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Justice League/Black Hammer : réunion de famille entre les vieux et les petits jeunes

Justice League/Black Hammer : réunion de famille entre les vieux et les petits jeunes

ReviewUrban
On a aimé• On se marre
• La Ferme, toujours angoissante
• Michael Walsh tire son épingle du jeu
• Ne tombe pas dans le piège des références croisées
On a moins aimé• Un vilain prévisible
• Atténue la magie de la Para-Zone
• Une fin trop facile et désordonnée
Notre note

Ce mois-ci, quatre ans seront passés depuis l'invention du monde de Black Hammer par Jeff Lemire et Dean Ormston. Comme beaucoup de scénaristes à leur zénith, le Canadien avait manifestement un creux à combler à ce moment là, l'envie de monter sa propre continuité, sa propre galerie de super-héros, sa propre lecture rétrospective du marché des comics depuis l'ère (légendaire) du Golden Age. Black Hammer s'est depuis développé sous une multitude de formes et de projets, avec une envie soutenue d'interroger les présupposés des surhommes traditionnels dans un effet de miroir déformant. Plus important, pour ce type d'entreprises souvent ambitieuses : le succès a été au rendez-vous.

En définitive, la rencontre des héros de la Ferme et de la Justice League passe pour un juste retour des choses. La preuve que des idées neuves peuvent encore bourgeonner en fascinantes sagas, que les auteurs en quête d'indépendance n'ont pas à renier leurs passions d'antan (en particulier pour Jeff Lemire, qui s'est toujours bien entendu avec DC Comics malgré son envie de liberté) et que les super-héros restent une matière malléable qui ne devrait pas rester figée, ni s'obliger à défendre un modèle unique et totalitaire. En l'occurrence, Black Hammer/Justice League est aussi une BD plutôt bonne, donc mettons que tout le monde est content.
 
 
 
D'un bout à l'autre de l'océan franchisé, un même personnage intervient dans le quotidien de deux équipes de super-héros. A gauche, les justiciers de Spiral City, une ville parodique inspirée par Gotham et Metropolis, reclus dans une dimension-prison depuis leur bataille contre l'Anti-God, une sorte d'entité démoniaque à la croisée des Galactus, Darkseid, de l'Anti-Monitor et de Thanos. A droite, les héros de la Justice League, défenseurs de l'humanité contre les invasions aliens, le crime et la corruption. Deux équipes qui n'auraient pas, au demeurant, de raison de se croiser, en particulier parce que l'une et l'autre n'évoluent même pas dans un même multivers. Mais, lorsqu'un beau jour, un vieil homme à chapeau melon intervertit leurs places respectives, la League se retrouve piégée dans la ferme des héros de Black Hammer, pendant que les héros de Black Hammer débarquent sur la Terre et doivent affronter le courroux des autres membres de la League, qui se demandent où sont passés leurs copains. Mystère. Stupeur. Sacrebleu.
 
A ceux qui auraient choisi d'entrer dans l'univers de Black Hammer par la porte de ce crossover improbable - déjà, bonjour - installez vous. Voici en substance ce qu'il est important de savoir : ce monde particulier est un immense hommage rendu par Jeff Lemire aux comics de super-héros. Des personnages inspirés par différentes grandes périodes ou grands genres de cette discipline, dans une ville pensée pour représenter les métropoles où chaque justicier établit son fief, au fil d'une continuité parodique qui glisse un certain nombre de clins d'oeil à l'historique de la bande-dessinée aux Etats-Unis. Après leur bagarre avec l'Anti-God, les personnages de Black Hammer disparaissent dans un vortex et se retrouvent enfermés dans une dimension rurale, une petite ferme à la lisière d'une ville mystérieuse. A l'image de la série Lost de Damon Lindelof, certains vont s'épanouir dans cet environnement, tandis que d'autres vont chercher à s'échapper, en réalisant bien vite que la réalité à laquelle ils sont confrontés n'est pas aussi "normale" qu'il n'y paraît.
 
Dans les premiers numéros de ce crossover, le pari est rempli : on retrouve très vite ce sentiment de mystère, de décalage pesant et inhospitalier dans la dimension de la Ferme où se ont été enfermés les personnage de la Justice League. Batman devient vite une carricature de réactionnaire de la campagne américaine, qui surnomme Clark "Smallville", patrouille la campagne en quête de danger comme un milicien d'auto-défense. Superman est de son côté l'équivalent d'Abe, vieille figure de l'américain rural qui s'épanouit davantage dans ce mode de vie fermier. Cela étant, malgré la facilité (évidente) à tirer des parallèles entre le deux équipes, Lemire va plutôt s'amuser à scinder en deux - voire en trois - les tonalités de son histoire. Sur Terre, un ensemble comique, très drôle où Barbalien refuse de considérer que le Martian Manhunter soit vert ("c'est cliché"), et où Zatanna est décrite comme une version élégante et sympa de Madame Dragonfly. A la Ferme, une ambiance inquiétante façon Quatrième Dimension. Dans la Para-Zone, enfin, une enquête menée par John Stewart et le Colonel Weird pour démêler l'intrigue, assez bien fichue quoi que très dirigiste.
 
 
 
Dans l'ensemble, l'intrigue fonctionne. Les dialogues font rire lorsqu'ils doivent faire rire, reproduisent le sentiment morose et accablé de la première série Black Hammer quand le moment s'y prête, et le sujet est traité de façon intelligente. En revanche, l'enquête de Stewart et Weird participerait plutôt à casser la mystique de la Para-Zone et de cet éternel personnage perdu - dans la famille dysfonctionnelle que représentent les héros de Spiral City, Weird a toujours été une analogie parfaite pour le grand-père frappé de troubles mentaux, d'Alzheimer ou de Parkinson. En l'occurrence, qu'il le veuille ou non, Lemire doit mettre un peu de clarté dans son intrigue pour réussir à progresser, et sacrifie cette allégorie un peu trop rapidement. De la même façon, la seconde moitié du volume est moins réussie : le dénouement est facile, l'adversaire prévisible, et le sentiment de remake de Black Hammer avec la Justice League est assez vite bazardé au profit des scènes sur Terre, plus loufoques et dégingandées. 
 
Evidemment, comment ne pas se marrer devant un Aquaman ne comprenant pas pourquoi une fillette de dix ans lui fait du gringue. Il est même très agréable de retrouver un Jeff Lemire en roue libre sur les gags, quelque chose qu'il ne fait pas (ou fait peu) en temps normal. Mais, la texture de l'univers Black Hammer étant à ce point géniale sur le plan de l'hommage, de l'analyse déconstruite des comics de super-héros, que l'on est forcément un peu frustrés de voir que le scénariste traite avant tout ce projet comme un ensemble promotionnel. Pris sous cet angle, Justice League/Black Hammer fonctionne à merveille : au début de l'histoire, les éléments sont placés pour expliquer aux lecteurs qui est qui, quelle est la situation initiale, etc. En tant que main tendue aux nouveaux lecteurs, peut-être directement adressée aux fans la Justice League qui n'auraient jamais encore lu de Black Hammer, le crossover est efficace, et fait même un pas vers le mainstream en préférant opter pour un vilain venu de DC Comics, plutôt que d'en inventer une de toutes pièces. Une porte est même laissée ouverte pour une éventuelle suite, tandis que Jeff Lemire s'amuse périodiquement à casser le quatrième mur sur l'idée que tout ça ne sera, de toutes façons, jamais officiel dans le canon.
 
En résumé, une rencontre festive mais qui fait un peu trop vite le choix du comique au détriment du spleen habituel - cette démarcation risque surtout de frustrer les lecteurs de Black Hammer, plus que ceux de la Justice League. Eux auront le bonheur d'avoir un recueil solide, bien écrit, drôle, par un Jeff Lemire en forme et un Michael Walsh généreux, amateur de baleines volantes (hommage déguisé à Gojira ? Laissons nous rêver). Dans l'ensemble, les dessins sont superbes, là-encore plus accessibles que le trait de Dean Ormston tout en n'oubliant pas les plages de psychédélique ou de rétro' qui font la signature de l'univers Black Hammer
 
 
 
D'une manière générale, ce crossover s'assume comme un coup de pouce de DC Comics à Jeff Lemire, en comprenant l'envie de faire un peu de publicité au scénariste comme un échange de bons procédés. Le produit finit reste un agréable divertissement, avec de chouettes dessins et un optimisme très inhabituel dans l'oeuvre du scénariste, comme si lui-même comprenait qu'il n'était pas tout à fait possible de faire autrement : ces rencontres ne pouvant pas opérer dans une continuité valide ou durable, autant s'amuser, et assouplir son style pour coller à l'esprit souvent débile de ces crossover inter-univers. Au demeurant, si ce n'est pas ce que vous recherchez chez cet auteur particulier, on vous conseillera de lire au préalable les quatre tomes de la saga Black Hammer "principale" et considérer cette rencontre avec la Justice League comme un agréable bonus, déconnant et respiratoire. Un objectif déjà très honorable pour cette catégorie de bouquins souvent difficiles à piloter (le contrôle éditorial de DC Comics n'étant pas aussi souple que celui de Dark Horse).
 
Justice League/Black Hammer a surtout vocation à marquer un cap pour le scénariste Jeff Lemire : en dépit de ses collaborations régulières avec les grandes maisons de super-héros, l'auteur s'est bel et bien affranchi. En construisant sa propre enclave, en inventant ses propres héros dans une arborescence fascinante qui ne cesse de se développer encore et encore, lui-même a enfin un produit en stock susceptible d'évoluer dans ce genre de crossover de marques, de franchises. Comme Mike Mignola avec les Hellboy, ou d'autres grandes figures de Dark Horse (les fameux champions de l'échange de personnel entre maisons d'éditions), Jeff Lemire a eu le temps d'élever ses propres enfants et de les voir grandir, avant de les emmener voir leurs cousins et leurs grands-parents dans un crossover en forme de réunion familiale, où on rigole à table et où on s'échange des paquets cadeaux. Avouez que c'est tout de même mieux quand tout le monde s'entend bien.

Corentin
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