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Undiscovered Country #1 : réinvention de l'Amérique de demain ?

Undiscovered Country #1 : réinvention de l'Amérique de demain ?

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On a aimé• Des pages superbes
• Un ensemble bien travaillé et réfléchi en amont
• Le sous-texte politique, prometteur
• Quelques bonus de fin de numéro
On a moins aimé• Pour le moment assez prévisible
• Des dialogues d'exposition lourds et confus
• Encore du mal à deviner les personnages derrière la note d'intention
Notre note

Il y a encore quelques semaines, personne n'avait encore entendu parler d'Undiscovered Country. Annoncée au milieu de l'été, la série de Scott Snyder, Charles Soule et Giuseppe Camuncoli aura été développée dans le secret, pendant plusieurs années à l'ombre des regards, et présentée çà et là avec suffisamment d'éléments pour intriguer le lectorat standard, et trop peu pour se faire une première opinion. Sur le sujet du bouquin en lui-même, passé les quelques pages d'introduction présentées à la presse, le mystère était entier.

Symboliquement, la promo' d'Undiscovered Country imitait donc déjà le fonctionnement même du scénario de la série : une épaisse muraille - le mur d'enceinte bâti autour des Etats-Unis, comme la couverture du numéro - abritant mille et un secrets. La perspective d'explorer les Etats-Unis trente ans après que le pays soit entré en autarcie, forcément enthousiasmante, s'ajoutait à l'idée de voir travailler ensemble les noms de Snyder et Soule, auteurs brillants et capables du meilleur. Passé la forteresse, et à la découverte des premières pages, les héros de l'aventure comme les lecteurs de ce premier numéro seront sans doute passés par le même ascenseur émotionnel - pas forcément déçus, pour peu que ceux-ci aient un peu de jugeotte. Mais la perspective d'une utopie narrative ou fictionnelle n'est - apparemment - pas encore à notre portée.
 

 
Voilà de quoi parle Undiscovered Country. Les Etats-Unis, au sortir d'une guerre commerciale avec la Chine, auront choisi de s’emmurer. Bâtissant autour de leurs frontières un immense mur, infranchissable, les citoyens de la nation étoilée se retrouveront livrés à eux mêmes pendant trente ans - et pendant trente ans, le monde n'a plus jamais entendu parler d'eux. Trop occupé à bâtir des alliances entre Nord et Sud, entre Est et Ouest, le reste des populations s'est affaire à évoluer sans la première puissance mondiale, allant au-delà d'immenses bouleversements géopolitiques, voire, plus inquiétant, de graves crises sanitaires. Après qu'un virus (The Sky) ait commencé à s'abattre sur le monde sans espoir de vaccin, les "nations unies" reçoivent un appel des USA pour la première fois depuis trois décennies. On leur demande de venir rendre visite. On leur promet un remède, d'ouvrir les frontières une fois que ce premier contact aura été établi. Une équipe d'explorateurs, de scientifiques et d'ambassadeurs est envoyée en reconnaissance, et tout ne va évidemment pas si bien se passer.
 
Dès les premières pages, l'esthétique d'Undiscovered Country triomphe sur la simplicité de sa présentation. De superbes pages, gorgées de dialogues, gorgées d'exposition. On retrouve le Scott Snyder de The Wake, ou de ses mauvais moments sur Batman, trop occupé à s'expliquer à lui-même les tenants et aboutissants de sa propre histoire pour faire confiance au lecteur, et le laisser deviner. Après le calme des premières planches de Camuncoli, où l'ambiance d'apocalypse réelle se mêle à une science-fiction de l'étrange - faire des Etats-Unis une sorte de planète alien à explorer, un précepte forcément génial - on retourne dans le passé pour présenter la mission et les personnages. Puis intervient l'exposition, ce fameux moment difficile à passer où il est d'usage que l'intrigue soit révélée au spectateur passif. Jamais un point fort dans sa carrière d'auteur, Snyder en fout partout, dans des double pages plutôt jolies, mais gorgées de bulles de dialogues superflues, qui ne présentent finalement pas grand chose et se contentent de distribuer les rôles et les points clés essentiels.
 
 
 
Ce passage (probablement le plus faible du numéro) trahit l'énorme travail de préparation et de création opéré par les deux scénaristes, et qui tiennent absolument à réciter leurs fiches de personnages et de contexte historiques, leur liste de noms propres trop détaillée. D'une certaine façon, on aurait tendance à deviner un scénario de cinéma plus que celui d'une bande-dessinée : les dialogues se chevauchent, chacun a le droit à sa réplique (y compris les personnages plus secondaires), comme pour créer entre eux un sentiment de cohésion, voire parfois de confusion volontaire, et les présenter comme un groupe dense plus que comme une équipe menée par un héros facile à identifier. L'intention est louable, et se devine vite entre les lignes : passé un petit boulot sur les frangins Graves, l'Amérique elle-même sera le héros (ou le vilain) de toute l'histoire. Et pas forcément cette bande de personnages, très typiques et sans reliefs, avec des noms sortis d'un générateur automatique - tel que Pavel Bukowski.
 
Une fois ces errances de subtilités plutôt habituelles dans l'écriture du bon Scott, les Etats-Unis se découvrent. Un paysage très évanescent et qui donne un réel sentiment de planète extra-terrestre, avant que d'autres référents artistiques n'abondent dans notre sens - le plus évident étant Mad Max, mais on pourrait aussi citer Old Man Logan et sa cartographie des USA modernes. Les couleurs du génial Matt Wilson rappellent de leur côté le travail accompli sur Batman : Zero Year (le dernier segment en particulier) : au détour de nuances psychédéliques où tout foisonne de vie et d'invention, on devine un jaune sable hérité de George Miller, ou de l'animation japonaise bariolée. Aux Etats-Unis, le ciel n'a plus rien de bleu. Matt Wilson a d'ailleurs l'intelligence de contraster sa palette entre la scène de briefing ou des bidonvilles d'Athènes, un ensemble bien plus réaliste et commun qui jure avec la folie de la nouvelle Amérique.
 

 
On pourra reprocher à ce premier numéro l'étalage habituel de péripéties prévisibles, d'un cliffhanger de fin attendu et de cette façon qu'ont tous les personnages de sortir une phrase solennelle quand le moment leur semble bienvenu (devant l'urgence de la mort, philosophons sur la vacuité et la fragilité du genre humain). Passé ces défauts d'écriture au premier plan, le sous-texte d'Undiscovered Country a pourtant tout pour plaire. En s'appuyant sur une présidence récente, voire actuelle, Soule et Snyder vont piocher dans les angoisses profondes de la géopolitique terrestre. Voir le meneur de troupe historique se retirer du jeu, imaginer comment les états dictatoriaux s'empareraient du globe sans l'ombre imposante de l'auto-proclamé gendarme du monde libre, et les peurs de la pandémie, un sujet logique au vu des crises sanitaires à venir. 
 
Sur place, les voyageurs tombent aussi nez-à-nez avec une iconographie qui, comme Old Man Logan avait eu l'intelligence d'adapter les codes de Mad Max au paysage des super-héros Marvel, va les adapter cette fois à celle du panthéon de gloire des Américains. Le racisme, la xénophobie, à peine effleurés, ont forcément une autre résonance dans ce que nous présente Undiscovered Country. De même que les idées de "minorité", les signes de reconnaissance utilisés pour montrer patte blanche - ou la planche finale - traduisent ce second niveau de lecture manifeste, par-delà la simple envie d'une aventure interchangeable qui pourrait aussi bien avoir eu lieu dans un autre contexte (plus fantaisiste). La chronologie en post-face intègre le scénario de la série dans le présent, un présent qui aura, pour les héros, commencé il y a trente ans, mais pourrait tout aussi bien être notre futur imminent. On sent, à l'écriture, deux auteurs conscients du devenir de leur pays natal, tout en n'oubliant de s'amuser avec les codes de la fiction. Moins frontaux ou sérieux qu'un Ales Kot, les deux copains donnent dans le film hollywoodien pour canaliser leurs frustrations, comme Mark Millar lorsqu'il parle d'une mère de famille qui peine à joindre les deux bouts à son retour de l'armée.
 
 
 
On appréciera aussi les détails sur la création du logo ou de la première couverture livrés dans les pages de complément (une habitude à prendre pour ces séries de créateur, histoire de lever le voile sur ces envers de décors souvent passionnants). Mais si Image Comics croit dur comme fer à ce nouveau bébé, si le cinéma bondit et si Scott Snyder frétille d'enthousiasme à l'idée d'avoir entre ses pognes un nouveau Walking Dead plus ouvertement politique, l'écriture d'Undiscovered Country cantonne pour le moment le titre à cette promesse d'entre deux. Un blockbuster intelligent, oui, mais un blockbuster, et qui cherche encore à trouver le nord sur la boussole de l'écriture, entre trop d'exposition, trop peu de caractère dans ses personnages centraux, et trop de fausses notes pour être ce chef d'oeuvre indispensable que le narratif en présence semble vouloir imposer. 
 
On se demanderait par exemple pourquoi un "archéologue" des Etats-Unis connaîtrait par coeur le moindre modèle de télé' accroché à un arbre, comme on se demanderait pourquoi tout le monde semble avoir oublié à quoi ressemblait le pays après seulement trente ans, comme si on parlait d'une cité engloutie qui aurait subitement refait surface après être avoir acquis le statut de légende urbaine (de mémoire, personne ne s'attendait à trouver des dragons qui crachent des picadillos quand les Etats-Unis ont recommencé à autoriser les voyages à Cuba).
 

 
Par-delà la couverture d'Undiscovered Country comme par-delà les frontières de cette Amérique du lendemain, on trouve du bon et du moins bon. De superbes dessins, des pages magnifiques et une association réussie entre Giuseppe Camuncoli et Matt Wilson, un ensemble qui a été réfléchi en amont et s'appuie sur des thèses conspirationnistes aussi cruelles que réalistes, et une histoire somme toute prévisible et encore mal rythmée. Beaucoup craignent que la série ne prenne un temps considérable avant de réellement raconter quelque chose passé le déroulé de sa lente exposition, et si la peur est réelle, on se plaira à suivre toutes les inventions (supposément brillantes) que nous réservent Scott Snyder et Charles Soule dans leur wasteland bien à eux. Le sous-texte est suffisamment bien défini et gorgé d'assez de symboles pour intéresser, et éviter au titre de n'être qu'un simple plaisir esthétique, mais l'on se cantonnera à ce constat : ce premier numéro est bon, mais ce qu'avait compris Robert Kirkman avec Walking Dead, c'est qu'il vaut parfois mieux de ne pas tout expliquer.

Corentin
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