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Doomsday Clock : Pourquoi l'industrie ne peut s'empêcher de piller Alan Moore ?

Doomsday Clock : Pourquoi l'industrie ne peut s'empêcher de piller Alan Moore ?

DossierDc Comics

Après un long feuilleton de publications séparées, les choses, enfin, se font. La foule est en délire, le monde retient son souffle, la Terre tremble - bref, Doomsday Clock vient terminer un chantier de longue haleine dans la conception de Watchmen et de DC Comics. Un chantier de continuité, et aussi de dépossession. 

Cette partie là aura étonnamment moins fait réagir un lectorat prompt à se hyper sur une promesse, tandis qu'Alan Moore ajoutait dans un épais cahier de notes une utilisation abusive de son travail de plus, pour se souvenir du nombre de fois où il aura plus tard à se retourner dans sa future tombe.
 
Puisque si Doomsday Clock vient confirmer que Watchmen faisait bien partie des titres en canon de la gamme DC, on n'a évidemment pas pensé à demander son avis à l'auteur original - évidemment, vu que la réponse allait de soi. On a donc mis de côté le sage barbu de Northampton, rangé dans une retraite à l'ombre du monde souvent financier des éditeurs mainstream, qui se cantonne à un discours inchangé depuis quinze ans : "je n'ai rien vu, rien entendu, foutez moi la paix".
 
La question que Moore pose dans sa retraite bougonne et sa campagne britannique, est cependant monstrueuse d'actualité. A différents niveaux de la culture moderne, l'idée d'auteur est de plus en plus séparée du processus créatif - généralement, et ce n'est pas Justice League qui apportera un contre-exemple aujourd'hui, les projets sont le fruit de décideurs zélés pour des actionnaires plus ou moins compréhensifs. 

Ce qui aura jadis été un travail bien fait aura consisté à savoir faire la part des choses entre l'artistique et le pognon, conception qui semble aller de moins en moins bien dans le cinéma, et, apparemment, aussi en comics (si Marvel Legacy passe par là, on est pas contents, mec. Du tout). Mais n'allons pas trop vite.

1. The Miracle Man
Chapitre 1

The Miracle Man

L'influence, le talent, le nom seul d'Alan Moore, aura été pour les maisons d'éditions un label qualité intemporel, encore vivace aujourd'hui. C'est avec la confiance de Karen Berger que le scénariste quitte son Angleterre natale, dans un splendide partenariat avec l'éditrice, qui fera de Swamp Thing un personnage fascinant et pavera le chemin aux futurs architectes de l'imprint VertigoNeil GaimanJamie DelanoGrant Morrison ou Peter Milligan.

Avant de réaliser The Killing Joke, il propose à DC un scénario pensé comme une déconstruction supplémentaire du super-héros. L'éditeur vient alors de racheter Charlton Comics, une société en dépôt de bilan qui avait vu naître les créations de Steve Ditko : The QuestionNight Shade, etc. Ce seront ces personnages qui auraient dû au départ jouer la grande comédie écrite de Moore sur la guerre et la nature humaine, Watchmen.
 
On lui répond à l'époque que son histoire est bonne, mais qu'il serait impossible d'utiliser les personnages par la suite. DC sépare donc de lui-même, ironie du sort, tout lien de canonicité avec le scénario de l'auteur, qui devra inventer le ComédienRorschach et les autres pour la postérité, en s'autorisant du coup une métaphore plus vaste qui va aussi chercher l'influence de personnages comme Batman ou Superman
 

 
A la sortie de WatchmenDC n'accorde à Moore et Gibbons qu'une part de 2% sur les ventes - score risible, auquel l'éditeur retire aussi les droits des produits dérivés. C'en est alors trop, et s'engage une grogne chez l'auteur qui l'éloignera graduellement du monde des super-héros. 
 
Il tente d'abord de profiter de l'élan d'indépencance suscité par la première génération Image Comics pour monter America's Best Comics sous la bannière de WildStorm. Très vite, cette société est à son tour rachetée par DC, et les créations de Moore avec. L'auteur perd entre autres les droits de sa Ligue des Gentlemen Extraordinaires, qui sera adaptée contre son avis en un film idiot et loin de sa complexité d'origine.
 
Ce n'est alors que le début : suivent V for Vendetta et Watchmen, deux oeuvres à l'impact culturel fort, au point que l'on aura parlé cette année d'un reboot de l'un comme de l'autre en télévision. A l'ombre de Swamp Thing 2 ou From HellMoore rompt tout lien avec les Big Two longtemps avant Before Watchmen, un autre colossal abus, et demande à ce que son nom ne figure plus, nulle part, sur aucune édition collectée. Il refuse en outre les royalties nées de films qu'il refuse aussi d'aller voir.
 

 
C'est tout penaud que Grant Morrison lui rendra hommage en utilisant les héros Charton pour réécrire une partie de l'histoire de Watchmen dans son Multiversity. On se demande aujourd'hui si l'intention était de montrer que la série aurait très bien pu être en canon directement, en jouant sur l'idée des Terres parallèles (celle-ci se déroule en 1985, donc avant ou pendant Crisis), ou si l'idée était justement de donner une soupape à Dan DiDio pour lui laisser faire une dernière fois les poches aux créations de Moore sous un angle plus honnête.
 
Puisqu'il y a la conscience de l'argent, et il y a cette notion qui s'est apparement perdue en chemin, l'éthique, ou le respect des auteurs qui sont ceux qui créent ce que l'éditeur se charge ensuite de vendre. Puisque sans sonner l'alarme, le parcours de cet auteur en particulier illustre assez bien la difficulté de garder la main sur son propre travail, dès l'instant où le propriétaire légal y voit une piste à monétiser.
 
Et là où on peut très bien s'autoriser à trouver tout un tas de qualité dans DC Comics dernièrement, force est de le dire, cette partie là leur échappe encore comme à nombre de leurs collègues dans l'industrie. 
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2. For the Men who have Everything
Chapitre 2

For the Men who have Everything

La réaction qui aura été le plus entendue au moment de l'annonce aura sans doute été "attendons de juger, rien ne dit que ce sera forcément mauvais." Evidemment, et pour le moment, tout semble en effet bien se présenter. Mais la question n'est pas là, ou pas seulement : il s'agit moins de savoir ce que vaut fondamentalement le récit de Geoff Johns publié cette semaine, et plus de se demander où se place le père original de l'oeuvre dans ce grand échiquier d'éditeurs.

Depuis quelques années maintenant, le paysage culturel peine à se renouveler. Les décideurs auront vite compris qu'il ne suffisait que de mettre un "2" à la fin du titre pour profiter d'un aura différent. Une simple mention qui aura ensuite couvert tout un champ lexical de termes barbares : reboot, soft-reboot, legacyquel, prequel, sequel, selective sequel ou creative sequel. Dans les comics on parle de relaunch, et l'idée est à peu près la même puisque chaque personnage en soi représente une franchise. 

Dans cette vague de reconstruction créative, on aura parfois eu droit à de très bonnes choses. Mais, au fil du temps, se seront dessinés les contours d'une culture qui n'invente plus. Il est même moins important de savoir si l'oeuvre peut vraiment être comprise comme une suite, utile ou non. Prenons le cinéma : Jumanji en est un exemple, associé à un nom connu pour une génération de consommateurs, mais c'est à peu près le seul lien de cette relance avec le film original.

A différents degrés, on peut enfoncer l'immense porte que les décideurs ont laissée ouverte pour nous. "Plutôt que de financer l'idée innovante de demain...", etc, un couplet qui aura été répété encore et encore. Le cinéma aura emboîté le pas aux comics pour reproduire une industrie qui éloigne l'auteur du procédé. La simple idée des suites à la chaîne est calquée sur les ongoings de BD : continuer à exploiter un concept, un personnage, un univers, tant que ça vend. Une fois que ça ne vend plus, on peut la tuer, ou l'adapter en télévision. Quitte à ce que l'oeuvre elle-même échappe à son créateur initial, parce qu'elle sera devenue plus grosse seule.

Si on prend le cas de Watchmen, les personnages n'obéissent pas aux mêmes règles que des héros mainstream. Les héros de Moore sont tous différentes facettes d'une histoire globale, qui parle de plein de choses, mais est construite comme une oeuvre avec début, milieu, et fin. C'est pour ça que tout le monde, y compris les auteurs, ne savaient pas trop quoi faire de Before Watchmen : d'accord, on peut imaginer un passé à ces héros. Mais ce ne sont pas ces héros qui sont intéressants, c'est l'histoire qu'ils racontent. Et cette histoire, et bien, elle est finie.

Il ne suffit alors pas que la qualité soit là pour tout pardonner. Si demain, on apprend l'existence d'un Retour Vers le Futur 4, on se demandera moins si le projet a des chances d'être valable ou non, et plus si la mort de Robert Zemeckis n'était pas le dernier rempart qui empêchait les studios de s'y mettre. 


Statistiquement, les bons comics sont minoritaires et les bons films sont cent fois moins nombreux que les mauvais. Une majorité de séries publiées tous les mois par Marvel ou DC est moins bonne que la minorité de bons titres. C'est une constante des industries créatives qui ne date pas d'hier mais devrait aussi nous faire réfléchir sur la capacité des suites apocryphes aux chefs d’œuvres à égaler ceux dont ils prétendent prendre la suite. 

Regardez Jurassic World. Regardez Ghostbusters. Et cessez de me pointer du doigt Blade Runner et WestWorld, les contre-exemples ne manquent pas, mais sont encore trop peu nombreux. Cette vague de recyclage au tout venant aura donné plus de mauvais que de bon.

Le cas d'école Justice League, dont on vous a amplement parlé la semaine dernière, est  un autre problème qui révèle d'une même situation. Peut-être que les studios pensaient obtenir un meilleur film en arrachant sa caméra à Zack Snyder, pour la confier à un autre qui comprendrait mieux les enjeux modernes du cinéma, selon eux. En définitive, il en ressort toutes les tares de ce monde où le créateur se voit privé de la paternité de son oeuvre, voire de son univers, et personne n'est content.

Le marché tourne sur ces deux idées, assainir et applanir les idées, et sur-produire sur l'idée de franchises. D'années en années, le paysage culturel ressemble de plus en plus à un salon consuming où les marques ont pris le pas sur l'art et les auteurs. Les marques ne sont pas l'affaire des auteurs d'ailleurs, les marques sont l'affaire des vendeurs, des financiers. Fort heureusement, des créations originales sortent encore régulièrement, mais celles-ci évoluent à l'ombre d'une part gargantuesque prise dans les ventes, dans l'attention générale du public et des médias traditionnels, par les grosses machines. 

L'auteur peut proposer un nouveau concept, un autre univers sur lequel capitaliser, mais chaque studio détient son parc de licences qu'il est important de surtout, surtout ne pas laisser mourir. Sous ce respirateur artificiel dont on espère tirer un dernier souffle de rentabilité, on tire sur la corde des écrits de Rowling ou Tolkien, et on cavale après Marvel Studios pour épouser la formule de l'univers partagé quand on a même pas pensé à poser la base de films solo. Sans parler des cas Alien ou Terminator


Si la métaphore vous paraît se borner au monde du cinéma, jetez un oeil à la longévité qu'additionnent des super-héros aussi anciens que Batman ou Superman. Trop connus, trop importants pour disparaître, ils sont systématiquement ramenés sur le devant de la scène. Tous deux ont même vaincu la mort (scénaristique), et n'ont cessé de changer depuis l'époque où Siegel et Shuster attaquaient une première fois DC en justice, pour avoir eux aussi été privés de leur héros. Legacy ou Rebirth ne sont que les exemples récents de ce besoin de ramener les noms que tout le monde connaît, plutôt que d'encourager les auteurs à penser à ce que sera la suite.

Le monde des comics aura même réagi plus fort que les autres : on l'a vu pendant toutes ces dernières années, nombreux auront été les auteurs à quitter le mainstream pour partir donner vie à leurs propres titres chez Image Comics. L'éditeur se présente pour eux comme la cure de guérison d'un ensemble sclérosé, où seul Vertigo et quelques petites maisons arrivaient à rivaliser avec la dominance des géants. Alan Moore aura lui-même été à son époque à l'avant-front de cette grogne générale, parti comme d'autres devant les limites du salariat.

Des cas comme celui de Mark Millar sont tout aussi fascinants : un auteur qui aura fait beaucoup pour l'esprit et le style de Marvel au cinéma, mais, parce qu'il n'était que le petit comic book guy, n'aura jamais été considéré comme un architecte. Son besoin d'indépendance créative et financière l'aura mené à lancer le Millarworld, société qui devra bientôt devenir l'argument de Netflix pour rivaliser avec Marvel Studios. Peut-être que partir n'était pas une si mauvaise idée.

Ils sont nombreux dans ce cas, mais tous n'ont pas un Watchmen dans leur manche, et en définitive à l'ombre des tics modernes du système, on peut se demander si Doomsday Clock n'est pas qu'une goute inoffensive dans un gigantesque océan. 

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3. Nothing Ever Ends
Chapitre 3

Nothing Ever Ends

Revenons au sujet : rappelez vous de Before Watchmen. Lorsque Moore parle de cette étrange idée, survenue pour les vingt-cinq ans de son oeuvre, il explique que le projet est absurde au-delà même de l'affect. Dès l'origine, son récit était pensé au milieu d'un millier de niveaux de lectures, pour tuer le super-héros. Le déconstruire, prouver son inutilité face au monde politique et aux idéologies modernes. 

Avoir échoué à empêcher Adrian Veidt de sauver le monde aura été "le seul triomphe de Rorschach et du Hibou". Quant au Dr Manhattan, il n'aura simplement pas su comprendre l'Homme. Watchmen déplace le personnage costumé, il l'amène sur le terrain de la fausse piste. Tellement obsédé par ses gimmicks de l'enquête, du super-vilain et de l'affrontement de fin de récit qu'il sera passé à côté de la vérité des intentions, du véritable plan d'ensemble et de sa résolution. Sans parler d'une fin volontairement ouverte, qui laisser à chaque lecteur le soin d'imaginer sa propre suite.

Donc, intégrer Watchmen au DC moderne n'a pas de sens de fait. Ce qui ne veut pas dire que l'histoire ne sera pas bien écrite ou bien faite - encore une fois, l'idée que DC se remette à un éditorial d'ampleur est une très bonne nouvelle. Mais imaginez que les lecteurs de demain pensent en se plongeant dans Watchmen tenir entre les mains l'origin story officielle de l'univers DC, qui ne se privera sans doute pas d'une édition collectée avec Doomsday Clock d'ici une ou deux décennies. Cette vision du futur que ne renierait pas Manhattan me paraît, à titre personnel, préoccupante.


En 2017, on aura beaucoup parlé d'Alan Moore, revenu en librairie avec son nouveau roman, Jerusalem, et par le prisme de cette récupération. L'auteur aura annoncé sa retraite définitive du medium séquentiel, tandis que l'industrie reprend son travail en BD, mais aussi dans deux projets de télévision - en l'occurrence, le fandom ne se prive pas pour dire qu'il n'en veut pas. 

On se demande ce qui aura changé entre les lecteurs d'hier et ceux d'aujourd'hui. Peut-être que tout le monde n'attendait qu'une bonne histoire, qui relancerait une dynamique éditoriale généreuse et que Watchmen était la franchise susceptible de mettre un coup de projecteur nécessaire au projet. Reste que toute l'opération aura été la fin d'un long chemin qu'on peut comprendre comme un des plus grands gâchis de notre industrie.

Puisqu'au delà du statut d'auteur sanctifié, que le monde moderne tend à remettre en question,Alan Moore aura fait beaucoup. Vertigo, le Dark Age, Oracle, la révolution de l'industrie et du marché du trade en librairie, le roman graphique et l'attraction d'un autre lectorat, plus adulte ou plus lettré, qui aura permis aux comics de sortir de l'ombre. En fait, on aurait envie d'imaginer ce qu'il aurait pu continuer à apporter chez DC Comics si la société l'avait mieux traité à l'époque.


Maintenant, pour répondre à la question "qu'est ce que ça peut faire du moment que l'histoire est bonne ?", on peut déjà répondre qu'on attend forcément plus qu'une bonne petite histoire quand on évoque le nom de Watchmen. Ce n'est pas par hasard que l'éditeur table dessus pour vendre un relaunch entier, et il est difficile d'imaginer que qui que ce soit arrive à atteindre la qualité de l'auteur original de toutes façons. Ensuite, on en revient à Multiversity : Pax Americana, ou aux héros Charlton eux-mêmes dont s'inspirait le récit : il y avait le moyen de faire une bonne histoire sans dénaturer le récit. 

En définitive, le cas d'école que rerésente Doomsday Clock est surtout le signe d'une grosse fatigue dans l'industrie. Après avoir maladroitement tenté de capitaliser sur le cinéma, ou de ramener des nouveaux lecteurs par la voie d'histoires plus accessibles et renumérotées, DC comme Marvel doivent constamment chercher un moyen de réinventer la machine, de façon périodique. 

La rustine collée ici par Johns à son besoin de DC Rebirth est un coup marketing comme un autre. Si le Ronin de Frank Miller avait eu le succès de Watchmen, c'est cette histoire là qu'on aurait intégrée de gré ou de force au canon. Ou alors V pour Vendetta, et peu importe la logique attenante. 

Finalement, le seul mérite de DC Comics aura été de ne pas réussir à écoeurer le génie du medium bande-dessinée. Comme son Dr Manhattan, Moore sera parti donner vie dans d'autres univers - et quelque part, ce sont au travers de ses travaux d'après où se sera exilé l'esprit du grand bonhomme bleu, formidable utopiste de la création parfois écoeuré devant certains travers de la nature humaine. 

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Chapitre 1

The Miracle Man

L'influence, le talent, le nom seul d'Alan Moore, aura été pour les maisons d'éditions un label qualité intemporel, encore vivace aujourd'hui. C'est avec la confiance de Karen Berger que le scénariste quitte son Angleterre natale, dans un splendide partenariat avec l'éditrice, qui fera de Swamp Thing un personnage fascinant et pavera le chemin aux futurs architectes de l'imprint VertigoNeil GaimanJamie DelanoGrant Morrison ou Peter Milligan.

Avant de réaliser The Killing Joke, il propose à DC un scénario pensé comme une déconstruction supplémentaire du super-héros. L'éditeur vient alors de racheter Charlton Comics, une société en dépôt de bilan qui avait vu naître les créations de Steve Ditko : The QuestionNight Shade, etc. Ce seront ces personnages qui auraient dû au départ jouer la grande comédie écrite de Moore sur la guerre et la nature humaine, Watchmen.
 
On lui répond à l'époque que son histoire est bonne, mais qu'il serait impossible d'utiliser les personnages par la suite. DC sépare donc de lui-même, ironie du sort, tout lien de canonicité avec le scénario de l'auteur, qui devra inventer le ComédienRorschach et les autres pour la postérité, en s'autorisant du coup une métaphore plus vaste qui va aussi chercher l'influence de personnages comme Batman ou Superman
 

 
A la sortie de WatchmenDC n'accorde à Moore et Gibbons qu'une part de 2% sur les ventes - score risible, auquel l'éditeur retire aussi les droits des produits dérivés. C'en est alors trop, et s'engage une grogne chez l'auteur qui l'éloignera graduellement du monde des super-héros. 
 
Il tente d'abord de profiter de l'élan d'indépencance suscité par la première génération Image Comics pour monter America's Best Comics sous la bannière de WildStorm. Très vite, cette société est à son tour rachetée par DC, et les créations de Moore avec. L'auteur perd entre autres les droits de sa Ligue des Gentlemen Extraordinaires, qui sera adaptée contre son avis en un film idiot et loin de sa complexité d'origine.
 
Ce n'est alors que le début : suivent V for Vendetta et Watchmen, deux oeuvres à l'impact culturel fort, au point que l'on aura parlé cette année d'un reboot de l'un comme de l'autre en télévision. A l'ombre de Swamp Thing 2 ou From HellMoore rompt tout lien avec les Big Two longtemps avant Before Watchmen, un autre colossal abus, et demande à ce que son nom ne figure plus, nulle part, sur aucune édition collectée. Il refuse en outre les royalties nées de films qu'il refuse aussi d'aller voir.
 

 
C'est tout penaud que Grant Morrison lui rendra hommage en utilisant les héros Charton pour réécrire une partie de l'histoire de Watchmen dans son Multiversity. On se demande aujourd'hui si l'intention était de montrer que la série aurait très bien pu être en canon directement, en jouant sur l'idée des Terres parallèles (celle-ci se déroule en 1985, donc avant ou pendant Crisis), ou si l'idée était justement de donner une soupape à Dan DiDio pour lui laisser faire une dernière fois les poches aux créations de Moore sous un angle plus honnête.
 
Puisqu'il y a la conscience de l'argent, et il y a cette notion qui s'est apparement perdue en chemin, l'éthique, ou le respect des auteurs qui sont ceux qui créent ce que l'éditeur se charge ensuite de vendre. Puisque sans sonner l'alarme, le parcours de cet auteur en particulier illustre assez bien la difficulté de garder la main sur son propre travail, dès l'instant où le propriétaire légal y voit une piste à monétiser.
 
Et là où on peut très bien s'autoriser à trouver tout un tas de qualité dans DC Comics dernièrement, force est de le dire, cette partie là leur échappe encore comme à nombre de leurs collègues dans l'industrie. 
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Corentin
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