari fou de dompter une bête bien trop importante, comme pour rendre à Godzilla son statut d'animal et renverser la perspective classique des hommes impuissants face à ce dieu d'un genre nouveau. La folie conquérante du héros alliée au style graphique de Tucina donne à cette petite histoire un air de chapitre perdu de la famille Doggy Bags, avec un peu moins de flingues ou de Mexicains énervés.
 

 
Enfin, le dernier numéro de Jay Fotos et Jeff Zornow présente peu d'intérêt, en dehors de l'hommage appuyé à Jurassic Park. Dans une série de pages muettes, celui-ci se propose de revenir à l'époque où les kaijus régnaient en maîtres sur le monde aux côtés des dinosaures, en empaquetant une sorte de twist sordide pas forcément utile ou développé. Le graphisme est brouillon, bordélique, loin des jeux d'échelles que pourrait permettre un Godzilla parachuté dans son premier environnement avant l'apparition du genre humain et de ses buildings à démolir. Un énorme gâchis compte tenu du niveau de qualité que prennent certaines histoires de dinosaures en bande-dessinée - pensez à Gon, ou au génial Age of Reptiles de Ricardo Delgado.
 
Le piège de l'anthologie est généralement de ne pas réussir à se tenir à un même niveau de qualité du début à la fin. Si l'idée qui anime l'ensemble de Godzilla : Rage Across Time est bonne et peut même amener à s'informer sur certains grands moments de l'histoire humaine - prenez Assassin's Creed, mais remplacez les gars en capuches par des grosses bêtes qui crachent du feu - les équipes créatives mobilisées ne se valent pas et ternissent l'équilibre d'un projet pourtant bien intentionné. L'erreur du projet est de commencer par le meilleur numéro, et d'osciller entre bon, moins bon ou bien ouvertement raté sur les chapitres qui suivent, fédérés par une intrigue de professeur cherchant à retracer la piste du monstre géant à travers les âges. Dans l'ensemble, une lecture qui reste tout de même originale à l'échelle des comics de kaijus, avec une préface du spécialiste Nicolas Jeantet pour donner un peu plus de crédit à la tentative, mais qui séduira surtout les passionnés. Reste à motiver les ayant droits aux Etats-Unis de publier une série de long-terme sur ces "pilotes" : un Godzilla uniquement centré sur le Japon féodal de siècle en siècle, un roman graphique sur les Chevaliers de la Table Ronde face à l'armée Garoga, les possibilités de s'amuser ne manquent pas.

Corentin
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