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Kingsman : The Golden Circle, la critique garantie sans spoilers

Kingsman : The Golden Circle, la critique garantie sans spoilers

ReviewCinéma
On a aimé• Joli travail sur la mise en scène de l'action
• Le segment Statesman
• Un humour absurde à l'anglaise parfois génial
• Les quelques moments où le film retrouve l'énergie du premier
On a moins aimé• Des longueurs, partout
• Se permet trop de choses derrière l'excuse de l'hommage
• Un gâchis de Julianne Moore et de Channing Tatum
• Aurait gagné à être mieux canalisé
Notre note

Au moment de sa sortie en décembre 2014, Kingsman : The Secret Service était l'une des très bonnes surprises dans les adaptations de comics de l'année. Une seconde collaboration réussie entre Mark Millar et son équivalent cinéaste Matthew Vaughn, après le premier Kick Ass et l'amitié solide bâtie entre les deux hommes. A l'ombre de productions plus tonitruantes dans le genre super-héros, The Golden Circle était attendu, d'abord pour le quasi-sans fautes du réalisateur londonien et parce que l'appui de son mentor écossais, significatif depuis son investiture en consultant pour la 20th Century Fox, aurait réussi à débloquer un ou deux leviers d'entrave à la bonne tenue du film, entre parenthèses, les fameuses contraintes ou exigences de producteurs. De ce côté là, étrangement, le boulot est réussi.

Au sortir de la projection, on se demande même si le studio a seulement essayé d'appliquer un quelconque contrôle. Complètement en roue libre dans ses idées, sur une durée assez longue de deux heures vingt, Kingsman 2 est complètement pétri de ses créateurs - ou empêtré, c'est selon - de leur esprit loufoque et de leur mépris du premier degré. Ce qui laisse un goût vraiment très, très étrange, de film parfois génial et souvent bizarre, finalement pas à la hauteur du premier opus.
 

The Golden Circle reprend là où s'arrêtait The Secret Service. Assez lent à démarrer, le scénario enchaîne différentes sous-intrigues montées dans le désordre, et se permet plus de choses. Le ton a changé, si le premier Kingsman développait cette idée de gamin des rues devenu espion avant d'enchaîner sur l'espionnage sur une construction de quasi-voyage du héros (avec la mort obligatoire du mentor en chemin), celui-ci se veut plus ancré dans un film d'espionnage classique. Quitte à parodier complètement le genre, en s'autorisant un esprit de série B à la Archer beaucoup plus poussé, et une diégèse qui laisse une part bien plus grande à l'absurde et au surréalisme des gadgets, scènes d'actions et situations. 
 
Le segment des Statesman est joliment emballé : là où le premier se moquait gentiment des codes de l'aristocratie britannique, mis entre les mains d'un gamin des quartiers, l'occasion ici est de se moquer de l'Amérique en général. Les espions de là-bas ont des chapeaux de cowboys et des noms de liqueur en guise de noms de codes, Channing Tatum arbore son plus bel accent sudiste en Agent Tequila, et comme gadgets, des lassos électriques ou laser et des flasques de bon "texan whiskey" - en touristes, Merlin et Eggsy sont les Matthew Vaughn et Mark Millar du voyage, prompt à se marrer joyeusement des cousins outre Atlantique. 
 
 
 
Avec l'irrévérence du premier, qui faisait exploser le crâne de Barack Obama entre autres leaders du monde libre dans son apothéose finale, on retrouve ici une parodie assez cinglante de la présidence Trump, quoi que celui-ci ait la joie d'un avatar fictif étrangement réaliste dans ses choix de dirigeant des Etats-Unis. Le propos est bien trouvé, et on peut s'amuser de réaliser que sur les méchants des deux films Kingsman, l'un était un écologiste acharné contre le réchauffement climatique, et l'autre dans un bras de fer avec une présidence de droite opposée à d'intéressantes réformes. Un quasi-détournement de l'anathème moderne des "méchants bien intentionnés", forcément bien vu.
 
Plein d'autres bonnes idées fourmillent tout au long de ces deux heures, selon votre tolérance à l'esprit acide et absurde de l'équipe créative. En résumé, tout va plus loin, parfois trop loin. Exemple que vous avez aperçu via la promo', un personnage (mort) revient dans cette suite, et là où on est en droit d'applaudir le mépris des règles traditionnelles, cette résurrection mal justifiée n'amène en fait pas grand chose. Pire, elle ajoute à un montage déjà bien chargé ce pan entier d'intrigue qui ne fera que patiner pendant un temps considérable d'écran, en plus de ne rien accomplir de vraiment concret. On finit par accepter la chose comme un caprice de réalisateurs au milieu d'autres (vous aimez Elton John ?). 
 
 
Beaucoup de choix d'écriture ou de montages semblent perdus entre les scènes, comme des ajouts dispensables égarés çà et là. Le passage par des sortes de checkpoints dans l'intrigue casse le rythme, véritable caillou dans la botte texane du film : celui-ci enchaîne beaucoup trop de longueurs, éloigne la construction d'un métrage "normal" de film d'espions, et finit même par lasser des scènes d'actions à force de les répéter (en plus d'utiliser la même façon de faire à chaque fois, sur de jolies musiques qui accentuent à long terme l'effet gimmick).
 
C'est bien dommage d'ailleurs, les combats étant la force du film. On se plaît à retrouver le génie des plans travaillés du premier ou de Kick Ass, Vaughn restant un maestro de la mise en scène au point sur ce pan là : zooms, montages enchaînés, renversements de caméra, le réalisateur est très généreux dans ses idées et accumule une dizaine de trouvailles par moments de castagne au flingue ou à la main. 
 
 
Autre problème lié à un montage aléatoire : on perd de vue la méchante du film, Poppy Adams, campée par Julianne Moore en narco-trafiquante sortie d'une émission de cuisine des années '50. Le personnage sert pourtant la critique acide que le film fait des Etats-Unis, mais passe trop peu de temps auprès d'elle pour lui laisser le temps de représenter un enjeu. Le scénario, bien chargé, met ainsi plus l'accent sur le développement d'Eggsy et avance comme un genre de film d'aventures où le evil bad guy est au second ou au troisième plan, et auquel on se reconnecte par sursauts, mettant en lumière le côté superflu de certaines autres scènes.
 
Mais, le film n'est pas mauvais pour autant. En réalité, il agit surtout comme une grosse déception à l'ombre du premier, pour ce rythme catastrophique, et ce qu'applaudiront certains, son jementoufisme vis a vis des codes. L'humour est efficace (parfois même génial), la démonstration visuelle aussi - même si on peut se demander où est le Matthew Vaughn qui ne voulait pas d'une nouvelle "scène de l'église" - et les acteurs tous attachants. Dommage, la distribution n'est pas laissée aux meilleurs. 
 
 
Si Moore croit à fond en son personnage quitte à rattraper Sam Jackson dans le surjeu (sans zozotements), si Tatum est un coup de coeur instantané en cowboy fan de liqueur et de krav maga, si Jeff Bridges n'a besoin d'aucune justification, on passe plus de temps avec un Pedro Pascal pas désagréable (mais, ce n'est que Pedro Pascal - détestez moi si vous voulez), et un ou deux seconds couteaux. Mark Strong est en grande forme de son côté, et Colin Firth contraste par un jeu souvent perdu à bon escient, sans réussir à se reconnecter au génie de son interprétation dans le premier opus. 
 
Les dialogues sont aux aussi plutôt bons, les références fonctionnent et le développement du héros, Eggsy, marche bien de son côté. Le problème ne tient pas à l'ensemble humain mais à l'objet-film en lui même. Parce qu'il avance sans feuille de route, The Golden Circle devient au premier Kingsman ce que Machete Kills était à Machete : un film d'un registre différent. Plus loufoque, plus parodique, en n'hésitant pas à casser sa structure narrative en milieu de film quand un personnage vient tout remettre à plat, il s'adresse quasiment à un autre public. Les fans les plus férus de l'humour écossais de Millar, de série B ou Z du répertoire espion, ou de ce genre d'essai où un réalisateur n'a envie que de se faire plaisir.
 

 
Là-dessus, on peut saluer le fait que Vaughn ait apparemment réussi à s'extirper de la mainmise des producteurs pour mettre dans son oeuvre tout ce qu'il avait envie. En chemin, s'est cependant perdue l'idée de faire un film, et insérée l'envie totale de se faire plaisr, comme un énorme délire d'auteurs qu'on pourrait lire comme une critique du bigger badder & stronger si le côté festif de la dernière scène ne donnait pas plus raison à une vision d'éclate pas aussi cynique qu'il n'y paraît. C'est ce dernier tiers qui semble remettre en perspective toute l'approche du film, et sauver les meubles par une fin en feu d'artifice qui boucle bien.
 
En tant que tel, Kingsman : The Golden Circle est donc un genre de semi échec. On se demande quel aurait été le résulat si le film avait bien été coupé en deux parties, ou laissé à un autre monteur. On se demande aussi si, comme l'affiche la dernière scène, l'envie de suites et d'une véritable franchise à la James Bond sera mise en place. Du côté du réalisateur, la boucle semble en tout cas bouclée (?), et l'écriture annonce presque ce deuxième volet comme un objet complémentaire du premier. 
 
Dans l'intervalle d'une suite éventuelle, on ressort de ce Golden Circle avec un léger goût amer, se disant qu'en fin de compte, il ne fallait pas grand chose pour que le résultat soit meilleur. Ca n'empêchera personne d'attendre les prochaines collaborations de Vaughn et Millar, mais la franchise Kingsman semble en tout cas avoir choisi sa route.
 
 
Kingsman : The Golden Circle est une déception à deux échelles. Parce que Vaughn ternit un quasi sans fautes par un film qui n'est que partiellement raté, et parce que les problèmes du film seront différemment perçus selon l'affect qu'on a pour les auteurs et leur humour particulier. Problèmes de rythme évidents, difficulté à se trouver une structure et une cohérence d'ensemble, le film a cependant tout un tas de qualités, ternies par une envie compréhensive mais dommageable de trop en faire. Dommage, mais si suite il y a, gageons que ce passage forcé étant terminé, une anthologie d'espions dans le même ton en mieux maîtrisé ne serait pas pour nous déplaire. Ou, à défaut, remplacer l'habituelle director's cut par un studio's cut, histoire de renverser la perspective pour voir si le compromis est jouable.
Corentin
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