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Batman Curse of the White Knight : un anti-Dark Knight Returns de haute volée

Batman Curse of the White Knight : un anti-Dark Knight Returns de haute volée

ReviewUrban
On a aimé• Murphy casse tout, et le fait bien
• Cette Harley Quinn, vraiment <3
• Un Azraël débordant de charisme
• L'intégration du sympathique one-shot Von Freeze
• Dans l'ensemble magnifique visuellement
On a moins aimé• Le propos politique désormais à peine effleuré
• Quelques visages un poil ratés
• Parfois gratuit dans sa violence
Notre note

Deux ans après la sortie chez Urban Comics de Batman : White Knight, l'éditeur français remet le couvert avec le second opus de la trilogie orchestrée par Sean Murphy. En profitant de sa propre enclave dans le DC Black Label, l'univers façonné par le dessinateur vedette se permet d'aller bien plus loin que le premier tome, qui décevait en n'allant justement pas au bout de ses idées. Si Murphy a pu surprendre, entretemps, du point de vue de ses opinions personnelles (et ses liens curieux avec une certaine partie du l'extrême-droite des comics), Curse of the White Knight délaisse quelque peu le discours politique pour aller explorer en profondeur le mythos Wayne. L'auteur en profite, pour ainsi dire, pour tout casser. Et ça fonctionne carrément.

De quoi Batman est-il le nom ?

Dans le grand final de Batman : White Knight, Jack Napier avait succombé à sa personnalité du Joker et était réenfermé une fois de plus dans l'Asile d'Arkham. Le discours du versant "homme politique" (et supposément sain) du Clown Prince du Crime avait permis de convaincre l'opinion publique des conséquences néfastes de l'action de Batman sur les populations les plus pauvres de Gotham City. Conscient de ses responsabilités, le Chevalier Noir s'est donc mis en tête de soutenir une fondation caritative pour de se racheter, mais doit malgré tout continuer de jouer les justiciers. Particulièrement lorsque le Joker s'échappe, promettant de délivrer à son ennemi juré la plus grande blague de l'histoire de Gotham, qui pourrait mettre le héros à terre. Au même moment, un Jean-Paul Valley en phase terminale de cancer reçoit l'illumination divine et décide de purger la ville de son plus grand fléau : Batman lui-même.


Il est évidemment recommandé d'avoir lu White Knight premier du nom pour percevoir tous les enjeux du récit, et se remettre dans le bain sur cet univers, propriété privée de Sean Murphy dans lequel plusieurs personnages ont vu leurs statu quo profondément bouleversés. Curse of the White Knight opère d'ailleurs sur la base de ce postulat - le but est clairement d'aller questionner ce qui fait réellement l'importance de Batman en tant que protecteur de la ville. Comme d'autres avant lui, en allant explorer le passé de Gotham, Murphy cherche à renverser les codes, à surprendre son lectorat ; en définitive, à casser toute la mythologie du Chevalier Noir en remontant aux origines de la cité maudite. Si l'intrigue se repose sur quelques effets de manche disséminés ça et là, le modèle fonctionne dans les grandes lignes.

C'est à dire que Sean Murphy réussit à la fois à donner une autre allure à son Batman, même si, au fil des huit chapitres du volume, il détruit quasiment tout ce qui fait l'identité du super-héros. Seule son âme (et une caractéristique essentielle) est épargnée. De l'origine des Wayne au lien qui oppose Bruce à Azraël, du développement de Harleen Quinzel (franchement l'une des plus grandes réussites de ce Murphy-verse) aux évènements choquants qui touchent certain des membres les plus iconiques de Gotham, il y a de quoi être surpris, interloqué, perturbé. Mais Murphy respecte ses personnages - malgré certaines séquences coup de poing, comme celle de l'Asile d'Arkham en milieu de volume. La démarche (iconoclaste) trouve une justification pour ramener Batman à son essentiel : sa soif de justice, qui dépasse le seul cadre du costume et des possibilités que Bruce Wayne peut faire du côté civil. Seul souci : en mettant l'accent sur cette mythologie, les allusions politiques qui reviennent à quelques endroits paraissent légèrement désuètes, là où elles mériteraient justement d'être mieux développées. En dehors de l'album en lui-même, on sait que Murphy hésite à se positionner (pour vendre aux lecteurs de tous bords politiques, bêtement), et les changements éditoriaux chez DC Comics ont pu avoir aussi un effet sur un discours devenu plus terne. Dommage.


Une partie graphique toujours splendide

L'intérêt d'avoir Sean Murphy sur un titre Batman, tout au long de ces huit numéros, reste le point fort de la saga White Knight : tout est beau. Les efforts dans la composition des planches sont moins marqués que dans le précédent récit, ou peut-être l'effet de découverte a disparu, mais le dessinateur, bien aidé par les couleurs de Matt Hollingsworth, livre des pages qu'on ne se lasse pas de contempler. Son trait anguleux donne vie à une Gotham City aux caractéristiques uniques, la réinterprétation des designs de certains personnages est inventive et réussie : concernant Azrael, on prend un plaisir fou à le voir évoluer, tant dans son costume classique et chevaleresque qu'en Batman de substitution, avec un rendu plus moderne que ce que Knightfall proposait il y a trente ans.


Les flashbacks permettent aussi à Murphy d'explorer une époque plus ancienne. Le XVIIe siècle lui ouvre un autre champ d'expression architectural avec une envie de retranscrire les bâtisses d'autrefois, de même que les costumes qui sentent bon les combats de cape et d'épées (il y en a plusieurs) ou quelques magnifiques navires où la passion de l'artiste pour les véhicules de tous genres se retrouve, immanquablement. A cet égard, les fans de la Batmobile (vroum vroum) seront une fois de plus ravis. Enfin, le découpage est au service d'une narration qui accompagne les effets de surprise, carré et très efficace. La violence graphique pourra surprendre au détour de quelques instants particulièrement rudes - on se souvient que si le DC Black Label est encore bien pudibond sur la question de la sexualité (on reste dans une prod' américaine), il se montre bien plus laxiste sur la démonstration de la violence. Parce que tuer, oui, mais faudrait pas non plus choquer les gosses.

On se plaira malgré tout à retrouver une action parfois démesurée, avec un avantage certain d'avoir placé Azraël dans le récit : les combats à l'arme blanche, qui permettent également l'hommage au célèbre affrontement au fleuret de Batman lorsque ce dernier était dessiné par Neal Adams. Du reste, le chara design est inspiré, même si tout n'est pas exempte de défauts, notamment sur la question des visages, et de certains yeux qui donnent un aspect particulier aux personnages. Malgré tout, à moins que vous détestiez le dessin de Murphy, vous en aurez largement pour vous satisfaire les rétines. Notons également la bonne idée d'inclure le one-shot Von Freeze illustré par Klaus Janson, première pierre du développement du Murphy-verse (avec une mini-série Harley Quinn à venir prochainement). L'interlude n'est pas indispensable mais permet d'explorer le passé de la famille Fries de cet univers et d'avoir un Janson décidément toujours en forme après toutes ses années de carrière. Un bonus sympathique en sus des habituelles couvertures et croquis en fin d'album, permettant d'achever une lecture bien copieuse.


En terminant Batman : Curse of the White Knight, il apparaît que Sean Murphy livre un second opus plus abouti que son premier essai. En délaissant l'aspect politique (qu'il n'osait pas mener jusqu'au bout) pour se concentrer sur la mythologie du Chevalier Noir, l'auteur livre un récit prenant, qui se permet de casser à peu près toutes les fondations de Batman tout en respectant le personnage, son univers, avec une jolie porte ouverte pour l'ultime volet d'une trilogie qui devrait rester dans les mémoires quelques temps. Servi par un dessin de haute volée, un Azraël proprement monstrueux, et une Harley Quinn parmi les plus intéressantes de ces dernières années, Curse of the White Knight est une belle confirmation et montre ce que le Black Label peut offrir quand ses auteurs bénéficient d'une presque carte-blanche. En espérant que Beyond the White Knight et les futurs spin-offs restent dans cette veine, on y reviendra avec plaisir !

 - Vous pouvez commander Batman : Curse of the White Knight à ce lien

Arno Kikoo
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