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X-Men : Dark Phoenix : No More Mutants

X-Men : Dark Phoenix : No More Mutants

ReviewCinéma
On a aimé• On retrouve le style qui fait la force de la saga
• De jolies musiques signées Hans Zimmer
• Un premier tiers plutôt réussi
• Proportionnellement honorable au vu de sa production
• Quelques idées dans les bagarres
On a moins aimé• Scénario très prévisible et sans enjeux
• Une vilaine sans corps ni identité
• Les artifices affreusement visibles du scénario
• Une fin insatisfaisante au vu de l'importance de ce dernier volet
• Dans le très moyen de ce type de productions
Notre note

Le hasard veut que cette année de sorties ciné', comics ou de séries télévisées soit décidément frappée du sceau des fin de cycles. Le paysage de la culture pop' est plus que jamais en passe de grandement se renouveler, et tandis qu'on remballe les dragons, les grands types violets, et les mallettes de pure colombienne des équipes de Gotham, les X-Men s'apprêtent eux aussi à dire au revoir après presque vingt ans de loyaux et parfois bons services. 
 
Les semaines qui ont précédé la sortie de Dark Phoenix auront sans doute permis de faire un peu plus de lumière sur l'étrange cas de cette franchise auto-sabordée par le dernier volet en date, très justement titré Apocalypse, fameux moment de décrochage pour Matthew Vaughn et reprise actée de Bryan Singer avec son fidèle bras droit de producteur, Simon Kinberg. En dix-neuf ans, la franchise X-Men aura vu naître et mourir pas mal de dynasties. Un cinéaste accusé d'agression sur mineur et qui aura en même temps fait l'enfance de beaucoup de gens, avec deux premiers films plutôt bons ou très bons, un troisième épisode décrié, par un autre réalisateur aux mœurs douteuses, scénarisé par celui qui deviendra le producteur officiel de la franchise pour la Fox dans les années qui suivront. Les aléas de carrière de Hugh Jackman, portant à lui seul le pire et le meilleur film de cette saga avec Wolverine Origins et Logan, quelques produits dérivés, et une chronologie absurde où on peine encore à trouver un semblant de logique.
 
Dans la longue liste de faits à citer au moment de parvenir à la conclusion Dark Phoenix, deux sont plus intéressants que les autres : après le départ ou l'éloignement volontaire de Bryan Singer, Kinberg a pris les rênes de l'écriture et de la mise en scène d'un quatrième film pour la saga First Class, d'une part, et Disney a racheté la 20th Century Fox. Précipitant une fin que l'on aurait sans doute aimé voir arriver bien plus tard au sein de cet ancien studio, désormais filiale d'un grand groupe pas décidé à partager les franchises, et obligeant Dark Phoenix à proposer un sentiment de conclusion à ce grand cycle étalé sur au moins six films pour le tronc principal. Étonnamment, le projet et sa tartine de scènes retournées s'en sort mieux que d'autres sur la ligne d'arrivée, mais épouse également les contours d'une promesse forgée dans le malheur de bande-annonces pas forcément ragoutantes : on risque d'oublier tout ça un peu trop vite.

 

Dark Phoenix, amputé du sur-titre X-Men en VO, reprend le scénario de Simon Kinberg pour X-Men : L'Affrontement Final de Brett Ratner, en escamotant le propos sur l'intérêt de la diversité et la générosité de son temps. On retrouve un jeune Jean Grey entourée de l'équipe formée pendant Apocalypse et menée par Mystique, à une époque où les Etats-Unis ont apparemment accepté de bon coeur la coexistence avec la race mutante, en échange de quelques services rendus. Charles Xavier est ainsi devenu une sorte de fournisseur de surhommes pour sauver les humains dans des cas particuliers, et les jeunes X-Men mettent à présent leurs vies en danger pour sauver celles des autres, en échange de quoi on accepte de les laisser tranquille. Magnus n'est plus un problème, Raven et Hank semblent être en route vers une romance actée, en résumé, tout roule dans le monde et sur le fauteuil du Professeur Xavier.
 
Un incident va cependant précipiter ce fragile équilibre, lorsque Jean, au cours d'une mission de sauvetage spatial, va se retrouver en contact avec une entité cosmique que le film refuse de nommer Phoenix. Se déroule alors un scénario très proche du troisième X-Men pour l'héroïne, avec des séries de rencontres, des crises de colère, un pouvoir cosmique trop puissant pour être géré, et les quelques bagarres ou rencontres nécessaires à la progression de l'intrigue. Le script pose ses scènes comme une série de points de passages obligés, sous-tendus par un propos général sur Xavier et son incapacité à prendre les bonnes décisions : à chaque rencontre, Jean, possédée par le pouvoir du Phoenix, va s'énerver, être atteinte d'une sorte de crise d'angoisse, et commettre les irréparables qui vont l'enfoncer peu à peu vers son rôle d'antagoniste involontaire dans un film qui manque cruellement, radicalement d'enjeux.
 
Métaphore de la crise d'adolescence plus ou moins assumée - certaines répliques vont tout à fait dans ce sens - et d'un sentiment de confusion ou de colère du passage à l'âge adulte, de l'éloignement et de la reconstruction familiale, le métrage réitère l'erreur de certains autres films de ce calibre ces années passées - pensez à Batman v Superman ou Civil War, dans les fameux conflits entre héros qui seraient faciles à éviter si deux personnages faisaient parler leurs mots ou leurs sentiments plutôt que leurs poings. Le refus de faire de Jean une réelle méchante donne à l'ensemble un sentiment très artificiel, quand le public s'aperçoit des très grosses ficelles sensées mener à l'événement suivant ou à la bagarre suivante - là-encore, des affrontements pas forcément mal filmés mais très synthétiques. Difficile de mettre de l'émotion dans des bagarres en forme de quiproquos, pour des personnages que l'on vient à peine de rencontrer, ou dont on sait qu'il ne leur arrivera rien par simple logique.

 

Le scénario garde dans sa poche une sorte de roue de secours pour parer à ce manque d'antagonisme, ou plus généralement d'enjeux, avec le personnage de Jessica Chastain. Celle-ci, difficilement crédible malgré son talent habituel, représente une vilaine quasi dépourvue d'identité, particulièrement creuse, particulièrement déjà vue dans la catégorie des adversaires pré-fabriqués, interchangeables et sans réel motif précis. Un vilain des premières phases de Marvel Studios, presque aussi anecdotique que Malekith et qui joue ici un rôle de surplus pour, une fois de plus, servir la dose habituelle de ce que l'on s'attend à trouver dans un film de super-héros : une armée de vilains sacrificiels pour démontrer la variété des pouvoirs des héros, une menace de fin du monde, un troisième acte essentiellement tourné vers l'action et un adversaire pour fédérer l'unité des personnages principaux. Chastain fait son possible, sans forcer.
 
Les acteurs dans leur ensemble paraissent éteints. Soit parce qu'ils reprennent un rôle qu'ils ne connaissent que trop bien après toutes ces années (dans le cas de Hoult ou Fassbender), soit parce que l'inexpérience de Simon Kinberg a la mise en scène les prive d'une direction d'acteur plus endiablée. L'ensemble n'est pourtant pas désagréable, et on saluera le travail de post-production qui profite de cet ensemble pour donner au film des teintes de gris, comme un univers déjà vieillissant, au bord du gouffre ou gorgé de mélancolie. Les musiques de Hans Zimmer portent à merveille cette ambiance particulière, notamment dans le premier tiers et la scène spatiale, temps fort du montage, et menée avec une certaine tristesse par des musiques moins héroïques que la bande-son usuelle de ce type de productions. Certaines scènes filmées sans talent s'en retrouvent grandies. 


 
On pourra tout de même saluer un James McAvoy prêt à accompagner les évolutions de son personnage, et qui donne plus que la plupart des acteurs, quitte à en faire trop à certains moments. Le comédien reste le pivot de la distribution, et ses tentatives de jouer avec colère ou agacement accompagnent la lassitude déprimée d'un Fassbender en petite forme, las de son personnage comme Eric de sa vie de résistant - tous deux portent, presque sans l'avoir fait exprès, la réelle fin de leurs personnages de Xavier et Magneto, porte-paroles symboliques de la saga X-Men au cinéma depuis dix-neuf ans.

Du côté de la réalisation, on saluera mine de rien les trouvailles de Kinberg sur quelques scènes - comme un effet de miroir entre le casque de Cerebro et celui de Magneto, un combat final qui ne manque pas d'idées ou, encore une fois, une scène spatiale qui met à contribution le bon Quicksilver pour un moment qui n'est exceptionnellement pas sensé faire rire. Relativement plan plan le reste du temps, le travail de caméra est proportionnel aux enjeux : difficile de s'investir dans des scènes de dialogues artificielles ou dans des combats qui n'ont pas d'autre but que de divertir.

Le problème général émane réellement de l'écriture, d'un film fait d'automatismes ou de moments que l'on a déjà vus, déjà ressentis, soit dans cette saga soit dans une autre, et dont on regrette rétrospectivement qu'il soit le dernier volet. Mal rythmé, foutraque, le script cale même quelques réels moments de levées de sourcils (une torture d'handicapés plutôt grotesque, d'autant plus quand on connaît les conditions de tournage de la scène), et une fin qui s'écrase avec mollesse sur son obligation de boucler l'heptalogie. 

Que l'on ait ou non conscience des reshoots, les dernières minutes du film paraissent particulièrement forcées, mues par un besoin de clôturer proprement. Si on n'est pas forcément devant un cas de type Sense8, il paraît très évident que cette fin qui répond à plus que le film en lui-même paraît hors contexte, et paradoxalement très insatisfaisante en tant que telle. On se posera à nouveau la question de la cohérence avec le reste de la saga, de la cohérence avec la fin "retour au présent" de Days of Future Past, de savoir si Kinberg a décidé de mettre X-Men 2 et 3 hors du canon, ou si une Rogue Cut sera aussi dans les plans cette fois ci pour relever un peu les choses.


Force est de constater que Dark Phoenix n'est pas un mauvais film en soi - il fait, en revanche, particulièrement daté. Sans réelle direction, sans menace, sans autre argument à son existence que le besoin d'adapter maladroitement la saga classique de Chris Claremont en enlevant tous les détails superflus (le Phoenix est ici une sorte de Galactus du deuxième film Fantastic Four, entité passant de planète en planète sans réelle utilité, nom ou conscience) et en accumulant tous les clichés que l'on retrouve dans ce genre de productions : des héros qui ne se parlent pas, une Civil War en carton pour un motif qui sera vite oublié en cours de film, une faceless army et un vilain creux, autant de problèmes qui alourdissent un scénario avec quelques vraies bonnes idées, comme le rôle consacré à Magneto, la part sombre de Xavier relativement peu traitée au cinéma ou la nostalgie des premiers temps de First Class.

Pas honteux, même plutôt honnête si on tient compte de ce que le projet aura tenté de nous vendre pendant sa campagne de promo', mais un film que l'on risque certainement d'oublier en rentrant du cinéma pour la perspective plus attrayante d'une nouvelle saga à réécrire en jouant sur d'autres thématiques. On saluera la musique, un bon premier tiers, quelques bons acteurs et surtout, ironiquement, une capacité assez surprenante à retomber sur ses pattes et à cacher au mieux les stigmates des réécritures et du rachat, sans y parvenir complètement. Le plus triste étant que, même dans le carcan d'un projet moins tenu que d'habitude, Dark Phoenix fait mieux qu'Apocalypse et parvient encore à maintenir l'esprit sérieux et peu ou prou politique de la saga - qui manquera cruellement au paysage culturel des super-héros dans les années à venir. On ne s'attend pas à des charges frontales à la X-Men 2 ou Days of Future Past sous la bannière Disney.


Dark Phoenix vient mettre fin à une longue série de films qui sera passée par de bons comme de mauvais moments. A l'écriture de cette critique, le souvenir du troisième film X-Men paraît, certes, un peu lointain, et si la comparaison n'a pas lieu d'être quand on évoque l'accueil tristement révisionniste du troisième Sam Raimi en son temps, on pourra s'interroger sur la réception de ces fins de trilogie à la Spider-Man 3 à une époque où l'on se permettait, peut-être devant la rareté du medium, d'être plus exigeants. Force est de constater qu'avec son sérum anti-mutanité, sa fin aux pièces d'échecs qui bougent ou ne bougent pas, un pont de San Francisco soulevé avec effort et une réelle insistance sur la malédiction que représentent les pouvoirs du Phoenix pour Jean, le film de Brett Ratner avait plus à offrir que cette nouvelle aventure, très peu fournie. Celle-ci, tout de même plus sobre, respectueuse de ses prédécesseurs et moins vulgaire que son homologue de la précédente trilogie (ou tétralogie), passe malheureusement pour l'aventure de trop après Apocalypse et une saga qui, n'ayant plus rien à dire, recycle ses qualités en répétant ses défauts. Le bilan est très moyen, et on regrette de devoir se passer de l'esthétique ou du propos des anciens films X-Men à l'avenir, plus riches politiquement, visuellement et à l'ambiance plus sombre que les productions Marvel Studios.

Corentin
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