
Bonne nouvelle : les monopoles sont désormais sur le point d'être légalisés pour de bon aux Etats-Unis. Au fond, pourquoi se compliquer l'existence. Alors que la date limite du 30 septembre approchait à grande vitesse, journée à partir de laquelle Paramount Skydance aurait à payer une pénalité de retard de 7 M$ par jour aux actionnaires de Warner Bros. si l'opération de rachat les concernant n'était pas finalisée, voilà que le procès qui menaçait l'ensemble de l'opération - et laissait croire à un semblant de réelle possibilité de contrôle judiciaire - pourrait bien tomber à l'eau. En effet, contre toute attente, Paramount Skydance aurait trouvé un accord avec les douze États (dont la Californie et son procureur général, Rob Bonta) qui souhaitaient bloquer la transaction sur une présomption tangible d'illégalité. Et ça, c'est beau : en définitive, la loi serait donc du domaine du subjectif. L'illégalité ne serait qu'affaire de négociation et de compromis. Dont acte.
Le média Bloomberg rapporte l'information - reprise déjà par l'ensemble des médias américains établis (Hollywood Reporter, Variety etc). Ainsi, alors qu'il était prévu qu'une première audience préliminaire se tienne le 14 octobre 2026 dans le cadre des procédures légales en amont de l'instruction prévue pour le mois de mars 2027, un accord aurait finalement été accepté entre la coaliation des procureurs des douze états qui s'étaient constitués partie civile contre le groupe Paramount Skydance et le clan des Ellison. Les deux communiqués officiels (de la part des deux camps, qui feront certainement passer l'opération pour une victoire d'un côté comme de l'autre) est attendu d'ici les prochaines heures, et seront intégrés dans une nouvelle version de cet article le cas échéant.
Bloomberg nous explique que le compromis a été trouvé pendant le weekend, sur la base d'une discussion entre les procureurs concernés. Quatre états, en désaccord avec la version de l'accord proposé par la Californie, auraient finalement accepter de céder - considérant que les frais de cette future bataille juridique ne seraient pas justifiés sans la participation frontale de la Californie, apparemment satisfaite des concessions proposées par le clan Ellison. Lesquels portent surtout sur l'industrie de l'audiovisuel, poumon économique local, plus que sur la légalité réelle de la transaction.
Pour résumer, l'accord trouvé engage les Ellison sur la séparation effective des antennes CBS et CNN, deux énormes chaînes de la télévision nationale aux Etats-Unis. Considérée comme un organe d'investigation sérieux et objectif, CNN aura souvent été sous le feu des critiques de la part des conservateurs locaux, et par le président Donald Trump lui-même. Lequel aurait plusieurs fois affirmé qu'il était urgent que cette chaîne change de propriétaire, longtemps en amont de ce processus de fusion. On imagine que cet argument aura même pu favoriser le dossier présenté par Paramount Skydance devant le département de la justice fédérale, pour obtenir les faveurs de la Maison Blanche. Les Ellison auraient donc accepter de former un bureau pour la protection de la liberté éditoriale des journalistes de CNN, exclusivement consacré de journalistes, sans le parasitage de la direction du groupe ou de ses actionnaires. Sur la promesse de respecter une certaine "neutralité politique" selon les termes de Bloomberg.
L'autre concession porte sur la cadence des productions développées en interne - de ce point de vue, cette préoccupation intéressait précisément l'état de la Californie et les intérêts du secteur de l'audiovisuel aux Etats-Unis. De fait, avec un seul groupe pour piloter une structure aussi importante que Warner Bros. et Paramount, le risque était de voir l'offre de longs-métrages (et les emplois qui vont avec) décroître une fois la fusion réaliser. Or, avec l'accord obtenu Paramount Skydance s'engage sur un minimum de trente films produits sur l'espace de chaque année d'activité, avec une pénalité régionale de 30 milliosn de dollars pour chaque long-métrage manquant à l'appel. Sur ce front, la compensation paraît dérisoire compte tenu des emplois qui risquent bien de disparaître sur le temps long une fois l'opération réalisée, et pour l'économie du secteur au global. En définitive, sur la base d'un rachat de plus de 100 milliards de dollars... une telle somme semble effectivement acceptable, pour peu que celle-ci débloque la situation judiciaire du moment.
Les chiffres sont d'ailleurs têtus : le nombre de films en provenance de la 20th Century Studios (ou "La Fox") ont été divisés deux ou plus après l'acquisition de cette ancienne gloire du cinéma par la superpuissance Disney. Paramount pourra sans doute trouver acceptable de payer 30 millions de dollars, avec le multiplicateur associé, plutôt que de produire des oeuvres aux budgets largement supérieurs. Il sera toujours de le rappeler, mais même un film comme Supergirl, en prenant en considération le budget de production et les coûts promotionnels, aura tout de même coûté au moins 250 millions de dollars (avant de générer l'échec économique que l'on connaît). Si l'histoire était à refaire et les résultats connus d'avance, Warner Bros. aurait sans doute préféré ne pas produire ce film et assumer un déficit net de 30 millions.
D'ailleurs, cette théorie n'a rien d'un pur fantasme rédactionnel - avec Batgirl ou Coyote vs Acme, nous avons eu l'occasion de vérifier l'application tangible de cette esprit de l'économie au chausse-pieds dans des cas relativement similaires. L'ancienne présidence de Warner Bros. préférant faire disparaître ces deux longs-métrages (pourtant tournés dans leur intégralité) en échange d'un abattement fiscal susceptible de recouper une partie des frais engagés. Encore une fois : pour Hollywood, l'essentiel des oeuvres produites par les grands studios ont souvent l'habitude de dépasser cette somme. Même l'adaptation de Clayface, pourtant présentée comme une enveloppe extrêmement raisonnable dans le cinéma des super-héros, surplombe cet investissement avant même de faire peser dans la balance les frais publicitaires (40 millions de budget de production en attendant la campagne de promo'). Bref, la Californie se sera surtout assurée d'une rente annuelle avec cet accord, mais les emplois ou la déflation de l'offre ne semblent pas avoir été empêchés avec cette provision exclusive. Sans même rentrer dans le débat des supressions de postes mécaniques (pour les branches qui seront fermées ou les emplois en doublons) qui concernent actuellement plusieurs centaines de salariés, ou les revendications des syndicats de professionnels aux Etats-Unis.
Si l'ensemble des termes de l'accord venaient à être finalisées, alors la menace de pénalité de retard, qui doit démarrer au 1er octobre 2026, serait évitée de justesse. A vous de faire le calcul : si Paramount Skydance avait accepté le risque d'une instruction devant les tribunaux, compte tenu de la pénalité de retard promise aux actionnaires de Warner Bros., le groupe aurait certainement dû s'acquitter d'une facture de plusieurs milliards de dollars. En somme, l'enseigne gouvernée par les Ellison peut déjà s'estimer heureuse (et considérer qu'il s'agit tout de suite d'un profit net et immédiat, d'une colonne dans le vert dans le tableur comptable) avant même d'avoir posé le mortier de la fusion annoncée. En comparaison, le groupe pourrait décider de ne sortir que 20 films par an (et donc lâcher les 300 millions de dollars de pénalité) pendant au moins dix ans avant même d'avoir atteint le minimum du montant total qu'aurait pu représenter les pénalités dont le groupe aurait dû s'acquitter si la coalition des procureurs avait décidé de tenir bon. Bravo. L'équation tient debout.
Dans la foulée de toute cette affaire, plus encore que les détails contractuels, le signal passe pour éloquent en face d'une économie de plus en plus concentrée. Grosso modo : les lois sur la consolidation des trusts horizontaux et verticaux sont désormais l'affaire de simples négociations. Ce sujet préoccupait déjà l'industrie vidéoludique (positionnée en face de l'une des pires crises de son histoire) et se répand depuis bientôt dix ans dans le cinéma du divertissement populaire aux Etats-Unis. Les lois anti-trust ? On s'en fout. Ce n'est pas une surprise, d'ailleurs, ce petit paquet de provisions juridiques censées réguler l'idéal fondamental des Etats-Unis, et assurer la libre entreprise qui alimente le roman national de ce pays, ne sont en réalité jamais appliquées dans les faits.
L'accord valide aussi les stratégies de chantage, le clientélisme en politique, et la corruption de certains organes de régulation fédérale dans le présent. Pour l'heure, Paramount Skydance et Rob Bonta vont certainement assurer avoir remporté une belle bataille au service d'intérêts opposés, mais d'ici quelques années, la façon dont toute l'affaire aura été administrée risque bien de faire tache d'huile. Sur le papier, plus rien n'empêche le moindre groupe de racheter le moindre groupe... et il n'est pas nécessaire d'être médium pour en conclure que les fusions et les licenciements par milliers ne font que commencer.
24 Septembre 2026
Mr. President@ gaby-gabo: why so serious?
23 Septembre 2026
Gaby-Gabo@mr. president : sur la base de quoi ? Quels sont les éléments positifs de son mandat ? L'économie ne va pas bien, la société n'a jamais été autant fracturé, il encourage la montée des extrêmes droite, il censure les médias opposants, il est odieux et ne respecte personne, il est le vassal de Poutine, il s'est fait manipuler par Netanyahu. Il est le meilleur potus orange condamné pour viol. Period
22 Septembre 2026
Mr. President@ gaby-gabo: DJT is the greatest potus of all time. Period
22 Septembre 2026
KarnTriste nouvelle...
21 Septembre 2026
Gaby-GaboOk... je suis dégoûté... Pourvu qu'il se prenne une branlée l'autre aux midterms...
21 Septembre 2026
Ben WaweC'est choquant pour nous, mais le droit américain est fait de négociation et d'accords qui visent à raccourcir les procédures. Cela confirme que c'est un pays basé sur l'échange d'avantages et pas forcément sur le respect plein et entier des principes juridiques. Cela reste cependant légal et pleinement valide pour les Américains.
21 Septembre 2026
KubilaiKCurieux de voir comment le procureur de Californie va se débrouiller pour faire passer ça pour une victoire 🤔