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The Old Guard : sinon, les comics sont bien

The Old Guard : sinon, les comics sont bien

ReviewCinéma
On a aimé• Un ensemble d'acteurs et d'actrices convaincant
• Rucka s'en sort sur l'écriture comics vs cinéma...
• ... et prend un peu d'avance vis à vis des comics originels
On a moins aimé• Une réalisation plate
• Une DA qui ne fait pas honneur au travail de Leandro Fernandez
• Un manque d'intensité général
• Des choix de bande-son plus que curieux
• "Lisez les comics", et ça nous saoule d'avoir ce refrain de disque rayé
Notre note

En début d'année dernière, nous nous posions légitimement la question de l'absence d'adaptations plus nombreuses des écrits de Greg Rucka sur petit ou grand écran, à l'heure où le projet The Old Guard venait tout juste d'être annoncé. Par la suite, on aura vu apparaître Stumptown sur ABC (qui a apparemment trouvé son public), et le film de Gina Prince-Bithewood est désormais disponible sur Netflix

Le géant américain s'est imposé depuis la première série Daredevil comme un acteur incontournable dans la production de contenus marqués "adaptation de comics", avec plus ou moins de réussites, et une façon de faire qui continue de laisser circonspect. Si l'on peut saluer les efforts du studio pour soutenir des adaptations de comics qui, parfois, menacent de ne jamais revoir le jour (on se souvient des sauvetages de Locke & Key ou Lucifer), Netflix n'échappe pas à des défauts qui deviennent inhérents à leurs productions, notamment vis-à-vis de leur public cible. Concernant The Old Guard, le souci a déjà été abordé sur d'autres de leurs derniers films ou séries : l'adaptation n'arrive pas à faire honneur au matériel original.


Ce n'est pas faute de ne pas avoir pourtant eu les bonnes cartes en mains dès le départ. Greg Rucka, scénariste des comics originels d'Image Comics (en VF chez Glénat) est aussi aux commandes du script du film. Dès lors, la structure d'ensemble de l'histoire est conservée, avec quelques différences - dont une, majeure - avec la bande-dessinée. L'idée de départ est toujours simple : The Old Guard s'intéresse à une troupe de mercenaires, menée par Andromaque de Scythie (Charlize Theron, qu'on retrouve toujours avec plaisir), dont la particularité est d'être immortels. Ou presque : disons qu'ils ne peuvent pas mourir, jusqu'au jour où leur faculté disparaîtra et qu'il sera donc temps de s'en aller. Andy parcours la Terre depuis des millénaires, a recueilli ses acolytes au fil du temps, et continue de mener ses expéditions de la façon la plus discrète, avec une époque moderne qui désormais va trop vite pour elle. La vitesse de circulation des informations, le tout connecté font partie de ce qui met leur secret en péril. 

Le film démarre donc d'une part, avec un dirigeant pharmaceutique mal intentionné, Merrick (joué par Harry Melling, le Dudley Dursley des Harry Potter), qui s'en prend à Andy et ses camarades pour découvrir le secret de l'immortalité, quand bien même ces derniers ne souhaiteraient pas le lui donner. Au même moment, une soldate noir-américaine, Nile (Kiki Layne, révélée il y a deux ans par If Beale Street Could Talk), se découvre immortelle au cours d'une mission, et va être recueillie par Andy et sa troupe. Comme dans les comics, le personnage de Nile est là pour prendre le point de vue du spectateur et l'emmener à la découverte de ce monde, de ces individus aux capacités exceptionnelles. Mais le format filmique permet de développer un peu plus son passé, chose qui n'était que peu faite dans les planches de la bande-dessinée. Eut égard du passé justement, les quelques flashbacks, quoique moins nombreux que dans les comics, sont bienvenus avec leurs sympathiques costumes d'époque.


Greg Rucka le rappelait lui même en postface de The Old Guard : Force Multiplied #1, ouverture de la seconde mini-série de cette saga. Écrire un comicbook et écrire un film ne sont pas les même choses, et ce qui peut être dit en une page peut prendre 10 minutes à l'écran, ou inversement. Dans les faits, ceux qui auront lu seulement le premier volume ne seront pas surpris des retournements de situation - The Old Guard, dans sa trame générale, n'est en réalité par la plus originale des histoires, empruntant autant à Highlander d'un côté qu'à n'importe quel thriller militaire de l'autre. On constatera en revanche que Rucka a pris de l'avance dans le film, par rapport à Force Multiplied. Plusieurs éléments de ce second volume sont en effet déjà présents pour le film - à supposer que l'auteur joue déjà sur le long terme et la perspective d'une suite, à laquelle il conviendra donc de convier son public, par exemple avec une scène post-générique devenue la norme pour une partie des adaptations de comics.

Du côté du casting aussi, on se situe sur de bonnes bases. Charlize Theron n'a plus rien à prouver sur ses capacités à incarner des héroïnes on ne peut plus fortes, et pour le comicbook movie, elle s'était déjà montrée plus que convaincante avec Atomic Blonde. Le reste du casting est lui aussi, dans l'ensemble bon. Matthias Schoenaerts (impérial en soldat traumatisé dans Maryland) campe un Booker sympathique, le duo formé par Joe (Marwan Kenzari) et Nicky (Luca Marinelli, incroyable dans Non essere cattivo et Jeeg Robot, film italien de super-héros) est crédible, et Chiwetel Ejiofor (Doctor Strange) a lui aussi droit à un Copley plus en épaisseur, plus travaillé que sa contrepartie papier des comics - du moins, sur le premier volume, ceux qui lisent Force Multiplied verront aussi l'avance qu'a pu prendre Rucka pour certains aspects du film. Tous jouent correctement avec ce qu'on leur demande de faire. Alors, quel est le problème de The Old Guard ?

Il serait injuste de ne rejeter la faute sur la réalisatrice Gina Prince-Bythewood, un nom revenu plusieurs fois dans l'actualité des adaptations de comics : elle réalisait le pilote de la série adolescente Cloak & Dagger et était censée faire un film Silver & Black pour Sony Pictures. Pourtant, si le tout ne prend pas, c'est bien à plusieurs errances qu'on lui incombera. D'une part, une réalisation qui ne décolle pour ainsi dire jamais, et ce même alors qu'un récit comme The Old Guard regorge de scènes d'action, d'affrontements sanglants et d'échanges musclés. Le film souffre forcément de la comparaison eu regard d'autres actioners récents - et pour rester dans la veine des adaptations de comics, un Tyler Rake (Extraction) s'en sort largement mieux à l'image. Les cuts sont trop nombreux, les chorégraphies trop visibles, l'action perd donc en charme et en lisibilité, et le tout n'atteint jamais la furie des planches de Leandro Fernandez.


Il est bien sûr évident qu'il serait impossible de rendre compte du dessin de l'artiste lorsqu'on le transpose en live action, encore que l'on voit que quelques efforts ont été faits. Certains plans en contre-jour rappelle les clairs-obscur de Fernandez, mais le reste se montre au final assez fade à l'image. Une photographie terne, entre des tonalités de marron et de gris que même les paysages naturels du Maroc n'arrivent pas à égayer. Des hangars et des immeubles dans lesquels Prince-Bythewood ne fait que poser sa caméra, la mise en scène ne transpirant pas d'essais pour dynamiser l'action au mieux - un reproche qui ne lui est par ailleurs pas spécifique, quand beaucoup de films d'action se contentent aujourd'hui d'un certain minimum syndical. En somme, et faut-il aussi en vouloir au projet qu'a voulu commander Netflix ? Contrairement à Extraction, dont l'adaptation avait quelques qualités par rapport au médium originel, The Old Guard échoue à apporter quelque chose d'intéressant sur le plan visuel, comparé aux comics. Le film échoue aussi, simplement par lui-même, à avoir une proposition artistique, ce qui lui fait sûrement le plus de mal. On notera également le choix de placer des chansons pop aux paroles raccord avec la scène ("je vais me battre jusqu'au bouuuuut" est fredonné quand l'héroïne va se battre, ce niveau de subtilité) pour des moments d'intensité où elles n'y ont absolument pas la place, la chose étant de plus répétée à plusieurs reprises.

On disait un peu plus haut que le casting se débrouillait bien. Si on ne peut en effet pas lui reprocher de mal jouer, en revanche la direction d'acteur manque cruellement d'émotions et d'intensité. Tout le propos de The Old Guard n'est pas d'être une version modernisée de Highlander dans laquelle Rucka pourra mettre en avant des éléments qui lui tiennent à coeur (sur des questions de féminismes, ou de relations homosexuelles, par exemple). Il s'agit aussi d'un discours sur le temps qui passe, sur les ravages qu'il entraîne et contre même l'immortalité ne peut rien, sur l'importance des relations entre personnes. Et, au final, sur la nécessité de la mort comme partie intégrante de la vie. Malgré des lignes de dialogue qui nous viennent des comics, jamais la souffrance d'Andy ne nous est correctement retransmise. La lassitude des protagonistes après des siècles de pertes et de chagrins d'amour ne se ressent pas ; alors que l'on sait des acteurs comme Marinelli, Schoenhaerts ou Theron capables de performance extra-ordinaires. Mais le tout reste terne, le film accusant de plus des chutes de rythme dès lors impardonnables si l'action elle même n'aide pas à se réveiller. La réussite de The Old Guard serait alors, en deux heures, de nous donner une idée de l'ennui que peut connaître Andy après des millénaires passés sur Terre. Vous l'aurez compris, ce n'est pas le genre de réussite qu'on lui souhaitait.


On imagine bien que celles et ceux qui n'auraient pas encore découvert The Old Guard et sa suite sur papier auront peut-être un autre premier abord sur le film. Ici même, on n'apprécie pas particulièrement de répéter "lisez les comics, c'est mieux" pour l'approche vieux con élitiste que la formulation laisse à donner. Dans le cas présent, c'est pourtant un constat indéniable. The Old Guard est une adaptation moyenne d'un comics qui en a plus dans sa besace. C'est aussi par lui-même un film d'action moyen, porté par des ambitions moyennes, très certainement parce que Netflix poursuit encore et toujours l'option facilité dès lors qu'il faut transposer des comics sur l'écran. A ce compte là, on se demande si on ne préfère pas ne pas avoir d'adaptation, tout simplement.

Arno Kikoo
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