
Une affaire qui tourne au vinaigre ? Si d'aucuns peuvent penser que la mise en pause du rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance n'est, justement, qu'une simple pause, et que toute l'affaire judiciaire en cours ne serait qu'un leurre, toujours est-il que le rachat est bloqué jusqu'à l'issue d'un procès qui se tiendra au mois de mars 2027. Le point le plus crucial dans ce blocage est que Paramount avait proposé de payer aux actionnaires de Warner Bros. une pénalité de retard si la fusion n'était pas actée au 30 septembre 2026.
La pénalité en question équivaut à 7 M$ par jour, de quoi faire grimper l'addition à plus d'un milliard de dollars jusqu'à début mars 2027 (et 1,6 milliards si le processus devait être bloqué jusqu'à la date limite de juin 2027). Une somme conséquente que Paramount essaie désormais de faire payer aux douze États qui se sont réunis pour mettre en place le procès, censé déterminer une bonne fois pour toutes de la légalité ou non de l'opération au regard des lois anti-monopoles censées être en vigueur aux États-Unis.
C'est Variety qui rapporte en effet la nouvelle : dans le cadre du procès qui l'oppose à douze États ainsi qu'à la Writer's Guild of America, Paramount a déposé une requête auprès de la juge en charge de l'affaire, Araceli Martinez-Olguin, demandant à ce qu'une caution de 1,88 milliard de dollars soit placée auprès de leurs opposants. La requête stipule qu'en cas de victoire du studio au procès, les États et la WGA devraient s'acquitter de cette caution, pour dédommager Paramount des pénalités de retard payées aux actionnaires de Warner, ainsi que des "coûts de financement supplémentaires découlant du report de la réalisation de la fusion". Selon les porte-paroles de Paramount, cette procédure est tout à fait normale et en accord avec le Clayton Act, qui est la loi anti-monopole (anti trust) sur laquelle les États et la WGA s'appuient pour bloquer la fusion avec Warner.
Une requête largement rejetée - voire moquée - par les plaignants, notamment celui qui incarne l'opposition au rachat, le procureur général de Californie Rob Bonta, qui stipule que Paramount est seul responsable de la situation au regard des pénalités de retard à payer à Warner. "Paramount s'est engagé dans ce processus les yeux grand ouverts. Ils sont empêtrés dans une situation qu'ils ont eux-mêmes créé, et tentent une nouvelle fois de nous faire du chantage. Paramount et Warner Bros. sont deux entreprises sérieuses qui ont décidé en toute conscience d'inclure une pénalité de retard coûteuse dans le contrat de leur fusion. Ils savaient que la fusion serait cible de contrôles légaux ; ils savaient que ce n'était pas acquis ; et ils ont choisi de l'inclure malgré tout."
Sur les réseaux sociaux, Bonta rajoute même que "Paramount avait accepté la fenêtre temporelle contre laquelle ils protestent aujourd'hui. [nldr : souvenez-vous, ils se disaient même ravis de la procédure, afin d'en sortir lavés de tout soupçons] Voici Chantage : le Retour, et ça ne nous touche toujours pas." L'allusion à un "retour" du chantage est une référence au fait que tout récemment, le média business Puck rapportait que David Ellison (le fils de Larry Ellison) menaçait de déménager Paramount en dehors de Californie (pour aller au Tennessee, au Texas, ou en Géorgie, par exemple) si Bonta n'acceptait de signer un accord avec eux, en dehors d'une cour de tribunal. Ellison aurait fixé une date limite à cette proposition d'accord au 1er octobre 2026 (soir le premier jour auquel les pénalités de retard démarreront), et que si rien n'était trouvé à ce moment, alors Paramount (et Warner, si fusion il y a) s'en iraient de Californie, quelle que soit l'issue du procès.
Selon le rapport de Puck sur la réunion interne au cours de laquelle Ellison aurait fait part de ce plan à ses dirigeants, l'idée serait de transférer en premier lieu les bureaux de Paramount avant de rapatrier les restes des forces du studio. Ellison assure que cela permettrait d'économiser 500 M$ par an de taxes en partant de Californie, et que la revente des bâtiments de leurs studios actuels pourrait aussi leur rapporter jusqu'à 4 milliards de dollars. En face, Bonta estime qu'il ne s'agit que de chantage mis en place par un studio en train "de perdre le narratif tout en perdant à la cour", mais il est vrai que si Paramount devait être délocalisé, l'économie de Californie en prendrait un coup ; et si Bonta a d'autres aspirations politiques dans cet état, devenir responsable de la disparition de milliers d'emplois dans la région n'est pas sa meilleure option. Puck rajoute que tout le monde au sein de Paramount ne voit pas un éventuel déménagement vers un autre état d'un bon oeil, et il faudra attendre d'ici l'automne prochain pour voir si la manoeuvre d'Ellison constituait un bluff ou non.