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The Sandman Universe Presents Hellblazer #1 : le retour de l'enfoiré en imper'

The Sandman Universe Presents Hellblazer #1 : le retour de l'enfoiré en imper'

ReviewDc Comics
On a aimé• Un portrait sans concessions de l'ordure Constantine
• Kebab and pint
• Londres pendant le Brexit ?
• Les planches de Marcio Takara
On a moins aimé• Encore un peu trop bavard
• Des pistes de scénario encore peu claires
Notre note

Au moment de lancer le projet éditorial des New 52, DC Comics, motivé par l'envie de proposer une offre large où seraient représentés l'ensemble des sensibilités et thématiques de son catalogue, arrachait John Constantine à Vertigo pour le réintégrer au monde des super-héros. Le personnage, apparu dans les pages de Swamp Thing, aura évolué pendant un certain temps aux côtés de la mythologie mystique de DC Comics, avant de s'accorder une plus grande indépendance. La plupart des personnages de Vertigo se seront ainsi éloignés au fil des volumes de la maison mère, et de ses héros en cape, pour construire leurs propres univers - pour ne pas se gêner les uns et les autres, ou simplement, pour se permettre de raconter des histoires qui pouvaient aller un peu plus loin que ce que les surhommes costumés s'autorisent d'habitude.

Avec les New 52, la plupart de ces personnages auront fait le chemin inverse, rapatriés dans l'univers principal pour nourrir l'idée d'une ligne mystico-monstrueuse. Beaucoup avaient reproché à DC Comics ce choix de couper les ponts avec l'entreprise Vertigo, après avoir passé près de vingt ans à bâtir un habitacle adapté à ces créations folles des auteurs anglais. Paradoxalement, sur Animal Man ou Swamp Thing, personne n'avait rien trouvé à redire : les volumes de Scott Snyder et Jeff Lemire étaient tout simplement réussis, prouvant que tout n'était pas qu'une simple affaire de catalogue ou de publication quadrillée. Dans le cas de John Constantine (comme de la Doom Patrol), l'entreprise aura fonctionné sur un apprentissage par l'échec - d'abord risible, puis légèrement meilleur au fil des tentatives de relance, sans jamais parvenir à atteindre la qualité des chefs d'oeuvre d'antan.
 
Là où tout le monde semblait avoir renoncé, DC Comics tente une fois de plus de raviver la flamme de l'exorciste briton, en appliquant une méthode qui aura fait ses preuves : lui accoler un scénariste du Royaume-Uni, formé à 2000AD et aux comics de genre, en s'autorisant un poil plus de violence et de langage fleuri et sans nécessairement chercher à codifier ses aventures dans un paysage de super-héros. Le Sandman Universe, relancé récemment, vient accompagner le relaunch d'Hellblazer par Si Spurrier, où l'on retrouve avec plaisir les accents de cockney du salaud de sorcier en imperméable, dans un premier numéro réussi et qui promet, enfin, un peu de sincérité dans le propos.
 

 
Le numéro s'ouvre sur une guerre cosmique où différentes entités de la magie, des démons et des religions s'entrechoquent dans un immense chaos présenté de façon peu précise. Nous sommes dans le futur. John Constantine a perdu face au magicien Tim Hunter, le jeune héros de la nouvelle série The Books of Magic. Aux portes de la mort, il conclut un marché avec un sorcier mystérieux qui lui permet revenir en arrière dans le temps (voire de changer de dimension, les faits sont flous) et tenter de corriger les choses, empêcher l'apocalypse, et assassiner Hunter ou le remettre sur le droit chemin. D'entrée de jeu, on retrouve un personnage plus gris, voire ouvertement malfaisant : ce John Constantine n'est pas l'énième portrait d'alcoolique perclus par le regret de ne pas avoir sauvé la jeune Astra Logue du démoniaque Nergal. L'exorciste assume des faits plus graves, un parcours tumultueux de trahisons et de choix discutables et semble plutôt à l'aise avec son image de salaud.
 
L'écriture de Spurrier utilise l'argot ou le jargon de Constantine à bon escient dans des dialogues saccadés, ou le héros semble en perpétuel décalage avec les situations. Ses répliques buttent sur des hésitations ou des commentaires sarcastiques, avec humour ou ironie, tandis qu'il évolue dans un monde en ruine ou un environnement qu'il ne reconnaît pas. Cette méthode de narration s'ajoute à des procédés plus méta-textuels, en utilisant des post-its apposés sur les bulles de dialogues pour aller à l'essentiel dans les séances d'hypnoses, ajoutés à un jemenfoutisme très général sur les règles d'exposition : le lecteur, pas spécialement pris par la main, recompose l'histoire à mesure qu'il avance dans les pages, sans s'embarrasser d'une quelconque explication sur les règles de l'univers, de la magie ou des dimensions parallèles. Une envie de vivre l'histoire par le point de vue Constantine, éternel glandeur qui n'entend que ce qui l'intéresse ou le motive suffisamment pour progresser dans son aventure.
 
Plutôt dur avec son héros, Spurrier va puiser dans des volumes plus anciens pour composer son exorciste et l'environnement qu'il accompagne. En particulier Chas, et la thématique du cancer chère à Garth Ennis, les fantômes de Jaime Delano, ou l'idée d'un exorciste toxique qui détruit tout ce qu'il touche de près comme de loin. L'utilisation de la magie au quotidien, pour faciliter les transitions dans l'écriture, et faire de ses pouvoirs un simple automatisme ne cherchant pas d'explication permanente, va dans le sens de l'efficacité générale de cette vie de sorcier-roublard pour qui tout est facile, sauf le rapport à l'humain. 
 

 
D'une manière générale, ce premier numéro convoque également un sentiment de lassitude ou de redondance dans la vie du Hellblazer, comme si sa vie, contée par de grands auteurs sur des centaines de numéros, fonctionnait en vase clos : sur les mêmes routines, les mêmes démons à affronter, dans un surplace poussiéreux où Spurrier laisse entendre que trop d'histoires ont déjà été racontées sans que le héros ait un jour eu le droit à une chance de progrès. De la même façon que la ville de Londres en 2019, avec un micro-sous-texte sur le Brexit, il est temps d'affronter les problématiques du présent.
 
De ce point de vue là, le rapport au temps devrait être un élément intéressant à poursuivre sur la durée : tandis que Tim Hunter doit à tout prix éviter de devenir le magicien qui causera, un jour, la destruction du plan terrestre, John Constantine a lui-aussi en face des yeux une liste de choses à ne pas faire, et un double futuriste qui semble s'en être mieux sorti que lui. Le scénariste dresse ici un portrait assez critique de sa capacité à écrire Hellblazer - mis en concurrence avec des auteurs qui auront déjà fait mieux que lui, tout en admirant leur travail, l'idée de répéter ce qui a déjà été fait ne semble pas l'intéresser. 
 
Ce premier numéro, et ce vieux John souriant et satisfait, passe pour une sorte d'objectif à atteindre, ou de piège à éviter. La promesse d'un multivers de Constantine se dresse dans les interstices du récit (avec une référence à Keanu Reeves, on prend), mais la note d'intention générale paraît assez explicite : comprendre le vieux pour faire du neuf, revenir à une sorte d'essence sans compromission aux aspect les plus proprets de l'exorciste, ramener la violence, les cigarettes et le désespoir, mais tenter de construire une véritable piste d'évolution dans les numéros à venir.
 

 
A ce sujet, on regrettera que Marcio Takara ne soit présent que pour cette seule introduction : le dessinateur, généreux, livre un portrait assez splendide du monde de Constantine, gorgé de détails, d'idées et jouant sur la multiplicité des styles et des formes. En Angleterre, l'artiste glisse quelques détails sur les panneaux de signalisation reproduisant l'énergie punk des comics d'autrefois, tandis que les pages représentant les éléments les plus magiques ou mystiques rayonnent de couleurs et de variations. Le scénario et le dessin marchent main dans la main avec un rythme soutenu, efficace, réussi, pour convier à un point de départ en forme de boîte à mystère où on range énormément d'éléments à dérouler sur un run de long terme. Sarcastique, alcoolique, déprimé, une ordure confrontée à son destin et à sa propre évolution cloisonnée dans les pages de DC Comics, le nouvel Hellblazer semble avoir de réelles nouveautés à proposer en plus de retomber sur l'énergie grimaçante et polar des volumes d'antan.
 
On fera confiance à Spurrier pour accompagner le héros dans cette entreprise plus saine, enfin déconnectée des ambitions de DC vis-à-vis des adaptations ou d'une envie de polir les aspérités de l'exorciste. A noter cependant, au chapitre des défauts, que dans le mépris qu'il affiche pour l'exposition ou son envie de suivre le point de vue perplexe de Constantine sur la réalité, le scénariste va parfois se perdre dans des cases de narration trop bavardes ou un contexte spatial assez foutraque (de même que personne n'a envie d'imaginer que Zatana se fasse arracher un oeil ou que six goblins aveugles se trifouillent en canon à quelques centimètres de la case). Des errances ou des maladresses qui se corrigeront sans doute à mesure que l'auteur aura la maîtrise de son format - le numéro étendu d'intro' étant souvent complexe à manoeuvrer - et trouvera ses marques dans sa Londres de fiction d'ici les prochains mois.
 

 
Le bilan est plutôt positif au sortir de ce premier numéro, encore embrumé dans la fumée de ses tiges à cancer, de l'énième relance de Hellblazer proposée par DC Comics. Si Spurrier s'approprie le personnage en allant enfin vers une direction plus inventive que la simple traque aux démons, avec une réflexion sur la façon dont cet enfoiré historique n'aura jamais cherché à évoluer ou à apprendre de ses erreurs. Marcio Takara fait un boulot superbe sur les planches, au point que l'on espérerait le retrouver sur des numéros à venir. Enfin déconnecté des enjeux de Superman ou de l'emprise éditorial du DC Proper, Constantine change (littéralement) d'atmosphère pour retrouver le goudron et les tourments humains - avec un papy John bien décidé à lui en faire baver. Bière, kebab, solitude et clope au bec, l'exorciste est enfin de retour. 

Corentin
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