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Runaways : série sympa, mauvaise adaptation ?

Runaways : série sympa, mauvaise adaptation ?

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On a aimé• Les Runaways assez proches de leur version papier
• Il y a vraiment Old Lace
• Esthétiquement sympathique
On a moins aimé• Beaucoup trop de longueurs
• Baisse de qualité dès le second épisode
• Les sous-intrigues sur les parents
Notre note

Les séries super-héroïques se suivent et ne se ressemblent pas. Enfin, si, elles se ressemblent pas mal, mais dans le bal des adaptations proposées, certaines ont réussi à sortir du lot, et comme Runaways nous parle de personnages à pouvoirs typés "mutants", on préférera vous conseiller Legion face à l'horrible Inhumans ou la passable The Gifted. La nouvelle série diffusée sur Hulu a fait son démarrage sur trois épisodes d'un coup, ce qui permet de voir jusqu'où une série acceptable peut se heurter aux limites de l'adaptation du comicbook de Brian K. Vaughan et Adrian Alphona.

Un démarrage prometteur

Avec son générique sur fond de synthwave, Runaways a envie de s'attirer la sympathie du public. Et le démarrage est d'ailleurs plutôt convaincant. Le premier épisode se contente de reprendre grosso modo le premier numéro du comicbook sorti en 2003. On nous présente la bande d'adolescents qui seront nos héroïnes et héros, avec une certaine fidélité visuelle dans l'apparence, mais aussi dans la caractérisation. Bien que, format tv oblige, il faille étendre ce qui était développé en quelques phrases par Vaughan pour développer des personnages auxquels on puisse s'identifier. Le contexte adolescent étant ce qu'il est, et notamment sa représentation aux US, on n'évitera pas une certaine abondance de stéréotypes pour chacun, parfois habilement travaillés, parfois un peu lourds avec des lignes de dialogues assez paresseuses.

 

Certaines décisions sont également prises, on suppose, pour des questions de simplicité - le fait que Gert et Molly soient soeurs (l'une adoptive), mais le plus gênant tient peut-être de l'ajout d'un élément dramatique qui remet en cause la liaison entre tous les personnages. Dans Runaways sur papier, les jeunes ados se retrouvent chaque année à cause de la réunion de leurs parents ; ici, les personnages ont été amis, mais la disparition de l'un d'entre eux les a perdus. Un ressort dramatique qui empêche les personnages d'évoluer de concert dès le départ, mais ce ne sera pas la pire des longueurs que ce démarrage proposera. 

Si le coeur de cible de Runaways est visiblement adolescent, la série aborde quelques thématiques plutôt sérieuses concernant cette période de la vie (la sexualité, l'alcool, les envies de rébellion, les agressions sexuelles). Et malgré une certaine timidité, on appréciera les quelques envolées propres au comicbook (l'apparition des pouvoirs de certains, la très brève apparition d'Old Lace, le Twister ou encore l'utilisation détournée du Gibborim). Mais ces quelques moments, distillés tout au long de trois heures, mettent en exergue les défauts du show. Premièrement, Runaways prend trop de temps pour ce qu'elle veut raconter, mais c'est surtout ce à quoi est consacré le temps qui fera grogner.

On a les droits d'adaptation, mais on sait pas quoi raconter

En effet, une fois passé le premier épisode, assez prometteur, Runaways va consacrer énormément de scènes à développer des sous-intrigues et des scènettes aux parents des jeunes héros en devenir. Et c'est passer à côté de son sujet pour une série comme celle-là. Normalement les parents servent de leitmotiv aux Runaways pour leur rébellion, leur parcours, et permet d'illustrer littéralement cette idée de conflit générationnel. Dans la série Hulu, on doit se taper leurs états d'âme (parce qu'ils ne sont pas si méchants, dans le fond), leurs manigances personnelles et pire, des passages de leur vie complètement hors propos. Comme cette scène où les parents de Nico mangent des sushis pour raviver leur vie sexuelle (je ne plaisante pas).


Ce qui est dommage, c'est que certains des parents ont droit à une bonne caractérisation, et ne sont pas désagréables à suivre (le couple Yorkes, parents de Gert et Molly, assez savoureux dans leur rôle de hipsters). Mais en se concentrant tellement sur eux, Runaways passe à côté de son propos, et c'est d'autant plus dommageable qu'avec Brian K. Vaughan, on aurait pu croire que ce dernier aurait pu leur dire à un moment, "les mecs, je crois que vous avez pas compris de quoi ma série parlait". En résulte, en plus d'un rythme longuet, une impression assez interminable d'avoir des bouts d'histoires complètement à côté de la plaque, comme si la production avait peur qu'en se concentrant uniquement sur les adolescents, le public adulte ne s'y retrouverait pas. 

On peut donc relancer le débat sur la notion d'adaptation. De l'intérêt d'apposer le titre Runaways (et donc : l'attrait d'avoir le petit logo Marvel) si c'est pour en proposer une seule petite partie. Si d'avoir un look relativement fidèle et quelques scènes directement reprise du comicbook suffit pour que le fan de comics soit contenté. De la question du juste milieu entre le respect de l'oeuvre originale et ce qu'on en fait pour un autre support, dans l'espoir de s'attirer un public plus large. Mais Runaways version papier a un ton à la fois jeune, fun, qui n'aurait pas tant besoin de sacrifices pour parler au plus grand nombre à la TV. Mais ça, chez Hulu, il y en a qui ne l'ont visiblement pas compris. Runaways échoue alors à être une bonne adaptation sensu stricto malgré quelques bonnes idées, tout en restant assez plaisante à regarder. C'était si difficile de cumuler les deux ?

Runaways démarre bien, et de façon très encourageant sur son tout premier épisode. Avec les modifications inévitables, les personnages adolescents ont clairement quelque chose à voir avec le comicbook d'origine, et quelques scènes et la présence d'Old Lace laissaient espérer à une série prometteuse. Mais avec son rythme lent et le choix incompréhensible de mettre tellement en avant les adultes, la série Hulu passe une grosse partie de son temps à côté de son sujet, et c'est ce qui est le plus dommageable. Reste une réal et une bande-son sympathique qui devrait satisfaire le plus grand nombre. Espérons que les dix prochains épisodes réussissent à se rattraper.

Arno Kikoo
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