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Sherlock Frankenstein and the Legion of Evil #1, la review

Sherlock Frankenstein and the Legion of Evil #1, la review

ReviewIndé
On a aimé• Comment dire. C'est très beau.
• Fourmillement de références partout
• Un complément utile à Blackhammer
• Jeff Lemire
On a moins aimé• Un ton différent de la série principale (mais tant mieux)
• S'attendre à une générosité visuelle qui surcharge parfois
Notre note

Avec Blackhammer, le surchargé de projets et de talent Jeff Lemire faisait ce que beaucoup ont fait avant lui : transcender le genre du super-héros. On peut remonter à Watchmen pour décrire le concept, prendre la continuité, les comics tel que l'Histoire les connaît, temps forts et temps faibles, archétypes et stéréotypes, et tout déconstruire depuis le point de départ. 


 
Si Morrison est sans doute l'auteur le plus connu dans la catégorie, l'écriture ciselée et dépressive de Lemire a amené chez Dark Horse une série exceptionnelle, qui s'enrichit cette semaine d'un spin-off (on peut même parler de série-compagnon), avec David Rubin en remplaçant de l'inexplicable Dean Ormston, qui officie sur le titre principal avec un coup de crayon stellaire. 
 
Rubin n'est pas en reste, et le premier constat à dresser de ce premier numéro est sans appel : c'est très beau. En choisissant de situer le récit sur Spiral City, monde d'origine des héros costumés, la direction prise est celle du fantasque. On embrasse le postulat d'une cité de BD, loin des champs de blés ocres et des ambiances descendues du foyer d'accueil de cette autre Justice League que sont les personnages de Blackhammer aujourd'hui. Rubin assume tous les postes (y compris le lettrage), et se fait plaisir un peu partout. 


 
Les découpages sont inventifs et généreux, le dessinateur puise dans un style de BD à l'Européenne coincé entre du Paul Pope cartoony et du Label 619 américanisé, on place des références aux têtes connues du comics partout, et les phylactères envahissent l'espace en contraste net des étendues contemplatives de ce bon Ormston. En bref, si le rendu est effectivement superbe, Lemire a manifestement laissé son collaborateur se faire plaisir, et proposer un ensemble foutraque qui fuse, quitte à dérouter.
 
Mais, encore une fois, la série assume. Avec Blackhammer, Lemire aurait pu choisir la facilité et proposer une série de spin-offs faciles, sur les origines de ses héros un par un. Le gimmick aurait été génial, mais trop proche d'un Multiversity ou des numéros spéciaux de Planetary pour avoir la saveur d'être original. A la place, ce Sherlock Frankenstein détourne le principe et se révèle davantage une série complémentaire, où on suit le point de vue de Spiral City et un background plus général sur l'origine des personnages. 

Le scénariste construit ainsi son antagoniste comme un autre témoin de la périodicité du medium : d'abord, personnage inspiré de l'imaginaire gothique pour représenter les vilains inquiétants du pulp, puis savant fou aux inventions extravagantes signifiant le Silver Age, et, à l'image de ce bon Lex Luthor, business man brumeux apprécié du public et agissant derrière le rideau pour détruire les héros du public (le comparo' fait régulièrement entre Luthor et Thaddeus Sivana, antagoniste de Shazam et inspiration principale de ce Sherlock a d'ailleurs été un débat régulier chez les lecteurs pour savoir lequel avait inspiré l'autre).
 



C'est donc à travers les yeux de la fille de Joe Weber, connu sous son identité masquée de Blackhammer qui disparaîtra avant le début de la série, que se découvre cet autre monde qu'est Spiral. La parodie de Gotham, Fawcett City ou Metropolis est assez géniale dans le million de détails proposés par le scénario, et l'absurdité d'un monde qui semble s'être habitué à toutes les bizarreries d'une continuité comics. 

Construit comme une enquête, le récit profitera vraisemblablement des différentes rencontres de Lucy Weber, qui remonte la piste du savant avec la ténacité du journaliste de Citizen Kane. Ce qui sera utile à la série principale, quoi qu'on puisse en interroger la teneur canonique (en gros, si vous préférez le calme plat et l'aspect morose de la vie de fermiers des héros de la série, le ton donné ici est mâtiné d'un ensemble bariolé qui pourrait moins vous plaire).
 
En dehors de ça, une autre très bonne découverte de Jeff Lemire, peut-être encore un peu introductif mais qui laisse à voir tout l'univers pensé par l'auteur, un complément hautement pertinent à l'esprit d'héritage que les comics des Big Two portent actuellement. Conçu pour les fans de ce genre de récits-hommage à la riche histoire du medium, et avec des planches proprement somptueuses. Voilà tout.

 

Sherlock Frankenstein and the Legion of Evil #1, un point de focale mis sur les vilains de Spiral City, l'autre monde de Blackhammer et son aspect plus centré sur la parodie que l'hommage et la dépression de ces super-héros reconvertis en famille "normale" aux Etats-Unis. Ce premier numéro, très bon dans l'ensemble, se présente comme un complément utile où Jeff lemire explore un autre point de vue sur son oeuvre (indispensable) et s'entoure d'un artiste diablement talentueux. On conseille, au cas où ce n'était pas précisé plus haut.

Corentin
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