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Édito : pas besoin d'un film Flashpoint si t'as pas d'univers partagé

Édito : pas besoin d'un film Flashpoint si t'as pas d'univers partagé

chronique

Au rang des phénomènes pop-culturels qui n'arrêteront jamais d'alimenter d'éternels débats, l'univers ciné de DC Comics reste roi. En supposée construction depuis la sortie de Man of Steel en 2013, l'univers partagé n'a de partagé que l'apposition d'un DCEU par le public, sans que Warner ait jamais voulu l'assumer officiellement. 

Après l'échec de Justice League, qui a réussi le tour de force de rapporter moins que Man of Steel avec cinq super-héros en plus et la Trinité la plus iconique qui soit dans la sphère super-héroïque, beaucoup ont parié sur le film Flash - pardon, Flashpoint, pour remettre les choses à zéro. Qu'on se le dise, le récit de Geoff Johns, publié en 2011, a beau nous dépeindre une réalité alternative fort intéressante le réel enjeu derrière ce titre choisi, c'est la perspective du reboot. De faire table rase d'un passé cinématographique de plus en plus gênant, et répondre notamment à cette rumeur persistante d'un Ben Affleck prêt à rendre la cape de Batman. Mais depuis quelques jours, un nouveau bruit de couloir se fait entendre. Celui que le film solo Flash ne compte plus s'inspirer de Flashpoint en aucune façon, jusqu'à en perdre cette appellation. Un nouveau retournement de situation qui pointe pourtant l'évidence : pourquoi faudrait-il chercher à faire un reboot d'un univers partagé qui n'a concrètement, jamais existé ?

Le DCEU n'existe pas

Expliquons. Quand bien même l'appellation DCEU a été utilisée, par rapport au tout puissant MCU contre lequel beaucoup souhaitaient voir une parfaite contre-offensive, on peut difficilement voir autre chose dans cet univers qu'une simple trilogie. Avec le recul, on voit très bien que Man of Steel n'avait absolument pas l'ambition de construire à sa base une Justice League. Que les ambitions de Batman v Superman sont toutes autres - elle étaient claires quand le film n'avait pas encore son sous-titre Dawn of Justice - et qu'il faut un point Martha toujours très polémique pour qu'un Chevalier Noir presque meurtrier devienne d'un coup un ami et l'instigateur d'une équipe de super-héros. Equipe présentée en un temps records pour s'éviter un nombre trop important de films solo - et le temps de les faire qui va avec. Une trilogie dans laquelle se rajoutent des personnages, ça n'a pas grand chose à voir avec un réel "univers partagé".


Parce que pour avoir ce partage et cette envie de construire une équipe, il faut que les films puissent se répondre. Du côté de DC, en dehors de cette trilogie, ce n'est pas le cas. Il  ne faut enlever que très peu d'éléments pour voir que Suicide Squad est un film qui reste dans son coin, sans aller chercher à réellement se raccrocher aux films de Snyder. Wonder Woman fait encore mieux pour se couper du reste en allant chercher son intrigue dans le passé. Et si ce n'est pour une photo, il n'y a absolument rien qui oblige le film à s'inscrire dans un univers partagé. Et rien qui ne montre l'envie de bâtir quelque chose. Contrairement à ce que faisaient, quoiqu'on en pense, les premiers films du MCU.

Un futur qui n'a rien de partagé

L'idée n'est pas tant de débattre pour savoir si l'appellation DCEU est erronée ou non, c'est qu'elle ne fait pas plus de sens en regardant le peu de films sortis qu'en regardant ce qui s'annonce. Aquaman, en concentrant son intrigue à Atlantis, n'a nul besoin de faire intervenir le reste du monde, et peut même se priver de tout easter egg lié à ceux "de la surface''. Pour Shazam, la donne est réglée dès lors que c'est à New Line Cinemas qu'on a donné les commandes, et que l'orientation du film semble drastiquement différente, plus family friendly qu'autre chose - ce qui est à propos pour le personnage. Du côté de Wonder Woman 2, alors que Justice League pouvait faire avancer certaines choses, on repart dans le passé. Signe désavoué qu'il n'y a pas grand chose à raconter dans le présent de DC Films ?


Quant au tableau de films de Kevin Tsujihara annoncé en 2014, la moitié des projets est partie dans les oubliettes. Oubliez Cyborg, Batman, Green Lantern Corps, et reste ce Flash dont on va reparler. Le récent futur des annonces n'indique là non plus rien qui aille dans une logique d'ensemble : le New Gods d'Ava Duvernay n'a que faire de la Terre en allant explorer d'autres coins de la galaxie. Le Birds of Prey ne conserve qu'un personnage pour aller s'épancher dans une toute autre direction, sans rapport visible avec Suicide Squad. On parle de Batgirl, de Nightwing, des films qui laissent perplexe et qu'on imagine voir menés avant un film solo Batman. Et c'est sans compter le développement de films "hors-continuité" comme le Joker de Todd Phillips, et supposément le Blackhawk de Steven Spielberg. Au moins dans ce cas, difficile d'être plus clair sur les intentions.

On en revient donc à Flash. Ou plutôt Flashpoint. Ou plutôt Flash. Le film a connu trois changements de réalisateurs depuis quatre ans et reste toujours au point mort. Quelle que soit la fidélité à donner à l'histoire de Flashpoint au cinéma, si le but était effectivement de proposer une sorte de reboot pour changer un acteur d'un rôle : à quoi bon ? Pourquoi se donner du mal à faire une histoire - somme toute assez compliquée pour le grand public - pour redémarrer un univers qui n'est pas réellement installé ? Qui n'entretient que de très faibles liens ? Et pour lequel rien ne pointe vers un répondant plus accru ? Pourquoi se compliquer la tâche alors que faire un film solo Flash suffit. Et que si Ben Affleck doit partir, hé bien qu'il parte. 

La dictature de Marvel Studios

Si cette question fait tant débat, outre que beaucoup ont adoré la performance du Batfleck et regretteraient de le voir partir si vite... c'est que dix ans de Marvel Studios nous empêche de considérer les films DC autrement que dans une construction identique au schéma d'en face. Parce que Warner a voulu jouer avec le feu avec la trilogie de Snyder, qu'ils se sont bien gardés de commenter l'utilisation du DCEU (parce que ça les arrangeait bien de se voir en outsider prêt à reprendre le dessus)... avec les résultats qu'on connaît. 

Et à vouloir se présenter comme "la version DC de la concurrence", c'est un piège qui s'est refermé sur eux. Malgré la toute puissance financière du MCU et un public acquis, l'univers partagé au cinéma est loin de n'avoir que des avantages. Et ce n'est pas pour rien qu'à l'heure actuelle, personne n'a réussi à reproduire cet exploit. Pour le plaisir de faire un Infinity War, il faut prendre dix ans, sacrifier des visions artistiques marquées et différentes pour une unicité globale, tout comme répondre à une certaine formule. Et passer dans une forme de production plus proche de l'industrie que de l'artistique.


Est-ce cela dont nous avons besoin du côté de DC ? Faut-il vraiment une Justice League ? Bien sûr que cette envie de crossover est présente, mais ce n'est pas une obligation, ni une fatalité. Les prochains films DC n'ont aucun besoin d'être connectés. Mieux, ils n'ont pas à se répondre. Assumer des directions artistiques et des tonalités aux antipodes les unes des autres, car un film Shazam n'a rien à voir avec un Batman ou qu'un Aquaman. Qu'il faut se concentrer sur les personnages, ce qui fonctionne pour eux. Avoir un vrai travail de direction artistique et de réalisation. Faire de bons films sans que ne pèse l'obligation d'un tout par dessus. Et la plus grande difficulté dans cette entreprise sera de ré-habituer le public, lecteur de comics ou non, à ce que oui, un studio puisse produire un ensemble de films avec des héros d'un même univers sans qu'il y ait une réunion d'équipe en vue, sans cette construction sérialisée que seule Marvel Studios a pour le moment su maîtriser. Quand vous lisez le Batman de Tom King et un Green Lanterns, il peut se passer des numéros sans que les personnages ne se rencontrent. C'est ici pareil.

Il n'y a donc pas lieu de vouloir faire un Flashpoint. Pas lieu de rebooter quelque chose qui est à peine échafaudé. Pas besoin de s'imposer un univers ou tout doit se répondre. Mais il faut aussi que Warner prenne cette décision, et fasse savoir que le but de ses films DC n'est pas de faire une copie du MCU, mais plutôt un anti-MCU. Opposer à l'univers partagé un univers déconstruit, mais qui assume chacune de ses libertés. A ce moment là, cette liste de projets sans liens aura au moins une logique derrière elle. C'est trop demander ?

Arno Kikoo
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