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Batman : Last Knight on Earth #1 : Scott Snyder, Old Man Bruce et la Fury Road

Batman : Last Knight on Earth #1 : Scott Snyder, Old Man Bruce et la Fury Road

ReviewDc Comics
On a aimé• Retrouver les couleurs fluo de Capullo
• Snyder n'emprunte pas que la forme de Mad Max
• Une oeuvre complètement folle et qui s'assume comme telle
• Une mystère mystérieux potentiellement intrigant
On a moins aimé• La séquence de l'asile, trop longue pour ce qu'elle dit
• Pas encore assez de plaisir visuel du côté des dessins
• Le Joker qui cause s'annonce pénible
Notre note

Après l'échéance du mois dernier, Scott Snyder pouvait se féliciter d'avoir passé huit années de sa vie et de sa carrière, anormalement monomaniaque, à l'écriture de séries diverses sur le personnage de Batman. Gates of Gotham, Black Mirror, un long passage sur la série principale des New 52, quelques variations très personnelles, Metal et All-Star Batman, et jusqu'à la récente mini Batman Who Laughs, le scénariste s'est attiré autant de sympathie que de critiques pour son envie ravageuse de faire sienne la mythologie rigide de Gotham City

De bat-robots invraisemblables aux teintes colorées d'une cité apocalyptique, d'un multivers de chevaliers noirs cauchemardesques au fameux remplacement par un Jim Gordon à la Robocop et aux oreilles de Chappie, les chemins empruntés par les scénarios de Snyder auront, à défaut de révolutionner notre conception de l'univers Batman, laissé une trace quasi-indélébile dans cet imaginaire, développé sous des possibilités insoupçonnés et des angles particulièrement curieux. Scott Snyder aime profondément écrire Bruce Wayne, ce pourquoi il a toujours éprouvé une certaine difficulté à lâcher le personnage, même au moment de développer sa carrière d'auteur talentueux en indépendant, ou de prendre d'autres fonctions au sein de DC Comics.
 
Lorqu'il évoquait son travail sur Batman : Zero Year, il revenait au scénariste une conversation qu'il avait eu à l'époque de ses débuts, avec l'incomparable Grant Morrison. Cet autre monument, plus respectueux de la lecture classique de Batman, lui avait alors suggéré d'écrire dans sa tête une naissance et une mort à son personnage, afin de se l'approprier définitivement. Tout ce qui se tramerait entre ces deux événements ne serait que la parenthèse automatisée entre deux moments d'une vie fictive réécrite par un auteur, qui n'aurait plus qu'à dérouler ses idées. Batman : Zero Year était une naissance, et dans les ruines rebâties du DC Black Label, Batman : Last Knight on Earth sera la mort du Bruce Wayne de Scott Snyder, l'oméga de son alpha, et potentiellement le récit définitif pour cerner cette vision si particulière qu'un auteur fou aura proposé pendant ces huit dernières années. On ne doute pas que vous ayez besoin de nos conseils pour décider de vous le procurer, aussi ce qui suit sera surtout laissé là pour la postérité.
 

 
Batman : Last Knight on Earth renoue avec l'association entre Snyder et Greg Capullo, ce qui est déjà une bonne nouvelle en soi. La série s'inscrit d'emblée dans le canon des oeuvres les plus bariolées du duo, et répond esthétiquement aux idées étranges de Zero Year - sur le plan des couleurs pétantes, de cet imaginaire de dystopie folle de série B des années '80, où l'impression de reconnaître l'univers se mêle à un sentiment d'inconnu familier, relativement déroutant. Le récit s'ouvre sur la défaite de Batman face à un ennemi non-identifié, qui va chercher à donner immédiatement dans le symbolique : la mort des parents Wayne, Crime Alley, le premier traumatisme constitutif du personnage.
 
Suit une série de péripéties plus ou moins bien orchestrées où l'on comprend qu'une apocalypse a bien eu lieu, que des décennies se sont passées et que Batman a vécu dans le secret d'une série d'événements fatals à la Terre telle que nous la connaissions. Scott Snyder recoupe avec une idée qu'il avait déjà utilisé à l'occasion du Detective Comics #27 d'il y a quelques années : son Bruce Wayne obsessionnel avait à l'époque construit une machine lui permettant de se cloner sur plusieurs générations. A chaque fois qu'un Bruce Wayne devait mourir, un autre, avec tous ses souvenirs, viendrait prendre sa place. Permettant ainsi qu'un Batman reste toujours en activité et fidèle à l'idéal de justice (et à celui de ne jamais avoir de vie à lui) du premier modèle. On s'amusera de réaliser que l'illusion de "tout était prévu depuis le début" fonctionne effectivement, ou que le délire égocentré de Snyder qui ne rend jamais hommage à d'autres bouquins que les siens ne s'estompera définitivement jamais.
 

 
Le scénariste utilise pourtant toute une batterie de références venues d'autres oeuvres. Le gimmick du héros à moitié fou qui doute du réel, à l'image du Moon Knight de Jeff Lemire ou de Vol Au Dessus d'un Nid de Coucou, les codes d'un monde à la Mad Max directement référencés dans la réplique "who killed the world", l'utilisation des Amazones chères à George Miller ou d'un sous-texte politique pas inintéressant du tout.
 
Snyder récupère du père de la saga de Max Rockatansky une analyse sur la situation politique du présent. Le monde de Batman : Last Knight on Earth est le produit d'une situation d'apocalypse dépeinte dans des oeuvres telles que Years by Years ou Black Mirror, avec le fameux diktat d'une population qui se tourne vers les extrêmes, l'individualisme, les mouvements de foules incontrôlables devant la pression du capitalisme, des 1% et des inégalités générales. Lex Luthor est le porte-parole de cette idéologie du présent (on pourra s'amuser à le comparer à Trump ou à n'importe quel dictateur appelant aux mauvais instincts d'une population, quelle qu'elle soit) et la perspective imaginée par Snyder est bien celle d'une fin du monde où l'espoir d'un personnage comme Superman n'a plus lieu d'être, quand le peuple choisit par lui-même d'opter pour l'apocalypse, pour la fin du monde, et refuse que l'on vienne le sauver. Un constat fataliste que l'on peut lire comme une parabole sincère, ou bien une envie de ne pas emprunter à Mad Max que sa forme mais aussi un peu de son fond.
 
L'histoire et les thématiques ont aussi tout pour rappeler le fameux récit Old Man Logan de Mark Millar et Steve McNiven, et on imagine assez bien un Batman naviguant dans les étendues désertiques de l'apocalypse en tombant nez à nez avec des versions vieillissantes de ses adversaires avant de découvrir l'identité de celui qui a, en définitive, tué ce monde. L'utilisation des anneaux de Green Lantern corrompus évoque le travail de Millar avec le dinosaure-Venom, ou l'incursion des super-pouvoirs en général dans les archétypes des récits de fin du monde. On s'attend à trouver une armée de zombies dopées au Titan dans le prochain numéro.
 

 
Dans l'ensemble, à l'exception d'une entrée en matière balourde qui se trahit trop vite et prend trop longtemps pour dire ce qu'elle a à dire, en tentant de vendre une illusion que personne ne prendra au sérieux, et un Joker trop bavard, la mini en trois Batman : Last Knight on Earth démarre bien. On espère plus de maestria de la part de Capullo, des décors plus généreux et une utilisation de ces idées folles mises à bon escient sur le plan de la mise en scène, encore dans la retenue ici. Néanmoins, le fait est que Scott Snyder a bel et bien été au bout de son idée. Une oeuvre complète à parler de Batman sous un certain angle, traitée ad vitam avec la même liberté de ton, les mêmes maladresses, les mêmes effets parfois justes et parfois réellement loupés. 
 
Il sera évidemment difficile de dire de comparer la série avec des Year 100 ou The Dark Knight Returns tant le postulat paraît emprunté et l'exécution, rien d'autre qu'un énième décalque d'idées très personnelles qui pourraient s'appliquer à n'importe quel autre personnage de Batman pour peu que DC ait choisi de lâcher la bride sur d'autres héros. En définitive, à part son côté obstiné et sa galerie de vilains, Snyder ne retient qu'assez peu de choses de ce qui fait la force du personnage (quitte à le surclasser au passage en faisant de lui la raison même de l'apocalypse, comme il a l'habitude de tout faire tourner autour du justicier en cape). Néanmoins, en bon délire d'auteur avec des choses à dire, un bon dessinateur sous sa coupe et le grain de folie qui caractérise les réussites du bonhomme, on est prêts à le suivre jusqu'à résoudre ce mystère infâme : qui a tué le monde ?
 
 
 
Un décalage assez amusant s'opère généralement entre la réception critique des travaux de Scott Snyder entre l'Europe et les Etats-Unis. Nos amis 'ricains, plus habitués au style Dirty Harry de Batman ou plus permissifs dans l'idée qu'un super-héros peut se révéler protéiforme, sont généralement assez clients des Batman à gros robots, à gros flingues, à la coupe de rugbyman ou aux one liners imposants dans un éternel combat fratricide et prévisible avec le Joker. Quitte à être pragmatiques, on pourrait se dire que le volume qui s'annonce semble surtout fait pour eux, pour cette catégorie du public qui accepte le Batman à dos de raptor et n'attend plus de Snyder qu'il retourne aux enquêtes à la James Ellroy - cela étant dit, après huit ans, vous avouerez qu'il serait temps de se faire à l'idée.
Corentin
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