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Todd McFarlane appelle à son tour à repenser le mode de distribution des comics

Todd McFarlane appelle à son tour à repenser le mode de distribution des comics

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Dans les interstices d'un bilan humain chaque jour plus terrible, la crise sanitaire de la Covid-19 paralyse encore et toujours le secteur culturel, en France comme aux Etats-Unis. Depuis la fermeture des entrepôts Diamond Comics, réseau de distribution principal et quasi-monopolistique pour la livraison des bande-dessinées aux librairies outre-Atlantique, la plupart des grands éditeurs tentent de contourner le problème. Marvel propose aux lecteurs de s'essayer au numérique (à pas cher), Boom! passe par d'autres distributeurs plus généralistes pour ses romans graphiques, et DC Comics accompagne le mouvement pour les titres jeunesses de DC Kids, choisissant apparemment de consolider ses liens au réseau Penguin Random House qui approvisionnait déjà les librairies généralistes, pour accéder maintenant aux boutiques spécialisées.
 
De leurs côtés, les équipes d'Image Comics ont dû procéder au licenciements de quatre personnes, aux postes les plus concernés par l'impression matérielle et la distribution. Une série de renvois couvrant un sixième de l'ensemble éditorial relativement restreint de cette entreprise (de vingt-quatre à vingt personnes), attendu que la plupart des postes liés à la communication ou à la gestion des droits, que l'on retrouve généralement dans d'autres sociétés, rentrent directement dans les prérogatives allouées aux artistes et scénaristes édités chez Image Comics. Une part importante des contrats de la maison, qui laisse aux auteurs une grande liberté à plusieurs niveaux, mais les oblige également à devenir leurs propres "éditeurs" avec le surplus de travail qui va avec.
 
L'épidémie n'empêche toutefois pas le bon Todd McFarlane de poursuivre ses plans d'expansion annuels. Après avoir capitalisé sur la sortie de Spawn #300 l'an dernier, et sur les vingt-cinq ans de Spawn #1 il y a trois ans, le créateur d'Al Simmons annonce un nouvel événement censé rendre hommage à la longévité de son héros masqué. Pour fêter les vingt-cinq ans de la première figurine articulée de Spawn (1995), McFarlane a lancé récemment une campagne de financement participatif sur la plateforme KickStarter pour une version "modernisée" de ce goodies fondateur, et une réimpression de Spawn #1 avec de nouveaux dessins. A l'image d'autres projets du même genre, le projet repose sur un principe de pré-commande plus que sur une authentique levée de fonds (McFarlane Toys n'ayant a priori pas besoin de passer par ce canal pour absorber votre argent).

La campagne a toutefois permis au fondateur et actuel président d'Image Comics de s'exprimer dans les colonnes de Forbes sur la crise actuelle, au détour d'une entrevue promotionnelle qui détaille également l'avancée du projet de film Spawn (pour vous résumer ce passage : il n'y a pas d'avancée, c'est toujours en route mais on ne sait rien de plus). Après avoir vécu au premier plan la crise du marché spéculatif, et contribué en grande partie à l'éveil du comics indépendant, Todd McFarlane reste tout de même préoccupé par la situation, inédite dans l'histoire de la bande-dessinée aux Etats-Unis.

"Ecoutez, on a eu des hauts et des bas. Dans les années '90, on avait perdu beaucoup de consommateurs. Là, c'est différent. Actuellement, nous n'avons aucun consommateur, et aucune nouvelle sortie. En tant qu'industrie, nous n'avons jamais eu à repartir de zéro avant. Cette situation est sans précédent. Et on ne sait pas où les choses vont s'arrêter, ni quand elles vont s'arrêter. Nous pouvons bien essayer de sauver les boutiques autant qu'on le souhaite, mais ça sera difficile si les clients ne peuvent pas se déplacer pour acheter. Toute offre a besoin d'une demande.

A quoi ressemblera cette demande une fois que tout aura rouvert ? Est-ce que les gens seront plus mesurés dans la façon dont ils dépensent leur argent ? Est-ce qu'une fois qu'ils se seront aperçus qu'ils peuvent tenir trois ou quatre mois sans lire de comics, ils s'apercevront qu'ils n'ont plus envie d'investir leur argent là-dedans ? Ou bien les gens auront toujours de l'argent et l'envie de le dépenser, mais ce ne sera plus possible parce que les boutiques auront fermé ? Il y a tout un tas d'inconnues."

Sur les plans de relance à opérer, McFarlane estime qu'il serait intéressant de maintenir l'envie du lectorat en proposant des éditions reliées à titre gracieux en dématérialisé, suivant un mouvement très général d'offres-découverte ou de réductions sur les comics numériques depuis le début de la crise. Plus tard, de se coordonner entre Dark Horse, Image Comics, Marvel et DC Comics sur des événements communs, ou en se mettant d'accord sur les dates de sortie pour fabriquer une attractivité de synthèse autour de la vente en boutiques. De façon amusante, le bonhomme évoque l'aspect sexy des crossovers entre différents univers, suivant la recommandation de Gail Simone et le mot dièse "#PleaseMarvelDC" de ces dernières semaines.

Quant au débat sur la plateforme Comic Hub et le risque encouru à poursuivre les publications en numérique, quitte à habituer les gens à ce format de lecture au détriment du physique et mettre ainsi en danger les détaillants à la réouverture, McFarlane ne se range pas dans l'avis général. Le gérant d'Image Comics estime de son côté que toute pause dans la production représente un danger inhérent, employant une curieuse allégorie sur les lecteurs de comics aux Etats-Unis.

"Je ne suis pas d'accord avec les vendeurs. Attendre et ne rien faire ne peut pas être la solution. Si tout le monde décide de tout arrêter et de retenir son souffle, en quoi est-ce que ça va améliorer les choses telles qu'elles sont actuellement ?

Si je choisis de mettre Spawn sur les plateformes de vente en numérique, gratuitement ou avec une réduction pour les prochains mois, est-ce que cela veut dire que les lecteurs n'achèteront pas ces numéros dans le commerce ? Peut-être pas. J'aurais envie de dire aux boutiques: ne vous inquiétez pas pour Spawn #307, #308 ou #309 s'ils sortent quant les pointes de ventes sont fermés et que personne ne pourrait de toutes façons acheter d'exemplaire physique. Les fans reviendront pour Spawn #310 quand tout sera rouvert. Ils reviendront pour Batman et les autres trucs qu'ils lisent. Qui s'intéresse au numéro sur la couverture ? Ça reste un comics que vous vendrez au même prix.Qu'est ce que ça change si les gens se le procurent différemment dans l'intervalle ?

Je sais une chose à propos de l'addiction. Si les gens accro' restent sobres trop longtemps, c'est facile pour eux de ne pas replonger. Personne ne veut que les consommateurs changent leurs habitudes. Pendant ce temps là, les gens occuperont leur temps autrement. Pourquoi laisser la compétition s'approprier ce temps en streaming ou en jeu vidéo ? Nous devons rester le passe-temps des lecteurs. Nos sociétés ont le pouvoir d'y arriver. Rappelez-vous en 2011, quand les libraires ne voulaient pas que les numéros sortent le même jour en physique et en dématérialisé, de peur que ce soit la mort de l'industrie. Ils avaient tort. Ça a aidé les ventes! 

Notre industrie toute entière est basée sur le principe du rassemblement hebdomadaire. Quand les gens vont en convention, ils amènent leurs bouquins pour les faire signer, pas leurs iPads. Les gens ont besoin de quelque chose de physique. Ça ne disparaîtra jamais. On ne doit pas se comparer à d'autres industries, comme la musique, en ayant peur de reproduire le destin des disquaires face à la vente en ligne. C'est la spécificité de notre média et nous devons l'embrasser."

Enfin, le vieux Todd appelle à son tour, comme DC Comics ou d'autres acteurs importants du marché, à imaginer un nouveau modèle pour la distribution des comics à l'avenir - la fermeture de Diamond Comics ayant mis en évidence les dangers des situations de monopoles, en dehors du cas particulier de la crise sanitaire. Là-encore, il sera probablement utile d'observer les évolutions de l'industrie dans les mois à venir (et d'éventuels états généraux entre les grandes structures principales) pour assister à la naissance d'un réseau de diffusion inédit, voire d'une évolution du numérique sur le long-terme, selon la façon dont le monde des comics survit à l'épidémie.

"Nous avons un seul distributeur pour les comics papier, et ils ont décidé, par mesure de sécurité, de cesser leur activité. Etant donné que nous sommes tous dépendants de cet unique acteur, cette décision a un impact sur toute l'industrie. Ils ont probablement fait le bon choix, mais ce n'est pas sain sur le long terme de laisser le destin de tout un secteur entre les mains d'une seule personne. Nous devrons tirer un bilan de tout ça quand nous aurons traversé la situation actuelle, et nous poser les questions difficiles sur la façon dont nous pouvons empêcher que cela se reproduise."

Source

Corentin
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