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Chilling Adventures of Sabrina : Ma Sorcière Bien Aimée

Chilling Adventures of Sabrina : Ma Sorcière Bien Aimée

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On a aimé• Kiernan Shipka
• Un travail intéressant sur l'esthétique, passéiste
• Les bonnes valeurs installées en sous-texte de fond
• Quelques moments brusques à l'image du comics
On a moins aimé• Un rythme qui ralentit diablement après l'introduction
• Des précisions plutôt floues sur le fonctionnement du monde magique
• Salem ne parle pas (mais il miaule)
Notre note

La rentrée des séries, éparpillée sur les premières semaines d'automne, profite particulièrement au registre des adaptations. Avec le retour programmé des habituelles séries CW, celui (plus à propos) de Daredevil et l'entrée récente de Titans sur la grille américaine des programmes. En compagnonnage de sorties d'envergure au cinéma (on va dire), l'attention publique et médiatique laisse peu de place à la jeune série Sabrina - pourtant plus à sa place en ce mois d'octobre, de par son esprit d'horreur candide propre aux fêtes d'Halloween.

A l'image de la troisième saison de Daredevil, il nous a été permis de consulter les huit premiers épisodes de Chilling Adventures of Sabrina - baptisée en France Les Nouvelles Aventures de Sabrina. Un titre étrange qui cherche à épouser une proximité avec le souvenir de la série Sabrina l'Apprentie Sorcière, intention compréhensible mais biaisée puisqu'il s'agit ici d'une relecture en profondeur des thématiques de la jeune sorcière. 


Une relecture par le prisme horrifique

En comics, Sabrina est un personnage des éditions Archie Comics qui remonte à 1962, une longévité qui place l'héroïne dans la lignée des créations de Dan DeCarlo, père fondateur de l'esprit Archie et de son style graphique intemporel. Comme la plupart des séries de la maison, le schéma narratif majeur de ses aventures gravitait sur un mélange de strips humoristiques, d'histoires de couples et de vie lycéenne, dans la cité voisine de Riverdale, Greendale, où la magie existe et où s'est construit tout un petit monde autour du personnage.

Il y a quelques années, le scénariste Roberto Aguire-Sacasa, architecte d'une refonte majeure des séries Archie, repensait Sabrina et son entourage dans Chilling Adventures of Sabrina. Fidèle à la forme et à l'identité des séries classiques, cette version nouvelle agglomérait l'amour du scénariste pour les classiques du cinéma et de la littérature de l'horreur. Une version plus sombre, plus adulte, plus violente et plus effrayante, diablement réussie. Ce matériau sert directement d'inspiration à la série de Netflix, puisque c'est au départ Aguirre-Sacasa lui-même qui lance le projet dans la foulée du succès de Riverdale sur la CW.

Mais si Riverdale est une lecture plus grise et torturée du reboot d'Archie par Mark Waid, voire de l'esprit de l'éditeur en général, où les héros sont sérieux, où des meurtres sont commis et où Jughead a une tête d'enfant prodige, Chilling Adventures of Sabrina cherche à l'inverse un socle de compromis. Moins transgressive ou sanglante que son équivalent papier, la série est un point d'accroche entre l'esprit classique de Sabrina en comics ou dans la vieille série télé' (calmez vous) et les idéaux horrifiques de son géniteur - un résultat pas inintéressant quoi que tout ne soit pas parfait, loin de là.


Le jour de ses seize ans, Sabrina (Kiernan Shipkha) doit accomplir son baptême noir, le début de sa vie de sorcière où elle renonce à la mortalité au profit du monde des ténèbres. Le moment où elle doit entrer à l'académie des arts occultes, et dire adieu à son éducation au sein de la population normale de Greendale, ainsi qu'à ses amis et à son amoureux, Harvey. Un hic cependant, Sabrina est à moitié mortelle - un sacrilège dans la communauté eugénique des sorciers qui n'autorise généralement pas le métissage - et son caractère s'en ressent, la jeune femme refuse de choisir et espère convertir sa communauté à l'idée qu'une vie dans l'entre deux est possible. Quitte à s'attirer les foudres de celui qui donne aux sorcières leurs pouvoirs et agit comme l'objet de leur religion : Satan, au format biblique, avec la tête de bouc et l'ensemble poilu que vous avez pu apercevoir au cours de la promo'.

Une esthétique maîtrisée

La série démarre vite, et démarre bien. Les deux premiers épisodes sont joliment réalisés, baignant dans une atmosphère distordue que la caméra aime créer par des effets de mise au point retravaillés ensuite - l'image est ainsi généralement floue sur les hauteurs ou les arrière-champs, rendant un effet mystérieux de vieux cinéma d'épouvante. L'idée est de créer un conflit entre le monde normal et celui des sorciers, et de filmer Greendale comme un point de passage (voire de conflit) entre ces deux univers. Les éclairages sont travaillés - on retrouve le soin des premiers épisodes de Riverdale où le studio Berlanti Productions, également en charge de ce nouveau projet, avait su faire de jolis efforts - comme le sont les décors.

L'idée posée par ces ambiances est d'épouser une esthétique à mi-chemin entre les années 1960 et 1970. De vieux film d'horreur adolescent, ou de communauté perdue dans les bois façon horreur rurale, avec une richesse dans les détails éparpillées (sur les murs, sur les meubles) évoquant un monde qu'on sentirait prêt à fêter Halloween à n'importe quelle échéance. Le jeu sur les fumées dans les bois, la façon de filmer la chose démoniaque ou de jouer sur les effets de profondeur participe en écho à cette volonté d'assumer le côté kitsch et l'hommage à une façon de faire disparue, un esprit drive-in déjà en partie présent dans Riverdale.

La différence à retrouver dans Sabrina sur le plan esthétique passe cependant par des choix plus humains. On sent que le directeur ou la directrice de casting n'est pas celui d'une série CW : les plans abdominaux sont aux abonnés absents, les jeunes filles font leur âge et ne sont pas sexualisées à l'exception du trio de méchantes sorcières qui jouent sur la carte de l’envoûtement érotique (par moments). Malgré sa voix et la maturité de son jeu, Kiernan Shipka passe très honnêtement pour une jeune fille de quinze à seize ans et son copain Harvey - un mélange hasardeux de la nature entre Evan Peters et Michael Cera - est plus le sympathique amoureux, un peu lunaire, des comics et de la série télévisée. L'héroïne peut ainsi porter avec adresse la métaphore de son conflit adolescent, le fait d'être perdue face à l'avenir quand vient le moment de choisir une voix, et de se préparer à sa vie d'adulte.


Passé le cap des deux premiers épisodes, cependant, la série marque un ralentissement croissant de son rythme. Les décors et les costumes font toujours l'objet d'un travail soigné, mais les effets liés à l'horreur disparaissent peu à peu tandis que s'installe un rythme d'épisodes fillers, façon freak of the week, qu'Aguire-Sacasa décrit en interview comme "des petits films dans une intrigue plus ample". Tout le monde se rendra compte assez vite des références employées (L'Exorciste ou Rosemary's Baby). 

Sur Riverdale, le scénariste avait placé en point de mire la mort de Jason Blossom pour guider sa première saison. L'objectif est peu clair ici, et la théorie serait alors que, lorsque Netflix a commandé deux saisons d'un coup aux équipes, il a probablement fallu diluer l'intrigue. On  se retrouve assez vite dépourvu d'un objectif clair dans cette série Sabrina : les épisodes se suivent et de nouveaux fils rouges s'installent, vis a vis de la présence démoniaque à Greendale, ou dans la relation de Blackwood (Richard Coyle) et Zelda Spellman (Miranda Otto), mais l'impression de ne pas répondre aux questions posées par le pilote en deux parties s'installe vite, et dans la durée.

Évoluant vers un rythme plus à propos sur un format hebdomadaire, ce choix opéré permet aussi de donner une place aux nombreux personnages présents çà et là - les camarades de classe de Sabrina, les sous-intrigues liées à sa famille, etc - ou de véhiculer les thématiques préférées de l'auteur sur le monde réel et le présent. A l'image du harcèlement à l'école, du patriarcat, de la censure puritaine ou de l'homophobie, dans un esprit de progressisme et d'appel général vers la diversité. Ce qui se remarque à la fois devant la caméra (Jaz Sinclair, Chance Perdomo, Tati Gabrielle) et aussi à la réalisation (Maggie Kelley, Viet Nguyen, Alex Garcia Lopez).

Magie, vous avez dit magie ?

Telle quelle, la série manque cependant de structure et semble enchaîner des épisodes aux thématiques aléatoires dépourvus de réel fil rouge, comme des moments de freak of the week au milieu de ce qui ressemblait à une série de fond, avec une intrigue de fond. C'est d'ailleurs ce que vendaient les premières bande-annonces (dont le gros des images est tiré du pilote en deux parties). De même, si Sabrina allume bien la radio avec ses pouvoirs au début du premier épisode, ne vous attendez pas à un déluge d'effets magiques : les pouvoirs et les règles de suspension d'incrédulité sont présentées de façon évanescente. En réalité, la série tire plus vers une magie à la Charmed qu'à du Harry Potter (vous me pardonnerez ces références complètement ringardos).

L'imaginaire déployé vogue vers une ambiance de série familiale, ou d'une série de démons. Les magiciens ne peuvent pas tout faire avec leurs pouvoirs, ils ont besoin de grimoires, de références codées, et leur rôle se résume en majeure partie à combattre des menaces sorties des enfers, loin d'utiliser la magie noire pour leurs propres desseins ou dans leur vie quotidienne. Certains épisodes font peu ou prou varier le rôle donné aux pouvoirs occultes, mais Aguire-Sacasa a préféré cet idéal penché sur les monstres, en priorité.


A la sortie, Chilling Adventures of Sabrina est donc une série agréable, avec de bonnes idées et un message positif emprunt des bonnes influences. La distribution est généralement efficace, avec une retranscription fidèle des deux tantes aux caractères opposés, un ensemble de seconds rôles (volontairement) archétypaux et la formidable Kiernan Shipka en figure de proue. Talentueuse interprète de Sally Draper dans Mad Men, celle-ci fait un boulot assez formidable pour retranscrire la densité d'une héroïne courageuse, vaillante et pleine d'esprit. 

A noter également : un joli générique, qui assume son héritage dans le papier (sur deux générations), aucun doubleur n'a été annoncé pour Satan ou Salem pour le moment il est donc probable que ces héros restent malheureusement silencieux pour l'instant à l'exception de quelques grognements sataniques et adorables miaulements, et la série n'est pas forcément recommandée pour tous les publics en dépit de son apparence enfantine.

Il aurait toutefois été intéressant de voir ce que Netflix et Aguire-Sacasa auraient préparé s'ils n'avaient eu qu'une saison de commandée pour Chilling Adventures of Sabrina, voire une mini-série. Après l'excellence de deux premiers épisodes que l'on aimerait voir se poursuivre, la série, bien dirigée et agréable au demeurant, s'enfonce confortablement dans un surplace narratif où peu de progrès sont réalisés au regard de l'intrigue globale. Un choix probablement volontaire pour retrouver l'aspect "jour après jour" des comics ou de donner un rôle à tous les personnages, mais on ne peut s'empêcher de penser qu'avec moins d'épisodes à remplir, la série aurait pu être un run parfait sur six épisodes avec la même exigence esthétique et rythmée, directement adaptée du fantastique comics éponyme d'Archie. Dommage, quoi qu'elle reste sur le papier une adaptation agréable et moins tonitruante que sa cousine aux rouquins. 

Corentin
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