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CODA Omnibus : sublime, sublime fantasy

CODA Omnibus : sublime, sublime fantasy

ReviewIndé
On a aimé• Un univers d'une richesse et générosité visuelle dingue
• Les codes de la fantasy maîtrisé et réinventés
• Une intrigue qui surprend de bout en bout
• L'interrogation sur la place du narrateur dans un récit
On a moins aimé• Quelques arrière-plans un peu vides
Notre note

Bien qu'il ne soit pas le genre dominant dans la bande dessinée américaine, la fantasy se fait de plus en plus présentes, et accueille avec elle nombre d'oeuvres envoutantes. De Maestros à Monstress, en passant par d'autres récits qui en empruntent des éléments (comme Once and Future), la formule sait s'adapter en fonction des équipes créatives. Pour les amateurs du genre, disons le d'entrée de jeu : il serait criminel de passer à côté de CODA, que Glénat Comics sort en cette fin d'année sous la forme d'un "omnibus", qui contient l'ensemble des douze numéros de cette maxi-série parue chez Boom! Studios, un éditeur qui s'impose de plus en plus dans l'offre indé'. Si Spurrier, qui avait déjà livré l'excellent Le Beffroi (disponible chez Akileos), revient à la fantasy, avec une approche différente, mais comme toujours, un univers qui lui appartient, fourmillant d'idées, et superbement illustré. Un indispensable de cette fin d'année.

CODA nous emmène dans un monde où la magie a disparu après un cataclysme. Le monde est à de nombreux endroits désolé, Spurrier mêlant les codes de la fantasy classique avec le registre post-apocalyptique. Là, une cité tente de vivre en autarcie en se protégeant des attaques extérieurs. Ici, un squelette de dragon demande à ce qu'on lui gratte les os, puisque l'espèce reste immortelle, condamnée à cet été par l'absence de magie. C'est pourquoi la substance qui permet de la pratiquer, l'Ichor, est source de toutes les convoitises. Hum (prononcer comme un grognement) est un barde renfrogné, pas vraiment courageux, mais qui est bien décidé à faire ce qu'il faut pour aider à délivrer sa femme, retenue prisonnière dans de circonstances mystérieuses. Le voilà parti dans une aventure aux tournants imprévisibles, accompagné d'une pentacorne qui ne s'exprimer qu'en jurant.


Partant de ce point de départ, Si Spurrier nous emmène dans des directions toujours nouvelles au fil des douze chapitres qui composent cette aventure. L'univers de CODA dispose d'une richesse complètement folle, qui ne cesse d'émerveiller à chaque page. L'auteur connaît les ficelles du registre, et s'amuse à les détourner, tant pour intéresser que surprendre le lecteur. On reconnaît ainsi des archétypes classiques, mais l'idée est de se jouer d'eux. Avec Hum comme personnage principal, un barde qui consigne ses mémoires à l'écrit (n'ayant que peu de personnes à qui parler), le lecteur se fait également observateur, et tout autant berner dans ses conceptions et ses préjugés que ce dernier. On aperçoit par exemple dans le récit une forme d'être démoniaque, sombre (pensez Sauron) à la tête d'une gigantesque cité tirée par un géant. Hé bien, attendez vous à être surpris - désolé, difficile d'en dire plus sans spoiler, mais cet exemple n'en est qu'un parmi d'autres : CODA maîtrise les codes de la fantasy tout en sachant s'en amuser. En découle un plaisir de lecture immédiat.


Sur la figure même du héros, Spurrier tort les poncifs. Hum n'a rien d'héroïque, mais reste persuadé de savoir ce qu'il doit faire dans ce monde désolé, pour "sauver" sa compagne. Toutes ses décisions sont prises en ce sens, mais le souci, c'est qu'il ne remet jamais en question ses objectifs, et encore moins en discutant avec celle qui est directement concernée. On inverse un peu les rôles, on questionne les codes du récit héroïque, et de la nécessité forcément justifiée du personnage masculin de prendre les décisions à la place des autres. CODA, à ce titre, regorge de protagonistes féminins haut en couleurs, mais pas seulement. De la délicieuse Pentacorne grossière à une tête parlante, d'une sirène lubrique à un ordre de chevaliers dont la prestance est en désuétude : toutes les pages sont là pour vous inviter à imaginer, encore et toujours plus, et à partir avec l'équipe créative dans ces contrées pleines de couleurs et de vies. 

Il faut en effet souligner le travail tout à fait exceptionnel de Matias Bergara aux dessins. Le trait du dessinateur est très fin, et permet à ce dernier de remplir ses cases jusqu'à plus soif. Bergara est d'une générosité sans pareille, avec des idées, des concepts qui fusent tous les chapitres : il ne s'agit pas simplement de raconter une histoire, mais bien de donner vie à un univers tout entier, à raconter son vécu jusque par les décors. Tout est pensé, structuré, ordonné et en même temps débordant d'énergie, à se demander si Spurrier n'a pas aussi laissé quelques coudées libres à l'illustrateur, dont on sent le plaisir qu'il prend à coucher certaines scènes contemplatives, ou au contraires spectaculaires, sur le papier.


Quelque part, CODA rappelle un univers luxuriant et coloré tel que celui des Lanfeust, tout en allant forger sa propre identité. Le travail sur les couleurs donne de l'énergie à l'ensemble - et si ce n'est qu'on peut lui reprocher parfois une utilisation qui masque certains manques de décors, le reste est un régal pour les yeux. Quelques scènes à elles seules (ne serait-ce que la première arrivée de la Pentacorne) justifieraient presque l'achat du tome complet. Certes, la patte de Bergara ne sera sûrement pas aux goûts de tout le monde, mais même si on ne l'appréciait pas, le talent du bonhomme est indéniable, et son envie de donner naissance à tout un monde force le respect. L'un dans l'autre, l'imagination de Spurrier et Bergara se répondent pour faire vivre une terre où les inspirations multiples se mêlent, se mélangent, et forment leur propre terreau d'imaginaire. A donner envie de se perdre dans ces contrées pour une douzaine d'autres numéros.

Pour les amateurs de fantasy, d'oeuvres-univers, d'intrigues surprenantes, de retournements de situations, CODA est fait pour vous. Pour les autres, on vous incitera à faire preuve d'un poil de curiosité, car le voyage proposé par Spurrier et Bergara est tout simplement exquis. Généreux, drôle, sachant jouer sur les codes de la fantasy et les réinterpréter dans une optique moderne, le récit est une bouffée d'air frais dans le registre, qui doit autant sa réussie à l'intrigue de son auteur qu'à la prestation incroyable de son artiste. Un coup de coeur, s'il y avait encore besoin de le préciser.

- Vous pouvez commander CODA omnibus à ce lien

Arno Kikoo
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