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Mystique : Femme Fatale - L'espionne à la peau bleue

Mystique : Femme Fatale - L'espionne à la peau bleue

ReviewPanini
On a aimé• Drôle
• Quelques commentaires politiques bien trouvés
• Michael Ryan reprend les dessins dès le deuxième arc
On a moins aimé• Les dessins de Jorge Lucas
• Manque de personnalité
• Une avalanche de stéréotypes
Notre note

Avant d'entamer sa transformation en singe géant des comics indépendants aux Etats-Unis, Brian K. Vaughan a longtemps frayé avec les séries de routine de Marvel. De cette période sortiront quelques faits importants, parmi lesquels l'invention des Runaways, un passage sur les Ultimate X-Men, une collaboration capitale avec son futur partenaire Marcos Martin sur Doctor Strange : The Oath, et la série Mystique. Le scénariste de Cleveland attaque le projet en parallèle d'autres boulots plus personnels chez DC, avec Y : The Last Man (Vertigo) et Ex Machina (WildStorm). 
 
Le marché des comics n'a alors pas tout à fait la même allure. Vaughan garde un pied chez Marvel tout en cultivant ses propres séries à côté, une sorte de job alimentaire en attendant de pouvoir vivre des fruits de son travail, ou bien, à ce moment là, peut-être aussi l'envie de faire le tour de la question des super-héros avant de passer à autre chose. La série Mystique était rééditée récemment par Panini Comics au format Deluxe. L'occasion était toute trouvée pour poser un regard rétrospectif sur ce Vaughan là, ou de proposer aux amateurs de la guerrière polymorphe une petite aventure solitaire (le fait est que Mystique n'aura pas eu droit à énormément de séries indépendantes du reste des X-Men, malgré sa grande popularité). En résumé ? C'est bien. Et c'est déjà bien.

 

La série X-Men suit une tactique de mise en place très habituelle pour ces personnages qu'on essaye généralement de déconnecter d'un groupe : sortie de ses liens de routine avec le reste du paysage mutant, Mystique va devenir une espionne pour le compte de Charles Xavier et enchaîner les missions autour du monde. Le vieux chauve a besoin d'un coup de patte pour empêcher une frange de l'armée cubaine d'exterminer les premières poches de mutanité locale, et va faire appel à l'héroïne pour s'infiltrer dans le pays. Suivront la Corée du Nord, l'Afrique du Sud, et autres points chauds de conflits suffisamment politiques pour laisser à Vaughan l'opportunité de s'amuser un peu avec ses cours de géo'. 
 
Difficile de ne pas reconnaître un accent particulier dans cette proposition, éditée à une époque où Marvel s'était réorganisée autour d'une certaine façon de faire, voire d'une certaine façon de parler. Les dialogues mitraillettes de Brian Bendis ou Mark Millar, peuplés de référence à la culture populaire, ancrés dans un réel géopolitique pour ces Etats-Unis passés après le 11 septembre, se ressentent immédiatement dans le style de Brian K. Vaughan. La série est rythmée, enchaîne les situations et les échanges de répliques en cherchant généralement à jouer sur l'humour des situations ou des parallèles avec d'autres codes de fiction, James Bond ou Charlie's Angels en tête. Des références à l'administration Bush, à la politique intérieure de Fidel Castro ou à la fin de l'Apartheid s'insèrent dans les différentes histoires empaquetées dans ce premier volume, en accord avec un esprit d'époque, lorsque les Etats-Unis s'étaient décidés à retrouver leur rôle de gendarme et où les super-héros s'autorisaient un pan plus ouvertement engagé.
 
Les dialogues fusent, les situations bougent, et Brian K. Vaughan semble bien s'amuser dans cette parabole musclée sur l'espionnage accordé au tempo des X-Men. Des références culturelles d'époque, avec une Game Boy Advance ou des blagues sur les services de téléchargement des débuts du web, des situations gaguesques ou des hommages aux Bond de l'époque Sean Connery, l'esprit général est ludique et peuplé de petites idées. Quitte à se prendre à son propre piège : la série assume très vite un gros manque d'enjeux réels, avec pour seul élément de liant entre les missions une sous-intrigue en forme de fil rouge organisée autour d'une figure mystérieuse, tapie dans l'ombre sous une toge comme les vrais méchants ont l'habitude de le faire. Mystique passe très vite de son statut de terroriste menaçante au lourd passé criminel à un rôle d'espionne sexy et blagueuse, provocante et vaguement gamine, une analogue de Catwoman si Catwoman avait abandonné le grand banditisme pour devenir une espionne au sein de la Batman Inc.
 
 
 
Vaughan s'enfouit un peu vite dans toute une batterie de stéréotypes (des trucs comme la "heroic seductress" ou la "good bad girl", entre autres archétypes poussiéreux de personnages féminins qui ont eu droit à leur propre nomenclature). Cette Mystique à la croisée des chemins entre Black Cat et Harley Quinn devient vite un simple motif, attachante mais très interchangeable et probablement décevante pour les lecteurs de longue date compte tenu de la rareté des titres qui lui ont été consacrés au fil de son existence éditoriale. Le sous-titre Femme Fatale n'est pas usurpé à cet égard : l'écriture de Vaughan appelle à cette envie furieuse de s'amuser avec un personnage féminin en usant de toutes les techniques de jeune con parachuté sur ce genre de jouet scénaristique. Mystique représente l'archétype de la femme fatale remise dans le droit chemin par une paire de héros masculins bien intentionnés, et ne trahit sa condition de force indomptable que dans ses quelques saillies humoristiques. 
 
Le reste du temps, son caractère se borne à un simple rôle de femme d'action, docile et pas forcément aussi bestiale ou terrifiante que dans ses incarnations précédentes. Dommage, pour un personnage qui a longtemps représenté le refus de se conformer au système et l'avatar d'une rébellion sans compromis. A moins que le scénario de Vaughan soit moins coupable que le trait de Jorge Lucas, qui assume de son côté une série de postures ou de tenues destinées à un lectorat très adolescent. Certaines tenues ou certaines cases surligne en fluo ce parti pris esthétique très affirmé : les personnages féminins de la série, et pas seulement Mystique, n'échappent pas au diktat des tailles fines et des poitrines apparentes. Quitte à surjouer certaines séquences, ou à justifier que l'héroïne assume les robes coupées court, attendu que son rapport au corps n'est pas celui du commun des mortels.
 
 
 
Au cas où la chose ferait débat : il est bien sûr assez normal de retrouver une charge de sensualité chez le personnage de Mystique, qui évoque la figure de la femme fatale depuis ses pouvoirs jusqu'à son caractère. En revanche, il est tout aussi normal d'attendre un peu plus d'originalité dans la mise en scène de ces codes : Lucas ne fait aucun effort pour rendre l'exercice intelligent ou inventif, en se cantonnant à des postures racoleuses, des designs sans idées et l'un ou l'autre string apparent, en plus de ne faire aucun effort sur les Sentinelles ou dans la mise en scène au sens large. Le méchant ressemble à Heisenberg mais ne vend pas de drogues, bref, une longue série de fautes de goût. 

Le scénario de Vaughan évoluera mieux entre les mains de Michael Ryan, qui reprend les dessins à partir du deuxième arc. Des contours plus travaillés, un travail général qui appuie davantage sur les crayonnés et les aplats de couleurs, et une Mystique plus expressive qui obtient un visage, une présence, un caractère authentique. L'équipe créative ne renonce pas à jouer la carte du sexy, mais on pardonne plus facilement à Ryan cette envie de s'amuser compte tenu de l'emballage général, du travail sur les transformations et des décors plus nets, avec une héroïne moins formée sur les critères du regard adolescent. 

Côté scénario, Vaughan est aussi à un meilleur niveau dès ce deuxième arc, en s'autorisant une parabole entre la ségrégation en Afrique du Sud et le combat de Mystique contre l'intolérance. Les dialogues sont aussi plus efficaces, entretenant une bonne dynamique avec le petit Shortpack, équivalent local de Bosley ou du Jerry des Totally Spies, et les tentatives pour trouver de nouvelles idées pour les pouvoirs de l'héroïne paraissent plus pertinentes (ou plus adaptées au registre de l'espionnage) que dans le segment cubain et sa Mystique à deux têtes. Dans l'ensemble, ce passage reste amusant, malgré un manque d'efforts pour construire des antagonistes intéressants. Hélas, la série changera encore de mains ensuite pour être récupérée par Manuel Garcia, pas forcément à niveau.

 

D'une manière générale, la série Mystique reste une lecture agréable, dans les clous de ce qui pouvait se faire à cette période précise de l'histoire de Marvel. Des dialogues efficaces, souvent assez drôles, des super-pouvoirs mis au service du genre, une envie générale de s'amuser en retournant aux plaisirs simples de l'adolescence masculine : l'espionne sexy et blagueuse, la méchante au grand coeur, etc. Proportionnellement au reste de la bibliographie de Brian K. Vaughan, le titre reste toutefois assez faible, et accuse le coup de vieux de cette époque où la moindre héroïne vaguement connectée à l'axe des super-méchants se retrouvait enfouie sous une avalanche de stéréotypes. Faites l'exercice : remplacez Mystique par Black Cat, Xavier par Nick Fury et Vaughan ou Lucas par Dan Slott et Mark Bagley, et le titre aurait sensiblement la même énergie. Loin de chercher à donner une tribune à cette héroïne très particulière, terroriste, rebelle, fascinante, l'éditorial de l'époque optera pour sa facilité en se cantonnant à une bonne série d'espionnage, sans chercher à creuser le passé du personnage ou à profiter de cette aventure en solitaire pour développer un axe plus personnel. En résumé, un ensemble sympa, ludique, mais qui manque de personnalité et d'efforts, et pêche par une ronde de dessinateurs très inégale et incapables de se mettre d'accord sur les dosages de sensualités.

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Corentin
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