
Lors d'une interview qui passe aujourd'hui pour une référence notoire si l'on veut s'intéresser aux obsessions du scénariste, Ed Brubaker était revenu sur le cas du comics Criminal : Bad Weekend. Interrogé sur le choix d'avoir basé son intrigue dans le monde secret de l'industrie des comics, pour concevoir un polar noir dans les moulures de ses fictions habituelles, celui-ci avait alors déclaré : "si vous me donnez cinq minutes, je peux transformer n'importe quel sujet en roman policier". Vous apprécierez la franchise de l'auteur obsessionnel.
Or, de la même façon, Cullen Bunn est pourvu du même super-pouvoir. Entre les mains de ce créateur prolifique, incapable de laisser passer six mois sans une nouvelle création originale (ou deux, ou trois), le moindre sujet, le moindre objet peut servir de base pour l'horreur. Le poker, le théâtre, les chats, le tatouage, le rock, les jeux-de-rôle, les représentants du commence en porte-à-porte... comme un inépuisable distributeur de BDs tournées vers la trouille qui peut s'accomoder de n'importe quel terreau, celui-ci aligne les trouvailles, toujours plus farfelues. La preuve, avec Cult-de-Sac.
Après avoir établi une base de travail au sein de la jeune compagnie Ignition Press (ce qui n'étonnera personne : Bunn est connu pour semer des projets un peu partout, compte tenu de sa productivité anormale), le scénariste est de retour avec une nouveauté attendue pour le mois d'août. En compagnie de Fico Ossio, celui-ci s'est donné pour objectif de traiter le sujet réel des organisations de voisinage aux Etats-Unis, une authentique problématique de société dans les banlieues résidentielles locales. A savoir : les tristement célèbres "HOA" ("Home Owners Associations"). Emblématiques d'une vision normative de l'immobilier en Amérique du Nord, ces regroupements, comparables aux syndicats de copropriétaires français, sont connus pour imposer toute une variété de chartes et de normes absurdes aux résidents de certains espaces privés.

Nées dans les années soixante, au moment de l'explosion des banlieues pavillonnaires en reflet de la croissance économique et de la naissance d'une classe moyenne dominante, les "HOA" sont connues pour leur amour de l'uniformité visuelle. Celles-ci vont donc normer l'apparence des maisons, des pelouses et des décorations, et taxer toutes celles et ceux qui dérogeraient aux codes en vigueur. Et malheur aux propriétaires récalcitrants : dans le formidable pays de la liberté, une "HOA" peut exproprier toutes celles et ceux qui refuseraient de suivre les commandements obligatoires (par la voie des mises en hypothèques légale) et foutre dehors les excentriques qui auraient oublié de tondre le gazon devant chez eux sur un espace de six jours. Inutile de vous dire que les potagers ou le linge-tendu en place publique est aussi interdit, et pourra vous valoir d'être banni du quartier pour de bon. Si vous vous demandiez pourquoi toutes les maisons ont la même tronche dans Desperate Housewives ou Maman J'ai Raté l'Avion, vous voilà renseignés.
Avec Cult-de-Sac, Cullen Bunn et Fico Ossio vont donc extrapoler sur cette logigue des BDs basées sur les voisins malfaisants. Un peu comme le film Banlieusards de Joe Dante. Ou Fright Night, quelque part. Pour le pitch officiel :
"La famille Hanson vient d'emménager dans une nouvelle maison, et compte bien s'approprier les lieux. Mais dans ce quartier, mieux vaut ne pas s'attirer les foudres de la Home Owners Association. Celles et ceux qui ont essayé de défier le syndic' locale ont été frappés par toute une batterie d'actes violents, et la famille Hanson va vite découvrir que dans le quartier de Cult-de-Sac, il vaut mieux obéir aux codes prévus par le règlement !"
Sortie prévue pour le mois d'août 2026 avec des couvertures d'Ebrahel Lurci, Aneke et Philip Tan.


09 Juin 2026
L2-D2"Cult-de-sac", j'adore ! Rien que pour le jeu de mots du titre, j'ai envie de lire ce comics !