
La politique des délocalisations de compétences se poursuit chez Marvel. En suivant la tactique adoptée sur la collection Artist Edition (généralement confiée aux mains expertes de Scott Dunbier, chez IDW ou Act 4 Publishing), la maison d'édition assemble depuis plusieurs années une large variété de partenariats externes pour alimenter certaines offres précises, souvent destinés aux collectionneurs, aux niches précises de fans, ou aux amateurs d'archives. L'exemple d'Abrams Books se révèle plutôt éloquent de ce point de vue : plutôt que d'avoir voulu ouvrir en interne une sorte de label susceptible d'accueillir les grands noms de l'industrie (Alex Ross, Eric Powell, Chip Kidd), l'enseigne aura préféré s'associer aux troupes de Charles Kochman, via l'entité gouvernée par le bonhomme, Abrams ComicsArts.
Même constat pour les artbooks des grands artistes de chez Marvel, désormais publiés chez Dark Horse. En prenant en considérations les conclusions de cette longue liste de sous-traitances (qui semble se prolonger d'années en années), nous pourrions même nous demander si l'avenir du groupe ne risquerait pas d'évoluer, comme pour Valiant ou Archie Comics, vers un statut de simple gestionnaire de licences sous contrat avec d'autres enseignes capables d'assurer la production de comics au quotidien. Mais nous n'en sommes pas encore là. Pour l'heure, la Maison des Idées conserve son rôle d'éditeur traditionnel, même si les exigences de rentabilité imposées par le groupe Disney imposent désormais certains compromis particuliers.
Dernier exemple en date : la collection Marvel Masterworks. Emblématique d'un certain esprit de conservation du patrimoine au sein de l'industrie, cette ligne de comics, lancée dans les années quatre-vingt, avait pour objectif de rééditer certaines des grandes séries de la maison. En l'occurrence, dans des albums rigides et avec des colorisations remasterisées, la plupart du temps, dans l'idée de faire découvrir les grandes séries d'hier au public contemporain. Au sortir d'une longue activité de presque quarante ans, Marvel avait toutefois pris la décision d'abandonner cette partie de la production. L'an dernier, Tom Brevoort avait annoncé l'abandon des albums Marvel Masterworks. En avançant l'argument de la logique : le lectorat n'était simplement plus suffisant pour justifier l'existence de ces comics, dont les tirages étaient déjà de plus en plus restreints.
Or, pour accompagner cette nouvelle mode du dépiotage des départements que la Maison des Idées n'entend plus exploiter dans le présent, les éditions Clover Press se seront proposées pour reprendre le flambeau. L'enseigne a pris le temps de la San Diego Comic Con pour annoncer la nouvelle, en expliquant, tout simplement, que si Marvel ne comptait plus investir sur les Masterworks, les fans seraient certainement au rendez-vous pour une offre de renfort le cas échéant. Il est toujours utile de noter que, si cette donnée n'a pas été évoquée dans la liste des nouveaux partenaires du groupe en amont de cet article, Clover et Marvel sont actuellement associés sur d'autres versants précis : la petite enseigne publie notamment plusieurs artbooks (The Marvel Art of Tyler Kirkham, The Amazing Spider-Man Lithograph by John Romita) et une belle quantité de réimpressions des comic strips Spider-Man dans de sympathiques intégrales au format horizontal (The Amazing Spider-Man Classic Newspaper Comics). En somme, les Masterworks seraient donc une simple ouverture d'un partenariat déjà bien entretenu.
Pour l'heure, Hank Kanalz, président de la maison Clover Press, évoque au moins quatre albums pour relancer cette collection - en se basant sur des tomes publiés par le passé, mais plus réellement disponibles, Uncanny X-Men, Super Villain Team-Up, Mighty Thor et Tomb of Dracula. Et si vous vous posez la question de la faisabilité des projets en question - puisque la collection avait, encore une fois, été abandonnée par manque de fans capables de la soutenir sur le temps long - l'explication ne va probablement pas étonner grand monde : Clover Press a simplement prévu de contourner la difficulté en allant directement chercher les consommateurs par la voie de campagnes de financement participatif.
Pour le moment, les données officielles et le plan de publication n'ont pas encore été évoqués, mais une page a bien été ouverte sur la plateforme Kickstarter dans l'anticipation d'une annonce détaillée. Si l'existence des Masterworks vous intéresse, il ne serait pas idiot de suivre le mouvement.