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Un soupçon d'héroïsme : enquête policière et super-héros à la française font bon ménage

Un soupçon d'héroïsme : enquête policière et super-héros à la française font bon ménage

ReviewIndé
On a aimé• Des personnages atypiques en pagaille
• Une mythologie super-héroïque à la française travaillée
• Un côté Minutemen bienvenu
• Riche en rebondissements
On a moins aimé• Quelques formulations un peu bancales
• Une conclusion un poil abrupte
Notre note

Si l'on a déjà pu traiter par le passé sur Comicsblog de livres sans images, l'exercice nous pousse surtout à chroniquer des essais et autres livres plutôt analytiques sur la culture comics. Et pourtant, nous arrive aujourd'hui l'occasion de vous parler d'un roman où les super-héros ont leur place. Qui plus est, un roman français. Avouez, vous ne vous y attendiez pas non plus.

Clément Reychman est un auteur ayant résidé à Paris et vivant actuellement dans le sud de notre beau pays. Un soupçon d'héroïsme, paru au début de l'année, est son premier roman, et se révèle fort distrayant pour un premier essai. Surtout au vu de la taille, puisque l'auteur vous emmènera dans son récit sur plus de six cent pages. L'idée initiale est de proposer une enquête policière composée de personnages hauts en couleurs et assez atypiques, avec un style qui mêle humour et punch à souhaits. Sauf qu'au fur et à mesure du déroulé de l'intrigue, la part super-héroïque s'immisce de plus en plus fortement. Sans en être le sujet principal, la composante et l'angle choisis sont réellement intéressants.

N'allons pas trop vite, et exposons le pitch (framboisé) : l'inspecteur Seydou Bakayoko, un flic efficace mais dont l'amour des pétards et des femmes a rendu la vie quelque peu chaotique, est dépêché pour enquêter sur la disparition d'un jeune adolescent, Oxmo. Il est aidé pour cela d'un autre policier, Don Macassar alias "Sponge Don", venu des Etats-Unis, complètement décalqué dans ses habitudes de vie. En somme, un duo que beaucoup de choses opposent, forcé de travailler ensemble pour résoudre une affaire forcément bien plus tortueuse qu'il n'y paraît. Petit à petit, les trouvailles de cette fine équipe vont lier l'affaire à un groupe de super-héros français, les Hyper Champions, employés il y a plusieurs décennies par le gouvernement dans la tentative d'en faire une force spéciale plus ou moins secrète, et qui reste à l'état de légende urbaine aujourd'hui.

Reychman nous emmène dès le départ dans son univers, résolument chaotique. En sus d'être tous plus perchés les uns que les autres, ses personnages (par ailleurs nombreux, le rappel de chacun en fin d'ouvrage est bienvenu) sont souvent affublés de nom invraisemblables, et ce n'est pas Jeanne Templesta-Planchet qui nous dirait le contraire. Mais ce petit côté décalé, un poil bizarre, alors que le récit se déroule dans un Paris plus vrai que nature, créée ce genre de fracture qui séduit. Il y a de la personnalité dans l'écriture, avec un phrasé qui sonne juste la plupart du temps, si ce n'est dans l'utilisation de quelques formulations curieuses (ou alors nous étions les seuls à n'avoir jamais entendu parler "d'aromates" pour désigner des joints ?), et quelques passages avec Don Macassar sur les jeux vidéo qui donnent cette impression de trop vouloir en faire, par peur de perdre un lectorat qui ne serait connaisseur du sujet. De façon similaire, les notes explicatives sur le fonctionnement des différentes institutions policières montrer que l'écrivain veut s'ancrer dans le réel. 

Comme on l'aura dit un peu plus tôt, les super-héros font leur entrée dans le récit et s'y glissent, faisant basculer l'intrigue d'un énième roman policier français (certes bien écrit) à une histoire où un imaginaire fait des costumes et capes (ou slips magiques) que l'on connaît bien, apporte un air particulièrement frais et bienvenu. Reychman développe cette curieuse mythologie, faite de manigances politiques autour d'un groupe de super-héros que le gouvernement aurait voulu employer pour lui. On peut déceler quelques traces des Minutemen dans cette histoire d'Hyper Champions déchus, l'auteur jouant habilement de sa narration pour amener quelques éléments que les habitués de super-héros connaissent bien. On identifie les "gentils" et les "méchants", alors que petit à petit les zones deviennent de plus en plus grises, pour adopter une posture plus complexe. En somme, du super-héros pas si super, ancré dans son époque, et l'on se demanderait même si Reychman ne joue pas aussi avec le côté un peu ringard, désuet que l'on porte à cette culture dès lors qu'elle ne viendrait pas des Etats-Unis.

Ce n'est pas pour autant que l'on se moque du genre dans Un soupçon d'héroïsme. Le titre, s'il fait forcément référence aux personnes costumées que l'on retrouvera dans le récit, se rapporte aussi aux faits et gestes de Bakayoko et Macassar, qui à leur propre échelle, s'évertuent à faire quelque chose de bien. Malgré leurs passés respectifs, malgré leurs tares actuelles, malgré l'état plus que branlant de leurs vies respectives. Il y a quelque chose d'assez naturel dans la progression de chacun, au fil de cette enquête aux multiples rebondissements, avec une dramaturgie qui s'installe, lentement mais sûrement, émaillée de nombreux instants plus comiques. Seule peut-être une conclusion qui semble d'un coup hâtive pourra apporter un peu d'ombre au tableau ; c'est souvent le problème de certains scénaristes en BD, de tenir une bonne histoire jusqu'au bout. Alors, oui, votre rédacteur ne lit que peu de fiction française de façon générale, mais on a l'intime conviction qu'on ne retrouve pas souvent ce genre de romans chez Flammarion. Et on aimerait voir plus souvent ce genre d'ouvrages dans les rayons.

Au terme des six cent et quelques pages, Un soupçon d'héroïsme réussit ce qu'il entreprend. Avec un style vivant, l'auteur brasse les genres avec un classique du polar français, qui jouit déjà de personnages atypiques, et une intrigue politique mâtinée de super-héros, qui donne une saveur toute particulière à l'ensemble. Vivant, drôle, et prenant, ce premier roman aura largement de quoi séduire ceux qui veulent, de temps en temps, s'essayer à un peu de fiction où les images ne se feront pas sous vos yeux, mais avec votre imagination. 

Arno Kikoo
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