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Une française chez Aftershock Comics : rencontre avec Leila Leiz

Une française chez Aftershock Comics : rencontre avec Leila Leiz

InterviewIndé

Présente à l'artist alley du récent TGS Comics organisé au sein du TGS au début du mois, l'artiste française Leila Leiz nous a accordé de son temps pour parler de comics. Vous aurez sûrement lu son nom de plus en plus fréquemment par chez nous puisqu'après avoir dessiné pour Soleil ou le marché italien, Leila travaille actuellement chez le jeune éditeur indé' Aftershock Comics. Avec la série Alters avec Paul Jenkins, c'est à un nouvel Original Graphic Novel qu'elle s'attelle en compagnie de Marguerite Bennet - et c'est donc la parfaite occasion d'aborder ce travail en interview ! Bonne lecture !


Bonjour Leila, on va commencer avec une question très générale. Quel est ton premier contact avec les comics ?

J'ai toujours aimé dessiner, sans savoir réellement quoi faire. Je suis un jour rentrée à la librairie Tonkam à Paris [nda : fermée depuis 2010], et à côté de mangas il y avait un petit stand comics. Le premier comicbook que j'ai acheté est Hard Boiled de Frank Miller et Geoff Darrow, dont j'aimais beaucoup les dessins. J'ai continué après, j'aime beaucoup Marc Silvestri - c'était la période Image Comics quand j'ai débuté !

C'est difficile de trouver des comics en Italie, où tu vis ?

Oui. On a beaucoup de traductions de Panini, mais là où je vis il y a très peu de boutiques. C'est surtout en ligne que je peux faire mes commandes.

Qu'est-ce qui t'as motivé à bosser pour l'industrie américaine après tes travaux pour le franco-belge et le marché italien ?

J'ai toujours voulu y travailler en fait. Je suis allée aux US quand j'avais 18 ans. Mais il n'y avait pas les réseaux sociaux à l'époque, c'était plus difficile. Ca n'a pas marché, mais quand j'ai eu une nouvelle opportunité qui s'est présentée, je n'ai pas hésité.


C'était quoi, cette opportunité ?

Ca s'appelle NVRLND [nda : prononcé "Neverland"], que j'ai fait pour 541, la boîte du réalisateur Michael Bay. Ils m'ont contacté un jour sur internet et ça m'a fait une expérience. Entretemps, j'étais en contact avec Aftershock, qui m'avait promis de me recontacter pour une série - qui ne s'est pas faite. Jusqu'au jour où Paul Jenkins m'a contacté, puisque c'est lui qui a choisi son artiste pour sa série Alters

Tu avais une attirance particulière pour AfterShock ?

Je suis une fan de l'ancien Vertigo, et tous les scénaristes qu'ils ont eu à leur lancement me plaisent énormément : Garth Ennis, Warren Ellis - la vague d'auteurs que j'aime beaucoup. Je me suis dit qu'aller chez AfterShock me permettrait de travailler avec de grandes pointures !

C'est Paul Jenkins qui t'as appelé pour Alters ?

En fait c'est Joe Pruett qui m'a contacté. Il m'a envoyé le plot de la série. A ce moment je travaillais sur une autre série, et comme je n'aime pas bosser sur deux projets en même temps, je leur ai dit que je n'étais pas encore disponible. Mais ils ont insisté, et j'ai fini par accepter même si ce n'est pas ce que je préfère. 

C'est Brian Stelfreeze qui a travaillé les sketches des cinq personnages principaux - ce qui m'a beaucoup motivée, parce que j'adore son travail. Je me suis occupé des vilains. Au début ils avaient un regard sur ce que je faisais, puis ils m'ont laissé des libertés parce qu'ils me faisaient confiance. J'ai pu m'amuser vraiment, rajouter des costumes, faire des changements. C'est ce que j'aime dans l'indé', c'est la possibilité de faire un peu ce qu'on veut.


Ca a changé des choses dans ta façon de travailler par rapport au marché franco-belge ?

Oh, oui. En France, j'ai appris à travailler les recherches, à avoir de la patience, pour les décors, les détails. En Italie, j'ai bossé sur le noir & blanc. Et avec les américains, j'ai appris à lâcher mon travail. C'est à dire qu'il ne m'appartient plus. Le travail peut ne pas être parfait parce que le rythme est soutenu. Il y a un côté où il faut lâcher prise.

Et justement, cette cadence de travail, c'est difficile ?

Tu dois faire 21 pages par mois. Quand tu passes à ce rythme, tu n'as pas trop le temps de réfléchir à ce que tu fais. Il y a certaines choses qui sortent super bien parce que ton esprit est relâché, et parfois c'est un désastre - mais on n'en parle pas alors (rires) !

Alters a quelque chose de particulier avec ses thématiques. Si ça reste du super-héroïque, tu as une héroïne transgenre, en train de transitionner. Mais ça parle d'autres thématiques sociétales, sur la pauvreté aux US, sur les laissés pour compte. Tu as eu des retours sur ces thèmes, notamment de la communauté LGBT+ ?

J'ai eu des retours, bons et mauvais. Ca me faisait plaisir d'avoir des personnes transgenres me dire "on a notre héroïne". Et moi-même j'étais sur un terrain que je ne connaissais pas. En discutant avec ces personnes j'ai pu comprendre leur douleur, leur joie, leurs difficultés. Ca a été je crois beaucoup plus simple pour les jeunes d'aujourd'hui par rapport à il y a des décennies. Et de l'autre côté, j'ai eu des menaces de mort de la part de religieux, et d'autres personnes transgenres qui n'étaient pas d'accord que Paul Jenkins écrive une histoire sur ce sujet.


Tu penses que c'est important de faire passer des messages comme ça en bande dessinée ?

Oui, c'est très important. Ca ne paraît qu'être un grain de sable dans l'océan aujourd'hui, mais il faut qu'il y ait des ouvertures, pour que demain ce ne soit plus un tabou. J'espère qu'on ne se posera plus de questions d'avoir une histoire avec une personne transgenre, gay ou autre. On lit, on achète, on aime, l'histoire et belle e basta !

Tu peux nous parler de Horde, le nouveau graphic novel que tu fais avec Marguerite Bennett ?

C'est l'histoire de Ruby, une jeune fille qui vient de perdre son papa. Elle retourne chez sa maman, qui avait perdu la garde, pour revendre sa maison. Sauf que sa mère accumule les objets, et ces objets sont en fait vivants. Je ne peux pas en dire plus (rires) !

Marguerite Bennett a proposé le scénario, AfterShock a proposé plusieurs artistes, et elle m'a choisie. J'ai fait de premiers sketches qu'elle a adoré, puis elle m'a envoyé l'histoire.

Là tu as fait tous les travaux préparatoires. Comment crée-t-on un univers, c'était pas trop de pression ? 

Non, parce que Marguerite est très précise. Elle sait ce qu'elle veut, je n'avais donc qu'à m'asseoir et travailler. On avait la même idée du personnage, c'était plus facile. 

C'est quoi le plus important pour toi dans ta relation avec le scénariste ? 

C'est le respect. Il faut que je respecte ce dont le scénariste a envie - c'est son histoire, ses personnages - et que lui respecte aussi mon besoin de m'exprimer, d'apporter des touches personnelles. Parce que sinon c'est un peu ennuyeux (rires). Le dessin me permet d'exprimer mes émotions. Quand je dessine une histoire, j'ai besoin de ressentir ce qu'il se passe. S'il y a de la joie dans une scène, il faut que je rentre dedans. C'est pour ça que j'hésite à faire du super-héros maintsream, parce qu'il me faudrait une belle histoire, je ne veux pas quelque chose de basique. 


C'est plus relax' de ton côté de passer en album directement, en graphic novel ?

Oui, c'est un format à l'européenne. Ils ont vu que j'avais besoin d'un peu cogiter sur ce que je fais - c'est l'école française (rires). Une fois que j'ai travaillé l'univers, les personnages, je vais super vite. Mais si on me donne tout de suite des planches à faire, ça me perd. J'ai besoin de temps.

Je vois pas mal d'éditeurs qui font directement des albums au lieu de single issues. C'est une façon de transformer le marché américain ? 

Je le pense, oui. Le rythme de travail, franchement, c'est pas humain. Quand je travaillais sur Alters, je n'avais pas de temps pour rien, il n'y avait que ça. En même temps, il faut des livres de qualité. Sur le marché américain, il y a de tout, mais ils n'ont pas de livres à l'européenne, c'est important également pour le dessin. 

Tu comptes revenir sur Alters une fois Horde terminé ? 

Si je devais y revenir, je le referais, mais différemment. Mais ce n'est pas au programme. C'est Paul Jenkins qui décidera. Il est ressorti abasourdi de l'expérience. Il avait beaucoup de choses à dire, il y a mis tout son coeur, et l'accueil n'a pas été là. En critique ça a été bien reçu, mais c'était plus difficile du côté public.

Merci beaucoup !

Remerciements : Katchoo

Arno Kikoo
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