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Punk Mambo : retour au Valiant percutant qui nous plaît tant

Punk Mambo : retour au Valiant percutant qui nous plaît tant

ReviewIndé
On a aimé• Une mini-série qui compte pour le personnage
• La mythologie et le bestiaire vaudou développés
• Une performance brillante de Gorham pour cet univers
• Une bonne porte d'entrée sur le Valiant mystique
On a moins aimé• Quelques arrière-plans vides
Notre note

Dans l'après Harbinger Wars : Blackout, un évènement qui avait fait les frais d'importants remous éditoriaux chez Valiant Comics, il faut reconnaître que les projets soufflaient le chaud et le froid. Aux côtés d'un excellent Vie et mort de Toyo Harada, on retrouvait un Incursion sympathique, mais qui souffrait aussi d'ingérences éditoriales, et un La Reine Oubliée totalement oubliable. Après la relance très rentre dedans de Bloodshot au printemps dernier, force est de constater que Punk Mambo, l'une des nouveautés estivales de Bliss Editions, nous rappelle pourquoi on aime replonger régulièrement dans l'univers Valiant.

Punk Mambo est une mini-série en cinq numéros se concentrant sur ce personnage d'habitude secondaire à l'univers mystique et horrifique propre à Shadowman - et qu'on avait également retrouvé dans le sympathique crossover Rapture. Praticienne des arts occultes et de la magie vaudou, tout en étant originaire des quartiers punks et sales d'Angleterre - forcément, puisque c'est à Peter Milligan, fou furieux so british, que l'on doit le personnage, dont les origines sont éclaircies dans ce volume avec un #0 qui y est bien intégré - l'occasion comme toujours de souligner l'efficacité du travail éditorial tant de Valiant pour l'album que de Bliss qui nous l'apporte jusqu'ici. Victoria Greaves-Trott, donc, de son vrai prénom, est bien plus âgée que son apparence laisse indiquer, et s'occupe généralement de combattre les forces démoniaques à l'aide d'esprits qu'elle a capturé, les loas. Mais le jour où son compagnon d'aventure lui est arraché, alors qu'elle vadrouille du côté de la Nouvelle-Orléans, c'est une part de sa raison d'être qui lui est enlevée. En découle une enquête où mysticisme, démons et pouvoirs vont bruyamment s'entrechoquer.


Que l'on soit fan ou non du travail de Cullen Bunn, force est de reconnaître que l'auteur sait y faire dès lorsqu'il s'agit de fantastique ou d'horreur. Punk Mambo est donc un titre parfaitement adapté à son style, et ce dernier ne se fait pas prier. On imagine a priori qu'il a su mener ses recherches pour développer la mythologie liée au personnage - et si vous avez déjà quelques connaissances dans les représentations pop culturelles du vaudou, certains figures devraient vous parler - par exemple, l'illustre figure historique de Marie Laveau, considérée comme la reine du vaudou. Entre prêtres occultes et "tontons", les rôles sont savamment distribués, permettant de développer la mythologie autour des cultes pratiques en Louisiane, ce qui permettra aussi de profiter d'un bestiaire on ne peut plus efficace au gré de l'intrigue. 

Le récit ne s'embarrasse pas de temps mort : Punk Mambo agit vite, profite de ses diverses rencontres pour aller de l'avant, se bat dès qu'il faut le faire, avec une énergie qui fait que tout le monde n'arrive pas à la suivre. A la force de son expérience, l'héroïne conserve un esprit rebelle et indépendant -  le lectorat ne sait pas forcément à quoi s'attendre, avec quelques réactions surprenantes, mais toujours bien amenées. D'ordinaire, les mini-séries de la sorte, que ce soit chez Valiant, peuvent laisser un goût de trop peu, mais Bunn profite très bien de l'espace alloué pour mettre en valeur son personnage, son univers, son background, et donne envie d'y retourner une nouvelle fois. Ce qui semble bien être au programme : on sera partant en tout cas.


On ne saurait pas faire les seuls compliments à Bunn pour la réussite de ce tome, puisqu'un grand mérite revient également à Adam Gorham. Le trait un poil rugueux du dessinateur, assorti à un encrage haché, donne un sentiment de dessin "brut" qui colle clairement à la personnalité de Punk Mambo. Même si certains arrière plans peuvent se montrer vide par endroits, l'artiste sait occuper l'espace dans ses planches. Au plus près de son héroïne lors des dialogues, vers des angles plus larges pour bien positionner les personnages lors d'affrontements parfois très graphiques, Gorham maîtrise "sa caméra". L'action est aussi lisible que prenante, les effets de lumières et de magie, grâce au coloriste José Villarrubia, donnent une ambiance crédible : on s'y perd dedans.

Autrement que dans la technique pure, c'est dans le design que le dessinateur réussit également son coup. Victoria a une allure atypique, assez éloignée des archétypes habituels de personnages féminins (du moins, sur le plan physique), et l'artiste arrive à intégrer ce côté punk dans un récit aux influences complètement opposées - le décalage avec l'ambiance de la Louisiane ou d'Haïti est marqué - et pourtant, cela fonctionne. Sur le plan des monstres, on sent également qu'il y a eu un travail de recherches derrière le bestiaire de Punk Mambo, ce dernier étant réussi. A ce titre, l'allure de Tonton Macoute (en illustration) est proprement effrayante. En somme, une partie artistique réussie, et l'on mentionnera également Robert Gill, co-créateur du personnage, et artiste sur le numéro #0, lui aussi très à l'aise dans l'ambiance horrifique et de chouettes restitutions d'ambiance des quartiers punks d'Angleterre des années '70.


On le disait en ouverture, des mini-séries plus récentes de Valiant n'avaient pas réussi à nous convaincre, et connaissant le contexte de la période de publication à l'époque, on pouvait y mettre un certain lien avec l'éditorial sur la qualité des titres. Sans vouloir trop supposer, la présence de Lysa Hawkins dans l'équipe éditoriale originelle, qui a depuis été promue éditrice senior chez Valiant, ne saurait être vue que d'un bon oeil. En tous les cas, l'équipe qui a porté le projet avec ses créatifs peut être fière du travail accompli. Du côté du lecteur, on vous recommande le récit sans hésitation, avec une impatience prononcée pour la suite des aventures. 

En conclusion, Punk Mambo est tant une porte d'entrée sur une partie de l'univers Valiant qu'une jolie découverte pour ceux qui n'avaient pas encore exploré son côté mystique, qu'une bouffée d'air frais pour les plus réguliers. La mini-série de Cullen Bunn est efficace dans ce qu'elle a à raconter de son héroïne, avec un récit qui va à l'essentiel, fait avancer son personnage, et offre une belle exposition à un Adam Gorham qu'on aura plaisir à retrouver pour la suite. Un joli album à ajouter dans votre collection, on remercie Bliss Editions pour cela !

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Arno Kikoo
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