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Batman : à la vie, à la mort - un joyau artistique

Batman : à la vie, à la mort - un joyau artistique

ReviewUrban
On a aimé• Le monstrueux Batman Annual #2
• Une équipe créative au top de ses moyens
• La prestation artistique de Lee Weeks
• Une réinvention réussie de l'univers des Looney Tunes
On a moins aimé• C'est certes un peu court
Notre note

A l'automne 2017, DC Comics publie un Batman Annual #2 célébrant la relation entre Batman et Catwoman, écrit par un Tom King qui pave au même moment dans les pages de la série régulière une route devant mener à l'autel pour les deux tourtereaux. Le numéro, sensationnel, est illustré par Lee Weeks avec qui King signait déjà une magnifique réinterprétation de l'univers Looney Tunes avec Batman/Elmer Fudd #1, quelques mois auparavant. Urban Comics a choisi de mettre en avant cette collaboration avec ce tome Batman : à la vie, à la mort, et vous auriez vraiment tort de passer à côté.

D'un côté, il y a cette idée de la relation amoureuse entre Bruce Wayne et Selina Kyle, développée de manière la plus démonstrative possible, d'une première rencontre entre les deux personnages, jusqu'à leur fin de vie. Bien entendu, le tout n'a rien de neuf, et l'on aura vu le couple marié, et avoir des enfants, sur de nombreux récits - cette version étant généralement celle de Terre 2. Ici, le scénariste reste volontairement flou sur la nature de l'histoire. On pense aisément, au gré de quelques dialogues, qu'il s'agit d'une Terre parallèle, comparée à celle où se déroulent les préparatifs d'un certain mariage. Ou d'une réinvention de cette timeline, à moins que l'auteur ne décide tout simplement de montrer d'autres pans de son run, inscrivant l'histoire dans le canon, et apportant un point de vue définitif sur ce que la relation Batman/Catwoman doit être.


Dans une quarantaine de pages, King explore toute la question du rapprochement de ces deux personnages, de leur similitudes, et de ce qui fait qu'intrinsèquement, il n'y ait pas d'autre possibilité que de les voir ensemble. Avec l'économie sur les dialogues qu'on lui connaît, et la façon dont chacun se renvoie des répliques en miroir, un courant passe. Et l'auteur n'oublie jamais de s'amuser, l'expression du "jeu de chat et de la souris" prenant un tournant littéral. Mais au delà du flirt, et au-delà des premiers émois, le scénariste va chercher bien plus loin et se montre démonstratif là où peu auront osé le faire. Du souvenir d'une première rencontre volontairement floue, pour faire clin d'oeil à différentes continuités, à un baiser qui ne perd ni fouge ni passion quel que soit l'âge du couple - car au delà des premiers émois, c'est une vie commune qui nous est dépeinte. Et avec elle, l'idée qu'un Bruce Wayne heureux peut véritablement raccrocher la cape, et vieillir tranquillement. 

On retrouve alors une famille unie autour de Bruce, apaisé, et Tom King va au-delà des costumes, s'intéresse (comme toujours) aux personnes humaines en dessous. Avec l'envie de montrer un amour absolu, implacable, qui serait capable de se transcender même si l'une personne venait à s'en aller. Par son écriture, à la fois juste et qui en appelle à des sentiments que chacun aura connu ou recherché (permettez nous de le croire), le scénariste livre malgré le nombre de pages à respecter un récit d'une puissance émotionnelle forte, qui laisse pantois, le regard brumeux. Parce qu'il concrétise ce que tout lecteur attaché à Batman aura eu envie de voir depuis de très nombreuses années, et qu'il le fait magnifiquement.


De l'autre côté, le thème de l'amour se retrouve curieusement là aussi au coeur d'une histoire aux enjeux et aux tonalités bien différentes. King réinvente l'univers des Looney Tunes dans un contexte de film noir, dans lequel Elmer le chasseur part à la recherche de celui qui as tu sa bien aimée, bien décidé à lui faire payer son acte par la loi du Talion. Au delà d'une construction amusante qui joue avec les codes du polar, c'est la façon dont l'auteur s'approprie les nombreux personnages, regroupés dans un même bar, qui fascine. De Bugs Bunny à Taz en passant par Porcinet, tout le monde trouve visage humaine mais reste immédiatement reconnaissable, et s'inscrit parfaitement dans cet univers terre à terre, où Batman n'est qu'un personnage à peine plus excentrique que les autres. 

On perd un peu du charme de l'écriture de King et de la diction d'Elmer avec la traduction française, mais l'essentiel persiste. L'auteur réussit avec brio son exercice de style quand d'autres se contentent de simplement faire cohabiter deux univers pas forcément compatibles. Les Looney Tunes trouvent leur place dans Gotham City, l'histoire est efficace dans son déroulé et fait également un joli clin d'oeil à l'Histoire du Chevalier Noir. Bien entendu, on cherchera le rapport entre cette histoire et la précédente, et c'est là que le nom de Lee Weeks intervient. 

On ne voudra pas sous-estimer la petite prestation de Michael Lark dans la premier moitié du tome, qui livre une série de planches de toute beauté, mais c'est le travail de Weeks qui forge cet album, et le rend incontournable. Du côté Elmer Fudd, le style correspond parfaitement à l'ambiance que King veut donner à son histoire, et le chara design des Tunes réimaginé, dans une tonalité réaliste, est également une réussite. L'auteur appuie son crayonné par un encrage et des aplats noirs avec une maîtrise qui rend le dessin immédiatement identifiable, avec une utilisation des angles de vue très cinématographique. Pour un polar, c'est plutôt idéal.


Mais la véritable claque, on la retrouve évidemment sur la première moitié du tome. Là aussi, les aplats, le crayonné, la place des personnages et les environnements, tout relève d'une application sans pareil, et les pages se tournent alors que s'enchaînent des plans, des postures qui explosent littéralement les rétines. On pourra accorder un certain crédit aux couleurs d'Elisabeth Breitweiser et de June Chung, qui embellissent les travaux de Leeks et Lark. D'une Catwoman bondissante à un Batman brisant une fenêtre, les moments d'exception sont légion, jusqu'à une splash page d'un baiser, à imprimer dans l'historique du Chevalier Noir. Le format agrandi des DC Deluxe (partagé par la collection DC Rebirth d'Urban Comics) permet de profiter de cette claque graphique à pleine dents, pour un album sur lequel on reviendra plusieurs fois après lecture.

On reconnaît la donc l'initiative éditoriale d'Urban pour mettre ces deux récits bout à bout, témoignant de l'excellence d'une équipe créative, le dessin de Lee Weeks épousant à merveille les idées et le script de Tom King ; deux numéros qui comptent encore à l'heure actuelle parmi ses meilleurs travaux. Certes, le tout reste rapide à lire et certains pourraient rechigner par rapport au prix de l'album - qui n'est pas non plus mirobolant. Mais publier l'un ou l'autre numéro en insert d'un autre tome n'aurait pas été leur rendre justice, et il faut bien distinguer l'argument qualitatif plutôt que quantitatif. Et sur le plan de la qualité, on est en haut de l'échelle.

On vous vante depuis une dizaine de mois la force de ce Batman Annual #2, qui trouve une très belle édition française misant sur la qualité des prestations du duo Tom King/Lee Weeks, pour ce qui est une sortie de Batman à ne pas manquer. Contre un faible nombre de pages, la puissance des histoires et la beauté du trait de Weeks sont des arguments imparables pour qui veut lire du bon Batman, du très bon Batman, du Batman qui restera à coup sûr dans les annales. Un immanquable, tout simplement.

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Arno Kikoo
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