Fantastic Four #52-53, 1966, Stan Lee & Jack Kirby
C'est au départ entre deux arcs des
Quatre Fantastiques qu'apparaissent les premières traces de culture wakandaise. Tout est déjà là : le
Black Panther est le régent et protecteur d'une nation jamais envahie, protégée par un mensonge de la convoitise des colons blancs. Le
Vibranium est déjà le métal le plus puissant existant à l'état naturel, le
Wakanda supérieur à ses voisins outre-Atlantique, et les origines du Roi
T'Challa déjà écrites telles que nous les connaissons.
Son père, T'Chaka a été assassiné par un dénommé Ulysses Klaw, premier nom de la rogue gallery du Panther inventé d'emblée par Lee comme le sempiternel leitmotiv de ses héros à l'origin story endeuillée. Le brave scénariste aura une énième fois vu juste, puisque Klaw reviendra en permanence à chacune des relances du personnages comme un avatar perpétuel de l'envie des colons et foreurs de sol de mettre la main sur le riche patrimoine wakandais.
Stan Lee écrit cependant T'Challa différemment de ce à quoi nous avons l'habitude - le personnage reprend explicitement le background esthétique des séries de pulp typées Jungle Adventures : une steppe africaine standard, où tentures et pailles remplacent la cité ultra-technologique que nous connaîtrons plus tard. De même, si le Black Panther aura toujours gardé un certain cérémonial rituel, il est ici une sorte de Predator qui invite les Fantastiques pour les affronter dans une vaste chasse à l'homme. Afin de se tester, voir s'il est prêt à endosser le costume et affronter Klaw - il vaincra chacun des héros en un contre un, sans parvenir à les défaire une fois rassemblés.
A noter, ces numéros sont enclavés dans un arc qui voit la série croiser le chemin des
Inhumans - inventés un an plus tôt. A conseiller pour le trait de
Kirby et l'aspect définitif de ces origines qui ne changeront, en définitive, jamais. Ce récit est d'ailleurs à retrouver dans l'anthologie
Je Suis Black Panther, récemment
éditée chez Panini Comics (et critiquée
par nos soins sur 9emeArt).
Jungle Action #6-24, Don McGregor, Rick Buckler, Klaus Janson Billy Graham, 1973
Si le passage de Don McGregor passerait pour anecdotique en comparaison de runs évoqués plus loin, son importance est cruciale : en 1973, cela fait sept années que le Black Panther a été créé, et on l'aura surtout vu oeuvrer aux Etats-Unis au milieu des titres Vengeurs, Fantastic Four ou Tales of Suspense. Le scénariste sera le premier à ramener T'Challa sur ses terres, et à semer les graines des récits-types de ce héros dont la mythologie reste encore à créer.
Ce sera dans les pages de Jungle Action, une série qui servait jusqu'alors à d'autres aventures de wildlands à la Tarzan, que le scénariste posera ses idées, accompagné de Rick Buckler ou Billy Graham aux dessins, et le non-négligeable Klaus Janson, encreur et dessinateur culte du run de Miller sur Daredevil. La comparaison n'est pas innocente, puisque, dans l'usage du style de l'époque, la gravité, l'intériorité et la cruauté de vilains pensés comme le reflet des héros à un moment où le comics se transforme pour devenir un medium sérieux et sombre, McGregor écrit ce que l'on pourrait considérer comme le Born Again du héros.
Comparatif qui vaut autant pour la qualité d'écriture, le dynamisme des dessins, mais surtout, l'aspect indispensable de ce run pour redéfinir un personnage que l'on ne pourra plus ensuite écrire comme avant. Crédité à l'invention de Killmonger, porté par un style dynamique et assez parfait pour les amateurs de ligne claire, c'est une lecture brillante pour les fans d'oldies ou de ce style Bronze Age où le comics commence enfin à se prendre au sérieux.
Black Panther vol.1 #1-#14, Jack Kirby, 1977
En 1975, Jack Kirby quitte DC Comics après y avoir créé les New Gods, les Forever People ou OMAC - autant dire que le king était dans un certain état d'esprit lorsqu'il retrouve, sur sa planche à dessins, le roi du Wakanda à qui il donnait vie une dizaine d'années plus tôt. Loin d'être dans les clous du run de McGregor, Kirby donne dans ce qu'il sait et connaît : la création mythologique, l'aventure rapide, faste, ample, des dialogues verbeux et une construction qui l'autorise à donner dans le fantasque de costumes et de paysages variés.
Plus esthétique que scénaristique, le passage de l'auteur/dessinateur se fait ici en roue libre, comme d'autre de ses travaux de l'époque. Kirby refuse d'être muselée une seconde ou troisième fois, et fait ce qui lui plaît quitte à paumer le lecteur en route dans ses pérégrination psychédéliques aux confins d'un Wakanda plus halluciné que jamais.
Il en ressortira assez peu de choses dans ce que le lecteur aime ou comprend des qualités classiques de
T'Challa - le héros est ici balotté par des intrigues complexes, qui vont vite et s'adressent bien plus aux amoureux du
Kirby en création totale. Loin d'être une pierre angulaire, et d'ailleurs assez peu d'auteurs se reserviront de cet héritage sur la suite. L'intérêt principal ? C'est magnifique, et si on ne retrouve pas la force des casques Asgardiens, la nation du
Wakanda inspire l'immense artiste - c'est déjà ça. Si le trip vous intéresse, c'est
à retrouver dans Black Panther : le monde va disparaître !, édité récemment sur nos vertes contrées.
17 Fevrier 2018
Kid_RoyBon dossier. Je vais aller voir ces numéros d'Aaron. Sinon, sous la plume d'Hickman, le personnage a eu quelques moments grandioses
17 Fevrier 2018
lucas cagePour ma part j ai repris le personnage Sur le run de Coates est c est un vrai régal franchement plus sa avance plus c est de qualité,pas lecture favorite actuellement Avec le Batman de King... j espère que l avenir le héros seras abonnés aux auteurs de talents( domage Que Aaron ne soit pas resté plus longtemps Sur le titre) ps: nostalgie avec McGregor l une de mes première lecture super héroïque... merci pour le guide
17 Fevrier 2018
The BatmanExcellent ! Merci pour le dossier.
17 Fevrier 2018
Arnaud LehueSuper dossier ! Merci à vous de vous être penché sur les nombreux runs du personnages et d'avoir parlé d'un maximum d'entre eux. C'est vrai qu'au final, le personnage a plutôt été gâté par ses séries solo assez soignées. Je suis loin d'avoir tout lu mais j'aime beaucoup le début de run de Priest (surtout le retour au Wakanda avec White Tiger et l'affrontement avec Killmonger qui s'ensuit, mais j'ai pas encore terminé le run, j'en suis rendu au début de l'histoire avec M'Baku) qui définit vraiment bien le perso pour le nouveau lecteur. Mieux que Hudlin qui a une narration très cinématographique, mais où Black Panther est plutôt absent de sa propre histoire dans le premier arc (j'ai pas encore lu la suite). Et j'adore les numéros initiaux de Black Panther dans les 4F, la séquence de chasse est magistrale (le coup de pied grand écart est mythique) mais c'est vrai que l'esthétique pulp du Wakanda a pris un coup de vieux dans son côté hyper tribal. Et j'aime bien le run de Coates aussi.