Home Brèves News Reviews Previews Dossiers Podcasts Interviews WebTV chroniques
ConnexionInscription
Hellboy par Richard Corben - Collection morcelée du travail de deux géants

Hellboy par Richard Corben - Collection morcelée du travail de deux géants

ReviewDelcourt
On a aimé• Hellboy au Mexique
• La facilité de Mike Mignola à passer d'un folklore à l'autre
• Récits sombres et amères conclusions
• Richard Corben et les monstres
On a moins aimé• Un trait qui en déroutera plus d'un
• Toutes les histoire ne se valent pas
Notre note

Si le travail de Richard Corben est connu Etats-Unis, par une caste d'auteurs érudits, férus de séries undergrounds et des talents d'une certaine époque, le nom de cet artiste pourtant immanquable résonne moins auprès d'un public généraliste que celui de Mike Mignola. Entre un fabuleux travail d'illustrateur à la Frank Frazetta, des couvertures de romans ou des anthologies Warren Publishing, ses dessins se sont retrouvés par l'admiration du créateur de Hellboy dans les pages de nombreuses séries consacrées à cet univers, chez Dark Horse Comics

Mignola, admirateur du style de Corben pendant sa période Heavy Metal, aura de lui-même convié l'artiste à le rejoindre, et le prix qui lui a été remis l'an dernier par le Festival International de la Bande-Dessinée nous permet, à nous aussi, de poser les yeux sur ces travaux enfin compilés dans un recueil. A noter que la plupart d'entre eux étaient à retrouver dans d'autres volumes proposés par les éditions Delcourt, à l'image du fabuleux Hellboy au Mexique. Hellboy par Richard Corben est ainsi une collection éparses de numéros de différentes longueurs, aux imaginaires et aux styles variés. 
 

 
A ceux qui n'auraient du monde d'Hellboy que de vagues connaissances, par-delà l'histoire de Raspoutine et l'archétype du détective occulte, bras droit de l'Apocalypse et héros de récits inspirés par les écrits de Lovecraft, la mythologie déployée par Mike Mignola s'étend bien au-delà de cette base de premiers volumes. S'il est bien passionné par l'horreur, l'auteur ira chercher bien plus loin que les seuls mythes chrétiens ou l'imaginaire gothique ou cryptozoologique de ses premiers travaux. Le monde d'Hellboy ressemble à celui d'un recueil de contes et légendes, traversé par un héros commun - il s'étend ainsi sur la moindre fiction populaire, la moindre chanson chevaleresque, la moindre religion et la moindre virgule des folklores mondiaux, avec un appétit à la Neil Gaiman pour la mise en scène de récits qui prennent vie.
 
Ce volume amalgame ainsi différentes pistes et différentes cultures. Le premier numéro où Richard Corben a été, en quelque sorte, invité par Mignola s'appelle Makoma, et reprend trait pour trait un conte africain où Hellboy prend la place du héros. Un autre, L'Homme Tordu, s'intéresse davantage à un mélange entre les légendes de villages, la sorcellerie et les démons à l'Américaine - il s'agira du premier numéro entièrement réalisé par l'artiste, où son trait épouse celui d'une bande-dessinée à mi-chemin entre un style très européen et très Robert Crumb, fait de formes exagérés et de visages simples et expressifs. Un encrage lourd accompagne souvent ces pages, et dans les récits aux nuances claires, le dessin pourra dérouter certains fans du Hellboy sobre et suggéré d'un Mike Mignola.
 
A d'autres moments, le trait de Corben épouse superbement les intentions du scénario : Hellboy au Mexique, pan quasi-culte de la vie du héros, est illustré d'une main de maître et retrace avec un mélange d'horreur et de folie les restes satanistes ou aztèques d'un Mexique de carte postale. Après avoir baroudé quelques temps avec une fratrie d'exorcistes-luchadors, Hellboy sombre dans l'alcoolisme et les combats de catch avant de devenir (à son insu) le héros de films de séries B typiques du cinéma de la Mexploitation. Ces passages, sobres et bien ciselées, sont parmi les plus silencieux de l'ouvrage, racontés a posteriori par un Hellboy aux sombres souvenirs - ils sont aussi les meilleurs du bouquin pour les fans de cette lecture silencieuse et mystique de la mythologie Mignola.
 

 
Certains moments auront de moins de force que d'autre, et on sent que le bouquin cale des passages plus anecdotiques de leur collaboration pour proposer un ensemble complet. Dans l'ensemble, si toutes les histoires ne se valent pas et si le scénariste se perd parfois dans la simplicité de ses dialogues ou de ses situations, difficile de dire que l'on serait dérouté : auteur d'ambiances et de mise en scène plus que de dialogues et de grandes proses compliquées, Mike Mignola reste égal à lui-même dans la poésie de ses monstres et de ces envers de décor où chaque poussière a derrière elle une histoire captivante à raconter. 
 
Corben se plie à l'exercice avec un sentiment souvent inégal - l'auteur avait derrière lui une longue carrière et s'était alors calé dans un style différent de ses premiers travaux - mais au bilan général, son dessin sied à merveille à cet univers anti-réaliste et tout en expressivité, en créatures monstrueuses et dans un genre d'horreur littéraire indissociable du monde de Hellboy.
 
Un bouquin à adresser aux collectionneurs, ou au passionné de cette création toujours aussi inexplicable de Mike Mignola - un artiste qui aura bâti tout un monde de bande-dessinée sur l'exploration de religions, de contes, de croyances ou de créatures fabuleuses comme une superbe déclaration d'amour à l'imaginaire collectif de différentes cultures. Rassemblées après des années, les moments de sa collaboration avec Richard Corben mettent côte à côte deux géants de la bande-dessinée, aux styles et aux goûts uniques pour un ouvrage à posséder pour les amoureux de ce style et les curieux qui cherchaient à en découvrir plus sur le rejeton démoniaque. A noter une préface de Mignola lui-même sur sa relation à l'artiste, et quelques croquis et couvertures en conclusion - habituel, mais indispensable.

 
Corentin
est sur twitter
à lire également
Commentaires (3)
Vous devez être connecté pour participer