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November et premier artbook : Elsa Charretier se livre sur ses projets du moment !

November et premier artbook : Elsa Charretier se livre sur ses projets du moment !

InterviewIndé

L'actualité de l'artiste et autrice Elsa Charretier est très chargée en ce moment. Son nouvel ouvrage November, en collaboration avec Matt Fraction et Matt Hollingsworth vient de sortir (on vous en dit tout le bien qu'on en a pensé par ici), et la campagne Kickstarter pour son premier artbook bât son plein, à quelques jours de sa clôture. Le moment était donc bien adéquat pour aller à la rencontre d'Elsa, dont on aura suivi le parcours dans l'industrie américaine depuis The Infinite Loop en passant par Starfire, Unstoppable Wasp ou Star Wars Adventures, pour aboutir aujourd'hui à un véritable tournant dans sa carrière. Voici donc notre entrevue exclusive avec l'artiste, en duplex de Copenhague, que nous avons le plaisir de vous partager !


Bonjour Elsa, et merci de nous accorder de ton temps ! Peux-tu en premier lieu nous raconter la genèse de November, dont le premier tome vient tout juste de sortir en librairie ? 

J'ai rencontré Matt il y a quatre ans à la Comic Con Paris, à laquelle il avait été invité en compagnie de Kelly Sue DeConnick, Amanda Conner et Jimmy Palmiotti. C'est là qu'on est devenus amis et qu'on a commencé à développer notre relation. Un an plus tard, on a passé une semaine chez eux à Portland. Matt et moi avons la même vision de ce que les comics peuvent être. On a la même ténacité à vouloir produire des bonnes histoires, mais faire aussi en sorte à ce que le livre, le packaging, soit à la hauteur. Dès le départ, j'avais envie de faire un livre avec lui. A l'époque, on voulait aussi travailler avec Chip Zdarsky, il y avait eu quelques idées dans l'air mais c'était resté flottant. 

L'année d'après, quand on est retourné les voir, j'étais décidée : je ne repartirais pas sans un projet avec lui. De plus, j'avais envie de quelque chose de nouveau vis-à-vis des projets que j'avais en cours, que je n'avais jamais fait, et qui m'amènerait à l'opposé de mes précédents travaux. Je lui ai demandé ce qu'il avait comme histoire à me proposer, et après réflexion, il m'a parlé de ce récit avec trois femmes, un revolver trouvé... Il m'a dit que ce serait noir, un peu gritty, un poil de mystery - et c'était exactement ce que je recherchais. 

Tu peux me détailler ce qui t'a intéressée dans cette histoire ?

Ce qui m'a plu dès la réception du pitch, c'est qu'il m'a vendu le projet comme quelque chose sur lequel je pourrai m'éclater visuellement. Il m'avait également montré City of Glass de David Mazzuchelli, qui est une des influences principales qu'on avait en tête. J'ai retrouvé ce que j'adore chez Matt dès le départ : il arrive à mettre des personnes comme toi et moi dans des situations plus grandes qu'elles, et à faire ressortir leur humanité. C'est une des choses qu'il écrit le mieux, et November repose là dessus. J'ai aussi beaucoup aimé ses personnages, et j'ai retrouvé dans le script ce que j'avais aimé dans le pitch de base.


Tu as une affection particulière pour le polar, ou c'est venu du fait que ce soit aux antipodes de tes précédents travaux - comme Starfire, Unstoppable Wasp voire Star Wars Adventures ?

Ça fait bien longtemps, et ce avant d'avoir démarré les comics, que j'apprécie le polar, et les films en noir et blanc, la cinématographie des années cinquante. Forcément, en bande dessinée, ça va se retranscrire dans des comics de genre noir, ou mystery - du polar. J'avoue que le fait que November ait été à l'opposé du reste de mes travaux m'a beaucoup attirée. Mais ce que j'aime plus que le noir, c'est la réinterprétation de cet univers qui a déjà été vu et revu. C'est de voir comment des artistes arrivent à réinventer le genre avec des styles différents les uns des autres. Par exemple si on compare Mazzuchelli avec Eduardo Risso, on retrouve des bases communes mais ils apportent une identité réellement différente. 

Ce qui me passionne c'est d'essayer d'amener quelque chose de différent. Avec cette histoire, on avait la possibilité, étant donné qu'on est pas dans un contexte rétro mais moderne, avec des personnages très divers, d'arriver à transmettre les choses intéressants de l'univers noir sans forcément passer par ses tropes. On n'a pas de femme fatale, de pin up, par exemple... 

Quelle a été ta marge de manoeuvre sur le plan créatif, avec Matt Fraction puis Matt Hollingsworth ? Vous êtes vous concertés tous les trois ou avais-tu carte blanche ?

Matt est très formel. Le nombre de pages, de cases, leur structure, tout ça correspond a quelque chose de très mathématique. C'est une numérotation qui a du sens, même si tu ne le vois pas forcément à la première lecture. Ça apporte une espèce d'homogénéité globale au projet. Dans chaque scène, le nombre de cases est déterminé, et je ne peux pas changer ça. Je savais dès le départ que je ne pourrais pas y toucher, et que je ne pourrai pas choisir la disposition des cases. J'avais un peu peur que ce soit restrictif, parce que ce sont des données qui ont leur importance, mais au final ça m'a forcé à être plus inventive pour chaque case. J'ai même l'impression que ça m'a poussé à trouver de nouvelles idées, étant donné que c'était la marge de manoeuvre créative que j'avais. Je m'y suis donné à 100%.


A côté avec Matt Hollingsworth, on avait une idée assez précise de ce que l'on voulait, qui était une réinterprétation du Batman : Year One de Mazzuchelli. J'avais une idée super précise en tête, mais il se trouve que Matt a fait quelque chose de complètement différent. J'étais persuadée qu'il fallait que mes encrages restent bien noirs, mais il les a tous colorisés. C'était l'inverse de ce que j'avais pensé, mais c'est devenu ce qu'il fallait parfaitement pour ce livre. Il a réussi, à sa manière, à moderniser le noir. Il a apporté quelque chose d'unique par dessus : je n'ai pas l'impression d'avoir vu ce type de couleurs ailleurs. Et c'est à la fois très digeste : tu ne vois pas la couleur en tant que telle. En d'autres termes, Matt Hollingsworth a fait exactement ce qu'il voulait (rires), et c'est tant mieux : il savait mieux que nous ce qu'il fallait !

Ça faisait combien de temps que tu travaillais dessus en "simili-secret" ?

Je n'ai pas une temporalité précise puisqu'on était un peu en "on et off",  il fallait que Matt  et moi-même finissions d'autres projets. Mais ça doit faire au moins un an.

Parce qu'on voit vraiment une évolution de ton style avec November. On a parlé de Mazzuchelli, de Risso : il y a des bouquins qui t'ont aidé pour faire évoluer ton dessin ?

En fait, je crois que je commence à peine à toucher du doigt ce que j'ai toujours voulu faire avec mon style. Je ne suis toujours pas satisfaite de là où je suis, mais je commence à comprendre ce que j'essayais à faire pendant des années et pourquoi je n'y arrivais pas. Il y avait une sorte de frustration, par tant sur la qualité du dessin - je sais qu'il y a un processus, que ça s'apprend - mais sur la direction que ça prenait. Le fait d'avoir introduit un univers plus noir et gritty m'a forcé à aller dans cette direction, où se trouvent les artistes qui m'influencent, ceux qui ont un style "pas très propre". On a donc évidemment Mazzuchelli, que j'admire énormément, et qui a un éventail de styles incroyablement différent. J'adore la qualité de ses lignes et sa capacité à se renouveler. Et il n'a pas de côté précieux, à se dire "maintenant j'ai mon style, il faut que je le garde pour mes fans". Il retourne la table à chaque nouveau livre.

La première fois que j'ai discuté de November avec Matt Fraction, on a tous les deux eu en tête d'avoir les livres Parker de Darwyn Cooke comme boussole. Je les avais déjà, et je les ai relus et re-relus pour m'en imprégner. L'objectif en les lisant, c'était d'aller au-delà de la façon dont tu t'imagines que les personnages doivent être dessinés. Si tu regardes Parker, la moitié des lignes de dessin ne sont pas là. Ce sont en fait des lignes que le lecteur comprend d'elles mêmes. Et cette façon de faire confiance au lecteur pour qu'il joigne des points qui ne sont pas dessinés, ça demande énormément de confiance en tant qu'artiste. J'avais envie de tendre vers cette façon de dessiner, ou tu ne finis pas tout. Bien entendu, quand tu regardes November, ça n'a rien à voir avec Parker. Déjà parce que je ne suis pas Darwyn Cooke - et que je n'aspire pas à dessiner exactement comme lui, et que je pense que je peux dire que je n'en suis pas encore à un point où je pourrais faire un Parker. Mais tu peux voir que j'ai laissé pas mal de lignes ouvertes, que j'aurais voulu compléter auparavant. Notamment parce que c'est compliqué pour les coloristes ensuite, qui ne savent pas où ils doivent mettre leur aplat. Ça leur demande un peu plus d'interprétation.


Enfin, la troisième influence est Eduardo Risso. J'ai un défaut dans mon dessin qui rejoints ce que je disais avant : je suis presque trop pragmatique dans mon approche. Eduardo Risso fait un noir abstrait, surréaliste. Ce qu'il montre des personnages, leurs ombres, n'a aucune cohérence avec une lumière. Pendant très longtemps je ne comprenais pas pourquoi ce qu'il faisait fonctionnait, alors que d'une case à l'autre tu vois que les noirs ne sont pas placés de la même façon. J'avais l'impression que pour une question de cohérence, lorsque tu décides d'un éclairage pour une scène, il faut s'y tenir jusqu'à la fin. Ce qui est vrai pour un travail plutôt réaliste, mais j'ai mis beaucoup de temps à comprendre qu'avec le style d'Eduardo Risso, et le réalisme ou non-réalisme que je peux avoir par mon dessin maintenant, on se fiche de ces questions. Ce qui libère et permet d'être extrêmement créatif sur la composition des pages. Et ça encourage l'interprétation d'une scène.

Tu mentionnes Darwyn Cooke, ce qui m'interpelle puisqu'on a souvent comparé ton style au sien. C'est quelque chose qui t'agace ou qui te flatte ?

Ça dépend des jours (rires). C'est un peu de l'ego. C'est sûr que c'est fantastique d'être comparé à quelqu'un comme lui, mais des fois tu as envie qu'on ne te compare pas et qu'on te voit toi même en tant qu'artiste. En revanche, il faut être réaliste : il fait partie de mes inspirations, ça se voit, et si les gens arrivent à voir ne serait-ce qu'un petit lien entre son travail et le mien, c'est un honneur !

On voit pas mal de récurrences de motifs dans November. C'est une technique d'insert par le dessin que tu as développée ? 

Une grosse partie était déjà présente dans le script. Le grillage représente la prison. Dee s'imagine qu'avec tout cet argent elle aura toute la liberté alors que c'est l'inverse. C'est aussi une référence au pigeonnier. Quand tu lis le livre, tu vois que ce pattern se retrouve un peu différemment dans les mots croisés. Et même dans la composition des planches quand tu vois douze cases. Qui sont des cases de texte, mais qui font aussi écho aux mots croisés. Tu as en fait le thème de l'histoire qui se retrouve en filigrane dans ces motifs.


On a trois personnages féminins principaux dans November, dont deux ouvertement lesbiens. J'imagine que c'est un choix également.

On n'en a jamais vraiment discuté avec Matt, mais je pense que oui. Ça correspond aux personnages. On en a pas fait un thème : ça fait partie de l'histoire, on montre des moments où c'et évident que c'est dans leur vie, mais ce n'est pas le fil rouge du récit. Ce sont des instants de leur vie.

Pourquoi avoir choisi de publier November en roman graphique, sans passer par le système du single issue ?

Il y a plusieurs raisons. La première, c'est que Matt et moi adorons les beaux livres, et qu'on voulait proposer d'emblée un bel ouvrage, et ne pas attendre d'avoir une édition collectée après la sortie des single issues. La seconde, c'est qu'on avait envie de prendre notre temps. De pouvoir établir des personnages sans se dire qu'il fallait une certaine avancée à la fin d'une série de vingt pages pour pousser le lecteur à acheter le numéro suivant. C'est une contrainte que le mensuel a qu'on avait pas envie de s'imposer. Enfin, comme je te l'ai dit, la manière dont les chiffres et les chapitres sont pensés dans ce livre a un sens. On n'aurait pas réussi à faire ça avec la contrainte de vingt pages, ne serait-ce que parce que les chapitres eux-mêmes n'ont pas la même pagination.

Quel rapport entretiens-tu avec l'évolution des façons de publier, notamment chez Image qui se passe de plus en plus du single issue ?

Je pense qu'il y a une volonté certaine des créateurs depuis toujours, mais plus affirmée aujourd'hui, de faire des histoires en échappant au carcan assez étouffant des vingt pages. Surtout pour le premier chapitre où tu es obligé de tout placer d'un coup. On doit se conformer à ça avec les comics mensuels. Avec l'essor d'Image, on voit que c'est un modèle de publication réalisable et tout le monde se jette dessus, car c'est plus intéressant sur le plan créatif. D'autre part le lectorat a beaucoup changé. La ligne entre les single issues et les graphic novels est plus floue qu'avant. Les créateurs sentent qu'il y a plus de légitimité et de possibilité de passer de l'un à l'autre, quand ils étaient cantonnés à un seul type avant. Il y a plus de facilité à avoir une carrière plus diversifiée.

November est un projet plus risqué par rapport aux comics de licence. C'est désormais vers ce genre de projets que tu préfères aller ?

Quand j'ai commencé je connaissais très peu les comics. J'avais énormément de choses à apprendre, et j'avais envie de complètement m'immerger dans le milieu, et par extension, aller vers les projets de licences. De travailler sur des titres mensuels, avec du super-héros, a été un très bon moyen de progresser et de comprendre cet environnement dans lequel j'aspirais à évoluer. Avec un peu de recul, maintenant que ça fait six-sept ans que je fais ça, j'ai aussi envie de travailler différemment, de me poser, et je suis prête à faire des choses plus risquées, qui me permettront de repousser mes limites et de ne pas tourner en rond.

C'est le plus grand danger pour toi de t'ennuyer ?

En effet. Je m'ennuie très vite, donc c'est un vrai souci (rires). Mais que ce soit de la licence ou du creator owned, ça ne change rien concrètement parce qu'il faut faire des pages. Mais dans le creator owned, tu peux faire ce que tu veux à cent pour cent. On peut repousser des limites et éviter d'éventuels problèmes avec les éditeurs. Mais sur un titre comme Star Wars Adventures où on avait une liberté très large, je me suis éclatée. C'est vrai, généralement que c'est un peu plus restrictif quand tu fais de la licence, mais ce n'est pas toujours le cas. J'ai surtout envie d'explorer de nouveaux univers plutôt que de reprendre des personnages, même si je les adore. Il y a quelque chose de particulier à participer à la création de personnages, et avoir son mot à dire sur leur direction.


On va passer maintenant à ton artbook, qui est encore en campagne de financement. Tout simplement : pourquoi ?

(rires) Il y a trois mois je me suis blessée à la main et je ne pouvais plus dessiner. Pierrick [Colinet] m'a dit de me reposer, mais plutôt que de ne rien faire, j'avais très envie de m'essayer à InDesign. Et là j'avais le temps de comprendre le logiciel. Je me suis dit que j'allais tenter de créer un petit sketchbook de trente pages. Et au fur et à mesure, je rajoutais des pages, et je suis arrivé à 80 pages. Est venue l'idée d'aller le faire imprimer, de le vendre en conventions, puisque ça faisait longtemps que je n'avais pas proposé de sketchbook. Puis l'idée de faire un Kickstarter. A la base je voulais le faire en février, mais j'ai appris que c'est une mauvaise idée, parce qu'après les fêtes de Noël les gens n'ont plus de sous (rires).

Je me suis donc retrouvée avec deux possibilités : soit le faire en mars, ce qui était trop tard, soit le faire tout de suite, parce que le Black Friday arrivait et que là aussi les gens n'auraient plus rien. J'avais donc une fenêtre d'un mois qui démarrait quatre-cinq jours après que l'idée soit arrivée. Du coup : pourquoi un Kickstarter ? Parce que je me suis fait mal à la main, et que je suis incapable de prendre des vacances !

Ça reste de l'auto-édition, tu ne voulais pas proposer le projet à un éditeur ?

Il y a eu un éditeur qui m'a proposé de le reprendre, mais ça ne m'intéressait pas. Déjà, parce que j'ai envie de faire ce que je veux (rires). J'ai eu envie de faire un beau livre, de pouvoir choisir le papier, de pouvoir prendre toutes les décisions du début à la fin. Pas mal de créateurs sont un peu control freak sur ce genre de projets, et l'auto-édition c'est assez idéal dans des cas comme ça. Personne n'est là pour dire qu'on ne peut pas le faire.


Comment as-tu décidé de ce que tu allais mettre dedans ?

Il y a tout une partie commission que je voulais inclure, parce que je sais que les lecteurs aiment bien retrouver en grand format ce genre de dessins, même s'ils ont pu voir ces illustrations en ligne. Ce n'est pas la même chose de les avoir imprimées sur du beau papier. J'ai donc choisi les dessins que j'aimais à peu près. C'est toujours difficile parce que ce sont des pièces avec lesquelles je ne suis pas forcément satisfaite (rires). Pour toute la partie process, storytelling, je me suis mise dans la peau d'un fan de comics, pas forcément de quelqu'un qui connaîtrait mon travail, et qui aurait envie de comprendre comment ça se passe dans la tête d'un créateur. Et c'est avec ça en tête que j'ai prise toutes les autres décisions, en me demandant si ce que j'allais mettre aurait déjà été vu ailleurs ou non. 

C'est ça qui a mené à faire l'édition commentée de November. Je trouvais que ça avait une valeur ajoutée et qu'on n'a pas vue ailleurs. Il y a tout un tas de choses acquises pour nous en tant que créateurs qui ne sont pas forcément évidentes pour le public et que je trouvais intéressantes de déconstruire, et de montrer directement sur la page. Plutôt que de parler de concepts, de parler de l'application de ces concepts. J'avais envie d'aller plus loin que les process qu'on voit d'habitude.


Avec cette édition commentée de November, on a vraiment les 80 pages annotées ?

Au départ, je me suis demandée si je n'allais pas faire simplement une édition noir et blanc. Ça a déjà été fait ailleurs, et je suis une fan du genre. Mais j'ai voulu saisir l'opportunité de pouvoir aller plus loin. Au départ, je voulais mettre des explications sur le côté des pages. Mais de cette façon, ce n'était pas assez organique. L'immersion n'était pas assez forte. Pourquoi ne pas dessiner directement sur les pages ? Surligner des passages en rouge, faire des flèches, etc ? Et ainsi, déconstruire la planche. De façon générale, j'ai un baromètre interne pour déterminer si je fais quelque chose : est-ce que je m'amuse ou non à le faire. En l'occurrence, lorsque j'ai commencé les annotations, je me suis éclatée, et je me suis dit que je tenais quelque chose.

C'est pas trop stressant de faire cette campagne ?

Je ne sais pas si stressant serait le bon mot. Bien sûr la pression de savoir si on allait être financés assez rapidement s'est assez vite résolue, mais c'est super excitant. C'est aussi extrêmement fatigant, c'est un peu un grand huit du point de vue des émotions. C'était stressant avant de lancer la campagne. Par exemple, tu n'es pas sûr du montant que tu vas choisir au départ, et au moment de le faire, j'ai raboté tous les coûts pour que ce soit au plus bas possible. Et tu as toujours peur de ne pas être financée à 100% au départ.

Pour moi, la campagne fait partie du livre. L'expérience qu'a un lecteur au-delà de l'histoire, au delà de ce qu'il y a dans le livre, à partir du moment où tu as connaissance du projet et que tu le soutiens, ça en fait partie. C'est quelque chose à laquelle j'attache énormément d'importance. La campagne est aussi importante que le livre.

Rappel : pour soutenir le premier artbook d'Elsa Charretier, c'est par ici !

De mémoire, tu avais commencé aussi avec du crowdfunding pour The Infinite Loop. Qu'est-ce qui a changé depuis ?

Ce que j'ai observé sur Kickstarter, c'est qu'il y a toute une communauté de personnes qui sont littéralement "sur" la plateforme, et qui recherchent quotidiennement des projets à soutenir. Je crois que j'ai 30% des soutiens sont venus directement depuis Kickstarter. Je ne pense pas que ça existait avant. Il y a ce qu'on appelle les super-backers, qui ont soutenu 250 à 300 projets, qui sont des personnes curieuses qui tentent plein de choses. La deuxième chose qui a changé, c'est qu'avec toutes ces années de carrière, j'ai la sensation que j'ai eu moins de travail à faire pour inspirer confiance, ou garantir que le livre verrait bien le jour. Sur The Infinite Loop, j'imagine que certaines personnes se demandaient si elles allaient revoir la somme qu'elles investissaient. Pour cette campagne, beaucoup de personnes ont soutenu dès le début. C'est pour cela que le compteur est monté très vite. 

En conclusion, tu veux nous parler de la suite de tes projets à venir prochainement ?

Les prochains volumes de November sont en cours. Du reste, c'est pour l'instant encore assez flou, mais Pierrick et moi allons faire un nouveau livre ensemble. Ce sera très fou, on va aller dans des directions encore inexplorées, et je crois que maintenant je n'ai envie que de faire des projets de ce genre. Je serai au dessin, mais pour l'instant je ne peux rien te dire de plus : quelle forme ça prendra, si on passera par un éditeur, ou par un financement, et quand ça sortira. Mais on ne se restreindra pas !

Très bien, merci beaucoup Elsa !

Arno Kikoo
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