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Strangelands Tome 1 : l'univers H1 a encore du mal à se lancer

Strangelands Tome 1 : l'univers H1 a encore du mal à se lancer

ReviewIndé
On a aimé• Un duo rapidement attachant
• Une bonne illustration des pouvoirs
On a moins aimé• Reste trop proche d'une intrigue assez simple
• On ne construit pas un univers en restant trop flou
• Un dessin qui manque de prestance
Notre note

Lancé il y a un an de l'autre côté de l'Atlantique, l'univers partagé H1 d'Humanoids Inc, branche américaine des Humanoïdes Associés, a commencé à se faire connaître de notre côté en cette fin d'année. Après l'ouverture amorcée avec le premier tome d'Ignited, c'est la seconde série de cet univers partagé, Strangelands, qui est chargée d'élargir ce nouvel essai dans le registre super-héros, qui arrive à se démarquer du reste de la production, sans toutefois convaincre à 100%. Explications.

Adam et Elakshi Land portent le même nom de famille, mais n'ont aucun lien entre eux. Après une rencontre fortuite, un triste évènement va les rapprocher. Ils se découvrent des pouvoirs diamétralement opposés (Adam peut attirer les objets à lui, Elakshi émet des champs de force qui repousse tout aux alentours) et ne peuvent ni trop se rapprocher, ni trop s'éloigner, sous peine de déclencher des cataclysmes d'importance. Une situation compliquée, et le duo pourrait bien trouver solution à son problème. En effet, dans le Colorado, un docteur prétend pouvoir soigner les nombreuses personnes récemment "allumées" (ignited dans le texte original) - un phénomène global qu'on ne comprend encore que peu dans l'univers Ignition.


Comme avec Ignited, la description du monde de Strangelands tranche avec le super-héroïque traditionnel. Pas de costume ici, et pas vraiment de super-héros ou de super-vilains. Les pouvoirs s'immiscent dans le quotidien des gens après des situations dramatiques, et personne ne se sent l'âme d'un personnage de comicbook. La thématique du duo que tout éloigne n'est pas originale, mais Maggs Visaggio et Darcie Little Badger (une autrice au parcours atypique, qui a fait une thèse en génétique des planctons avant d'écrire - c'est franchement cool pour qu'on le souligne) arrivent à prendre une direction qui sort un peu du lot. L'attraction des deux héros, qui sont par ailleurs assez charismatiques au premier abord, existe de facto, permettant une entente rapide et d'éviter de trop jouer sur le côté "deux opposés qui doivent rester en contact". A noter que le côté "si on est trop proches, tout pète" permet vraiment de jouer sur les situations.

Pris seul, Strangelands délivre une intrigue assez simple, une sorte de huis-clos dans cette "clinique" de fortune, où les tenants du mystère sont assez vite résolus - parce que l'action ne perd pas trop de temps. Mais on a envie de prendre le récit dans son plus grand ensemble, puisque Humanoids a bien insisté sur la corde de l'univers partagé, et c'est là que se trouve la déception. Des bribes d'éléments, comme une mention à des évènements qui se seraient déroulés des décennies en amont, essaient de teaser une forme de plan de grand ensemble, mais Strangelands reste trop près de ses personnages, n'explique rien et se contente d'une intrigue qui ne joue que sur un seul plan de lecture.


Bien sûr, les autrices n'en oublient pas d'assener quelques allusions à des thématiques récentes. Comme dans Ignited, l'origin story des personnages a quelque chose à voir avec la prépondérance des armes à feu aux Etats-Unis. Il est fait allusion à la situation d'urgence climatique dans laquelle l'humanité se trouve à cette heure, mais là aussi, il s'agit juste de mention, d'effleurer des sujets sans qu'ils ne soient vraiment importants pour le récit. Strangelands se voudrait engagé seulement sur la déclaration, mais le résultat n'est pas là. On ne pourra en revanche critiquer l'un des antagonistes, qui surprend (en bien) par le dilemme que lui impose ses capacités. 

Au sortir du récit, il en reste une sensation d'inachevé. Strangelands reste trop proche des personnages et d'une intrigue assez simple, et ne profite pas de son espace pour développer plus, et mieux, l'univers partagé qu'elle doit aussi présenter. Peu d'avancées et un sentiment de frustration, qui pose la question de poursuivre les aventures de ces personnages - dont l'évolution est au final minime après ces quatre numéros - pour le prochain tome. Quand on veut créer quelque chose d'immersif, il faut être plus direct, d'autant plus quand la compétition est si rude dans le domaine des comics. 

A côté, il faut reconnaître que la partie artistique ne suffit pas à redorer le blason du scénario. Guillermo Sanna a un style anguleux plutôt bienvenu pour le registre. Les personnages sont bien reconnaissables (grâce à un chara-design préalablement effectué par Yanick Paquette) entre eux et le dessinateur s'en sort assez bien dans la représentation des pouvoirs, avec quelques scènes (littéralement) explosives bienvenues. Mais si l'ensemble est bien lisible, le trait se montre par moments trop imprécis, et sous couvert d'avoir un style "simple", l'approche graphique semble plutôt inaboutie. Peut-être par un encrage un peu grossier ou un manque de détails, le dessin ici ne remplit pas toutes ses fonctions, et empêche une immersion complète. Un constat dommageable au vu de quelques passages, plus travaillés, vraiment réussis. A voir si le rythme mensuel imposé a été trop contraignant, puisqu'à l'heure actuelle, le cinquième numéro de Strangelands est attendu en VO en janvier 2020 - soit trois mois après la publication du quatrième, signe d'un besoin de temps manifeste pour préparer la suite et tenir les délais.


Reste une édition satisfaisante pour la VF proposée par Les Humanoïdes Associés, qui a apporté cet album sans trop de délais - un mois après la sortie du quatrième numéro en VO, qui montre aussi la volonté de l'éditeur de faire vivre son univers H1 au même rythme malgré les frontières et les différences dans les modèles de publication. On apprécie la galerie des couvertures en page pleines, mais pour ce genre de lancement, il faudrait des bonus plus conséquents, pour continuer d'être accompagné dans la construction de cet univers partagé, qu'on ne demande qu'à découvrir même si les séries ont du mal à mettre le pied à l'étrier.

Il nous restera à découvrir Omni, le troisième tome de cet univers partagé Ignition, pour se faire un avis définitif sur les débuts de H1. Avec Strangelands, le récit propose quelques pistes mais préfère rester très proches de ses personnages pour rester dans le thriller assez simple, porté par un duo plutôt charismatique. Mais les concepts et les pistes ne suffisent pas à captiver, ce qui est le grand manque à gagner quand on bâtit un nouvel univers, le manque d'exposition devenant source de frustration, hélas non compensé par une patte graphique assez quelconque. On attendra donc de voir ce que Strangelands proposera par la suite, mais pas sûr que le lectorat ne se montre aussi patient !

- Vous pouvez commander Strangelands Tome 1 à ce lien

Arno Kikoo
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