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Les comics, une question de design : rencontre avec l'artiste Riley Rossmo

Les comics, une question de design : rencontre avec l'artiste Riley Rossmo

InterviewDc Comics

Au courant du mois passé, nous nous rendions à la première édition du Roubaix Comics Festival. Toujours organisé par l'association Art Thémis, la convention déménageait de la ville de Lille où elle s'était tenue au cours des dix dernières années. L'occasion pour nous d'animer une conférence, et d'aller à la rencontre des artistes sur place. Nous en avons profité pour interviewer Riley Rossmo, un artiste dont on vous parle souvent et dont on apprécie énormément le travail. 

De ses débuts en indépendant en passant par sa montée en puissance récente chez DC Comics (il dessine en ce moment le très bon Martian Manhunter) jusqu'à son activité de designer de figurines, voici un tour d'horizon d'un artiste aussi talentueux que sympathiques, que nous avons eu plaisir à rencontrer au Roubaix Comics Festival 2019. Bonne lecture !


Bonjour Riley ! Il y a quelque chose de très spécial avec ton style artistique, j'aimerai savoir quelles sont tes influences ? 

En ce moment c'est Eduardo Risso que je suis le plus, et qui m'a le plus influencé. C'est un compositeur incroyable. Il équilibre tellement bien les choses dans ces cases : ça fonctionne en noir et blanc, en couleurs, en silencieux. Plus petit, je me rappelle que le premier artiste dont j'ai retenu le nom était Bill Sienkiewicz sur les New Mutants et John Byrne sur les X-Men. Ainsi que Frank Miller sur Wolverine.

Tu as toujours été lecteur de comics, et un jour tu t'es dis que tu allais en dessiner ? 

Pas vraiment. Oui, j'ai toujours aimé les comics, mais je n'y pensais pas en termes de carrière. Il n'y pas tellement de gens qui en dessinent. J'ai été en école d'arts, parce que je passais beaucoup de temps à dessiner, à faire des montages photo. Après quatre ans, et une fois à l'université, c'est là que je me suis dit que je pourrais me mettre à faire de la bande dessinée. Au début, c'était juste pour le fun, dans des magazines que j'apportais à des comic shops.

A quel moment est-ce devenu une activité professionnelle ? 

Quand j'étais à l'université, j'ai fait mon book, et j'ai découvert la joie de nombreuses lettres de rejet. J'ai ensuite pris des cours de graphic design, et commencé à travailler pour des choses plus commerciales - de la publicité, du storyboard pour la télévision. Ce n'est qu'après que j'ai considéré - puis fait des comics de façon professionnelle.


Tu as un découpage souvent très inventif, je pense par exemple à une double page du Batman Who Laughs où les cases forment le bat-symbole. Comment gères tu la composition d'une planche ? 

Je ne me considère pas comme un bon technicien. Dans le sens où je ne suis pas bon pour dessiner de façon réaliste. Je ne suis pas un bon coloriste ou encreur, mais je pense que je suis un bon designer. Quand je dessine je pense à tous ces éléments : la forme des cases, comment tu composes les personnages qui sont dedans, ce qu'il se passe entre deux individus qui se trouvent dans des cases proches. Je pense à cela comme des pièces de puzzle que je m'amuse à déplacer et voir si elles vont ensemble. Dans les derniers comics, on a bossé à la méthode Marvel. Il n'y avait pas un script complet. Tu as plutôt quelques idées en série, tu n'est pas contraint par un nombre de cases, il y a des suggestions. Si on me dit qu'il pourrait y avoir six cases, je peux plutôt en dessiner dix-huit.

Comme pour la scène de sexe dans Martian Manhunter #1 ?

Oui. On m'a indiqué que le couple martien était ensemble, devient passionnel. Il fallait mettre un peu d'urgence là dedans, et qu'il y aurait un peu de dialogues. Mais la planche fonctionne par elle même, même sans les cases. La forme du couple est très dynamique, et va trop vite pour le lecteur. J'ai donc rajouté toutes ces cases pour ralentir le rythme de lecture.


C'est très important pour toi de contrôler les yeux du lecteur au cours de sa lecture.

Je pense à la façon dont les lecteurs vont interagir avec les cases de la planche. Parfois, il faut juste que tu aies une case qui t'empêche de tourner la page. C'est ça qui m'intéresse. Comment je bouge les pièces ensemble. Par exemple je ne m'intéresse pas à comment dessiner une moto, mais à l'idée d'une moto.

Tes planches sont quand même assez chargées, ça te prend combien de temps ?

Ça dépend vraiment de ce qu'il se passe. Les scènes de combats me prennent toujours plus de temps, et celles où il y a le plus de personnages également. Dans Martian Manhunter, avec les passages sur Mars où je suis libre d'inventer ce que je veux, ça va beaucoup plus vite. 

On en parle justement. Tu inventes toutes ces formes de Martiens. Tu as des personnages vraiment chelou, tu es allé regarder quelque part en particulier ? 

Chaque martien a ses capacités. Les White Martians m'ont été décrits comme s'ils étaient faits de verre brisé, donc j'ai dessiné des débris de verre reliés par des muscles. Les Yellow Martians sont les plus familiers. Ils ont un grand intellect, ils flottent comme des sacs plastiques, c'est assez simple à dessiner. Concernant les Green Martians, j'essaye juste d'être le plus intéressant (rires). Tu peux distinguer les Manhunters par leur uniforme, mais il n'y a pas de règle pour leur forme. La seule règle est de leur donner une forme humanoïde. On s'est imposé cette règle, parce qu'au départ, comme on disait qu'ils pouvaient prendre n'importe quelle forme, c'étaient des blobs. Et c'est difficile de s'identifier à des blobs (rires).

Est-ce que le creator owned te manque un peu ? Ça fait pas mal de temps qu'on te voir chez DC Comics, quelles sont tes raisons ? 

Il y en a plusieurs. J'ai une fille de trois ans, et rester chez DC Comics m'offre une certaine stabilité. J'aime beaucoup l'équipe éditoriale et créative avec qui je travaille. Je n'ai pas à me soucier des ventes des titres ou de sa publicité - même si c'est quelque chose. J'adorais superviser la production chez Image, le design d'une couverture, manager un coloriste et un lettreur. C'est un travail très intéressant mais à ce moment de ma vie, c'est bien d'avoir d'autres personnes qui s'occupent de ça.


D'ailleurs, comment tu es arrivé à bosser pour cette compagnie ? 

J'ai fait une histoire de Superman il y a cinq ans, en douze pages, avec Justin Jordan. Ils m'avaient envoyé un e-mail sorti de nulle part, et j'ai accepté, puis je n'ai plus eu de nouvelles. Une fois que Rasputin est sorti, avec Alex Gracian au scénario, j'ai à nouveau reçu un coup de fil surprise. C'était un éditeur qui disait avoir remarqué mon travail, et que James Tynion IV l'aimait. Il m'a dit "tu aimes Hellblazer ?", je te laisse imaginer ma réponse !

Justement, on ressent beaucoup une fibre horrifique dans tes travaux, jusque dans Martian Manhunter, ça te vient d'oû ? 

Je ne sais pas... J'aime beaucoup ça. Ce n'est pas intentionnel, mais c'est comme ça, je m'intéresse aux choses macabres, j'aime les films d'horreur, les cimetières, les squelettes...

C'était toi qui choisissais tes projets chez DC ou on te les proposait ? 

Un peu des deux. Par exemple, quand on m'a proposé Hellblazer, j'allais faire un autre titre Image, mais il fallait que je travaille sur ce personnage. Même s'il n'était plus Vertigo. Ce n'était pas aussi hardcore qu'autre fois, mais il y a je pense tout ce qu'il y avait, à part les gros mots - non pas que ce soit l'argument principal (rires).

Puisque tu mentionnes Vertigo, j'avais une question à propos de Deathbed. Avec toute la nudité qu'il y avait dedans, et au vu des récentes polémiques autour de Second Son et Batman : Damned, j'ai l'impression que ton titre n'aurait pas été publié aujourd'hui !

Et quand je le dessinais, j'attendais tous les jours à ce qu'on me dise quelque chose. Mais personne ne m'a dit de ne pas dessiner tel zizi ou autre. Concernant ce projet, c'est parti d'une amitié assez longue avec Joshua Williamson. On avait fait un one-shot à Marvel. Parfois on t'offre des projets, mais il y a aussi des relations qui se font dans la communauté.


On a appris récemment que tu allais designer une ligne de statuettes. Explique moi comment tu en es arrivé à faire ça !

Il n'y a pas tellement d'histoires derrière ça (rires). C'est quelque chose de connu des éditeurs que j'aime faire du design, pour des personnages, des objets. A chaque fois que je démarre un projet, je passe beaucoup de temps à faire des recherches. Par exemple c'est que j'avais fait pour Batman & the Monster Men, et il y avait beaucoup de designs, notamment avec des motos, que j'ai faits mais qui n'ont pas été gardés. Il y a sûrement quelqu'un qui a dû les voir et s'y est intéressé.

Mais il y a une différence avec une statue, puisque là tu dois penser en 3D !

Mon travail est assez deux-dimensionnel, c'était donc un challenge intéressant. Tu dois penser à ce qu'un côté soit aussi cool que l'autre. Quand je dessine Swamp Thing, je n'ai pas à me soucier de l'apparence de son dos. J'ai fait beaucoup de recherches, beaucoup de travail. Sur des images de motos, d'armes, et j'ai tenté d'allier des pièces ensemble. Le dessin que j'ai fait n'était pas hyper technique par ailleurs. C'est une expérience vraiment spéciale de voir son dessin se matérialiser en 3D, sortir du papier.


Tu es aussi un lecteur de comics Riley. Que penses-tu de l'évolution de l'industrie ces dernières années, franchement ? 

Je suis un optimiste. Je pense que les comics numériques vont continuer de se vendre et être accessible à des gens qui ne peuvent pas aller aux comic shops, et c'est une bonne chose. On parle beaucoup du modèle des comics avec nos amis. Le modèle ComiXology est très avantageux, très pratique. Mais il y en aura toujours qui continueront de collectionner des comics. Je ne sais pas si le format va changer, si la mode du floppie va évoluer. Mais les librairies permettent aussi de vendre des comics en albums. 

Justement, tu parles d'albums, mais le single issue ? Il y a un avenir pour ce format ? 

Je pense que les lecteurs hardcore seront toujours là le mercredi pour leur single issue, même si ça coûte 7 ou 8 dollars. Parce qu'ils aiment ça. Mais ça pourrait entraîner une coupe dans la distribution. Je pense que le single issue va continuer d'exister d'une façon parce qu'il est toujours fétiche. Beaucoup de gens veulent l'objet. Certains veulent juste lire un comicbook, d'autres ont besoin d'avoir le comicbook, l'objet physique. 

Avec un prix qui va toujours plus haut ? 6$ pour un premier numéro ? 

Moi je le ferai (rires) ! Mais je comprends de façon pragmatique aussi. A un moment il y aura un point de rupture. En termes de prix mais aussi de lectorat. 

Tu penses que le marché peut accueillir autant de publications indé' tels que le marché en a accueilli récemment (avec TKO, Berger Books, Ahoy Comics) ?

Je ne parle que pour moi, mais c'est un sujet dont je discute avec mes potes. S'il y a vraiment de bons comics, comme 80, sur un mois, je prendrai les 80. Je pense que le problème, pour les vendeurs et les lecteurs, vient du moment où il y a trop de comics lissés de super-héros, ça empêche de voir d'autres titres de niche qui sont pourtant d'excellente facture. Pourtant tu as des titres indé' qui auront une base de lecteurs très fidèles. A côté des ces titres soutenus, et des grosses productions que tu achètes par défaut, tu as un ventre mou de comics plus ou moins bon... et c'est peut-être ça problématique. Et même, ce qui est moyen pour quelqu'un ne le sera pas pour un autre. C'est difficile pour moi d'apporter un tel jugement, j'ai du mal à me dire qu'il y a "trop de comics". 

Merci beaucoup !

Remerciements : Fanny Monstier

Arno Kikoo
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