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Green Arrow : The Longbow Hunters - Hood Guy Strikes Again

Green Arrow : The Longbow Hunters - Hood Guy Strikes Again

ReviewDc Comics
On a aimé• Une pierre blanche dans l'histoire du héros
• Le style unique de Mike Grell
• Toute l'énergie et l'ambiance des années 1980
• Shado, les origines
• Une édition riche et complète
On a moins aimé• Black Canary dans le réfrigérateur
• Un numéro par Alex Toth assez superflu
Notre note
Dans les volumes importants de ce milieu d'année chez Urban Comics, l'édition complète de Green Arrow : The Longbow Hunters dans les rangs de la jeune collection DC Confidential, fait indéniablement partie des indispensables à posséder pour les amateurs de super-héros. Enrichie de quelques bonus et détails historiques, la mini-série originale de Mike Grell s'ajoute aux nombreuses autres publications consacrées à l'Archer Vert chez l'éditeur français, après le run de Jeff Lemire et Andrea Sorrentino ou le Green Arrow : Année Un d'Andy Diggle et Jock. Autant de boulots importants sur un personnage apprécié des lecteurs (ou par les fans de reconversions professionnelles pour la WWE), qui n'auraient probablement pas pu exister sans l'origine posée par The Longbow Hunters, systématiquement placée au sommet des meilleures histoires sur Oliver Queen dès lors que se présente l'occasion de classer de bas en haut. 
 
A l'instar du volume Huntress : Cry for Blood, l'édition proposée cette année par Urban Comics profite de la générosité de la collection DC Confidential, ouvertement perméable aux nouveaux entrants avec les détails d'usage (frise chronologique, préface explicative, postface sur la genèse de Longbow Hunters et les débuts de Mike Grell chez DC Comics) et quelques bonus. En l'occurrence, les arcs de deux numéros La Nuit des Olympiades et Le Chat et le Canari ont surtout l'intérêt de réunir en un seul volume les noms de GrellAlan MooreKlaus Janson et Alex Toth, tout en couvrant un regard étalé sur plusieurs époques sur les personnages d'Oliver Queen et Dinah Lance, avec un sentiment d'évolution contraire au fil de la lecture. Cela étant, on aurait presque envie d'interroger le sens du mot "Confidential" quand Longbow Hunters aurait tout à fait sa place aux côtés des grands chefs d'oeuvre de la décennie 1980, réalisé en parallèle de Batman Year One et d'autres réinventions majeures des personnages classiques de DC Comics.
 
 
 
The Longbow Hunters assume un postulat très conscient sur les reproches fréquemment adressées à Oliver Queen. La simplicité de son costume clownesque hérité de l'ère Mort Weisinger et de la popularité de Robin des Bois dans le cinéma d'aventure d'une autre époque, les flèches-gadgets empruntées à son modèle éditorial Bruce Wayne, et les symboliques générales de l'archer dans un monde de surhommes. A ce sujet, la série ne comporte aucune allusion aux autres héros de l'univers DC, pas plus que de renvois à sa géographie fictionnelle. Dans un élan réaliste et dépouillé, Mike Grell vide son personnage de tout référent stylistique aux ères passées : Green Arrow est désormais un homme âgé, quarantenaire, qui comprend que sa période de gloire est derrière lui. Il abandonne la ville fictive de Star City pour s'installer à Seattle, les différents archers ou lanciers de sa galerie de vilains, et arpente désormais les ruelles sombres en quête d'un tueur de prostituées tandis que Canary cherche de son côté à démanteler un trafic de drogues.
 
Le volume évolue vite vers un ensemble ténébreux, où s'entrechoquent quelques unes des obsessions de l'Âge Noir des comics - un héros fourbu qui ne cherche pas à coller à l'image du boy scout respectueux des lois, une part importante de l'histoire laissée aux figures en provenance du Japon, avec la fameuse combinaison ninja et yakuza, une critique de l'urbanisme déliquescent et, malheureusement, une "femme dans le frigo". Sur ce point, Grell n'échappe pas aux tares de son temps, quoi que la scène en question, particulièrement difficile, soit compensée par l'invention de Shado, héroïne asiatique en tous points supérieure au héros masculin, et qui fera date dans l'historique du personnage de Green Arrow, façon Elektra
 
D'emblée, le récit passe pour bien plus mature que les aventures précédentes de l'archer. Des dialogues puissants sur la nostalgie et le passage du temps peuplent les premières pages, avec un renoncement assez général à la naïveté prêtée aux héros d'antan. Mieux encore, Grell interroge l'origine même du Green Arrow en passant un coup de pinceau sur sa genèse éditoriale, posant très vite l'idée d'un homme plus chasseur que justicier. L'inspiration Errol Flynn empruntée par héritage ou par accident, et des débuts glorieux largement surestimés, et un arc narratif assez peu "héroïque" au sens traditionnel. A la façon de la clique de vilains qui occupent le coeur du volume, l'auteur questionne assez durement la capacité des Etats-Unis à construire un roman national d'icônes illégitimes - un concept qui s'applique assez parfaitement à ce héros particulier, souvent mal installé dans le monde de surhommes de DC Comics, plus à l'aise dans les aventures à part et plus sombres, à l'instar de Daredevil, et souvent bousculé entre deux interprétations (avec ou sans sa fortune, avec ou sans l'apparat technologique surréaliste, avec ou sans l'accord de ses pairs). Mike Grell profite de la page blanche laissée dans le sillage de Crisis on Infinite Earths, une ère de réinvention propice aux nouvelles idées et aux tentatives plus entières, pour bâtir un héros à l'image de son temps.
 
 
 
Le personnage de Green Arrow se métamorphose au contact de l'évolution des mentalités aux Etats-Unis vis-à-vis du crime et de l'insécurité - en va-et-viens constant entre ses débuts de milliardaire aux contours grotesques, et une imagerie de justicier social inspiré à la fois par le mythe Robin des Bois, héros du peuple, et un critère quasi-essentialiste : l'absence de super-pouvoirs lui impose une dimension humaine supérieure. Moins monstrueuse ou tourmentée que Batman, par exemple, son premier modèle polymorphe, qui oscille de son côté entre différents registres de fiction : polar, gothique, horreur, des matérialités plus diffuses qui construisent autour de Bruce Wayne et de sa cité aux dirigeables un imaginaire à part, moins réel, et souvent moins ancré dans une conscience politique du présent.
 
Or, l'imaginaire américain va ainsi se dessiner sous de nouvelles tendances après la césure des années 1970. Les comics suivent les traces du cinéma, dans la vague du Nouvel Hollywood, et d'une représentation neuve de la criminalité et de la dangerosité urbaine. Loin du portrait de gangster cupide en imperméable et à mitrailleuse Thompson des premiers temps de l'Âge d'Or, la peinture de cette iconographie évolue avec l'éveil des consciences sur les tueurs en série du réell'entrée aux Etats-Unis de la cocaïne et de son dérivé bas de gamme, le crack, la fracture sociale et la mécanique de ghettos ou de gangs qui s'installe peu à peu dans la dynamique culturelle du pays. Des oeuvres telles que Taxi Driver participent à définir les contours d'un nouveau type de super-méchant, plus complexe, plus insaisissable, inspiré par les stigmates des affaires de tueurs en série qui saisissent l'opinion et l'attention médiatique du moment, en sur-impression de nouvelles méthodologies dans l'étude des criminels, avec tout un champ de théories scientifiques comportementalistes sur les motifs et les causes de certains meurtriers. En parallèle, des oeuvres comme French Connection construisent de leur côté une imagerie différente du travail des forces de l'ordre, plus froide, plus ancrée dans le bitume et le danger ou la paranoïa des rues. 
 
Les gangsters en col blanc se multiplient dans la fiction, à mesure que l'art interroge le rôle des politiciens dans le sillage de Richard Nixon et de la C.I.A., du complexe militaro-industriel et d'un sentiment de cassure générale sur la réalité de la corruption, du secret d'état et des scandales militaires étouffés dans le marasme de la Guerre Froide. Cet immense magma de bouleversements sociaux et politiques prend forme au travers de différentes oeuvres éparpillées sur deux décennies - dans la préface du volume, Urban Comics cite très ouvertement le film Manhunter de Michael Mann ou la série Miami Vice en exemples de cette vision réinventée du travail de la police, au contact de ces nouvelles formes de criminels mis en lumière dans les arts. The Longbow Hunters, comme le Dark Knight Returns de Frank Miller, pose ce regard du présent sur un personnage bardé d'archétypes poussiéreux en décalage avec l'air du temps. 
 
 
 
Le parcours jumelé de Batman et Green Arrow est d'ailleurs fascinant sous cet angle, puisque Frank Miller comme Mike Grell passent justement après deux tentatives de renouvellement menées par le géant Dennis O'Neil (récemment disparu) et au dessinateur Neal Adams, dans les série Batman et Green Lantern/Green Arrow, deux énormes travaux de remise à jour au tournant des années 1970, sanctifiés ensuite dans deux mini-séries après lesquelles il ne sera plus possible de revenir en arrière. On notera également que si Frank Miller a écrit le passé et le futur de Batman avec Year One et Dark Knight ReturnsMike Grell a de son côté imposé cette vision d'un archer vieillissant et plus violent dans Longbow Hunters, et de nouvelles origines pour le personnage avec Green Arrow : The Wonder Year quelques années plus tard.  
 
Le volume de Grell aura des conséquences de long-terme, à commencer par l'abandon progressif des gadgets, l'apparition de la capuche en lieu et place du bonnet de Robin des Bois, l'apparition du personnage de Shado qui ouvre le personnage vers un imaginaire ouvert sur l'Asie (à l'image de la première mini-série Wolverine), dans des arcs majeurs tels que Blood of the DragonHere There be Dragons et le volume récent de Jeff Lemire et Andrea Sorrentino. Plus généralement, l'écriture plus humaine de cet Oliver Queen plus âgé et proche des rues achève de construire l'identité définitive de Green Arrow, dans sa relation avec Black CanarySpeedy, à des criminels locaux pris à hauteur d'homme, où se pose l'idée d'un justicier capable de tuer pour pousser le personnage vers les zones grises du spectre de l'exemplarité des super-héros. Une jungle urbaine où les prostituées risquent leurs vies, en proie aux violences des tueurs de masse, qui évoque la question du racisme envers les asiatiques aux Etats-Unis, le rôle des vétérans de la Seconde Guerre Mondiale, le traumatisme des soldats rentrés du Vietnam, l'apparition des nouveaux narco-trafiquants et la peinture d'une C.I.A. largement corrompue, autant d'éléments qui impressionnent un lectorat des années 1980 confronté à des planches superbes et frappantes, traversées par écriture adulte brusquement parachutée dans l'historique d'un héros relativement ringard, et rarement pris au sérieux.
 
Longbow Hunters se démarque aussi en grande partie pour sa posture esthétique. Artiste peintre, Mike Grell dénote dans le paysage des comics mainstream de cette époque encore obsédée par la ligne claire, avec un trait impressionniste ancré dans le réel et peuplé d'effets de styles variés. Les origines de Shado contées en bordures de page, des gros plans sur les visages où la couleur s'efface, des aquarelles plus légères dans les scènes de souvenir. De généreux découpages impriment la force d'un récit superbement rythmé, avec des fonds délavés en guise de ciel et l'expressivité des regards pour souligner la tension des duels. Encore aujourd'hui, et en dépit d'un bond en avant dans la variété des styles pour le dessin de comics depuis quelques décennies, le style peint de Grell paraît encore marginal (et risque d'ailleurs de cliver dans les rangs des lecteurs modernes - à l'image de son scénario, une recherche d'authenticité qui ne se compromet pas). Dans les reproches éventuels à adresser au volume, on pourrait trouver que Longbow Hunters s'est trop accroché aux années 1980, jusqu'à en sauvegarder les plus mauvais aspects. La thématique du suicide japonais ou le sort réservé à Black Canary seront les deux éléments les plus complexes à apprécier aujourd'hui.
 

 
Concernant les deux autres morceaux intégrés à cette édition Urban Comics, nous retrouvons La Nuit des Olympiades d'Alan Moore et Klaus Janson, une histoire courte publiée dans les back-ups de Detective Comics. Pour l'éditeur, le segment a surtout pour intérêt de rapatrier un autre inédit du scénariste anglais dans leur collection, pour ses nombreux fanatiques de ce côté de l'Atlantique et de la Manche. Côté scénario, Black Canary et Green Arrow s'aperçoivent que le métier de super-héros devient presque trop facile, à mesure que les gangsters de bas étages comprennent qu'ils n'ont aucune chance et abandonnent sans combattre au moment de se faire arrêter. Dans la bibliographie de l'auteur, cette histoire (publiée en 1985) participe d'une grogne générale contre les figures costumées, qu'il trouve alors déconnectées du réel et à l'envers des causes politiques utiles au présent. 
 
Pour cause, La Nuit des Olympiades se lit comme une charge acerbe contre le réalisme de l'Âge Noir naissant avec un sous-texte sur la radicalisation des figures de vilains, de plus en plus violentes, de plus en plus sauvages. Moore place aussi un embryon de réflexion sur le cycle sempiternel des héros qui créent leurs propres méchants, avec un jeune punk anonyme cherchant à dessouder Green Arrow et Black Canary pour se faire un nom. Une lecture à ajouter aux Whatever Happened to the Man of Tomorrow ou Killing Joke dans cette catégorie d'oeuvres pré-Watchmen, comme une pièce de puzzle retrouvée après trente-cinq ans. Plutôt amusant et bien fichu, le récit parvient à développer une idée en dépit de sa brièveté (il reste toutefois très anecdotique par rapport à d'autres morceaux du Moore de DC Comics, de la même façon qu'on a déjà vu Janson plus en forme). 
 
Il est même dommage de voir le bonhomme traiter Green Arrow comme une sorte de justicier interchangeable, comme un guignol de plus dans sa fronde sempiternelle contre les porteurs de collants, là où l'angle social et Robin des Bois populaire aurait pu intéresser ce scénariste en d'autres temps, pour une continuation fantasmée de V pour Vendetta. Faute de mieux, on pourra toujours trouver marrant de voir Moore critiquer l'escalade de la violence dans une édition reliée de Longbow Hunters.
 
 
 
Arrive ensuite Le Chat et le Canari, qui va piocher beaucoup plus loin pour mettre un peu de Canary en avant, étant donné que l'héroïne servait hélas de chair à canon pour les deux  autres histoires intégrées dans ce volume. Là-encore, le nom d'Alex Toth sur l'affiche a plus d'intérêt que le spectacle en lui-même, simpliste et pas particulièrement élaboré. Dinah Lance cherche du travail et se fait engager pour apprendre le judo à des femmes cherchant à devenir les égales des hommes sur le plan de la lutte physique. Un présupposé intéressant ou proto-féministe (le numéro remonte à 1972) mais les pages de présentation de Canary ont au final davantage d'intérêt historique que ce chapitre, qui sert surtout de témoin historique sur l'origine éditoriale de l'héroïne. 
 
Dans l'ensemble, l'édition DC Confidential de Longbow Hunters présente un ensemble généreux et réfléchi, avec l'une des meilleures histoires sur le Green Arrow. La mini-série originale de Mike Grell, à remettre dans son contexte, fait partie de cette longue liste d'immenses volumes proposés à un moment de l'histoire des comics où les éditeurs étaient prêts à adouber le changement, la liberté de création, la variété des styles et un tournant presque trop brusque vers le lectorat des adultes. Rares auront été les projets de super-héros à prendre à ce point le contre-pied des volumes précédents, et si Green Arrow reste (forcément) moins populaires que Batman, les deux partagent ce même parcours réinventé, passé du ringard au sombre et du sombre au chef d'oeuvre en l'espace d'une petite décennie, pour ensuite systématiquement hésiter entre la route à prendre à partir de ce point de non-retour. On appréciera le travail de patrimoine réalisé par Urban, la splendeur des planches de Mike Grell, la qualité d'un volume clés-en-mains pour les nouveaux comme les habitués (encore que, c'est pas pour le petit-cousin), et on reprochera certaines tournures sur lesquelles la poussière se fera plus dure à gratter. En attendant, l'éditeur comble enfin un manque de sa bibliographie sur l'Archer Vert, avec un classique qui, oui, a aussi inspiré Stephen Amell et sa série télé' pour ados - s'il n'y a que ça pour vous convaincre, le prochain coup on démarrera par là.

Corentin
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