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REVIEW - Batman Annual #2, une conclusion exemplaire au run de Tom King sur le Chevalier Noir

REVIEW - Batman Annual #2, une conclusion exemplaire au run de Tom King sur le Chevalier Noir

ReviewDc Comics
On a aimé• L'écriture de Tom King
• Une fin de run avant l'heure
• Le travail sublime de Weeks et Lark
On a moins aimé• Rien ne reste dans le marbre
Notre note

A la lecture du titre vous vous serez peut-être étonné d'apprendre que Tom King a conclu son run sur Batman - et en vérité, il n'en est rien puisque l'auteur américain a encore beaucoup de numéros en prévision. Mais ce Batman Annual #2 permet déjà d'exposer sa vision sur le plus long terme possible de ce qui arrivera à son Chevalier Noir, et l'exécution est à la hauteur et la finesse d'un run qui ne cesse de gagner en qualité.

Dans une interview pas si vieille, Scott Snyder expliquait que chaque auteur passant sur le Batman a envie de se l'approprier et d'apporter à la fois sa pierre à l'édifice, mais aussi d'en donner une touche finale. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que ce dernier prépare un Last Knight avec Sean Murphy, qui découlera de l'idée apporter dans leur collaboration du Detective Comics #27, publié à l'occasion des 75 ans d'existence du personnage. On y découvrait un Bruce Wayne qui a créé une machine capable d'intégrer éternellement l'esprit et conscience de cet homme dans un corps nouveau, avec l'idée de faire perdurer éternellement Batman dans Gotham City, rendant le héros et le symbole littéralement immortel. Une idée qui exprime un choix et une conception du personnage - et si cette approche très SF vous rebute, alors peut-être que le choix de Tom King vous plaira.


Mais n'allons pas trop vite. Si vous regardez la couverture de ce Batman Annual #2, vous verrez que le personnage n'est pas seul, et que Catwoman est aussi présente. Car le récit va en réalité explorer la relation qui unit ses personnages, en repartant de leur toute première rencontre, jusqu'à un point final qui sert également, comme je l'ai dit auparavant, de conclusion au run de l'auteur. Il faut dire que Tom King a tissé régulièrement, et en s'entourant à chaque fois d'artistes talentueux, cette relation particulière, qui fait partie de l'essence du personnage. Bruce Wayne étant partagé entre ses sentiments pour Selina Kyle, et le besoin en tant que justicier d'arrêter une hors-la-loi qui n'hésite pas à franchir certaines lignes morales. 

On assiste alors à ce chassé-croisé, un jeu de chat et de (littéralement) souris qui repart au tout début, à la première rencontre entre Batman et Catwoman. Le rapport de force s'installe de suite, et on observe l'essence de la relation entre les deux futurs tourteraux au gré des lignes de King, qui démontre toujours de son savoir faire dans des dialogues qui se répondent, dans un processus cyclique qui participe à la patte du scénariste. Et permet d'ancrer les idées parfois les plus simples quand elles semblent curieusement difficiles à intégrer. Si Catwoman estime, par son petit jeu, aider Bruce à s'améliorer et à le faire se remettre en question dans son rôle de justicier tout puissant, leur relation va plus loin. Et qu'au delà de leurs alias en costumes, il y a ces personnes, bien humaines, qui ne sont là que pour s'aimer. Une représentation explicitée au cours d'une splash page magnifique de Lee Weeks - mais j'y reviendrai après.

Tom King embrasse ainsi complètement la dimension  humaine des personnages, et de leurs sentiments. Malgré les costumes, malgré les courses sur les toits, et c'est dans cette dimension humaine que son Batman parle alors à tout le monde. Et c'est qu'il faut parler de la seconde partie de ce numéro, projetée dans un futur plus ou moins lointain. Un futur qui pourrait toujours changer face à la moindre décision éditoriale de DC - mais ce n'est pas l'important. King exprime son idée et va  jusqu'au bout. Et si on insiste souvent sur le fait que Batman ne soit qu'un être comme nous tous, il ne trouve pas de conclusion plus humaine pour le personnage que celle proposée. Et l'idée, par dessus tout que si la figure de Bruce Wayne peut disparaître, l'amour qu'il porte à Selina lui succédera. Et ce n'est pas sans compter sur cette représentation d'un Bruce Wayne entouré, aux antipodes de l'image du type solitaire que certains aiment à lui donner.


Il est impossible de ne pas souligner le travail exemplaire de Lee Weeks, une nouvelle fois en parfait accord avec le script de King, alors qu'il s'était déjà illustré sur le one-shot Batman/Elmer Fudd, réappropriation réussie sous forme de polar d'un crossover entre les personnages DC et les Looney Tunes. L'artiste apporte là tout son savoir faire, que ce soit dans la composition de ses planches, la maîtrise de l'encrage qui apporte l'ambiance et l'intensité qu'il faut aux dessins. Et quelques passages qui laissent simplement sans voix. On lui trouve à côté Michael Lark qui apporte une contribution plus simple, peut-être, mais tout autant efficace. En réponse aux cabrioles en costumes, Lark a le droit à des scènes plus posées, ou les émotions transparaissent au plus fort de son trait, véhiculant un véritable climax émotionnel au lecteur au fur et à mesure que les dernières pages se tournent. Des travaux sublimés respectivement par les couleurs d'Elizabeth Breitweiser et June Chung qu'il serait criminels de ne pas évoquer tant elles participent à cette réussite artistique. 

En définitive, et c'est peut-être le plus imporant, Batman Annual #2 vient également statuer une vérité : alors qu'on reproche aux comics mainstream de se répéter inlassablement, il est bon de voir que le genre a encore clairement de quoi se défendre si tant est que les bonnes personnes soient présentes aux commandes. Et que même l'idée la plus simple peut trouver résonnance quand l'exécution suit le parcours que l'auteur lui a adressée. On pourait trouver quelque chose à redire sur le fait, qu'une fois encore, c'est ce Batman omniprésent qui soit mis en avant alors que tant d'autres personnages existent chez DC. Mais si Batman arrive encore à tant charmer aujourd'hui, ce n'est pas non plus sans raison. Sorry, not sorry.

S'il y avait encore besoin de le prouver après ses passages réussis sur Vision, Sheriff of Babylon ou Mister Miracle, Tom King prouve également, et depuis pas mal de temps, de son talent en tant qu'auteur sur Batman. Ce second Annual permet d'élaborer au maximum la relation qu'il a commencée à décrire depuis le diptyque Batman #15-16, en allant au bout de son idée et en proposant, déjà, la conclusion de son run sur le Chevalier Noir. Bien sûr, rien n'est immuable et cette proposition peut n'en être qu'une parmi des milliers (Tom King en est d'ailleurs conscient) - mais à l'heure d'aujourd'hui, le travail conjoint de King, Weeks et Lark fait de ce numéro l'une des meilleures lectures sur le Chevalier Noir parmi les nombreuses que 2017 vous aura proposées.

Arno Kikoo
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