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Preacher : Une troisième saison avant de plier bagages (?)

Preacher : Une troisième saison avant de plier bagages (?)

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On a aimé• Le segment Angelville
• Un trio d'acteurs toujours excellent (Joseph Gilgun en particulier)
• Des moments de génie
On a moins aimé• Et d'autres proprement ratés
• La gestion bordélique des sous-intrigues
• Le rythme, comme d'habitude
Notre note

Sur AMC, on retrouve deux adaptations de comics avec The Walking Dead et Preacher. Là où elles ont en commun quelques caractéristiques - leur gestion du rythme, une photographie jaunâtre et un amour pour les paysages rustiques ou baignés de soleil des Etats-Unis - l'adaptation de la série de Garth Ennis et Steve Dillon s'est souvent révélée plus créative que d'autres. Parfois absurde, souvent dans l'excès, Preacher est une série d'entre-deux, qui aurait tout pour être géniale si elle n'était pas si maladroite.

Difficile de lui en vouloir. D'autres auront essayé de proposer une adaptation plus fidèle de la série publiée par Vertigo, l'histoire d'un révérend taiseux et coriace parti botter le cul d'un seigneur absentéiste. La série d'HBO avait du potentiel, les versions long-métrages envisagées aussi, mais comme l'aura plusieurs fois rappelé Sam Caitlin, adapter fidèlement Preacher coûterait plus cher et demanderait plus de temps. A partir de là, lui, Seth Rogen et Evan Goldberg s'autorisent simplement une petite fan fiction


Cette troisième saison aborde le chapitre d'Angelville, l'enfance de Jesse et son éducation difficile par Jody et sa grand-mère. Le scénario entremêle ce segment des suites de ce qui a été posé dans la saison précédente : sa relation ambiguë au Grail, la quête de Dieu, l'évasion d'Arseface et d'Adolf Hitler des enfers, avec quelques petites nouveautés çà et là. L'ensemble devient vite bordélique quand la série cherche manifestement à gagner du temps pour que l'intrigue ne progresse pas trop vite - ou en décalé. 

C'est cependant le coeur de saison qui intéresse - pour une fois. La famille L'Angelle, ses traditions, ses vieux souvenirs et les rancoeurs personnelles de Jesse amènent enfin un peu de corps à ce personnage, qui évoluait surtout dans sa relation à Tulip jusque là. On retrouve de réels accents de sincérité dans cette partie Americana, sous le soleil de plomb du vieux Sud avec ses traditions, ses rancœurs raciales et tout son mythos de vieilles légendes sur la sorcellerie du bayou. Jesse est enfin un personnage fort et pas simplement le salaud égotique et monomaniaque de la seconde saison.

De leur côté, Tulip et Cassidy portent chacun leur petit segment, leur petite quête personnelle. Si le jeu plutôt brillant de Joseph Gilgun et le côté surprenant de ses aventures fonctionne au départ, on comprend assez vite que tout ça ne mènera pas à grand chose. Les conséquences de son arc narratif seront moindres, parce que la série ne sait simplement pas quoi faire de lui sur le moment - et donc, on l'occupe. Tulip évolue à un rythme comparable dans la seconde moitié de saison, avec l'horrible épisode du bus par exemple, mais surtout un réel gâchis sur le développement de cet héroïne qui démarrait avec force dans le premier épisode.


Du côté de la mise en scène, la série s'en sort toujours bien avec des moments de génie. Notamment sur les introductions, toujours promptes à installer une ambiance ou à chercher un effet de style inattendu qui fonctionne généralement, sauf sur la fin de saison où, encore une fois, le bordel ambiant peine à rendre les idées crédibles. Tout le passage de Jesse Custer chez le Grail a quelque chose de grotesque, de série B. La série n'arrive décidément pas à installer cette organisation, qui se résume généralement à trois ou quatre couillons alignés dans un couloir ou une pièce vide, là où ils seraient supposément la plus puissante organisation criminelle au monde.

Herr Starr reste une caution comique agréable, mais la majorité de ses scènes sont à l'image de la série : fauchées, maladroites, hésitantes. On ne sait plus vraiment s'il faut le considérer comme un méchant, un allié, un abruti. La vérité étant que quand l'arc d'Angelville et celui du Grail s'entrechoquent, cette adaptation d'ordinaire honnête met le doigt sur sa difficulté à fédérer : et donc, elle accélère. Cette saison est l'avant-dernière à n'en pas douter (pour peu qu'AMC choisisse déjà de la renouveler). 

De réels efforts sont faits à énormément d'endroits. On retrouve le briquet de Fuck Communism, l'ami imaginaire à la John Wayne de Jesse, une relation à Jody bien écrite et des scènes extraites stricto sensu de la BD. Mais entre tous ces moments de bravoures, la moindre scène avec Dieu ou Satan ressemble à un extrait mal filmé d'une parodie SNL, les bagarres sur fond musical (un gimmick sympa sur le papier) deviennent répétitives et de moins en moins jolies à regarder, et malgré toutes les bonnes intentions du monde, on se voit contraints de passer en accéléré lorsqu'on a compris que certains passages étaient juste là pour meubler le temps libre.


La troisième saison de Preacher est donc la plus réussie et la plus manquée. Jusqu'ici, la série ne semblait pas réellement comprendre la personnalité de son héros, mû par un simple désir de vengeance et que l'on interprète ici comme un homme à moitié bon et à moitié salaud, avec un arc sur son enfance rempli de bonnes idées. Les liaisons entre ces réussites, entre ces scènes bien filmées, des montages parfois brillants et des hommages aux comics jamais gratuits, sont hélas plus problématiques. N'avoir pas su gérer le Grail, abuser d'une sorte d'humour lourdingue (sur Hitler, par exemple) ou forcer des interactions saugrenues avec certains personnages pour cacher le fait que la série n'a simplement pas de réel supporting cast, tout ça plombe. Le rythme, la qualité et l'envie qu'on aurait de n'avoir qu'une saison parfaite en six épisodes, un gâchis réel qui demanderait à ce qu'un fan passe une nuit entière à tout remonter pour harmoniser l'ensemble. Dans le tas, la série reste assez originale et courageuse pour qu'on pardonne ces égarements - mais probablement pour la dernière fois. 

Corentin
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