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Le directeur créatif des studios Disney, Alan Horn, quitte son poste après neuf années de règne

Le directeur créatif des studios Disney, Alan Horn, quitte son poste après neuf années de règne

NewsCinéma

Une autre tête couronnée abdique dans le royaume merveilleux de Disney. En marge d'une grande transition des exécutifs vers une nouvelle génération gouvernée par Bob Chapek, le directeur créatif des différents studios de l'empire, Alan Horn, démissionne. Le bonhomme, âgé de soixante-dix huit ans, avait été embauché par l'ex président du groupe DisneyBob Iger, au sortir de ses années à la tête de Warner Bros.. L'habituelle salve d'hommages et le narratif de grand vénérable sans qui rien n'aurait été possible se sont évidemment amorcés dans la foulée de ce départ, prévu depuis la fin d'année dernière.

Horn d'Abondance

Diplômé de la Harvard Business School, Horn passe ses premières années de carrière dans un secteur aux antipodes de la production d'oeuvres culturelles : sorti d'école, il trouve un emploi chez Procter & Gamble, géant américain du cosmétique. Lorsqu'il n'enseigne pas le taekwondo dans son école de Los Angeles, le bonhomme se rêve en producteur de cinéma, sans être foncièrement capable de faire valoir ses atouts auprès des studios en recherche de personnel. Il finit par se reconvertir lorsque Jerry Perenchio et Norman Lear, deux vétérans de l'industrie de la télé', finissent par lui donner sa chance. Les débuts d'une ascension fulgurante qui le mènera jusqu'aux cimes de la colline hollywoodienne, poussé par une vision qui blablabla et blablabla. Vous voyez le tableau.
 
Sur un plan plus prosaïque, à l'ombre des profils élogieux du businessman accompli qui garniront les colonnes de Forbes d'ici les semaines à venir, Alan Horn avait son intérêt, tout en démontrant quelques limites manifestes en tant que grand chef d'orchestre de la création chez Disney. Le bonhomme prend la tête de Warner Bros. en 1999 et participe au développement de nombreux projets à licence : les suites de Matrix, la trilogie du Hobbit, l'ensemble des films Harry Potter, etc. Sa vision cadre avec ce que la majeure partie des grands studios proposeront plus tard, un modèle basé sur les tentpoles, des films pensés pour accoucher de suites et permettre la pérennisation de certaines licences à faire fructifier. Horn se distingue toutefois du caractère standardisé des producteurs avides de succès immédiats : le bonhomme est généralement apprécié par ses collaborateurs, Kathleen Kennedy, Rob Reiner ou J.J. Abrams, qui le présentent un facilitateur, un allié prompt à sortir le carnet de chèques et à laisser les studios et les créatifs travailler sans contraintes formelles. Une attitude relativement rare à Hollywood, où le producteur a plus généralement l'image d'un rouleau compresseur dans le processus créatif.
 
Au chapitre des adaptations de BDs, Horn commence par travailler avec Christopher Nolan sur la trilogie The Dark Knight. Le bonhomme serait à l'origine de l'embauche du metteur en scène dès Batman Begins, et aurait épaulé la mise en place du projet Inception. Les années de Warner Bros. sous sa présidence participeront à cimenter l'idée d'un studio capable de laisser les artistes s'exprimer, même sur des produits coûteux et parfois relativement risqués. Malheureusement, il finira par être poussé vers la porte pour laisser sa place à Kevin Tsujihara - à l'époque, les pontes de Time Warner cherchaient à établir une figure de proue plus jeune, pour instiller un flux de nouvelles idées à la tête de l'entreprise. Comme quoi, certains studios sont parfaitement capables de se tirer une balle dans le pied sans l'aide de qui que ce soit.
 
Horn sera ensuite arraché à la retraite par Bob Iger lui-même, en 2012. Le président lui confiera d'abord Walt Disney Pictures, puis une fonction de directeur créatif avec une solide marge de manoeuvre, en parallèle d'un vaste projet d'expansion à coups de rachats et de milliards de dollars voguant de comptes en comptes. Là-encore, le narratif d'usage commande de brosser le portrait de deux géants, main dans la main au sommet d'un béhémoth devenu le groupe culturel le plus important de l'histoire d'Hollywood, grâce à qui chaque gag réussi de Marvel Studios sonnait juste et où chaque centime largué par le spectateur attentif était le résultat du travail des deux hommes. 
 
Et peut-être que tout ça n'est pas totalement faux : lorsqu'il avait été interrogé sur la direction à donner à l'entité Marvel Studios, Alan Horn avait répondu qu'il comptait seulement "apporter le café" aux créatifs. Le producteur estimait que le groupe Marvel Entertainment n'avait pas besoin de directives, mais plutôt d'assistance pour mener à bien le plan de Kevin Feige. Du côté de Lucasfilm, Kathleen Kennedy appréciera également la liberté qui lui avait été accordée pour piloter le nouvel univers Star Wars. Le bilan est un peu plus nuancé du côté de Pixar, mais les chèques tomberont généralement à heure fixe. Au global, ce vétéran de l'industrie s'entourera d'une certaine aura, celle d'un homme apprécié de collaborateurs et respecté au sein de son petit milieu professionnel, dans les deux sens de la hiérarchie pyramidale. 
 
Sur le plan financier, les chiffres donnent raison à la stratégie d'Alan Horn. Comme directeur créatif, le vétéran a effectivement participé à la réussite des studios Disney, en tablant sur des pôles de compétences précis : les franchises. Star Wars, Marvel, les réinventions en images réelles des dessins animés d'autrefois, des succès qui se mesurent en milliards de dollars et auront motivé toute l'industrie du divertissement américain à tenter d'imiter le modèle, souvent sans résultat. Mais si la presse économique salue le génie de l'entrepreneur, ces qualités se confondent avec les limites de la méthode Disney depuis son entrée en poste. 
 
Des centaines de projets proposés à la 20th Century Fox jetés à la poubelle après le rachat du studio, la difficulté de l'entreprise à opérer sur de nouveaux univers déconnectés des propriétés intellectuelles déjà bien installées, l'accélération des productions Pixar et la qualité relative du département des films d'animation repris en "images réelles". En soi, ce point précis n'est pas nécessairement un obstacle au parcours d'Alan Horn, attendu que le moindre film a ramené de l'argent. Mais le producteur s'est souvent targué de privilégier la qualité comme adversaire du risque - or, sous son règne, force est de constater que Disney n'a pas nécessairement connu un bond qualitatif, tout en cherchant à minimiser les risques au fur et à mesure des années. Souvent présenté comme un créatif en costume de producteur, Alan Horn serait donc le grand ingénieur de la créativité à la Disney, responsable de la vision productiviste et expansionniste d'un studio de moins en moins ouvert aux nouvelles idées. Le bras droit de Bob Iger, prolongement naturel de sa philosophie optimiste sur le rôle des marques dans le paysage culturel moderne, avec l'ambition de captiver sur les productions de "flux".
 
On retiendra surtout l'une des dernières prestations de Horn sur la scène publique il y a quelques années, au moment du licenciement de James Gunn. Lorsqu'une poignée d'activistes d'extrême-droite lançaient une campagne de dénigrement envers le papa des Guardians of the Galaxy, le président de Walt Disney Pictures se chargera lui-même de mettre le cinéaste à la porte, sans ménagement. Ce licenciement abrupt entraînera une vague de soutien en direction de James Gunn, au sein des proches de Marvel Studios comme du public et de quelques éditorialistes spécialisés. 

Horn finira par revenir sur sa décision après s'être entretenu avec James Gunn, qui assurera de son côté n'avoir aucune rancoeur envers cette figure respectée de l'industrie du divertissement. Le metteur en scène sera réinstitué à la tête de Guardians of the Galaxy vol. 3. Dans l'intervalle, celui-ci aura même le temps de signer la meilleure adaptation de DC Comics pour le compte de Warner Bros. de ces dernières années, The Suicide Squad, comme si Alan Horn avait encore un dernier cadeau en poche pour ses anciens collaborateurs de Warner Bros. (vous voyez, tout est une question de point de vue). 
 
Sur le papier, le départ d'Alan Horn était attendu depuis la fin d'année dernière, lorsqu'Alan Bergman avait été nommé à un poste équivalent pour assurer la transition. Le groupe Disney devrait se remettre de son départ sans encombres, à supposer que sa logique d'entreprise soit bel et bien devenue un mantra pour celles et ceux qui se chargeront de poursuivre son travail. La rédaction du New York Times observe toutefois que cette démission intervient dans un cadre plus large de transition générationnelle : Zenia B. Mucha, responsable de la communication pour Disney, Jayne Parker, à la tête des ressources humaines, Steve Gilula et Nancy Utley, qui dirigeaient Fox Searchlight, et Gary Marsh, un vétéran du département télévisuel, ont également prévus leurs départs successifs d'ici à la fin de cette année. Surtout, Bob Iger, encore en poste pour superviser la transition vers la présidence de Bob Chapek et épauler le nouveau patron pendant la difficile période de la pandémie, devrait bientôt quitter les lieux. Cette fois, pour de bon.
 
Récemment, la rédaction du Hollywood Reporter publiait un long éditorial sur les différences fondamentales dans la gestion du groupe entre ces deux têtes pensantes (à lire), avec un point de vue digéré sur les premiers pas de Chapek en tant que président. Le bilan n'est pour le moment pas particulièrement enthousiasmant, avec de nombreux créatifs s'estimant maltraités par Disney depuis peu, et la migration des contenus vers Disney+ posant de nouveaux problèmes de répartition des gains. Avec le départ d'Alan Horn et des autres grands champions de l'écurie Bob Iger, la période faste de l'ascension du groupe semble sur le point de prendre fin, pour démarrer un nouveau chapitre dans la vie du groupe Disney, avec d'autres objectifs et un rapport au hiérarchique à penser différemment.
 
Corentin
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