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Multiversity, le guide pas à pas

Multiversity, le guide pas à pas

DossierDc Comics

Bien que notre review vous certifiait qu'il était possible de lire Multiversity sans n'avoir rien lu de DC Comics, l'oeuvre phare de Grant Morrison, tout juste publiée chez Urban Comics, brasse allègrement dans 80 années d'existence de l'éditeur à deux lettres. Qu'il s'agisse de son intrigue principale ou des chapitres en one-shots, chaque numéro déborde de références aux comics publiés par DC, et propose quelques concepts et idées dont il serait dommage de passer à côté.

C'est pourquoi nous vous proposons (votre humble rédacteur et l'excellent Corentin, qui oeuvre sur les chapitres 3 à 6) ce gros dossier pour faire le tour de Multiversity. De la même façon que l'oeuvre dont nous parlons, la construction sera un peu particulière. Le premier volet est là pour aborder les deux chapitres principaux de l'histoire, alors que les six autres reviennent sur chacun des one-shots se déroulant sur une Terre particulière, en s'attachant à ses concepts, ses personnages et les références qui y sont disséminées. Du moins, celles que nous avons pu voir, puisque ledit dossier ne vise pas à être exhaustif, certaines choses nous ayant probablement échappé. 

Nous vous souhaitons donc une excellente lecture, en espérant que le travail vous aidera à y voir plus clair si vous étiez perdu dans Multiversity, ou à vous donner envie de découvrir l'oeuvre (et le Multivers DC de façon plus générale) si vous aviez peur de vous lancer. Comme nous vous le disions récemment en podcast : même si la continuité peut rebuter, c'est en lisant des comics qu'on se familiarise avec des univers. Plus qu'un guide, ce dossier est donc une invitation supplémentaire à la lecture et à la découverte !

Bien entendu, il sera conseillé d'avoir lu l'oeuvre ou d'avoir conscience que la rédaction d'un tel dossier implique de devoir expliquer certains points d'intrigue (et donc : potentiels spoilers).

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1. The Multiversity : une trame principale hyper référencée
Chapitre 1

The Multiversity : une trame principale hyper référencée

Bien que la maxi-série The Multiversity ait été publiée à l'époque des New 52, les plans de Grant Morrison pour cette histoire remontent bien en amont, puisque le récit devait être à la base publié au courant de l'année 2010. Avec quatre ans de retard, et les ajustements éditoriaux majeurs de DC à l'époque, le premier chapitre s'ouvre malgré tout avec un personnage bien connu des fans du scénariste, puisqu'il s'agit de Nix Uotan, rebaptisé ici le Superjuge, qui avait été aperçu pour la dernière fois dans l'ultime numéro de Final Crisis.

Les personnages

Nix Uotan

Grant Morrison reprend en effet le personnage là où il avait été laissé. Le Monitor qui avait été en charge de la planète Terre-51 (la Terre de Jack Kirby, où le Grand Cataclysme mènera au monde de Kamandi) avait en effet été considéré comme incapable d'avoir la charge d'une des Terres du Multivers, et s'était retrouvé exilé sur la Terre-0 (la Terre principale des héros DC, qui ne portait pas encore ce nom à l'époque de Final Crisis). Les évènements de cette Crise terminés, Nix Uotan décidait de retourner vivre comme un simple mortel sur cette planète - et c'est dans cette situation qu'on le retrouve. Les choses ont malgré tout changé puisque Morrison le représente désormais comme l'unique Monitor encore en place. Mais la scène d'ouverture de Multiversity est un renvoi direct aux dernières planches de Final Crisis, ou l'on retrouve la disposition des meubles (bureau, lit) dans l'appartement de Nix.


On remarque que Nix aura accumulé chez lui une certaine quantité de comics. L'une des idées principales du Multivers, et établie dans les écrits de Morisson, est que les aventures se passant dans une réalité se retrouvent sous forme de comics dans une autre. Ici, Nix pourrait en quelque sorte surveiller ce qu'il se passe dans le reste du Multivers en allant se procurer tous ces comics (mettons qu'il s'agit plus d'une supposition qu'une affirmation). Entre autres, on retrouve à ces côtés un singe en peluche, M. Stubbs, qui s'anime par la suite. Il pourrait s'agir de la forme simiesque (au vu de la pilosité des mains) que Nix rencontrait dans sa cellule dans les pages de Final Crisis, de la même façon que le rubiks cube posé sur le bureau se rapporte celui utilisé par Metron dans la même scène. Vous l'aurez compris : tout est lié.


De nombreuses références aux précédents écrits de Grant Morrison peuvent être retrouvés au cours du premier chapitre. On retrouve ainsi l'Ultima Thule, le vaisseau utilisé par le Monitor pour passer d'un monde à un autre, en traversant la plaie, la membrane qui sépare chaque version d'une réalité. Pour rappel, comme chaque univers vibre à une fréquence donnée, c'est en se positionnant sur cette fréquence - et en jouant de la musique au sein de l'Ultima Thule qu'il est possible de passer entre les Terre du Multivers.


Enfin, on retrouvera par la suite le Palais des Héros, qui est le satellite qu'utilisait le Monitor dans le récit Crisis on Infinite Earths, et resté en l'état bien qu'on puisse voir les dégâts qu'il a subi depuis. C'est là qu'on retrouve également sous forme "numérique" Harbinger, celle qui aidait le Monitor dans CoIE pour rechercher les différents héros du Multivers dans la lutte contre l'Anti-Monitor.


La Noblesse

En plus d'une multitude de personnages issus de tous les univers de DC Comics, c'est un ensemble d'entités qui répond au nom de La Noblesse (The Gentry en langue originale) qui forme la véritable némésis de cette histoire. Cet ensemble prend des formes nombreuses et des noms imaginatifs. Tel qu'on nous l'expliquera par la suite dans The Multiversity #2, les entités de la Noblesse et leur maître la Main Vide (Empty Hand) viennent de Terre-33 (voir le chapitre Ultra Comics), soit notre monde réel. A partir de là, on peut y voir dans La Noblesse les manifestations de comportements propres aux lecteurs et éditeurs, et qui viennent nuire directement aux comics. 


Ainsi, parmi les théories circulantes, on associe Dame Impitoyable sera la tendance au grim & gritty pour coller à des super-héros plus "réalistes" ; Demogorgunn (représenté par une masse de corps) sera la popularité grandissante des super-héros (mais pas par les comics, d'où ce "mauvais côté" qu'il représente) ; le Seigneur Détraqué sera la façon dont les histoires se reposent sur une même structure ; Machinenfer représente le côté complétiste des lecteurs parfois absurde ; alors qu'Intellectron est une représentation de la sur-analyse des comics. Tous ensemble oeuvrent pour l'avènement de la "machine à oubli" - qui est a priori le cinéma. Ainsi, le message de la Main Vide dans les dernière planches de Multiversity, qui explique qu'il était juste de passage pour évaluer les forces des super-héros, permet de voir la chose ainsi.


C'est dans le but de faire des adaptations de super-héros que l'ensemble des comportements néfastes pour les comics apparaissent. Et comme c'est par les comics que les héros arrivent à triompher, et par la musique du Multivers, une métaphore de l'imagination, on comprend donc que Multiversity est un appel aux créateurs pour se servir de toutes les histoires produites pour continuer à faire vivre le médium. Comme l'a fait Morrison avec cet ouvrage. N'est-ce donc pas limpide à présent ?

Les Terre visitées

Terre-7


La Terre-7 est la première planète visitée par Nix Uotan et son compère simiesque. Comme le précise le guide de Multiversity, il s'agit d'une re-création de la Terre-8 (qui sera abordée juste après). Ainsi, puisque cette dernière représente l'univers de Marvel Comics, la Terre-7 est l'équivalent de l'univers Ultimate de cet univers. Le fait qu'elle soit la première détruire au cours de Multiversity n'est pas anodin. C'est un fait rappelé pour évoquer le destin tragique d'une majorité de ses héros au courant de l'event Ultimatum au cours duquel de nombreux héros de cette ligne éditoriale furent tués (et Morrison anticipait peut-être déjà la disparition de l'univers au cours de Secret Wars lorsqu'il écrivait ce numéro). 

Le seul héros encore présent sur cette Terre reste le Thunderer, une version afro-américaine de Thor, mais l'on peut aussi voir que certains des héros reviennent sous forme de zombie - une allusion évident à Marvel Zombies, puisque cet univers était né des pages d'un crossover se déroulant dans les pages d'une série Ultimate. Sur le croquis, on reconnaît en le Croisé un Captain America, en Golem La Chose, "Doc" Futur étant Reed Richards, Walküre Walkyrie, Microbot Ant-Man, et la petite bizarrerie qu'est Devilfist puisqu'il s'agit clairement d'un clin d'oeil à Hellboy - quoique le gant rappelle également celui de Thanos.

Terre-8


Comme on vous le disait précédemment, Terre-8 est la version réimaginée de l'univers Marvel au sein même du Multivers de DC Comics. C'est également la seconde Terre a être prise d'assaut par les forces de la Noblesse, et là que Nix Uotan sera corrompu. On pourra imaginer que Grant Morrison n'aura pas choisi innocemment de faire disparaître ou mettre en danger profond les deux Terre se rapportant aux publications de la Maison des Idées.

On retrouve sur cette dimension une version des Avengers, baptisée ici Représailleurs, dont les différents membres sont là aussi rapidement reconnaissables par rapport à l'univers Marvel. On constate en outre que Grant Morrison utilise toute la diversité possible pour réimaginer les personnages, n'étant pas emprisonné dans le contexte sociétal de création de ces personnages de l'époque. Ainsi, Thor est à nouveau afro-américain et répond au nom de Wundajin ; Ladybug est une Spider-Man au féminin ; Deadeye est un Hawkeye à la peau bleue ; Kite est une version féminine de Falcon ; Le Croisé Américain est à l'évidence la représentation (à l'ancienne) de Captain America ; Dragon Rouge est l'équivalent de Black Widow et Machinehead est Iron Man.


On retrouve à côté d'autres personnages tels que Béhémoth, un bébé Hulk tout bleu ; Major Max qui est l'équivalente de Captain Marvel ; Hyperius qui est un pastiche d'Hypérion, lui-même un clone de Superman du côté de Marvel. A noter d'ailleurs que ce dernier était déjà présent dans les pages de Final Crisis, lors de l'attaque finale contre Mandrakk. D'autres personnages apparaissent de façon plus succincte (et souvent à l'état de cadavre), comme ces personnages ci-dessus que l'on pourra assimiler à La Chose, la Torche Humaine, Scarlet Witch ou Cyclops. Du côté des vilains, Lord Havok est la version Terre-8 de Doctor Doom. 

Terre-23


Les lecteurs de Final Crisis #7 et du numéro Action Comics #9 (période New 52) connaissent déjà la Terre-23, qui est celle qui a pour Superman Calvin Ellis, accessoirement président des Etats-Unis, et qui est inspiré de Barack Obama. Il s'agit d'une Terre sur laquelle la plupart des super-héros et héroïnes sont noirs, et où les personnages blancs sont donc une minorité. 

Ainsi, Wonder Woman est Nubia, en référence au royaume africain indépendant qui a existé au cours de l'Antiquité, et dont cette indépendance a certainement motivé Grant Morrison à en faire la Themsyscira de cette Terre. Les super-héros noirs font tous partie de la Justice League, soit Green Lantern (dont le nom est ici inconnu), Vixen, Steel, Zatanna (également noire ici), Black Lightning ou Cyborg. A noter que si cette Terre apparaissait déjà dans Final Crisis, sa numérotation ne lui a été donné qu'au courant des New 52 avec la résurgence de Calvin Ellis dans les pages d'Action Comics.

Du côté de Multiversity #2

Au fil des pages de The Multiversity #2, de nombreuses autres Terre sont visitées de façon très brève, afin de mettre l'emphase sur le recrutement de l'ensemble des héros du Multivers de DC Comics. Les indications des Terre en question permettent de s'y retrouver aisément avec les pages du Guide présent dans le recueil - et ne nécessitent pas forcément qu'on les développe plus ici, au vu de leur maigre importance en tant que tel dans la compréhension du récit.


Notons malgré tout que Terre-13 est une version "dark" de l'univers DC, ou ce sont des personnages sombres et qui pour beaucoup avaient intégré les publications Vertigo, avant que les New 52 ne les réintègre à la continuité principale. Etrigan devient l'équivalent de Superman en se faisant appeler Super-Démon. Pour l'anecdote, Grant Morrison avait évoqué par le passé une version super-héroïque de John Constantine dans les pages de son Doom Patrol #53 - et cette Terre vient donc très certainement de ces précédents écrits.


La Ligue de Sang venant de Terre-43 est inspirée de l'Elseworld "Batman Vampire" de Doug Moench et Kelley Jones, une trilogie composée des récits Red Rain, Bloodstorm et Crimson Mist. Autrefois considérée comme hors-continuité par sa nature d'Elseworld, la trilogie a été rééditée récemment en VO dans une collection baptisée Tales of the Multiverse, signe que l'éditeur a compris l'intégration proposée par Grant Morrison.


Le concept de Terre-17 est assez simple, puisqu'il s'agit d'une réalité dans laquelle la Guerre Froide s'est résolue par l'appui sur le bouton des commandes nucléaires, entraînant l'humanité sur une planète ravagée par les bombes. Ici, l'incarnation de la Justice League sont les Atomic Knights of Justice, dont la première apparition fut dans le dernier numéro de la maxi-série #52. Son concept est dérivé des publications de Strange Adventures #117 qui présentait déjà une Terre dévastée par le nucléaire. A l'époque de publication (1960), on imagine que c'est une IIIe guerre mondiale qui a lieu en 1986 - d'où le nom de code de Terre-86 qui est à l'époque utilisé.


La Terre-51 est l'une des terre reprenant une vision d'auteur de l'univers DC (comme la Terre "Red Son" 30, la Terre "Just Imagine" 6 ou la Terre "Kingdom Come" 22). Il s'agit ici de la version modernisée de la Terre A.D. (After Disaster) imaginée par Jack Kirby lorsque ce dernier proposait aux lecteurs du monde entier Kamandi #1. Sur cette Terre, le grand Cataclysme a eu lieu et le monde est désormais dominé par des animaux antropomorphiques. A noter qu'il est noté que les New Gods sont aussi sur cette planète, mais il s'agit d'une manifestation de ces personnages, qui vivent autrement à New Genesis qui, comme Apokolips, fait partie de lieux qui ne sont présents qu'une seule fois dans le Multivers.


Le cas Terre-36 est demandera plus de connaissances pour être reconnu au premier coup d'oeil. Il s'agit en effet d'une référence à Big Bang Comics, une série publiée chez l'éditeur indépendant Caliber Comics, puis dans un second temps par Image Comics, et qui rendait hommage aux super-héros du Golden et Silver Age. La série a été créée par Gary Carlson et Chris Ecker et ses personnages étaient déjà des inspirations de ce que DC Comics avait sous la main. On accordera une attention particulière au Pister Rouge, le Flash de cette Terre, qui permet au cours du climax de recruter tous les Bolides du Multivers pour affronter le Nix Uotan corrompu. Et qui, au contraire de nombreux Flash au cours des différentes Crisis, ne sera pas sacrifié, mais intégrera l'Opération Justice Incarnée, force de protection du Multivers.


Du côté de Terre-26, il faut aussi se référer à l'histoire des comics pour comprendre son origine. Au cours du Golden Age, et parce que les publications s'adressent alors majoritairement aux enfants, c'est dans les pages de New Comics #9 (1936) que sont imaginées des histoires avec des animaux antropomorphiques (les "funny animals"). Il faudra en revanche attendre les années '80 et les publications successives des titres New Teen Titans et Captain Carrot & his amazing Zoo-Crew pour qu'un nom concret soit donné à cette réalité : Earth-C (pour cartoon). La terre sera en premier lieu considéré comme une réalité alternative plutôt qu'une terre parallèle, pour expliquer le fait qu'elle puisse survivre à Crisis on Infinite Earths. L'appellation de Terre-26 sera par la suite utilisée dans Captain Carrot and the Final Ark, mini-série en trois numéros publiée en tie-in à Countdown. La terre-26 est donc l'équivalent de ces deux terres dans son Multivers, et il existe une théorie qui explique que chacune des Terre est en fait la même planète, mais qui a été déformée au fil des années par la physique bizarre (des dessins animés) qui y règne.


On terminera cette entrevue avec la Terre-48, qui reprend elle aussi l'idée de plusieurs Terre apparues avant elle. Le concept est à peu près le même, puisqu'il s'agit d'une réalité ou tout le monde a des super-pouvoirs, chaque personne, chaque être vivant (jusqu'au moindre animal). Grant Morrison la décrit comme le concept du super-héros poussé à son paroxysme, jusqu'à en être ridicule. On retrouve des premières traces de cette idée dans Crisis on Infinite Earths #4, ou la planète est alors appelée Terre-6. Par la suite, l'idée de Terre-48 réapparaît dans Countdown to Aventure #1, sorti en 2007 peu de temps après la recréation du Multivers post-Infinite Crisis. On peut y voir également dans cette réalité une référence au récit Top10 d'Alan Moore, publié sous l'imprint America's Best Comics.

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Chapitre 2

Conquérants de l'anti-monde, plongée dans l'âge d'or

Chaque Terre présentée dans Multiversity permet à Grant Morrison de s'amuser, soit dans le choix des personnages qui représentent ses héros, des époques d'où ils viennent, des éditeurs les ayant publiés, ou en faisant des variations multiples. Avec ce chapitre consacré à la Société des super-héros, c'est un voyage d'époque qui est proposé.

Le Concept


Deux Terres différentes sont au coeur de ce chapitre, Terre-20 et Terre-40, qui se répondent mutuellement, l'un comme étant la version négative de l'autre. L'idée étant qu'il s'agit de deux versions du multivers qui arrivent à s'interconnecter tous les 100 000 ans : d'un côté, une Justice Society formée par les héros de Terre-20, et de l'autre, Terre-40 où aucun super-héros n'est parvenu à défaire le maléfique Vandal Savage, qui voit d'un assez bon oeil la possibilité de conquérir une nouvelle planète avec encore plus de gens à massacrer. 

Toutes deux partagent une même idée, celle que la société est restée à l'époque de publications des pulp heroes - et plus généralement des romans et comics pulp qui fleurissaient à l'époque - et dont le nom vient de la basse qualité du papier sur lesquels ces ouvrages étaient imprimés. Des personnages d'aventuriers, d'explorateurs de jungles, de scientifiques à la Jules Verne ou de jeunes bagarreurs de rues - Morrison réécrit en partie l'histoire des comics pour éloigner de l'équation les figures tutélaires telles que Batman, Superman et Wonder Woman, pour ne garder que ceux qui correspondent le mieux aux premiers héros pulps qui les ont justement inspiré.


Symboles d'une époque précédant le Golden Age (pensez années '30) où les héros étaient bourrus et n'hésitaient pas à tuer, on retrouve également sur cette Terre les technologies d'époque et les codes sociétaux d'alors. Les backgrounds des personnages s'inspirent des récits imaginant les premiers progrès scientifiques, où le mystique n'est pas loin et où tout est possible. Une ère de héros bannières et clinquants inspirés par une iconographie qu'ont repris certaines séries, comme le Rocketeer ou les fameuses Bombshells. La Terre-20 était déjà apparue dans le segment Superman Beyond de Final Crisis, dans lequel Grant Morrison semait déjà les germes de son Multiversity.

Conquérants de l'Anti-Monde ouvre le bal des numéros one shots de la série, et va très vite établir un principe tout bête : liés les uns aux autres par ce moment où les héros découvrent l'existence du multivers en lisant des comics imprimés dans leur réalité, les épisodes de The Multiversity développent tous un rapport de la fiction à la fiction. En gros, que se passerait-il si tous les super-héros prenaient eux aussi conscience de leur condition de héros au sein d'un multivers ? Certains s'ôtent la vie, d'autres deviennent fous. Vandal Savage, lui, choisit de conquérir.

Les Personnages

Justice Society et Société des Super Vilains

Dans le chapitre Conquérans de l'anti-monde, le scénariste présente deux équipes opposées. La Société des super-héros est un renvoi clair à la première version de la Justice Society of America, chacun des membres présentant parfois des mélanges entre deux concepts déjà existants. Cette première mouture de la Justice League remonte au premier temps de l'éditeur, inventée par le brillant architecte du multivers, Gardner Fox, dans All-Star Comics #3 en 1940.

Ainsi, Doc Fate est un amalgame entre Doctor Fate, personnage de Terre-2 - soit la Terre des premières séries de National Comics - qui remonte lui aussi à 1940, et le héros pulp Doc Savage dont DC Comics avait les droits jusqu'à 2012. Le Green Lantern reprend l'identité d'Abin Sur, l'extra-terrestre qui donnera son anneau à Hal Jordan, le Green Lantern du Silver Age, mais porte un costume qui rappelle celui d'Alan Scott, le Green Lantern du Golden Age. Il s'agit bien entendu d'un amalgame volontaire : Abin Sur a été inventé bien plus tard, Morrison ne s'en sert ici que pour l'idée "rétro" de l'alien violet conforme à la vision de l'époque des extra-terrestres. 

Le cas d'Al Pratt (le puissant Atom) est un peu plus particulier. Il s'agit de rependre la version Golden Age d'Atom (membre fondateur de la JSA) mais le symbole sur son masque rappelle celui porté sur le front par Doctor Manhattan de Watchmen - ou pour rester dans l'oeuvre de Morisson, celui de Captain Atom, que l'on retrouve dans Pax Americana quelques numéros plus loin. Plusieurs personnages auront porté le nom Atom ou Captain Atom au fil de l'histoire, et l'idée est donc ici de jouer sur plusieurs pistes possibles. Al Pratt mentionne avoir été entraîné par Iron Munro, qui est un héros pulp ayant intégré la continuité DC après Crisis on Infinite Earths pour prendre la place du Superman de Terre-2 dans les histoires se déroulant au cours de la seconde guerre mondiale. 

Immortal Man est un personnage qui ne date pas du Golden Age, mais a été créé en 1965 dans Strange Adventures #177. Comme son nom l'indique, il s'agit d'un homme qui ne peut pas mourir - éternel rival de Vandal Savage, lui aussi insensible aux ravages du temps. Il est réinventé avec tous les codes du héros pulp, aventureux, à la fois visuellement que dans sa façon d'agir (il mentionne par exemple qu'il tue), mais aussi séducteur, à mi-chemin entre Bogart ou Douglas Fairbanks

Enfin, Lady Blackhawk tient son nom du groupe d'aviateurs du même nom, un groupe de pilotes de chasse opérant au cours de la Seconde Guerre Mondiale et apparu dans les pages de Quality Comics en 1941. Avant que DC ne les rachète en 1957, et on verra plus tard que Morrison s'amuse aussi à intégrer dans le canon tout un tas d'acquisitions d'éditeurs au fil de l'histoire. Ici le groupe est composée de femmes aviatrices et Lady Blackhawk est leur meneuse. A noter qu'elle était également apparue dans le segment Superman Beyond de Final Crisis.

En opposition directe, on retrouve la Société des Super-vilains, dont le leader est l'immortel Vandal Savage, un très vieux personnage apparu en 1943. Il est ici l'opposant direct de  l'Immortal Man, alors que Docteur Faust est la contrepartie de Doc Fate. Là aussi, les personnages sont réimaginés en répondant aux codes des héros pulp. Il en va de même pour Blockbuster (créé en 1965), le Comte Sinestro qui reprend le nom de l'ennemi de Hal Jordan (fallait-il le préciser) et de Lady Shiva (créée, elle, en 1975). Ces personnages auront tous droit à la chance de trépasser dans ce numéro.

Quelques références


Il est révélé au cours du numéro que Doc Fate est noir, ce qui n'a rien d'innocent vu le contexte de Terre-20. Grant Morrison évoquait en effet en interview que si le personnage devait cacher son visage, ce n'est pas tant pour protéger son identité qu'un autre élément pourrait lui causer des soucis au vu de certaines tensions propres à sa société. Une société des années 20-30 et qui est donc la société américaine au racisme institutionnalisé. 

En se concentrant sur l'affrontement entre les deux groupes de super-héros et vilain, ce numéro n'est pas celui auquel le plus grand nombre de références visuelles se fait. On retrouve néanmoins dans le texte plusieurs allusions à des personnages pulp mais aussi à d'autres appartenant à DC Comics. Ainsi, le nom d'Ibn Al Ghul renvoie au célèbre Ra's Al Ghul alors qu'un mystérieux Herr Hex est mentionné - il doit certainement s'agir de la version Terre-20 de Jonah Hex

A la fin du numéro, alors que le sang d'un immortel est finalement versé, sort de la terre une immense idole de pierre qui reprend le costume de Nix Uotan et également son nom avec une orthographe aux consonnances amérindiennes, Niczhuotan. Comme à la fin du premier numéro de Multiversity, il s'agit de la version corrompue du Superjuge, qui se propage au travers des terres du Multivers - et notamment parce que la contamination s'est faite en début de numéro, losqu'Al Pratt lit le fameux Ultra Comics

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Chapitre 3

#TerreMoi, dimension Instagram

 Le Concept


 
Le numéro #TerreMoi intervient au détour d'autres concepts pré-établis des publications DC Comics - celle-ci est probablement l'une plus inédites, ne décrivant pas de réelles Terres en particulier mais s'intéressant davantage au concept de Futur Possible. Une constante des comics de super-héros. Les inspirations vont surtout chercher du côté des comics des années 1990 et des histoires de héros héritiers, comme les Teen Titans, ces personnages qui récupèrent un titre après un père, un mentor ou un équivalent. Pour cela, la référence la plus logique serait le dyptique Kingdom Come et The Kingdom de Mark Waid, deux récits très généreux sur leur peinture des enfants de super-héros.
 
Parce que la plupart des héros sont jeunes, et versés dans un mode de vie oisif où ils ressemblent tous à des stars de télé-réalités, comme des enfants de millionnaires ou de jeunes vedettes de la musique ou du cinéma, le récit se déroule sur Terre-16. Un nom qui évoque vraisemblablement l'idée du Sweet Sixteen américain, une célébration du seizième anniversaire mis en vedette par une émission de MTV où de jeunes gens fortunés s'amusent à célébrer de la manière la plus extravagante possible. Sur cette version de l'univers DC, Superman a installé une armée de robots protecteurs capables d'arrêter tous les criminels et de stopper toutes les invasions extra-terrestres. Les héros restants n'ont donc plus rien à faire pour occuper leurs journées, sinon s'amuser dans un grand entresoi très californien. 
 
L'inspiration 1990 passe aussi par ce lien fait entre héros de comics et célébrité, comme dans Authority, où les personnages sont élevés au rang de peoples, ou à la mode généralement boursouflée du dessin de l'époque, qui tirait sur les modèles en vigueur dans les magazines. Des séries comme Gen13, Teen Titans et l'esprit superficiel des scénarios de cette ère (mémorable) inspirent la philosophie de Terre-16, sans équivoque, un monde où l'idée d'héroïsme n'est plus et où seul compte le paraître, l'image que l'on déploie en société ou sur les réseaux sociaux - plutôt logique pour la décennie du dessinateur roi, au détriment du scénario travaillé.
 

Les personnages

Batman & Robin



Héritage oblige, le héros du numéro et bien évidemment Damian Wayne, inventé par Grant Morrison au moment de son run sur la Chauve Souris. Morrison réutilise l'image de l'imperméable, qu'il associe généralement à Damian en l'imaginant prendre le rôle futur du Chevalier Noir. La parution de Multiversity : #TerreMoi n'était cependant pas alignée avec la naissance de Jonathan Kent, le fils biologique de Lois et Clark dans Convergence intégré depuis à la continuité. Il trouve donc un frangin de substitution en la personne de Chris Kent.
 
Ce personnage (relativement secondaire) est une invention de Richard Donner, Geoff Johns et Adam Kubert, dans Action Comics #844. Bien qu'il porte le nom de Clark, Chris est bien le fils du général Zod et de son lieutenant, Ursa, une kryptoniene de la faction rebelle inventée au moment de Superman II. Ce qui vaut un crédit de créateur au réalisateur de Superman. Dans le canon des comics pré-New 52, Chris sera bien adopté pendant un temps par Clark Kent et Lois Lane, et cette situation semble avoir duré sur Terre-16. Il n'est d'ailleurs pas fait mention du général Zod, et Chris se réfère explicitement à Clark en l'appelant "mon père", il est donc tout à fait probable qu'il s'agisse de son fils biologique ici bas. 
 
La relation des Super Sons est ici relativement floue - on sait qu'ils sont meilleurs amis d'enfance, mais le fait que Damian sorte avec Lexie Luthor, fille de Lex Luthor, semble être un conflit au sein du super-duo. La narration évoque des conflits de télé-réalité, en résumé, que faire si votre bro' se tape la fille du type qui a tué votre père ? Réponse après un débrieff' plateau.
 

Alexis Luthor & Arrowette


Alexis Luthor est la fille de Lex, comme son nom l'indique, et peu de choses sont évoquées quant à sa mère potentielle. Vraisemblablement amoureuse de Damian - mais mal traitée par ce-dernier - le personnage aura un soubresaut d'authentique malice sur la fin du numéro, puisque le gène Luthor est un gène puissant. 

L'autre personnage féminin à avoir droit à un bout d'intrigue est Cissie King-Hawke, dont le nom évoque Connor Hawke, le fils du Green Arrow original, et Bonnie King (ou une descendante), la première Miss Arrowette. Le personnage a droit à plusieurs apparitions dont une en couverture, avec la mention "je ne suis plus la fifille à papa, désormais", qui évoque les changements de styles de certaines vedettes, comme Miley Cyrus ou Lindsay Lohan. L'aspect "héritière pourrie gâtée" pourrait aussi être le stigmate d'autres référents du réel, à vous de voir quels noms vous choisissez de mettre dessus. 

Le reste du casting se partage en plus de références qu'en réelles implications scénaristiques ou symboliques. Le numéro est très généreux en terme de personnages et de référents assez rares, pour qui aurait envie de lire avec un onglet encyclopédique sur le côté. Aussi il sera sans doute plus intéressant d'y aller un par un un.

Quelques Références


 
Le premier personnage à apparaître dans le numéro est Sasha Norman, fille de Shilo Norman, autrement dit le second Mister Miracle afro-américain, apparu dans les Seven Soldiers of Victory. L'amie suicidaire avec qui elle est en discussions, Saffi Mason, serait la fille de Megamorpho et de Sapphire Stagg, et aurait repris le titre de son père. A noter qu'il ne s'agit bien entendu par du premier suicide de super-héros, contrairement à ce que Sasha sous-entend : on peut penser à Element Girl de Sandman ou au Batman Vampire, pour rester chez DC. On retrouve, quelques pages après l'instant de couple que s'autorise Damian et Lexie, une galerie de costumes dans l'appartement de Batman : vous reconnaîtrez Azrael, un oeil de Brother Eye, son vieux costume de Robin, et un dialogue qui nomme le Sandman de Neil Gaiman
 
Plus loin, le numéro présente Kyle Rayner en pleine conversation avec le jeune Offspring, autrement dit Ernie O'Brien. Une invention de Mark Waid dans The Kingdom et qui se trouve être le fils de Plastic Man - et, dans cette réalité, le petit-ami de Megamorpho. C'est aussi un lecteur de comics qui nous apprend pour la seconde fois la correspondance des comics Marvel dans The Multiversity - citant l'univers Major et l'univers Essential, reflet de l'univers Marvel de Terre-616 (Terre-8) et de l'univers Ultimate (Terre-7) décimé, d'après ce que l'on apprend dans le premier numéro. La référence à Major reviendra plus tard dans d'autres numéros de la série, tandis qu'Offspring évoque le massacre de l'univers Ultimate en référence probable à Ultimatum.



Le défilé de caméos va se poursuivre avec un personnage issu des années 1990, Bloodwynd. Arrivé au vernissage tenu par Kon-El, le Superboy inventé en 1993 dans sa version "clone de Superman" créé par Lex Luthor dans les pages d'Adventures of Superman. Les cases sont peuplées de caméos plus ou moins utiles :  Lexie discute avec la Joker's Daughter de Mark Waid dans Kingdom Come, qui sera ensuite intégrée au canon des New 52 dans une version différente (ou moins esthétique) pendant Forever Evil, Max Mercury, un utilisateur de la Speed Force et mentor de Impulse, ainsi que Loose Canon et Gunfire, deux autres inventions des années 1990. Le premier est une invention de Jeph Loeb pour l'événement Bloodlines et le second apparaît dans Deathstroke Annual #2 et est créé par Len Wein - comme Kon-El, ces deux personnages sont nés en 1993.

Plus loin, la Justice League s'amuse à revivre les combats d'autrefois avec le personnage de Red Amazo, qui symbolise ici la confusion ou le fait que plus personne n'arrive réellement à se rappeler de la réalité des batailles d'antan. Le vilain fictif est une sorte de mélange entre Red Tornado et Amazo, et alors que l'on retrouve Kyle Rayner qui projette sur ce personnage la mort de sa petite-amie (au moment d'une célèbre affaire de réfrigérateur), Oliver Queen confond Major Disaster avec Major Force, le véritable responsable. 

L'Alpha Centurion, un personnage créé par Karl Kesel dans Zero Hour (1994) est aussi présent (voilà), tandis qu'Artemis est devenue la nouvelle Wonder Woman, à l'image de son passage dans les visions d'Hippolyta pendant le run de William Messner-Loebs. Wally est à nouveau le Flash officiel, Aqualad (Garth) est devenu Aquaman, la nièce de Steel a hérité du titre (on retrouvait ce personnage dans les Seven Soldiers du même Morrison) et un autre personnage tiré de Bloodlines, Argus, se balade dans les rangs de l'équipe. Il s'agit encore d'un énième hommage à Mark Waid, qui invente ce troisième couteau dans Flash Annual #6 en 1993.


Le bon geek Offspring est ensuite vu en train de jouer à un jeu vidéo Young Justice, fictif, ou peut-être était-ce le cas à l'époque de la sortie du comics. Arrive ensuite une autre fille de héros avec Menta fille de Mento, ou bien plus simplement Holly Dayton, fille de Steve Dayton et de Rita Farr, deux membres de la Doom Patrol. En se reconnectant à la Justice League, le récit introduit Pieter Cross, le Docteur Mid-Nite des années 1990, créé par James Robinson et David Goyer

Morrison continue de verser dans l'hommage à Mark Waid avec le restaurant Krypton de Kingdom Come, réinventé en une version plus hype ou plus sélect, qui aime la clientèle des super-héros fortunés. On retrouve aussi le personnage de Gypsy, une héroïne de Detroit, Jakeem Thunder, inventé par Grant Morrison et Howard Porter pendant son run sur la JLA, et un finish move de la fête finale où se promènent Impulse, Krypto, Slobo (un clone sympa de Lobo), le Creeper, Hourman de DC One Million (la version robotique) et enfin : c'est terminé. Vous avez des pages wiki à visiter et pas mal de lectures à faire (la plupart sont dispensables, rassurez vous). 

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4. Pax Americana, Watchmen en canon
Chapitre 4

Pax Americana, Watchmen en canon

 Le Concept

 
 
C'est en 1944 sous l'imprint Frank Communale Publications que se lance l'anthologie Yellowjacket, une publication de super-héros et d'horreur qui allait accoucher, après deux ans d'extension et plusieurs parutions séparées sous différents titres et différentes enseignes que se forme Charlton Comics, en 1946. La compagnie fera fleurir, sous la présidence de Dick Giordano, de nombreux personnages populaires dans le Golden Age, en profitant au passage de l'implosion du marché pour acheter à d'autres éditeurs mourants une partie de leur catalogue. 
 
En 1952, le talent d'un certain Steve Ditko sur la série The Thing conduira Charlton à confier en partie la gestion de la ligne horrifique à cet artiste talentueux, qui fera un aller-retour entre la société et Marvel Comics. Après s'être engueulé avec Stan Lee en 1965, il reviendra à la maison proposer une série de personnages - The Question, le Blue Beetle version Ted Kord, réinvention d'un vieux héros de Fox Comics - qui viendront se mêler aux Judomaster, Captain Atom, Nightshade et Peacemaker de Joe Gill, ainsi qu'à Peter Cannon, le Thunderbolt, inventé par Pete Morisi
 
Dans les années 1980, Charlton est en sérieux déclin financier et doit se séparer d'une partie de son catalogue pour éviter (ou plutôt retarder) la banqueroute. Celle-ci interviendra tout de même avec un certain temps de latence, quand DC Comics choisit de racheter une partie des personnages de l'éditeur pour nourrir sa ligne en perpétuelle expansion - un procédé très fréquent dans l'industrie des comics à l'époque, quelque peu raréfié après les années 1990. En 2007, dans 52 #52, Grant Morrison mettra un nom sur le Charlton Comics de l'univers DC : il l'appellera Terre-4, autrement dit, une Terre qui n'a pas connu Superman, Batman ou l'histoire générale des autres versions du multivers, mais seulement celle des héros de l'éditeur racheté.
 
 
 
L'histoire est évidemment très connue : quand Alan Moore présente un projet utilisant les héros Charlton pour son récit Who Killed the Peacemaker?, DC refuse en comprenant que les personnages seraient soit morts, soient inutilisables ensuite. Naît alors Watchmen et sa réinterprétation de Charlton, séparée du canon (le reste de l'histoire en détails ici, pour ceux que ça intéresse). 
 
La Terre-4 de Multiversity est aussi un hommage aux prises de position des auteurs anglais chez WildStorm dans les années 1990 - le run de Mark Millar sur The Authority, par exemple, qui prévoyait un cycle de paix mondiale garanti par le super-héros. A l'époque, Frank Quitely opérait déjà aux dessins, et le passage de Grant Morrison va habilement lier l'histoire réelle et la fiction dans un numéro où l'on retrouve aussi l'ultra-violence des séries de Warren Ellis publiées chez Avatar Press. Le concept général est tout simple : raconter une version différente de Watchmen dans le canon de DC Comics, ou imaginer ce qu'Alan Moore aurait pu faire s'il avait eu le droit d'employer les héros Charlton originels pour raconter son histoire. 

Les personnages

La Pax Americana



La Pax Americana est la Justice League de Terre-4. Élu avec la promesse de maintenir la paix mondiale, le président Harley, un fan de comics, assemble cette équipe de surhommes composée de Blue Beetle, The Question, Judomaster 2 (Tiger), Nightshade, Captain Atom et le Peacemaker. Comme Ozymandias, le chef du monde libre est un passionné d'Antiquité, et trouve ce nom en s'inspirant de la Pax Romana, période de deux cent ans de paix sous l'Empire Romain instaurée par César Augustus. Le nom de Pax Americana vient aussi de la Pax Institute, organisation qui aide le Peacemaker dans les comics originaux de Joe Gill
 
Les plus intéressants sont assez connus du fait de l'histoire de Watchmen. Chez Charlton, le Captain Atom était un technicien travaillant sur une rocket expérimentale, qui se retrouve piégé à bord au moment du lancement. Il sera littéralement atomisé et devra reformer son propre corps, désormais doté de pouvoirs "nucléaires", avant de décider d'embrasser un rôle de justicier masqué. Dans Pax, l'origine du personnage est peu claire - il est cependant appelé Captain par Harley avant d'obtenir le titre honorifique de super-héros, on peut donc parier sur une histoire de pilote de navette ou de militaire à la Carol Danvers ou Hal Jordan.
 
La plupart des héros n'ont ici pas d'origin story, il faut donc broder avec ce que nous savons d'eux chez DC Comics et gommer les manques éventuels ou évidents. Par exemple, il est peu probable que le Peacemaker soit le fils d'un ancien commandant nazi des camps de la mort dans cette version de l'histoire. Remarquez, on ne sait jamais.
 
Si le président Harley (dont le prénom n'est jamais mentionné) agit en effet comme un Adrian Veidt de contrepartie, ce personnage est un ajout plus ou moins inédit au mythos de Charlton. Son nom lui vient de Vince Harley, le Yellowjacket, premier super-héros de cette Terre puisqu'il s'agit du premier super-héros édité par Charlton. De la même façon, le Blue Beetle présenté ici est bien Ted Kord et pas Dan Garrett - le porteur original du costume est bien mentionné, mais aucune relation explicite à l'image des deux Nite Owl dans la série Watchmen n'est précisée. Comme dans les comics de Joe Gill, Nightshade est la fille d'un sénateur américain, qui se révélera en fait être le vice-président. 
 
Dans cette version de l'histoire, The Question est un gay refoulé qui refuse de s'assumer. Il est aussi décrit comme un héros progressant doucement vers la folie et le sadisme, un hommage au parcours personnel de Steve Ditko, qui s'est orienté au fil de sa vie vers une idéologie de plus en plus dre après la lecture de l'ouvrage Atlas Shrugs de Ayn Rand. The Question évolue de son côté vers le personnage de Mr. A, autre création de Ditko au look similaire mais plus expéditif, cruel et facilement objectiviste dans l'application de sa justice.
 
Captain Atom est pour sa part présenté dans une sorte de version hybride, très loin du héros de Charlton original qui gardait des traits et une couleur de peau humaine, assez différent de la version réinventée par DC et plus proche d'un Dr Manhattan habillé et avec des pupilles et des cheveux. Le Blue Beetle fait référence à l'équipe en tant que Sentinels of Justice, un nom qu'auront porté ces personnages en crossover pendant les années Charlton.
 

Personnages secondaires


Le personnage secondaire le plus important de Pax Americana est celui que l'on ne voit pas : Sarge Steele, ou le Sergent Steele, un autre héritage de Charlton jouant le rôle d'espion et de détective, connu pour sa poigne d'acier (au sens littéral). Dans les récits du vieil éditeur, Steele est un privé transformé en agent de renseignement puis en ancien du Vietnam au fil de sa parution compliquée, souvent bringuebalée d'une série à l'autre entre les titres Judomaster ou Thunderbolt. C'est DC Comics qui en fera un véritable usage en haut placé de l'administration, dans les séries Suicide Squad en second d'Amanda Waller.
 
Il est ici reconnaissable grâce à ses bras metalliques, en conspirateur travaillant avec le corrompu vice-président, Eden, le père de Nightshade. La raison pour laquelle son visage n'est jamais vu est assez peu claire - peut-être parce qu'il représente l'intrigue de fond, celle qui n'est pas apparente aux yeux du lecteur. Dans Pax Americana, Steele s'assure que les scientifiques qui travaillent avec Captain Atom (et contre lui, en secret) l'enverront à travers un trou noir loin de la Terre pour éviter qu'il ne puisse ressusciter le président Harley - ce qui était le plan initial. Captain Atom est alors envoyé dans la dimension de Superman Beyond, et croisera Superman au moment de Final Crisis
 
On entend également parler de Nora O'Rourke dans le comics, une savante assassinée par Steele qui travaille à la Pax Institute dans les comics de Charlton, et ici, sa petite amie. 
 

Quelques Références


 
Dans la galerie des vestiges du capitole, on retrouve les Cold Soldiers, d'anciens vilains de Charlton arrêtés ou morts au combat sur Terre-4. Vous reconnaîtrez peut-être le chapeau de Punch, du duo Punch & Jewelee, le couple de clowns fous utilisés par Tom King au moment de son arc sur l'île de Santa Prisca, deux personnages créés par Steve Ditko eux aussi. C'est d'ailleurs à eux que pensera Geoff Johns dans Doomsday Clock au moment d'inventer Mime et Marionnette, ses deux vilains peinturlurés. On connaît aussi le costume de The Ghost, et les bras métalliques du Sergent Steele qu'il récupérait plus tôt en amont de l'intrigue.
 
Quelques pages plus loin, Blue Beetle court après une version radicalisée de The Question, qui évoque ses problèmes érectiles, un hommage direct à Watchmen et à l'impuissance du Nite Owl. Blue Beetle mentionne également une organisation baptisée OSI, qui serait apparemment un hommage à cette période où Charlton avait sécurisé les droits pour une adaptation en comics de L'Homme qui valait Trois Milliards, The Six Billion Dollar Man
 

 
Plus tard dans sa fuite, Question croise une affiche publicitaire pour le parfum Futurebomb, de Nightshade - une autre référence à Watchmen, où Silk Spectre portait le parfum Nostalgia d'Adrian. Vous remarquerez aussi un autre poster, sur lequel pose un certain Vic Sage en faveur de la "Black & white war", une triple référence : d'une part, aux couleurs de noir et blanc de Rorschach et de son célèbre masque, au fait que le personnage de Moore était défini comme un extrémiste fasciste et donc potentiellement raciste, et aux comics Mr. A qui étaient publiés en noir et blanc. A ceux qui n'auraient pas suivi, Vic Sage est évidemment l'identité civile de The Question dans sa version classique. 
 
Un dernier poster moins visible peut-être aperçu une page plus loin en faveur d'une voiture à hydrogène proposée par le Captain Atom, référence à la voiture propre qu'avait développé le Dr Manhattan dans les pages de Watchmen.
 

 
Au moment où The Question assassine un homme de main de Steele, vous remarquerez que la méthode employé (électrocution) est aussi un hommage à Watchmen dans la scène de la prison. Les lettres "SS" écrasent le bonhomme, ce qu'on peut voir comme une autre critique de Morrison sur les personnages de Ditko, ou comme les initiales de Sarge Steele, ce qui fonctionne aussi. Côté références au monde réel, vous reconnaîtrez bien sur le président George Bush plus loin, le Twin Tower Memorial et les terroristes modernes.
 
Le comics Major Man de Major Comix est une évocation directe de deux travaux potentiels : le volume de Jim Starlin sur Captain Marvel (pour Marvel Comics) ou celui de Marvelman (pour Marvel UK) d'Alan Moore. Les pouvoirs ou le destin de Captain Atom peuvent correspondre à ces deux idées. Morrison se rend aussi un petit hommage personnel dans les pages de Pax, avec un Peacemaker adressant directement au lecteur la menace d'une flingue avec ses doigts - comme dans Animal Man, quand Buddy Baker s'apercevait que le lecteur l'observait à travers la page. Il s'agit de l'une des interprétations possibles du savoir absolu dans ce numéro.
 

 
Le numéro mentionne Dan Garrett, le Blue Beetle original à la radio. Commence alors le discours de JFK, qui inspirera pour partie la mort du président Harley, à la radio - un discours prononcé le 10 juin 1963 pour l'American University, baptisé "Pax Americana". Le numéro s'ouvre sur un assassinat présidentiel à la Kennedy et s'achève sur un discours de ce-dernier - la boucle est bouclée, le 8 est en place, et le numéro s'achève. 
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Chapitre 5

Captain Marvel et le Jour qui n'eut Jamais Lieu, nostalgie Fawcett

 Le Concept


 
Dans son répertoire des univers parallèles, Grant Morrison classe, juste après la Terre-4 des héros de Charlton Comics, une seconde dimension liée à l'histoire éditoriale de DC Comics. Terre-5 est le monde dans lequel évoluent, ou ont évolué, les personnages de la société Fawcett Comics, Captain Marvel, la famille Marvel et le Dr Sivana, et d'autres personnages moins en vue de l'imaginaire super-héros. C'est en 1919 que Fawcett se lance dans l'édition de BD au format magazine, avec la revue Captain Billy's Whiz Bang, dont la légende dit qu'elle écoulait un tirage de près de dix millions d'exemplaires.
 
A la fin des années 1930, Fawcett prend le train du super-héros en marche lorsque Bill Parker et l'artiste C.C. Beck vont donner vie au Captain Thunder dans Thrill Comics #1, devenu Captain Marvel après un coup de baguette magique éditoriale dans Whiz Comics #1. La particularité de ce personnage, grandement inspiré par le Superman de Siegel & Shuster, sera de s'adresser directement à un lectorat composé en immense majorité de jeunes enfants : Captain Marvel est un gosse, Billy Batson, capable de se transformer en adulte surpuissant par un simple cri de guerre. Le rêve de tous les lecteurs de l'époque.
 

 
Le succès (insolent) de Captain Marvel ne sera pas sans inquiéter National Comics, qui intente un procès pour plagiat en 1941, première bataille judiciaire autour d'un personnage, d'un nom et d'un concept qui n'auront de cesse d'occuper les services juridiques des grands éditeurs du medium. Devant le recul progressif des publications liées au super-héros et un besoin de renflouer ses caisses, Fawcett arrive à un accord avec la compagnie DC Comics en 1953 en acceptant de ne plus publier de nouvelles histoires du Captain - une partie de son catalogue sera revendu à Charlton, anticipant la situation de cet autre éditeur quelques décennies plus loin. 
 
L'arrêt de Captain Marvel aura deux répercutions principales sur l'industrie. D'une part, en 1961, Marvel profite de l'appel d'air créé par l'arrêt des séries consacrées au personnage pour s'approprier le titre Captain Marvel, qui sera confié au fameux personnage Kree de Stan Lee et Gene Colan, et obligera des décennies plus tard DC à employer le nom Shazam pour Billy Batson. D'autre part, l'éditeur anglais L. Miller & Son, dont le gros des ventes se faisait à l'époque sur des réimpressions en noir et blanc de la série Captain Marvel, devra inventer un nouveau personnage pour nourrir son lectorat et son assise financière : c'est ainsi que Mick Angelo, en s'inspirant de la méthodologie de Fawcett, inventera Marvelman, un monument de l'histoire des comics britanniques sur lequel travailleront Alan Moore et Neil Gaiman beaucoup plus tard. Pour de mêmes raisons juridiques, le personnage sera rebaptisé Miracleman dans ses réimpressions futures. 
 
Du côté de Fawcett, la société en énorme déclin loue Captain Marvel à DC Comics en 1972, qui invente la Terre-S pour garder un semblant de cohérence dans les aventures et éviter que le personnage n'apparaisse "comme par magie". Il faudra attendre 1994 pour que DC achète définitivement les droits de Billy Batson et de sa Marvel Family, après la mort de la société qui leur avait donné la vie en 1980. La Terre-5 est aujourd'hui un monde de complément, puisque Shazam fait aujourd'hui partie de la Terre principale des héros de la Justice League depuis les New 52, moment où Geoff Johns et Gary Frank intègrent une version plus délinquante du jeune héros au canon de Terre-0, rebaptisé définitivement Shazam, pour éviter toute confusion avec le héros ou l'héroïne de Marvel.
 

 
La place de Terre-5 dans le multivers est un renvoi tout bête à la Terre-S, lettre dont la forme évoque le nom 5, et accolé à la Terre-4 comme si les mondes parallèles de DC s'étaient réalignés en accord avec les acquisitions de l'éditeur. Cet endroit du multivers répond symboliquement à la Terre de Charlton : en plus d'être elle aussi un hommage à une société d'édition disparue, elle comprend sa propre boucle temporelle, mais est surtout une réponse symbolique, idéologique à Alan Moore (une fois de plus). Morrison récupère l'esprit enfantin, optimiste et très boyscout des comics de Fawcett, notoirement connus pour leur philosophie légère - les héros sont des enfants bons sous tout rapport - pour contrevenir à la conclusion pessimiste de Watchmen.
 
Le Dr Sivana est ici un savant fou, tendance capitaliste, qui est défait alors qu'il a les faits et la science avec lui. Le numéro se termine par l'idée que les happy ends ne sont pas ringardes mais utiles, et toute une série de renvois vont jouer avec les codes d'écriture volontairement simplistes du super-héros du Golden Age. Comme par exemple, quand Sivana dit "j'ai concocté une explication scientifique quelconque pour reproduire les pouvoirs du Captain", autrement dit "on s'en fout de la raison et de la cohérence, j'ai trouvé parce que je suis le méchant, point". L'ensemble est généralement assez rentre-dedans et plutôt léger sur le sous-texte - l'idée est simplement de dire que l'optimisme souriant de Fawcett est une valeur précieuse à laquelle s'accrocher.
 

Les Personnages

La Famille Marvel


C'est en prenant le métro, dans un wagon que nous retrouverons dans les pages du numéro, que Billy Batson rencontre Shazam, le sorcier de l'éternité. Celui-ci le choisit comme champion et lui confie la sagesse de Salomon, la force d'Hercules, l'endurance d'Atlas, le pouvoir de Zeus, le courage d'Achilles, et la vitesse de Mercure. Le sorcier réside, d'après Grant Morrison, sur le Rocher de l'Eternité, un caillou cosmique qui n'existerait qu'en un seul exemplaire d'après la carte de Multiversity, avant que le Dr Sivana ne s'en construise un plus gros.

On peut voir dans les pages de ce numéro que Morrison oppose les sept valeurs fondamentales de Shazam aux sept péchés capitaux, quoi que ceux-ci ne soient pas représentés par des noms propres. En 1942, Fawcett Comics prend de l'avance sur la mode des héros-familiaux, ces déclinaisons de sidekicks desquels naîtront des héros comme Supergirl ou Krypto le Superchien, par effet de miroir : c'est ainsi qu'Otto Binder lancera une véritable mode avec Mary Marvel, la frangine de Billy, une jeune fille adorable qui aime les gens et faire le bien, le taquin Freddy, un ami des deux héros qui sera Captain Marvel Jr., et tonton Marvel (oui, Uncle Marvel), un vieux qui avait tenté d'escroquer les Marvels en se faisant passer pour l'oncle de Mary. Comme il était sympa, ils l'ont gardé dans l'équipe (véridique). 

On retrouve également d'autres personnages de second plan : les Lieutenants Marvel, trois autres personnages qui s'appelaient tous Billy Batson eux aussi. La similitude de leurs noms avec l'authentique Captain Marvel leur aura permis d'utiliser les pouvoirs magiques de ce dernier (véridique aussi), et ils seront ainsi devenus les Lieutenants de la famille. Pour les différencier, on les appelait à l'époque Fat Billy, Tall Billy et Hill Billy. Et avant que vous ne commenciez à douter de la politique stricte contre l'usage de drogues dans les bureaux de Fawcett, Captain Marvel avait aussi un super-animal de compagnie, Hoppy the Marvel Bunny. Un autre animal parlant peuplait les pages de la série à l'époque, présent, ici : Tawky Tawny, un tigre anthropomorphe doué de la parole. 

Dr Sivana


Le Dr Sivana apparaît très tôt dans les publications Captain Marvel, dès Whiz Comics #2 en 1939. Ce personnage est le décalque parfait du concept du savant fou, en perpétuelle blouse blanche et abrité derrière d'imposantes lunettes en forme de loupe - on lui prête l'inspiration du personnage de Lex Luthor, qui interviendra un an plus tard dans les pages de Superman. Quoi qu'il s'agisse peut-être d'une autre preuve des narcotiques éventuels qui devaient traîner chez Fawcett à l'époque, son nom est la contraction de la divinité hindoue Shiva et du concept de l'au-delà bouddhiste, le nirvana. 

Au début de sa vie, Sivana était présenté comme un scientifique brillant désireux d'agir pour le bien de l'humanité - il aura cependant été brisé par une vie passée à obéir aux ordre de ses supérieurs, par une hiérarchie castratrice et les règles conservatrices qui l'auront empêché de faire avancer ses premières bonnes expériences. Il se retranche alors sur Vénus, peuplée par une race alien dans les publications de Fawcett, et aura même quatre enfants de deux femmes différentes entre cet exil et la Lune, plus tard. Seuls trois sont cependant présents ici : Magnificus, Thadeus Jr. et Georgia. Ceux-ci serviront souvent de rivaux à la Marvel Family, quoi que leur univers ait du attendre ce numéro de Multiversity pour les mettre sur un pied d'égalité.

Vous remarquerez du côté des Sivanas toute une batterie de versions alternatives. 

Quelques Références


 
Dans le canon de Fawcett Comics, Sivana était veuf de deux épouses disparues, avec qui il avait eu quatre enfants: Beautia, dont la beauté était sans pareil et agissait sur les hommes comme une drogue, qui leur faisait perdre leurs moyens. Sa mère n'était autre que l'impératrice de Venus, Venus (ne riez pas, après tout, Vegeta était le prince de la planète Vegeta et ça n'amusait personne à l'époque). On peut d'ailleurs apercevoir l'ex madame Sivana dans Power of Shazam #27 en 1994. Beautia est de son côté restée sur Venus dont elle est devenue l'impératrice à la mort de sa mère chez Fawcett, tandis que chez DC Comics, mère et fille sont bien vivantes et vivent ensemble sur la planète lointaine. C'est à cette ex femme que le docteur fait référence en parlant de "la mère" des petits.

Magnificus est aussi né de l'union de Sivana et de Venus, ce pourquoi il est doté d'attributs physiques supérieurs à ceux de Georgia et Thadeus Jr., nés de son premier mariage. Lorsque Georgia se transforme, elle devient un personnage au physique calqué sur les personnages féminins de comics des autres maisons (avec l'habituelle surcharge pulmonaire). L'effet qu'elle a sur Captain Marvel Jr. est un hommage au pouvoir d'attraction de Beautia
 
La ville où se passent les aventures de Captain Marvel chez DC est appelée Fawcett City, inventée dans Crisis on Infinite Earths. Si Billy travaillait pour Whiz Radio dans l'ancienne continuité, il est ici reporter pour un média plus actuel, Whiz Media, et semble travailler pour la télévision (ou internet). Un collègue du héros ironise sur l'idée de faire travailler un enfant, pour appuyer le décalage historique entre le Golden Age et aujourd'hui.
 

 
Lorsque le Captain appelle ses copains à la rescousse, on peut voir Mary Marvel remplir son cahier de bonnes actions - il ne s'agit pas que d'une simple blague, l'héroïne ayant bien eu un carnet de ce genre à l'époque de Fawcett, où elle écrivait ses BA régulières. C'est en lisant ce cahier qu'Uncle Marvel a découvert l'identité secrète du personnage. 
 
Plus loin, on peut apercevoir les différentes versions de Sivana issues du multivers. De gauche à droite : un Sivana noir de peau, de la Terre-23, un Snakevana de la Terre-26, une Sivanette de la Terre-11, le Comte Sivanula de la Terre-43. On peut aussi apercevoir un Sivana luchador, un Sivana à lunettes noires (?), et plus tard dans le comics, un Sivana Hannibal et un Sivana tout à fait sain d'esprit et sympathique - leurs provenances respective est assez peu claire, quoi qu'on puisse imaginer que le gentil Sivana est son reflet inversé de la Terre-3, où tous les héros sont des super-vilains et où Lex Luthor est le seul super-héros qui s'oppose à eux.
 

 
Le plan de Sivana est celui d'une entreprise capitalise : elle joue avec la notion de temps disponible, l'importation de matière première et un partenariat international. Aussi, le savant fou installe des bureaux en semi-open space dans sa base maléfique, un renvoi à l'histoire du personnage qui a toujours eu du mal avec le fait de travailler sous supervision. 
 
Plus intéressant : Sivana est un personnage qui a quitté la société parce que sa vision était jugée trop clivante et parce qu'il avait été broyé par le système du travail conventionnel. Aussi, il cite explicitement The Foutainhead en VO, un ouvrage de l'écrivaine Ayn Rand à propos d'un architecte mis au banc de la société parce que son style dénote trop du reste de la profession, plus conventionnelle. Le bouquin sera bientôt adapté par Zack Snyder au cinéma, parce que le monde des génies incompris est petit et pas forcément très logique.
 
La façon dont Mary Marvel juge inutile les attributs physiques de Georgia est peut-être une private joke de Grant Morrison à son propre travail, en compagnie de J.G. Jones, sur Final Crisis. Dans cette version, la sympathique et souriante fillette était transformée en fantasme sadomaso', gagnant au passage quelques bonnets de soutien-gorge sous le crayon plus ou moins subtil de l'artiste. 
 

 
On retrouve un autre miroir déformant de Final Crisis dans la Monster Society une page plus loin, en particulier dans le regard de l'immense crocodile qui évoquerait Sobek, ainsi que les Crocodile Men de Mr Mind. Le vilain est aussi présent sous sa forme insectoïde, que Morrison lui avait attribué dans la série 52. Sont également présents Oom the Mighty, Mister Atom et Storm King, des vilains classiques de l'univers Fawcett dans des formes peu ou prou réinventées. Sivana se baptise Black Sivana en référence à Black Adam, ce qui tient debout au niveau du costume. La plupart des autres références sont des liens tissés entre d'autres numéros de The Multiversity, à vous de compléter le parcours désormais. 
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6. La Fin de la Splendeur, Superman en plein IIIème Reich
Chapitre 6

La Fin de la Splendeur, Superman en plein IIIème Reich

 Le Concept

 
 
Célèbre dans le multivers pour avoir assouvi le fantasme de nombreux auteurs de fiction, Terre-10 ou Terre-X est la Terre dans laquelle l'Allemagne nazie a gagnée la Seconde Guerre Mondiale, contre les alliés. Inspiré par le célèbre roman The Man in the High Castle de Philip K. Dick, Len Wein invente cette version d'un monde aux couleurs des forces de l'Axe en 1973, dans Justice League of America #107, et servira à de nombreux moments de l'histoire de DC Comics sur le papier comme en télévision.
 
Les personnages du All-Star Squadron, les Freedom Fighters et même Wonder Woman, Zatana et Supergirl auront à plusieurs occasions l'opportunité de se déplacer vers ce monde fantasque au funeste destin, le temps de broyer quelques chars panzers sous leurs puissantes pognes de résistants. Les séries CW rendront un hommage appuyé à Terre-10 au moment de leur crossover annuel en 2017, et d'une certaine façon, cette Terre inspirera aussi un arc au dessin animé Justice League de l'ancien DCAU dans lequel Vandal Savage a pris la place d'Adolf Hitler, et profité d'une absence des héros pour réécrire l'Histoire - et gagner la Seconde Guerre Mondiale.
 
 
 
Chez DC Comics, la Terre-10 intéresse Grant Morrison d'assez près à l'époque où celui-ci chapeaute le travail de Mark Millar sur Swamp Thing. Après avoir relancé le personnage à deux avec l'arc Bad Gumbo, le chauve laissera à son jeune protégé venu comme lui des plaines d'Ecosse le soin d'écrire un arc de suivi dans lequel la Créature des Marais visitera le multivers. Elle passera alors à son tour par un monde où le symbole de la Svastika surplombera l'ensemble du monde civilisé - mais la venue de Swamp Thing servira aussi à éveiller le Golem des prophéties hébraïques, qui viendra massacrer les nazis au moment où Holland quittera cette planète désolée. A noter que Millar et Grant Morrison ont toujours versés dans ce type de déconnades hitlériennes, après avoir déjà utilisé le personnage dans un numéro bardé d'humour noir à leur époque commune chez 2000AD.

L'histoire commune de Mark Millar et Grant Morrison est aussi une des raisons pour lesquelles le mage noir dégarni tenait à proposer La Fin de la Splendeur : au moment du volume Superman : Red Son, qui imaginait ce qui se passerait si la nacelle kryptonienne de Kal-El s'était écrasée en Ukraine communiste, Mark Millar écrit l'histoire d'un Superman dictatorial, qui va dominer le monde connu en appliquant les principes de la pensée Marxiste. Incapable de trouver une fin à cette bonne histoire, il demandera de l'aide à son mentor et ami, qui lui soufflera une conclusion hautement métaphysique pour laquelle il ne sera jamais crédité. Une brouille naît alors entre le maître et l'élève - on comprend donc pourquoi, des années plus tard, Grant Morrison sent l'envie d'écrire son propre Red Son, mais cette fois sur la Terre des Forces de l'Axe.
 

 
La Fin de la Splendeur est aussi un numéro en hommage aux premiers comics de propagande. Après l'apparition des premiers super-héros de National et Timely entre 1938 et 1940, de premiers auteurs, pour la plupart d'origine juive, prennent position contre l'Allemagne nazie longtemps avant Pearl Harbor. Lorsque la Guerre éclate en 1941, les comics, à destination des enfants, sont mis à contribution dans l'appareil de propagande générale contre les Forces de l'Axe en soulignant le caractère idéologique ou patriote de leur action. Le numéro proposé par Grant Morrison fait donc de nombreuses références aux textes nazis, mais également à la doctrine américaine : menée par Uncle Sam, avec les fameux référents des posters ou des slogans de l'époque. Mais plus important, sur le terrain politique et celui des idées, il s'agit d'un manifeste politique où l'idéal américain se rebelle contre l'ennemi historique - pour la liberté, les droits du peuple et les bonnes tartes aux pommes.

Les personnages

 
Overman



C'est dans les séries Final Crisis et 52 que Grant Morrison invente Overman, et son clone, qu'il considère comme sa cousine, OvergirlOverman est le Superman de la Terre-10, directement inspiré par les comics de Jerry Siegel & Joe Shuster, qui existent sous la forme de pure fiction dans cette version de l'univers. Son nom est inspiré de la théorie du Surhomme de Friedrick Nitzsche, appelé Ubermensch en Allemand et se traduisant donc par Overman en Anglais - cette idée a beaucoup influencé Adolf Hitler, qui voyait dans sa conception de la "race aryenne" les premiers pas d'une élévation vers l'homme supérieur de demain. 
 
Le vaisseau de Kal-El, envoyé par Jor-El depuis la lointaine Krypton, s'écrase dans les Sudètes annexées de Terre-10. Il est découvert par les Allemands, qui vont exploiter la technologie de propulsion de son vaisseau pour bâtir de nouvelles armes - à ceux qui ne sauraient pas, les savants du IIIème Reich sont pour grande partie responsable du système de propulsion des rockets et des fusées développé par les Etats-Unis après la Seconde Guerre Mondiale. La technologie kryptonienne permet à Hitler de gagner la Guerre, et d'élever sereinement son Overman, Karl Kent, dans un monde nouveau à son effigie. Malgré son parcours et ses idéaux, cette version hitlérienne de Superman reste relativement bien intentionnée, et participera à l'assaut final contre Mandrakk dans Final Crisis. A noter : son costume est (peut-être) dessiné par Hugo Boss.
 
Dans sa vie civile, Overman fréquente Lena (Lang) et son meilleur pote journaliste n'est autre que Jürgen Olsen.
 
La JLAxis

 
 
Qui dit Superman dit, forcément, une Justice League pour l'accompagner. Et si une version précédente de la JLAxis existait, dans Countdown to Aventure #2, celle-ci n'est pas composée de Hawkman, Hawkgirl et d'un Flash portant un double S à sa ceinture - on peut cependant apercevoir ces personnages dans le cauchemar funèbre d'Overman sur la mort de sa cousine. La JLAxis est ici un copié/collé des personnages d'origine, mais pris dans une version forcément influencée par l'historique nazi. Ainsi, Aquaman devient Underwaterman pour coller avec la façon dont l'Allemand compose les mots à particule, et la référence aux comics de propagande passe aussi par le discours de Leatherwing, qui accuse l'Atlante d'avoir coulé des sous-marins nazis comme cela était le cas dans les BD de l'époque. 

Batman devient Leatherwing, petit-fils de Hans von Hammer, autrement dit Enemy Ace, un pilote de la Première et de la Seconde Guerre Mondiale souvent utilisé dans les comics de Guerre de DC Comics à cette période. Wonder Woman n'est pas ici une héritière du panthéon des dieux grecs de l'Antiquité, mais l'une des Valkyries, un personnage de la mythologie nordique. Hitler était notoirement connu pour son adoration de ces vieux mythes scandinaves et germaniques, et particulièrement de l'oeuvre du compositeur Richard Wagner, dont le célèbre thème La Chevauchée des Walkyries. L'ensemble du numéro présente de nombreuses référence au Niebelungen du même Wagner.
 
On retrouvera également dans le fond des cases un martien nazi, The Martian, un Green Lantern nazi, un Red Tornado nazi et une Flash nazie qui aura probablement pris la place du précédent. Leur Watchtower a ici été rebaptisée Eagle's Nest, autrement dit le Nid d'Aigle, château de plaisance et place forte d'Hitler qui lui avait été offerte pour son cinquantième anniversaire.
 
Freedom Fighters



Comme dans les premiers récits consacrés à Terre-10, les Freedom Fighters forment la résistance contre le pouvoir dominant. Ils sont, comme dans l'appareil classique, mené par Uncle Sam, un être spirituel créé au cours d'un rituel occulte par les pères fondateurs des Etats-Unis (oui). Il représente l'Esprit de l'Amérique, virtuellement immortel et particulièrement puissant, ce personnage est apparu de nombreuses fois au cours de l'histoire de DC Comics et présente une force équivalente à celle de Black Adam. Forcément religieux, celui-ci cite pas mal de phrases issu du mantra américain, ainsi que quelques passages de la Bible.
 
Les Freedom Fighters sont ici composés de Black Condor, Doll Man, Doll Woman, Human Bomb, Phantom Lady et The Ray, aidés par un Docteur Sivana que l'on croisera aussi dans Le Jour qui n'Eut pas Lieu. Certains personnages changent de couleur de peau ou de religion pour souligner la diversité américaine, contre le modèle nazi et le fascisme blanc en général. 
 

Quelques Références

 


Comme chaque numéro de The Multiversity, La Fin de la Splendeur comporte son lot d'hommages à l'histoire des comics. On retrouve dès la première page un renvoi à la couverture de Captain America #1 en 1940, avec la célèbre droite collée à Adolf Hitler de Jack Kirby, ainsi qu'à Superman #17 en 1942 où l'Homme d'Acier soulève le dictateur et son homologue japonais, Tojo. Comme mentionné plus haut, le personnage qui tape à la porte des gogues du führer n'est autre qu'Enemy Ace, personnage allemand des comics martiaux de DC à l'époque.
 
Plus loin, nous pouvons retrouver une couverture d'un comics baptisé The American Cruisader, publié par Major Comics. Comme dans Pax Americana, cette société fictive est l'équivalent de Marvel (et donc par extension, Timely et Atlas) dans le multivers DC. Ce personnage est donc un hommage direct à Captain America (on le retrouve sur terre-8 dans les pages de Multiversity #1), quoi qu'on puisse aussi y voir une référence à The Shield, personnage d'Archie Comics inventé quelques mois avant Cap et pourvu des mêmes attributs patriotes : le drapeau et le bouclier. On remarque d'ailleurs que, à l'instar de Pax Americana, c'est en s'inspirant des comics qu'Hitler a l'idée de son propre Overman.
 
 
 
Le 20 avril 1956 est une date à double sens : d'une part, il s'agit de l'anniversaire d'Hitler, et aussi de l'année où Barry Allen est inventé, lançant avec lui le Silver Age et l'ère des nouveaux héros de DC Comics. C'est à ce moment là qu'Uncle Sam choisit de former sa résistance, embrassant lui aussi le besoin d'une nouvelle ère de héros américain. La case où Overman tient Overgirl dans ses bras est de son côté un hommage évident à la fameuse séquence de la mort de Supergirl dans Crisis on Infinite Earths.
 
Dans le Eagle's Nest, Overman évoque les ennemis que la JLAxis a combattu par le passé : la Luthor League, Star Conqueror (Starro), Konstruct (Construct), Kanjar Ro. Plus tard, nous verrons dans la salle des trophées le casque d'Adam Strange, une étoile de Starro, la coiffe de Hawkman et la chaise de Metron. Une Mother Box se balade aussi dans un coin. Du côté des Freedom Fighters, on peut retrouver un poster d'Au Temps en Emporte le Revent et de Rosie la Riveteuse, probablement pour évoquer les derniers restes de la culture américaine avant que l'Allemagne ne prenne le contrôle idéologique du pays. Un dernier hommage aux comics de propagande est donné quand Uncle Sam balance son célèbre "I Want You to", généralement utilisé pour les recrutements militaires aux Etats-Unis.
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7. Ultra Comics, quand le quatrième mur s'effondre
Chapitre 7

Ultra Comics, quand le quatrième mur s'effondre

Avant-dernier chapitre dans l'ordre de publication de Multiversity, Ultra Comics a ceci de particulier qu'il se situe sur Terre-33, décrite comme notre monde. Notre réalité, dans laquelle la magie et les super-héros n'existent pas - ailleurs que dans les comics, justement. C'est là aussi que Grant Morrison se dépasse complètement dans l'utilisation du quatrième mur pour représenter la menace qu'est La Noblesse et comment le lecteur y est intrinsèquement lié, pris au piège par la narration du scénariste.

Le concept


Dans l'historique de DC Comics, l'idée de représenter notre propre monde dans les pages de bande dessinée survient assez rapidement une fois qu'il est admis que les aventures des héros de l'éditeur peuvent se dérouler sur des Terre parallèles. Pour rappel, c'est dans The Flash #123 qu'on retrouve l'une des idées majeurs de The Multiversity, celle que les aventures de super-héros sur une Terre peuvent se retrouver dans les pages de comics sur une autre. Ainsi, Barry Allen se rappelait avoir lu les aventures de Jay Garrick dans les pages de comicbooks avant de pouvoir le retrouver. 

Concernant l'idée de la Terre-33, qui correspond au concept de Terre Prime (Earth Prime), c'est également dans les pages de The Flash qu'il faut remonter, au 179e numéro, publié en 1968 - soit quelques années après l'introduction des Terre parallèles. Dans ce numéro, le Bolide Écarlate se retrouve sur cette planète correspondant à notre monde, et devient incapable de vibrer sur la fréquence qui lui permettrait de rejoindre sa réalité, puisque les super-héros ici n'existent pas et n'ont donc pas de pouvoir. Dans un fantastique méta-développement, Barry s'en va retrouver l'éditeur de DC de l'époque, Julius Schwartz, dans les pages même de la bande-dessinée, ce dernier l'aidant à construire un tapis roulant cosmique qui lui permettra de retourner chez lui.


L'idée de Terre Prime a par la suite évolué, puisqu'il aura été décidé qu'il y existe malgré tout l'un ou l'autre super-héros. En 1978, Gerry Conway et George Tuska imaginent Ultraa, enfant d'une nation extra-terrestre en péril qui, envoyé dans l'espace (ça ne vous rappelle rien ?) se retrouve en Australie. Avec ses super-pouvoirs - qui sont grosso modo ceux d'un Superman, le jeune homme répondant au nom civil de Jack Grey décide de traverser l'océan pour devenir le premier super-héros des Etats-Unis. Après un accueil agressif qui le fait passer pour un super-vilain aux yeux de la JLA, de passage sur Terre Prime, Jack se décide à rentrer sur Earth 1 (la Terre principale pré-Crisis), sa planète n'étant selon lui pas prête à recevoir des super-héros. Ultraa est à  nouveau présent dans cet Ultra Comics (dont vous aurez compris l'origine du nom). Il reprend certains traits de sa réapparition en 1993, notamment le nom de sa planète d'origine (Almerac) et de sa bien aimée (Maxima) qu'il souhaite retrouver. Mais il prend sous la plume de Morrison le nom de Rex Ultraa.


En 1985, dans les pages de DC Comics Presents #87, Eliot S. Maggin et Curt Swan imagineront Superboy-Prime, autre unique super-héros existant sur cette Terre Prime. Il s'agit du seul survivant de la Krypton de cette réalité, et ses super-pouvoirs se manifesteront lorsque Superman se présentera à lui. Les évènements de Crisis on Infinite Earths, qui annulent l'existence de sa planète, seront particulièrement importants puisque Superboy-Prime deviendra un antagoniste extrême au courant d'Infinite Crisis (puis de Sinestro Corps War, sous la houle de Geoff Johns) - mais ce personnage mérite qu'on lui consacre un papier seul, et son existence sur Earth 33, bien qu'elle soit mentionnée dans le Multiversity Guidebook, n'a pas d'importance pour Ultra Comics.


Ultra Comics, le super-héros ultime

Ultra Comics est donc le seul super-héros existant sur Earth 33, et provient d'un assemblage d'idées de la part des lecteurs - vous, nous. La séquence qui le voit se matérialiser est un clin d'oeil à la représentation du super-héros au fil des âges : le Golden Age où on levoit sauver le couple Martha/Thomas Wayne d'un sort funeste ; le Silver Age et ses représentations extra-terrestres bizarroïdes ; un clin d'oeil appuyé à Crisis on Infinite Earths et les prémisses du Dark Age (le ciel rouge, le cadavre d'une super-héroïne qui renvoie à la mort de Supergirl) ; ainsi qu'un plan qui renvoie aux super-héros extrêmes de la période des années '90. Ainsi, Ultra Comics doit représenter un assemblage de la façon dont l'ensemble des lecteurs, quels qu'aient été l'époque de leurs lectures, se représente le super-héros.


Par ses capacités en tant que personnage de comicbook, Ultra brise le quatrième mur en permanence. Il a conscience d'être lu, s'adresse directement à son lecteur, et est capable de passer d'un endroit à l'autre du numéro d'Ultra Comics - ce qu'il fait un moment, en se retrouvant dans la scène d'ouverture. Mais prisonnier du format de single issue, Ultra est aussi destiné à voir ses erreurs se répéter à chaque (re)-lecture, et c'est pour cette raison que son histoire finit toujours de la même façon.


On peut voir aussi Ultra Comics utiliser les codes du monde des comics (comme les textes de critiques qui apparaissent) pour s'en prendre aux membres de La Noblesse, et notamment Intellectron, que l'on peut voir comme une critique de l'hyper-intellectualisation des comics - que Morrison auto-critique dans le texte, puisqu'il en est l'un de ses dignes représentants.


Autres ultra-personnages

On retrouve quelques personnages mineurs qui sont également des références à de précédentes créations. Chaperon Rouge (Red Riding Hood) reprend l'allure d'une Hit-Girl mais son nom évoque plutôt Red Hood, l'alias de Jason Todd hyper violent. Lorsqu'il rencontre la Garde du quartier et se rend à leurs locaux, on peut voir Ultra rencontrer trois autres "ultra-personnages" : en premier lieu Gary Concord Jr.. personnage créé en 1939 dans les pages d'All-American Comics #9 (en 1939), fils de Gary Concord Sr., créé dans le numéro précédent de la même série, les deux héros ayant porté le nom d'Ultra-Man au courant du Golden Age.


A côté, on peut retrouver Ultra le Multi-Alien, apparu en 1965 dans Mystery in Space #103, qui est à l'origine un astronaute répondant au nom d'Ace Arn, et qui devient un assemblage de races extra-terrestres quand quatre représentants de ces espèces lui tirent dessus en même temps un rayon de soumission, qui le transforme en cet être composite (et lui permet d'obtenir les caractéristiques physiques de chacune desdites espèces). Le personnage avait fait d'ailleurs son retour au cours des New 52 avec une nouvelle origine - et il ne s'agit vraisemblablement pas de cette version dans les pages d'Ultra Comics.

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Chapitre 1

The Multiversity : une trame principale hyper référencée

Bien que la maxi-série The Multiversity ait été publiée à l'époque des New 52, les plans de Grant Morrison pour cette histoire remontent bien en amont, puisque le récit devait être à la base publié au courant de l'année 2010. Avec quatre ans de retard, et les ajustements éditoriaux majeurs de DC à l'époque, le premier chapitre s'ouvre malgré tout avec un personnage bien connu des fans du scénariste, puisqu'il s'agit de Nix Uotan, rebaptisé ici le Superjuge, qui avait été aperçu pour la dernière fois dans l'ultime numéro de Final Crisis.

Les personnages

Nix Uotan

Grant Morrison reprend en effet le personnage là où il avait été laissé. Le Monitor qui avait été en charge de la planète Terre-51 (la Terre de Jack Kirby, où le Grand Cataclysme mènera au monde de Kamandi) avait en effet été considéré comme incapable d'avoir la charge d'une des Terres du Multivers, et s'était retrouvé exilé sur la Terre-0 (la Terre principale des héros DC, qui ne portait pas encore ce nom à l'époque de Final Crisis). Les évènements de cette Crise terminés, Nix Uotan décidait de retourner vivre comme un simple mortel sur cette planète - et c'est dans cette situation qu'on le retrouve. Les choses ont malgré tout changé puisque Morrison le représente désormais comme l'unique Monitor encore en place. Mais la scène d'ouverture de Multiversity est un renvoi direct aux dernières planches de Final Crisis, ou l'on retrouve la disposition des meubles (bureau, lit) dans l'appartement de Nix.


On remarque que Nix aura accumulé chez lui une certaine quantité de comics. L'une des idées principales du Multivers, et établie dans les écrits de Morisson, est que les aventures se passant dans une réalité se retrouvent sous forme de comics dans une autre. Ici, Nix pourrait en quelque sorte surveiller ce qu'il se passe dans le reste du Multivers en allant se procurer tous ces comics (mettons qu'il s'agit plus d'une supposition qu'une affirmation). Entre autres, on retrouve à ces côtés un singe en peluche, M. Stubbs, qui s'anime par la suite. Il pourrait s'agir de la forme simiesque (au vu de la pilosité des mains) que Nix rencontrait dans sa cellule dans les pages de Final Crisis, de la même façon que le rubiks cube posé sur le bureau se rapporte celui utilisé par Metron dans la même scène. Vous l'aurez compris : tout est lié.


De nombreuses références aux précédents écrits de Grant Morrison peuvent être retrouvés au cours du premier chapitre. On retrouve ainsi l'Ultima Thule, le vaisseau utilisé par le Monitor pour passer d'un monde à un autre, en traversant la plaie, la membrane qui sépare chaque version d'une réalité. Pour rappel, comme chaque univers vibre à une fréquence donnée, c'est en se positionnant sur cette fréquence - et en jouant de la musique au sein de l'Ultima Thule qu'il est possible de passer entre les Terre du Multivers.


Enfin, on retrouvera par la suite le Palais des Héros, qui est le satellite qu'utilisait le Monitor dans le récit Crisis on Infinite Earths, et resté en l'état bien qu'on puisse voir les dégâts qu'il a subi depuis. C'est là qu'on retrouve également sous forme "numérique" Harbinger, celle qui aidait le Monitor dans CoIE pour rechercher les différents héros du Multivers dans la lutte contre l'Anti-Monitor.


La Noblesse

En plus d'une multitude de personnages issus de tous les univers de DC Comics, c'est un ensemble d'entités qui répond au nom de La Noblesse (The Gentry en langue originale) qui forme la véritable némésis de cette histoire. Cet ensemble prend des formes nombreuses et des noms imaginatifs. Tel qu'on nous l'expliquera par la suite dans The Multiversity #2, les entités de la Noblesse et leur maître la Main Vide (Empty Hand) viennent de Terre-33 (voir le chapitre Ultra Comics), soit notre monde réel. A partir de là, on peut y voir dans La Noblesse les manifestations de comportements propres aux lecteurs et éditeurs, et qui viennent nuire directement aux comics. 


Ainsi, parmi les théories circulantes, on associe Dame Impitoyable sera la tendance au grim & gritty pour coller à des super-héros plus "réalistes" ; Demogorgunn (représenté par une masse de corps) sera la popularité grandissante des super-héros (mais pas par les comics, d'où ce "mauvais côté" qu'il représente) ; le Seigneur Détraqué sera la façon dont les histoires se reposent sur une même structure ; Machinenfer représente le côté complétiste des lecteurs parfois absurde ; alors qu'Intellectron est une représentation de la sur-analyse des comics. Tous ensemble oeuvrent pour l'avènement de la "machine à oubli" - qui est a priori le cinéma. Ainsi, le message de la Main Vide dans les dernière planches de Multiversity, qui explique qu'il était juste de passage pour évaluer les forces des super-héros, permet de voir la chose ainsi.


C'est dans le but de faire des adaptations de super-héros que l'ensemble des comportements néfastes pour les comics apparaissent. Et comme c'est par les comics que les héros arrivent à triompher, et par la musique du Multivers, une métaphore de l'imagination, on comprend donc que Multiversity est un appel aux créateurs pour se servir de toutes les histoires produites pour continuer à faire vivre le médium. Comme l'a fait Morrison avec cet ouvrage. N'est-ce donc pas limpide à présent ?

Les Terre visitées

Terre-7


La Terre-7 est la première planète visitée par Nix Uotan et son compère simiesque. Comme le précise le guide de Multiversity, il s'agit d'une re-création de la Terre-8 (qui sera abordée juste après). Ainsi, puisque cette dernière représente l'univers de Marvel Comics, la Terre-7 est l'équivalent de l'univers Ultimate de cet univers. Le fait qu'elle soit la première détruire au cours de Multiversity n'est pas anodin. C'est un fait rappelé pour évoquer le destin tragique d'une majorité de ses héros au courant de l'event Ultimatum au cours duquel de nombreux héros de cette ligne éditoriale furent tués (et Morrison anticipait peut-être déjà la disparition de l'univers au cours de Secret Wars lorsqu'il écrivait ce numéro). 

Le seul héros encore présent sur cette Terre reste le Thunderer, une version afro-américaine de Thor, mais l'on peut aussi voir que certains des héros reviennent sous forme de zombie - une allusion évident à Marvel Zombies, puisque cet univers était né des pages d'un crossover se déroulant dans les pages d'une série Ultimate. Sur le croquis, on reconnaît en le Croisé un Captain America, en Golem La Chose, "Doc" Futur étant Reed Richards, Walküre Walkyrie, Microbot Ant-Man, et la petite bizarrerie qu'est Devilfist puisqu'il s'agit clairement d'un clin d'oeil à Hellboy - quoique le gant rappelle également celui de Thanos.

Terre-8


Comme on vous le disait précédemment, Terre-8 est la version réimaginée de l'univers Marvel au sein même du Multivers de DC Comics. C'est également la seconde Terre a être prise d'assaut par les forces de la Noblesse, et là que Nix Uotan sera corrompu. On pourra imaginer que Grant Morrison n'aura pas choisi innocemment de faire disparaître ou mettre en danger profond les deux Terre se rapportant aux publications de la Maison des Idées.

On retrouve sur cette dimension une version des Avengers, baptisée ici Représailleurs, dont les différents membres sont là aussi rapidement reconnaissables par rapport à l'univers Marvel. On constate en outre que Grant Morrison utilise toute la diversité possible pour réimaginer les personnages, n'étant pas emprisonné dans le contexte sociétal de création de ces personnages de l'époque. Ainsi, Thor est à nouveau afro-américain et répond au nom de Wundajin ; Ladybug est une Spider-Man au féminin ; Deadeye est un Hawkeye à la peau bleue ; Kite est une version féminine de Falcon ; Le Croisé Américain est à l'évidence la représentation (à l'ancienne) de Captain America ; Dragon Rouge est l'équivalent de Black Widow et Machinehead est Iron Man.


On retrouve à côté d'autres personnages tels que Béhémoth, un bébé Hulk tout bleu ; Major Max qui est l'équivalente de Captain Marvel ; Hyperius qui est un pastiche d'Hypérion, lui-même un clone de Superman du côté de Marvel. A noter d'ailleurs que ce dernier était déjà présent dans les pages de Final Crisis, lors de l'attaque finale contre Mandrakk. D'autres personnages apparaissent de façon plus succincte (et souvent à l'état de cadavre), comme ces personnages ci-dessus que l'on pourra assimiler à La Chose, la Torche Humaine, Scarlet Witch ou Cyclops. Du côté des vilains, Lord Havok est la version Terre-8 de Doctor Doom. 

Terre-23


Les lecteurs de Final Crisis #7 et du numéro Action Comics #9 (période New 52) connaissent déjà la Terre-23, qui est celle qui a pour Superman Calvin Ellis, accessoirement président des Etats-Unis, et qui est inspiré de Barack Obama. Il s'agit d'une Terre sur laquelle la plupart des super-héros et héroïnes sont noirs, et où les personnages blancs sont donc une minorité. 

Ainsi, Wonder Woman est Nubia, en référence au royaume africain indépendant qui a existé au cours de l'Antiquité, et dont cette indépendance a certainement motivé Grant Morrison à en faire la Themsyscira de cette Terre. Les super-héros noirs font tous partie de la Justice League, soit Green Lantern (dont le nom est ici inconnu), Vixen, Steel, Zatanna (également noire ici), Black Lightning ou Cyborg. A noter que si cette Terre apparaissait déjà dans Final Crisis, sa numérotation ne lui a été donné qu'au courant des New 52 avec la résurgence de Calvin Ellis dans les pages d'Action Comics.

Du côté de Multiversity #2

Au fil des pages de The Multiversity #2, de nombreuses autres Terre sont visitées de façon très brève, afin de mettre l'emphase sur le recrutement de l'ensemble des héros du Multivers de DC Comics. Les indications des Terre en question permettent de s'y retrouver aisément avec les pages du Guide présent dans le recueil - et ne nécessitent pas forcément qu'on les développe plus ici, au vu de leur maigre importance en tant que tel dans la compréhension du récit.


Notons malgré tout que Terre-13 est une version "dark" de l'univers DC, ou ce sont des personnages sombres et qui pour beaucoup avaient intégré les publications Vertigo, avant que les New 52 ne les réintègre à la continuité principale. Etrigan devient l'équivalent de Superman en se faisant appeler Super-Démon. Pour l'anecdote, Grant Morrison avait évoqué par le passé une version super-héroïque de John Constantine dans les pages de son Doom Patrol #53 - et cette Terre vient donc très certainement de ces précédents écrits.


La Ligue de Sang venant de Terre-43 est inspirée de l'Elseworld "Batman Vampire" de Doug Moench et Kelley Jones, une trilogie composée des récits Red Rain, Bloodstorm et Crimson Mist. Autrefois considérée comme hors-continuité par sa nature d'Elseworld, la trilogie a été rééditée récemment en VO dans une collection baptisée Tales of the Multiverse, signe que l'éditeur a compris l'intégration proposée par Grant Morrison.


Le concept de Terre-17 est assez simple, puisqu'il s'agit d'une réalité dans laquelle la Guerre Froide s'est résolue par l'appui sur le bouton des commandes nucléaires, entraînant l'humanité sur une planète ravagée par les bombes. Ici, l'incarnation de la Justice League sont les Atomic Knights of Justice, dont la première apparition fut dans le dernier numéro de la maxi-série #52. Son concept est dérivé des publications de Strange Adventures #117 qui présentait déjà une Terre dévastée par le nucléaire. A l'époque de publication (1960), on imagine que c'est une IIIe guerre mondiale qui a lieu en 1986 - d'où le nom de code de Terre-86 qui est à l'époque utilisé.


La Terre-51 est l'une des terre reprenant une vision d'auteur de l'univers DC (comme la Terre "Red Son" 30, la Terre "Just Imagine" 6 ou la Terre "Kingdom Come" 22). Il s'agit ici de la version modernisée de la Terre A.D. (After Disaster) imaginée par Jack Kirby lorsque ce dernier proposait aux lecteurs du monde entier Kamandi #1. Sur cette Terre, le grand Cataclysme a eu lieu et le monde est désormais dominé par des animaux antropomorphiques. A noter qu'il est noté que les New Gods sont aussi sur cette planète, mais il s'agit d'une manifestation de ces personnages, qui vivent autrement à New Genesis qui, comme Apokolips, fait partie de lieux qui ne sont présents qu'une seule fois dans le Multivers.


Le cas Terre-36 est demandera plus de connaissances pour être reconnu au premier coup d'oeil. Il s'agit en effet d'une référence à Big Bang Comics, une série publiée chez l'éditeur indépendant Caliber Comics, puis dans un second temps par Image Comics, et qui rendait hommage aux super-héros du Golden et Silver Age. La série a été créée par Gary Carlson et Chris Ecker et ses personnages étaient déjà des inspirations de ce que DC Comics avait sous la main. On accordera une attention particulière au Pister Rouge, le Flash de cette Terre, qui permet au cours du climax de recruter tous les Bolides du Multivers pour affronter le Nix Uotan corrompu. Et qui, au contraire de nombreux Flash au cours des différentes Crisis, ne sera pas sacrifié, mais intégrera l'Opération Justice Incarnée, force de protection du Multivers.


Du côté de Terre-26, il faut aussi se référer à l'histoire des comics pour comprendre son origine. Au cours du Golden Age, et parce que les publications s'adressent alors majoritairement aux enfants, c'est dans les pages de New Comics #9 (1936) que sont imaginées des histoires avec des animaux antropomorphiques (les "funny animals"). Il faudra en revanche attendre les années '80 et les publications successives des titres New Teen Titans et Captain Carrot & his amazing Zoo-Crew pour qu'un nom concret soit donné à cette réalité : Earth-C (pour cartoon). La terre sera en premier lieu considéré comme une réalité alternative plutôt qu'une terre parallèle, pour expliquer le fait qu'elle puisse survivre à Crisis on Infinite Earths. L'appellation de Terre-26 sera par la suite utilisée dans Captain Carrot and the Final Ark, mini-série en trois numéros publiée en tie-in à Countdown. La terre-26 est donc l'équivalent de ces deux terres dans son Multivers, et il existe une théorie qui explique que chacune des Terre est en fait la même planète, mais qui a été déformée au fil des années par la physique bizarre (des dessins animés) qui y règne.


On terminera cette entrevue avec la Terre-48, qui reprend elle aussi l'idée de plusieurs Terre apparues avant elle. Le concept est à peu près le même, puisqu'il s'agit d'une réalité ou tout le monde a des super-pouvoirs, chaque personne, chaque être vivant (jusqu'au moindre animal). Grant Morrison la décrit comme le concept du super-héros poussé à son paroxysme, jusqu'à en être ridicule. On retrouve des premières traces de cette idée dans Crisis on Infinite Earths #4, ou la planète est alors appelée Terre-6. Par la suite, l'idée de Terre-48 réapparaît dans Countdown to Aventure #1, sorti en 2007 peu de temps après la recréation du Multivers post-Infinite Crisis. On peut y voir également dans cette réalité une référence au récit Top10 d'Alan Moore, publié sous l'imprint America's Best Comics.

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Arno Kikoo
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