Un petit bonhomme des plaines de l'est se demandait récemment, d'un air fataliste, où étaient passés nos héros. Il y a quelques années, l'arrestation du producteur Harvey Weinstein engendrait une vague massive de témoignages de la part de très, très nombreuses femmes sur le sujet des agressions sexuelles, ou d'autres manifestations du sexisme ordinaire, toléré ou tu dans les sociétés patriarcales. Cet élan de prises de paroles, enfin écoutées, avait permis de mettre en lumière une vérité dérangeante : la plupart des hommes ont quelque chose à se reprocher. Un comportement, une parole, une façon d'avoir considéré ou traité le corps féminin à différents degrés de gravité, à l'abri d'une façade de féminisme revendiquée en société ou sur les réseaux sociaux.
Aux Etats-Unis, l'industrie de la bande-dessinée était pourtant toujours aussi opaque sur les cas de misogynie ou d'agressions sexuelles. Proportionnellement au cinéma ou à d'autres secteurs d'activité, les témoignages auront été moins nombreux. Ce qui n'a pas empêché DC Comics de mettre à la porte l'éditeur des séries Superman, Eddie Berganza, après des années à opérer impunément. En privé, son comportement n'avait pourtant rien de secret. Mais, les comics auront longtemps été une industrie essentiellement masculine, destinée à un lectorat masculin et régi par des normes inégalitaires. Le cas Stan Lee en est un exemple frappant : une carrière constellée de "rumeurs", et jusqu'à récemment, des témoignages difficiles sur l'attitude d'un homme, pourtant considéré comme un géant. L'entreprise qui se chargeait d'envoyer des auxiliaires de vie à Lee avait d'ailleurs décidé de ne plus s'occuper du vieil homme, après que ses différentes infirmières ou masseuses l'aient accusé de masturbation, de propositions sexuelles ou de mains baladeuses.
Depuis quelques années, le comportement d'artistes tels que Jai Nitz et Eric Esquivel a pu être identifié par le biais des réseaux sociaux, et les huiles en charge des plans d'édition seront enfin intervenus. A un niveau plus élevé, Brian Wood, auteur très doué, a lui-aussi été confronté à son attitude vis-à-vis de l'ex journaliste Laura Hudson. Ce cas particulier, à l'image de celui de Stan Lee, a permis de souligner l'épiphénomène problématique de l'industrie des comics dans ce genre d'affaires : réduites à un public plus restreint, qui n'intéresse pas la presse généraliste, les victimes de comportements toxiques ou d'agressions se heurtent vite à des communautés de fans prêtes à défendre becs et ongles leurs artistes préférés.
Un phénomène de plus en plus présent, à mesure que des groupes de pression d'extrême-droite se sont formés sur les réseaux sociaux, pour harceler, insulter ou menacer les femmes cherchant à sortir du silence. Sans le soutien d'un public plus vaste, qui n'a probablement pas entendu parler de Brian Wood ou d'autres auteurs de sa catégorie, et avec un lectorat féminin moins important, il devient forcément difficile ou risqué pour une victime de faire entendre sa voix. En particulier lorsque celle-ci travaille directement dans l'industrie, et peut mettre sa carrière en danger au sein de ce milieu où tout le monde se connaît, et où le copinage tient lieu de juridiction supérieure.
Plus généralement, le débat sur la sexualisation des corps féminins, les "femmes dans le réfrigérateur", la sous-représentation des super-héroïnes dans les médias grand public, un mode de fonctionnement rendant difficile les enquêtes en interne contre la culture du secret, et la censure d'un lectorat conservateur récalcitrant au progrès sur le thème de la représentativité ou de l'égalité femme/homme, en résumé, tout un faisceau de variables posant de sérieuses questions sur l'évolution lente des mentalités dans la sphère des comics et pourquoi cette communauté précise a toujours autant de mal à entendre ou comprendre le problème. L'annonce de deux nouveaux "cas" très populaires risque d'ailleurs de ne rien arranger.
Cameron Stewart
Le dessinateur canadien Cameron Stewart s'est retrouvé il y a quelques jours au coeur de nouveaux témoignages vis-à-vis de son comportement envers les femmes. Au premier plan, pas d'agressions "directes", mais un schéma répété de "grooming". Ce terme anglais, difficile à traduire mot à mot, désigne une forme de persistance dans la séduction de très jeunes filles, voire de mineures. La méthodologie en question aura notamment été reprochée au rappeur/chanteur Drake, qui aurait enchaîné différentes relations avec des jeunes filles de dix-huit ans, qu'il aurait rencontrées lorsque celles-ci (Bella Harris et Hailey Baldwin) étaient âgées de seize et quatorze ans, tandis que lui-même attaquait la trentaine.
Rien d'illégal sur le papier, mais une pratique qui interroge la mécanique de consentement, forcément discutable pour des adolescentes avec peu d'expérience et une énorme différence d'âge à observer, et le parfum de pédophilie passive pour des hommes qui attendent précisément l'âge de dix-huit ans pour séduire des jeunes filles qu'ils connaissent depuis plusieurs années. Le cas particulier de Cameron Stewart est assez proche de celui du musicien, en cela qu'il ne constitue pas un accident de parcours mais un phénomène répété.
Il y a quelques jours, l'artiste Aviva Maï prenait la parole sur ce sujet. Sur les réseaux sociaux, celle-ci raconte sa rencontre avec Stewart, lorsqu'elle avait seize ans et lui trente. Après un premier rendez-vous et quelques échanges de messages, l'un et l'autre seront restés proche, jusqu'à ce que le dessinateur lui avoue quelques années plus tard qu'il regrettait d'avoir "raté sa chance" de sortir avec elle à ce moment là.
Plus loin, Maï explique avoir compris bien plus tard ce qui s'était passé, prenant conscience du fait que l'homme aurait pu tenter de coucher avec une adolescente, ou la garder "sous la main" en attendant l'âge butoir légal des dix-huit ans. La jeune femme avait choisi de prendre la parole en réaction aux virages récents dans la carrière de Cameron Stewart ces dernières années, avec des projets tournés vers un lectorat plus féminin, voire plus adolescent : la série Catwoman avec Ed Brubaker, la Batgirl de Burnside avec Brenden Fletcher et Babs Tarr, Motor Girl chez Image Comics, etc.
Des titres ouvrant la biblio' de l'auteur à un champ de jeunes lectrices potentielles important. Autrement dit, un vivier d'autres "grooming", en convention ou sur les réseaux sociaux. Peu de temps après Aviva Maï, la dessinatrice Kate Leth a évoqué une expérience très similaire : elle avait dix-neuf ans, et lui trente-deux. Celle-ci ajoute que le palmarès de Stewart avec des filles de seize à vingt-et-un ans n'avait rien d'un secret dans la communauté des artistes de Toronto, tandis qu'une professionnelle des conventions au Canada, Andrea Demonakos, abonde en ce sens : dans son entourage, personne n'était dupe.
Cameron Stewart aurait même fini par déménager à Berlin pour échapper aux rumeurs de pédophilie passive à son sujet, ou, selon Leth, parce qu'il aurait "fait le tour des jeunes filles de Montréal et Toronto". Les différents témoignages insistent également sur la difficulté d'encaisser, ou de s'exprimer publiquement sur ce type d'expériences, s'agissant ici d'un artiste très implanté. Pour beaucoup d'entre elles, l'idée d'une carrière dans la bande-dessinée se sera longtemps heurtée à la prise de parole publique, de peur de voir leurs rêves d'exister dans l'industrie réduits à néant. Dans la journée d'hier, la scénariste Evelyn Hollow a également raconté son expérience, assez dure, sous la forme d'un long post sur les réseaux sociaux.
Son récit dresse le portrait d'un homme très à l'aise dans l'exercice de la séduction de mineures, mais aussi très cruel, cherchant à la pousser au suicide après avoir eu ce qu'il voulait. L'ensemble de son témoignage souligne également les zones grises de la prédation sexuelle par des hommes tels que Cameron Stewart, jamais totalement dans l'illégalité, mais jamais mis en face du problème moral ou de la manipulation induite par la différence d'âge non plus.
Suite à ces nombreuses prises de paroles, DC Comics chercherait actuellement à rompre tout lien avec Cameron Stewart, selon BleedingCool, en retirant notamment un de ses projets du calendrier des sorties. De leur côté, les créateurs du comics Ice Cream Man, W. Maxwell Prince et Martin Morazzo, ont annoncé sur les réseaux sociaux qu'une couverture variante de l'artiste prévue pour leur série avait été annulée, et que l'argent censé aller à Stewart serait reversé à l'association Safe Horizon, une organisation d'aide aux victimes d'abus sexuels.
Le parcours de Cameron Stewart est un exemple assez sombre des problématiques posées par le rapport entre sphère publique et sphère privée dans l'industrie de la bande-dessinée. Sur la scène des comics, le dessinateur a même pu passer pour une voix progressiste, doué sur les séries imposant des personnages féminins intéressants et souvent authentiques, associé à des artistes tels que Chuck Palahniuk ou Ed Brubaker, supposément loin de tout soupçon de pédophilie. Son comportement rentre toutefois dans une modalité médiane du sexisme dans cette industrie, au détour de cette longue liste d'attitudes ou de pratiques à la mi-chemin entre un geste problématique et une série préméditée de détournement de mineurs. Les différents témoignages à son sujet laissent assez peu de place au doute, et, pour éviter à d'autres adolescentes de vivre une situation similaire, pour un homme de plus de quarante ans, il sera important d'écouter et de comprendre la parole des concernées. En particulier lorsque DC Comics et Marvel tentent depuis peu d'intéresser un lectorat de "jeunes adultes" aux comics, forcément plus exposé à ces rapports auteurs/lectrices.
Warren Ellis
Plus épineux, le cas de Warren Ellis interroge la notion même de valeurs dans l'industrie de la bande-dessinée anglophone. Considéré comme l'un des plus grands auteurs de l'histoire des comics, auréolé de nombreux prix et fort d'une bibliographie adorée de tous, le comportement d'Ellis envers les femmes aura longtemps été tenu secret. Son oeuvre incorpore quelques puissantes héroïnes, une condamnation du féminicide ou du sexisme en politique dans Transmetropolitan, et tout un réseau de principes forts, susceptibles d'inspirer à certaines causes. Warren Ellis est le scénariste préféré de beaucoup de gens. Un lectorat dense, masculin comme féminin, aura même appris à découvrir la densité thématique et la puissance des bande-dessinées avec son travail. C'est pourquoi son comportement dans le privé risque de choquer, d'agacer, voire même de générer des réactions épidermiques pour ses fans les plus assidus, probablement prompts à défendre le bonhomme en dépit de son attitude avec les femmes qui l'ont côtoyé.
La figure de Warren Ellis se compare à celle de grands cinéastes, tels que Woody Allen ou Bryan Singer, sur le principe. Un vivier de dissonances cognitives potentielles pour les admirateurs de son travail, contre une réalité sexiste problématique là-encore sortie du terrain de l'illégalité. L'autrice et éditrice Katie West (The Killing Horizon) témoignait dans la journée d'hier sur le comportement du scénariste à son endroit, comme à d'autres nombreuses jeunes femmes qui l'auraient contactée. Les détails sont moins fournis, en dehors du même problème de différence d'âge, de "grooming", d'aller chercher de jeunes talents pour les "protéger" et exiger un service sexuel en retour, voire d'un comportement toxique ou violent à l'égard de ses différentes amies ou ex petites-amies. La musicienne Meredith Yayanos surenchérit de son côté en exprimant sa propre expérience.
La photographe Jhayne Holmes a de son côté mis en place un groupe privé de discussion pour les femmes s'identifiant comme victimes de Warren Ellis. La discussion rassemblerait déjà plusieurs dizaines de témoignages. Moins répréhensible que Cameron Stewart dans l'absolu, l'image qui commence à se dessiner, au fil des expériences partagées, présente l'auteur comme un homme manipulateur, utilisant son influence pour séduire des femmes plus jeunes. Au sein des scénaristes et dessinatrices de l'industrie, là-encore, ce comportement n'avait rien de secret, comme en attestent Tess Fowler ou Colleen Doran. Trente-cinq femmes auraient fait part de leurs souvenirs douloureux avec Ellis, en l'espace d'une petite journée.
Ce nombre impressionnant insiste sur une méthodologie identique dans la plupart des cas : la séduction par le nom, le fait de prendre sous sa coupe de jeunes professionnelles en devenir, pour ensuite profiter de son emprise et obtenir un sexe de contrepartie, avant de bazarder, parfois durement, les femmes en question.
Le cas Warren Ellis expose le problème que l'industrie des comics a à parler ouvertement de sexisme. Sur le papier, l'auteur n'a effectivement rien fait de répréhensible devant la loi, et la différence d'âge avec les femmes qui se seront exprimées n'est pas nécessairement aussi choquante que dans le cas d'un Cameron Stewart (dans le sens où cette différence se mesure en dizaines d'années, mais ne remonte pas au stade de l'adolescence). Son comportement souligne surtout la façon dont les figures tutélaires de la bande-dessinée traitent les jeunes femmes cherchant à se faire une place. Tomber sur des témoignages du même ordre par plusieurs aspirantes scénaristes ou dessinatrices, à propos de hommes bien installées dans les comics utilisant leur oeuvre conséquente pour se frayer un chemin vers l'acte sexuel, évoque pour beaucoup les comportements mis en lumière par l'affaire Weinstein. A propos de producteurs et des fameux "échanges de bons procédés" avec de jeunes vedettes espérant gravir les marches de l'industrie du cinéma.
Ce pourquoi il est difficile de parler de misogynie "normalisée" dans les comics. Au demeurant, s'il s'agissait d'un homme haut placé dans n'importe quelle entreprise du secteur tertiaire, qui aurait pour habitude de coucher avec de jeunes femmes sur la promesse d'une aide ou d'un tremplin vers d'autres positions, pour ensuite se débarrasser d'elles, l'affaire aurait sans doute moins de mal à se présenter en place publique. Mais, il s'agit de Warren Ellis. Et pour beaucoup de ses fans, il est facile de ne pas voir où se situe le problème - selon la rhétorique "adultes et consentantes", voire même de l'auteur "avec son caractère". Depuis sa première prise de parole, Katie West a en effet du supprimer son témoignage suite aux nombreuses réactions hostiles qui commencent, déjà, à envahir les plateformes d'échange dans la communauté des lecteurs sur internet.
Là où chacun sera libre de se faire une opinion sur le différentiel entre l'homme et l'artiste, le comportement de Warren Ellis contredit toutefois une bonne partie des valeurs défendues dans son oeuvre littéraire. S'il s'agissait d'un personnage de Transmetropolitan, on aurait pas de mal à imaginer un Spider Jerusalem furieux prêt à mettre une tatane au visage de cet auteur au comportement problématique, qui s'ajoute en plus à la personnalité très dure et vorace d'Ellis en règle très générale. En témoignage de cet héritage de contestation, il apparaît curieux que l'auteur soit aujourd'hui défendu lorsque lui-même nous a appris à remettre en question les figures d'autorité. Pour ces personnalités punks se revendiquant dans l'héritage de la contre-culture, souvent en opposition avec les systèmes traditionnels, découvrir cette part sombre de comportements de prédateurs sexuels ternit sensiblement la lecture contemporaine des travaux de Warren Ellis ou Cameron Stewart. L'un comme l'autre ne se sont pas exprimés sur le sujet pour le moment.
Pour l'heure, différents professionnels de la bande-dessinée ont déjà tranché. Dans un communiqué, l'artiste Hayden Sherman s'est exprimé sur la question en ces termes :
"Au fil de l'année passée, Warren Ellis m'a aidé plus que je ne le pensais. Aujourd'hui, en remerciant les différentes femmes qui ont eu le courage de s'exprimer, j'ai rompu les liens qui me rattachaient à lui. Si vous faites du mal aux autres, je ne suis pas dans votre camp.
Nous devons croire les femmes. Nous devons croire toutes les victimes, peu importe leur genre. Nous le DEVONS. Et cette croyance DOIT s'accompagner par des actes. Peu importe la signification de ces actes pour les uns et les autres. Je déteste l'idée qu'un médium avec tant de gens et de personnages merveilleux puisse devenir un foyer pour les prédateurs.
Nous devons faire en sorte que les gens soient tenus responsables de leurs actes, avec le peu de pouvoir que nous disposons."
20 Juin 2020
CorentinOu bien, parce qu'on a les réseaux sociaux, exprime toi, essaye de communiquer avec lui, pour lui dire que c'est un auteur qui compte pour toi et que son comportement t'a déçu. Ou essaye de lire plus de travaux par des nanas, réclame à DC Comics et Marvel plus de travaux par des nanas. Il y a tout un tas de comportements sains à proposer, en annexe du boycott pour ceux qui auraient du mal avec cette idée.
De mon côté, j'avoue que j'aurai aucune honte à boycotter Cameron Stewart, par exemple. Quant à Ellis, je pense mine de rien que dans un monde aussi matérialiste que le notre, voir ses ventes s'effondrer de moitié resterait un levier réel pour lui faire prendre conscience que le monde n'est pas nécessairement d'accord avec son comportement. Parce que ça ne lui coûte pas bien cher de faire un paragraphe d'excuses, je ne pense pas que ça serve à se remettre en question, et pour des nanas qui auront réellement souffert de ces relations, ça va pas changer grand chose en définitive.
20 Juin 2020
CorentinDonc à mon sens, quoi que je n'ai pas de réponse définitive à apporter sur la question, bien sûr que continuer à alimenter le compte en banque d'un prédateur, même quand son travail n'évoque pas directement son comportement, ça participe à le financer et à le maintenir dans une position de pouvoir.
J'ai vraiment l'impression que les sociétés d'occident n'arrivent pas à ériger de normes strictes sur le sujet. A mon sens, effectivement, l'art intéressant vient souvent de personnes bizarres, et énormément, énormément d'immenses artistes qui ont compté ont eu des comportements dangereux, des idées dangereuses. En particulier avec les femmes, au fil de l'histoire. Aujourd'hui, on a les moyens et la place pour un débat plus large. Je pense qu'on devrait au moins réfléchir à une solution de médiation.
Genre, je sais pas, achète un bouquin de Warren Ellis, mais essaye de voir à le choper en seconde main, en occasion ? Ou met un billet pour une association d'aide aux victimes d'abus à côté.
20 Juin 2020
CorentinC'est pour ça que j'ai du mal avec la rhétorique "séparons l'homme de l'artiste". Dans le cas d'un cinéaste comme Roman Polanski, qui a ou aurait commis d'autres atrocités sexuels, d'autres viols après la fameuse première affaire pour laquelle il a quitté les Etats-Unis, est-ce qu'il aurait eu la possibilité de le faire si la France ne l'avait pas accueilli comme une grande star et continué de produire ses films ?
Parce qu'à l'époque, c'était peu important au regard des standards français, il était encore invité partout, banalisé, et en définitive il a gardé ce statut de metteur en scène génial qui lui a sans doute permis d'accéder à la victime suivante. Ou encore une fois, comme R. Kelly, où tout le monde savait, mais comme les gens continuaient d'acheter sa musique, le label se faisait trop d'argent pour le virer, il avait accès à une tétrachiée d'avocats payés rubis sur l'ongle... Et à une fanbase de gens prêts à le défendre, parce que ces gens l'adoraient.
20 Juin 2020
CorentinPerso' je tenais à apporter mes deux centimes au débat "continuer à acheter les bouquins du gars, oui ou non", même quand les bouquins en question ne traitent pas de problématiques de prédation sexuelle.
Vu de loin, oui, ça a l'air logique. Transmetropolitan, par exemple, ne parle pas forcément du rapport de Warren Ellis aux femmes, et on peut même se dire que qui que ce soit qui tomberait sur ce livre n'imaginerait pas un instant que son auteur ait un comportement de prédateur sexuel.
C'est pas comme dans R. Kelly te fait des chansons de cul, alors qu'on est tous au courant de sa pédophilie avérée, ou quand Luc Besson te fait un énième film de fétichisation de la femme-objet.
Mais, le problème c'est que le différentiel de pouvoir qui permet aux hommes de promettre aux femmes une carrière dans l'industrie, d'imposer ce rapport d'autorité, de maître/élève d'où part l'abus sexuel et la manipulation, bah, ça vient justement du fait qu'on est nombreux à lire et à aimer son travail.
20 Juin 2020
Arno Kikoo@Batmaniac : ce que je voulais dire, c'est qu'à partir du moment où un comportement dégueulasse est révélé publiquement, je pense que l'éditeur peut décider de donner du travail à une personne qui, juste, se comporte bien envers ses pairs. Bien entendu personne n'est parfait, mais on parle pas d'avoir fait une crasse ou deux là (et quant à la nature du non pénal, avec la législation plus moderne concernant ce qui relève du harcèlement sexuel, je ne sais pas si tous les mails que Ellis a envoyé relèveraient aujourd'hui d'une infraction, mais bon).
Et oui je l'ai souligné avant, mais je suis ravi de voir tous ces échanges et ces désaccords qui restent respectueux, vraiment c'est cool :)
20 Juin 2020
JojonathanJe digresse suite à une remarque dans le fil des commentaires : si quelqu'un peut m'expliquer le problème avec Tom king parce qu'en l'occurrence, je suis très très fan de thé vision et mister miracle, moi même traversant un vrai ptsd, je trouve que c'est 100% accurate et je veux pas que ce monsieur king soit méchant.
Pour ceux qui se demandent a quoi ça a pu ressembler dans ma tête pendant les 24 derniers mois regardez l'épisode 1 de légion.
20 Juin 2020
YalooSalut Batmaniac,
Je reviens une dernière fois sur le sujet puis j’arrête, promis. L’affaire d’Ellis se situant sur le terrain moral et non pénal, on n’arrivera pas à se mettre d’accord. Je comprends ton point de vue ; il est intéressant et argumenté. Néanmoins je n'y souscris pas.
Nous vivons une période difficile pour l’univers culturel : des comportements de gros salauds longtemps tus et acceptés sont exposés au grand jour. Compliqué de faire comme si de rien n’était. Je trouve qu’il est sain de débattre courtoisement de la question (50 messages sans propos tendax, j’espère qu’Arno et Corentin sont fiers de leur communauté !) et de nous interroger sur ce que nous, en tant que consommateurs de produits culturels, pouvons faire pour participer un peu au récurage de l’écurie. Rappelons que c’est grâce à notre soutien et à notre porte-monnaie que ce petit monde existe. Après, libre à chacun de s’en foutre et de se soucier surtout de la politique tarifaire de Panini.
20 Juin 2020
SephcloudEn tant qu'européens, nous n'avons pas les mêmes problématiques car le clergé est séparé de l'état depuis très longtemps, le moralisme a heureusement fait place à l'éthique. Et notre vision des libertés individuelles ainsi que de leur oeuvre artistique indépendante de la vie de l'auteur-autrice et fondamentalement diffèrente de la vision américaine qui fait un clair amalgame politique entre vie privé et vie publique. Il n'y a qu'a voir dans les années 90, les débats d'opinions sur des personnalités politiques et artistiques accusés d'homo sexualité, ou de bisexualité, qui plus tard bien sur ont obtenu gain de cause parce qu'elles se sont battues.
20 Juin 2020
SephcloudIl y a un amalgame également, un amalgame politique qui arrange bien la cause de certaines personnes.
La société américaine puritaine voit encore d'un très mauvais oeil, les relations entre personnes d'âge diffèrent, pourquoi ?
Parce que pendant des siècles, c'était les hommes qui choisissaient leurs épouses, les familles qui choisissaient qui marier.
On mariait des jeunes filles à des hommes plus âgés, et là nous sommes face à des relations libres qui sont dans le même schéma mais sans mariage. Avec pour autant à la clé, un possible piston. Cela dérange la morale américaine et cela dérange aussi ses jeunes filles qui ont peut-être cru à un prince charmant qui n'était pas le bon. Il faut sortir de tout ça et aller vers une vraie parité de mérite, ou chaque auteur-autrice serait récompensé son mérite son audace, son innovation quelque soit son genre et son origine.
En tant qu'européen, nous n'avons pas les mêmes problématiques car le clergé est séparé de l'état depuis très longtemps,
20 Juin 2020
SephcloudLes personnes qui ont espérer voir des étoiles alors qu'il n'y avait là que des réverbères pour citer cabrel, n'ont peut etre pas compris que l'image des étoiles que nous avons là aujoud'hui n'est qu'une image de leur explosion et de leur déclin. Il faut changer les mentalités si possible, dans la parité et dans la compréhension des unes et des autres. Cela n'a rien avoir avec un âge physique. Ni avec la position sacrosainte d'un auteur-réfèrence. D'un côté, un auteur a certes, s'il a du bon sens la nécessité d'être le plus possible irréprochable car c'est sa responsabilité en tant qu'auteur. Mais les jeunes filles devraient aussi avoir un certain discernement et ne pas trop idôlatrer les misanthropes qui ont montré tout au long de leur carrière qu'ils se sentaient au-delà de nos contingences. L'artiste qui n'a pas encore prouvé son talent est une proie facile, mais bien sûr notre société à l'heure actuelle ne permet pas encore à certains et certaines de prouver leur valeur.
20 Juin 2020
SephcloudNous sommes dans une époque troublée de lutte de pouvoir.
D'un côté, nous avons des auteurs issus d'une société patriarcale surannée et des jeunes femmes qui souhaitent enfin se révéler au monde, proposer leurs visions, et nous sommes face à un clash étrange de valeurs etnre ceux qui se sentent encore dans leur bon droit et celles qui essaie de tirer leur épingle du jeu.
Malheureusement, il est difficile pour une femme dans certains milieux de faire autrement que de passer par des gens influents.
Néanmoins notre société change et nous allons vers plus de parité. Désormais je l'espère, les femmes n'auront pas à jouer le jeu des puissants du moins si elles le font, ce sera à force égale.
Nous sommes encore sclérosés dans une vision du monde qui est trop binaire. Mais pour amener a une vraie réforme, à un vrai changement des mentalités il faut y réfléchir ensemble. Le harcèlement et l'abus de pouvoirs sont inacceptables. Les personnes qui ont espérer voir des étoiles alors qu'il y avait
20 Juin 2020
olibriusPour ma part je rejoins Jojonathan.
Disons Batmaniac qu'en mathématiques on qualifierait un idéal, puisque c'est de cela qu'on parle ici, comme une fonction limite.
On tend vers un résultat sans jamais l'atteindre, en bref : on fait au mieux de nos possibilités. En faisant bien souvent des compromis. Et la plupart de ceux qui partagent ce point de vue en sont conscients.
Et pour en revenir à ce débat (car là on s'écarte un peu ^^), je ne souhaitais pas faire la morale. Loin de moi l'idée, pardon si mes propos l'ont laisser penser.
J'ai donné ma position dans un débat compliqué auquel je n'imagine aucune conclusion parfaite. Et elle n'engage que moi.
Une bonne discussion en tout cas, passionnée mais courtoise ! Et le sexisme a été il me semble évité dans les commentaires, ce qui me réjouit.
20 Juin 2020
Batmaniac°@Jojonathan: C'est tout a ton honneur ! Je ne suis pas d'accord, mais je respect ça.
Après si on suis ton idée du coup, une TRÈS grande majorité de nos achats soutiennent VOLONTAIREMENT (et la je ne suis pas d'accord) la précarité des travailleurs, la pollution de notre écosystème, la dictature... SALAUD !!! ^^
Pour moi l'idée de l'achat militant est en fait un piège. (ce n'est que mon avis hein)
Car ça te fait croire que ton engagement d'acheter un produit plutôt qu'un autre va changer quelque chose. Sauf que justement en achetant tu valide le système.
Si quelque avait un lien sur le monologue de Rick en fin d’épisode, S04Ep06 ? ^^
Après oui ont est obliger d'acheter, nous ne somme plus à l'age de pierre. Et je ne pense pas que l’économie alternative fonctionne a grande échelle.
Il faut juste en être conscient...
20 Juin 2020
JojonathanC'est bien qu'on ne puisse discuter d'un sujet sensible en s'écoutant les uns les autres.
Pour répondre à ta question batmaniac, oui, si l'attitude d'une personne me gène, je fais l'effort de ne pas consommer ses produits, comme j'évite de manger des trucs produits par des mecs réduits en esclavage en Italie par exemple (tomates!)
Évidemment j'ai un téléphone sont les terres rares ont été récupérées par des enfants en Afrique. On a tous un impact dans nos actions, j'essaie de les conscientiser le plus possible.
Pour moi payer pour l'œuvre d'un mec qui n'a pas la même morale que moi, c'est cautionner l'œuvre mais aussi l'homme. Comment espèrer qu'ils changent si on les encourage par les ventes ?
Donc je fais au mieux, mais oui j'ai du Victor Hugo, encore une fois, j'essaie petit à petit. J'espère avoir été compris et pas pédant.
20 Juin 2020
Batmaniac°Et pour Cameron Stewart tu as raison, mais il y a aussi le fait qu'il se serve de son art pour arriver a ces ses fins.
C'est different de Ellis.
Et le mec n'as pas écrit Transmetropolitan ! ^^
20 Juin 2020
Batmaniac°@nasroby: Pour la mort j’étais plutôt dans l'humour absurde là.^^
Et pour ce qui est de la personnalité de l’artiste, prenons l'exemple de Polanski:
Se mec à grandi dans le ghetto de Varsovie (d’où sa petite taille d’ailleurs), et sa femme enceinte de 8 mois c'est fait sauvagement assassiné par les membres de la secte a Manson.
Et pourtant se mec c'est un PUTAIN de PÉDOPHILE de MERDE qui devrait pourris en prison depuis bien longtemps !
Il n’empêche je considérè toujours "Le Pianiste" comme un chef d’œuvre du 7eme art, que je recommande a tous !
Il serait trop simple de réduire un homme a ses méfaits. Surtout qu'une très grande majorité d'entre nous ne le connaisse que par le prisme de ses œuvres.
Nous ne connaissons donc que l'artiste.
Et c'est pour cela que pour moi l'artiste est différente de l'homme.^^
Bon du coup j'ai soulevé d’autres pierres.^^
20 Juin 2020
nasroby@Batmaniac, tu as soulevé plusieurs pierres différentes sur le sujet là...
Au sujet d'attendre la mort, non ça ne marche pas au niveau moral. Le problème est de connaître la vie privée des gens célèbres d'une manière ou d'une autre, bien sûr, c'est de plus en plus fréquent, dérive de notre société, en bien ET en mal.
Quant au débat Victor Hugo, il met sur le tapis tout le débat actuel initié par BlackLivesMatter, à savoir quelle place donner aux personnages historiques qui ont commis des crimes... Débat compliqué s'il en est...
L'autre chose "marrante" c'est que personne ne se pose ee questions pour Cameron Stewart et que seul Ellis semble soulever les foules et susciter le débat : preuve que tout dépend de notre sensibilité 1. à l'œuvre 2. à la morale (comme l'a justement dit @Yaloo)
20 Juin 2020
Batmaniac°Ahah en effet Arno Kikoo, le monde serait tellement plus simple si les belles œuvres n'étaient faites que par des gens bien (et inversement).^^
Cependant le monde n'est pas fait comme cela...
L'argument du "il y a assez de personnes talentueuses pour se passer d'une œuvre" pour moi ça ne marche pas.
En effet les sentiments que me procure Transmetropolitan sont totalement différent que ceux d'un Sandman, d'un Preacher...
Chaque œuvre est unique, c'est un peu la définition de l'art d’ailleurs. ^^
Et merde quand vous achetez une BD vous ne vous dite quand même pas "Cet auteur est un mec bien donc j'acheter ça BD", vous vous dite plutôt: "Cette BD a l’aire bien je vais l'acheter" Non ? ^^
20 Juin 2020
Arno KikooPour les intéressés sur le suivi, un groupe privé a été créé pour recueillir les témoignages des victimes supposées d'Ellis, il y a avait hier 50 personnes. On peut donc commencer à se dire que c'est pas juste un type qui a déconné une ou deux fois, y a une forme de systématique dans le comportement - et comme le dit Yaloo, ça n'a pas été sans dommages pour ces femmes et potentiellement sur leur carrière.
Alors oui, ce n'est techniquement pas "illégal", mais comme il l'a aussi déjà été dit dans ce fil (sans insultes, bravo ^_^), il y a assez de personnes talentueuses pour qu'on se passe de celles au comportement moral franchement douteux.
Puis je dis ça, mais je suis comme bcp très emmerdé parce que j'aime aussi les comics d'Ellis. Si c'était un tâcheron, quelque part, la décision serait plus vite prise ^^
19 Juin 2020
Yaloo@Visarspike : Ca a déjà pas mal débattu sur la séparation homme /artiste. Il y a deux sensibilité irréconciliable sur le sujet. Tu as raison, Ellis n'a rien fait d'illégal : écraser son prochain n'est pas pénalement répréhensible.
Etre choqué de l'attitude d'Ellis n'est pas du puritanisme. Qu'untel fréquente des clubs échangistes ou organise des partouzes avec ses voisines consentantes, j'en ai rien à faire et ça ne me regarde pas. Là, dans un univers très concurrentiel où les femmes manquent souvent de soutien et doivent toujours démontrer plus que les hommes, on a un auteur de renom qui sous le masque du pygmalion manipule de jeunes autrices pour les mettre dans son lit et les jeter ensuite. Le processus a été répété à de multiples reprises et a suscité beaucoup de souffrances. On est loin de l'aimable libertinage.
Si plus tard, ma gamine subit la même chose d'un vieux barbon, je n'irai pas taper sur l'épaule de ce dernier en le félicitant : "Bravo, t'as serré une jeunette" A plus