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Sam & Twitch : Udaku, la review

Sam & Twitch : Udaku, la review

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Notre note
Plus de 10 ans après sa première parution en France, le premier run de Sam & Twitch est repêché par Delcourt dans son intégralité et relié avec luxe. Voici donc le compte-rendu de cette redécouverte qui fut pour moi une vraie madeleine de Proust au goût de souffre.

L'univers des super-héros explore de temps à autre la rivalité entre la justice façonnée par les hommes et les femmes de lois, puis la justice - plus viscérale - sculptée au burin par des personnages surpuissant au-dessus de tout.
Il peut ainsi arriver que les scénaristes mettent un justicier masqué face à ses actes en le confrontant à un représentant de l'ordre.
Et pour ce genre d'événement, les auteurs savent construire des policiers, des détectives ou encore des avocats emblématiques dignes représentants de leur métier, parfaits contrepoids aux vigilants sur qui semble glisser la justice.
Spider-Man a dû se frotter à Georges Stacy, flic à la retraite mais toujours épris de justice et de vérité, qui partage avec l'homme araignée la perte d'un être cher. Batman quant à lui, suit de près James Gordon qu'il considère comme un père de substitution, vétéran du commissariat de Gotham et qui reste avec le sombre chevalier, le dernier idéaliste de la ville.
Mais qu'en est-il de Spawn ? À son retour d'entre les morts, il côtoyait les sans-abris et leur lot d'affaires sordides et de violence inhumaine. Lorsque ce rejeton de l'enfer est arrivé à New York ne laissant que des cadavres en charpie sur le sillage de sa cape, qui s'est dressé face à lui ?



Eh bien, il semblerait que ce soient les détectives Sam Burke et Max "Twitch" Williams...
Et on ne peut pas dire qu'en terme d'archétypes du corps de la police New-Yorkaise, ce duo se pose là :
À notre gauche nous avons Sam, une sorte de Nick Frost avec dix ans de plus au compteur. Flic obèse au penchant pour les donuts et les gâteaux apéritifs frôlant la toxicomanie. À ma droite Maximilion Williams, que tout le monde appelle Twitch, ou Twitchy. Un gringalet qui soigne sa troublante ressemblance avec Woody Allen en tentant de dissimuler son visage derrière des verres à double foyer.

    
Une ressemblance frappante...


Loin du tandem sexy Riggs-Murtaugh, Sam et Twitch nous rappellent plutôt quelques poilades coupables devant des sketchs de Laurel et Hardy.
Et c'est là que le génie de Todd McFarlane entre en scène. Car dès les premières apparitions de ces protagonistes au sein de la série Spawn, le père Todd avait su donner naissance à deux personnages bien ancrés dans un réalisme cru, éloignés de tout stéréotype. Sam et Twitch ne sont pas des clowns, et c'est le moins que l'on puisse dire !

Maintenant que les choses sont claires, parlons ici de l'une de leur première aventure en roue libre : Le run Udaku, relié pour la première fois en France dans son intégralité. Excusez-moi du peu ! Et la redécouverte de cette aventure publiée une première fois il y a plus de dix ans fut rude et j'en ai encore la gorge qui gratte. Je n'avais donc pas d'autres choix que de me jeter sur mon clavier pour vous faire part de mes impressions !

Udaku nous présente donc deux anciens flics de New-York reconvertis en détectives privés afin d'échapper aux magouilles de leur ancien métier. Sans aucune affaire en vue, leur passé les rattrape et ils acceptent de récupérer leur plaque afin d'élucider une affaire du meurtres des plus étranges.
En effet, un groupe de mafieux a été descendu et sur les lieux du crimes ont été retrouvés quatre pouces sectionnés.
Premier soucis : les pouces n'appartiennent à aucune des victimes.
Second soucis :  Certains de ces pouces présentent des anomalies génétiques singulières.
Sans oublier le mot "udaku" qui revient inlassablement au fil de l'enquête, comme un avertissement.

 

Dès les premières secondes de lecture, Brian Bendis impose son style : on a droit à deux pages présentant Twitch et une inconnue croisée dans un bar ; deux pages à la sauce Bendis avec sa succession de cases copiées-collées au cours de laquelle l'auteur construit un dialogue entre les deux protagonistes. Ce genre de découpage permet de créer une atmosphère réaliste mettant en scène un échange anodin à l'aide d'un cadrage cinématographique à base de plans fixes. Bendis semble écrire son récit à travers le filtre d'une caméra comme s'il était en train de composer le script d'un film.
Là où un autre auteur aurait introduit son récit avec une scène d'action, Bendis prend le temps de poser une ambiance réaliste, loin de l'imagerie comics. On oublie directement l'univers de Spawn, les enfers, Violator et toute la team : avec l'appui magistral d'Angel Medina aux crayons et du tandem de coloristes Broaker-Fotos,  Bendis nous présente une histoire tout droit sortie d'un roman noir. Les archétypes du super-héros sont loin et l'introduction du récit le prouve :
Twitch, un flic mal aimé de son service, s'est perdu dans un rade crade plongé dans une lueur maronnasse et il cuve un verre d'alcool fort de basse qualité pendant qu'une clope se consume entre ses doigts.
Et la comparaison au polar ne s'arrête pas là car très vite, les deux anti-héros sont en prise avec un inconnu sans visage habillé d'un imperméable et d'un feutre blanc.
Ce sont tous ces éléments mis bout à bout, la sobriété du cadrage, l'univers réaliste mais glauque et de multiples références visuelles, qui permettent à Sam et Twitch de s'extraire en quelques pages de l'univers fantastique de Spawn. Et même si le trait d'Angel Medina n'est pas sans rappeler celui de Greg Capullo - un habitué de Spawn - la série Sam&Twitch s'en est au final parfaitement détachée.

Puis la lecture continue et ce qui interpelle, si ce n'est ce ton singulier, c'est le réalisme qui émane du récit. Même si l'enquête part vite dans un délire façon Clive Baker, les deux détectives évoluent dans un monde concret, cru et dur. Car dans ce comics, les flics sont avant tout des êtres humains qui des fois n'ont plus le droit de voir leurs enfants depuis que leur femme les a viré de la maison ; des fois aussi ils se payent une bonne cuite quand leurs supérieurs les mettent au placard ; ou encore ils acceptent des pots de vins et voient leur famille menacée...
Bendis ne se contente pas de caser ces éléments par-ci par-là histoire de dire "Ça c'est fait, on passe à autre chose", il met en scène ces éléments et ils deviennent partie prenante de l'action, ils façonnent les personnages et approfondissent le récit.
Ce travail sur le réalisme permet aussi de donner une consistance particulière au duo Sam/Twitch. Au premier abord, comme expliqué plus haut, ils nous apparaissent tout droit sortis d'un Hot Fuzz racoleur mettant en scène le gringalet malchanceux et le gros maladroit. Mais ce serait bien mal les connaître car Sam et Twitch sont certainement les meilleurs flics de leur district :
Derrière ses airs de freluquet, Twitch est le meilleur tireur de la ville. Sam quant à lui cache derrière une montagne de graisse un flair infaillible, fruit d'une vie entière passée dans l'uniforme.
Ce sont des super flics et chacun serait prêt à baisser son froc pour aider l'autre.
Afin de parfaire le réalisme de son scénario, Bendis prend (encore) son temps : il fait ainsi une pause dans le cours de l'enquête pour mettre à mal cette amitié qui unit les deux personnages. Il se permet aussi d'inclure des données de leur vie personnelle ainsi que de celle des seconds couteaux qui ponctuent l'histoire.
Mais ce n'est pas le seul luxe que Bendis se permet quand il s'agit d'appuyer le réalisme de son récit. Il profitera donc de deux planches pour rappeler aux lecteurs que la série Sam&Twitch n'est pas une série de super-héros. Et pour se faire, il s'autorise un caméo de Spawn !
C'est gratuit, juste pour le fun, mais ça a le mérite d'être clair : une bonne fois pour toute, Sam et Twitch gravitent dans un univers de thriller sombre et malsain et non pas dans une histoire de capes et de masques. Alors ok quand on lit Udaku, on a plutôt l'impression que Chris Carter a décidé de rendre hommage à David Lynch, le surnaturel plane étrangement sur toute cette histoire mais il est loin, très loin Al Simmons et son crew infernal.

Une chose est sûre, quitte à prendre des risques Bendis et ses acolytes savent accrocher le lecteur. Et la construction cinématographique d'Udaku y est aussi pour beaucoup : les phases d'actions, les passages introspectifs, le tout est rythmé à la manière d'un film.
Ainsi les 200 pages se boivent comme un bon petit Irish Coffee, un dimanche soir d'automne quand la nuit est tombée et que la pluie frappe aux carreaux.
Les séquences s'enchaînent de manière singulière mais avec une cadence diablement maîtrisée.
Et si la recette fonctionne si bien c'est surtout grâce à un découpage aux petits oignons d'une efficacité terrible. On parlait des longues planches de dialogues aux cases répétitives mais les scènes d'action ne sont pas en reste non plus. Leur mise en page capte à la perfection l'énergie du moment et nous absorbe totalement comme un bon Joel Silver ! Ce qui est très étonnant car les scènes d'action avec Sam et Twitch sont elles aussi parfaitement rythmées, alors qu'entre nous ces deux personnages n'ont pourtant pas la carrure de Mel Gibson et Bruce Willis !
Pour un tel résultat, il faut surtout féliciter le travail magistral de Medina qui possède un trait tout en rondeurs et en lignes de forces. Sous sa plume, on pourrait très bien imaginer les inspecteurs Sam et Twitch foutre leur raclée aux inspecteurs Marcus et Lowrey.
Sans-aucun-soucis !

Les instants de tensions sont eux aussi d'une force étonnante. Ces séquences sont disséminées au sein d'un réseau de cases à la répartition serrée et tendue dans lesquelles les plans s'enchainent nerveusement jusqu'au dénouement tant attendu. Terriblement efficace !

 
Une autre technique visuelle utilisée durant Udaku est la symétrie du récit. Ainsi, la proximité entre Sam et Twitch est mise en exergue au cours de quelques scènes qui les présentent dans des situations similaires à l'aide d'un découpage identique.

Pour finir, une autre technique visuelle du tonnerre permet au comics de se doter d'une véritable pléiade de dialogues énergiques et captivants. Ce résultat est obtenu grâce à l'utilisation de phylactères très particuliers : au lieu d'être des bulles blanches dans lesquelles apparaît le texte, ce dernier s'intègre directement au dessin et n'est souligné que par un fin trait tremblotant qui le relit finalement au personnage. Ce stratagème graphique des plus perturbants est utilisé à outrance jusque durant de longs échanges entre protagonistes, quitte à perdre le lecteur. Au lieu de quoi, cela crée une sorte de canevas de texte qui s'entremêle et finit par donner l'illusion du dynamisme d'une véritable discussion.

Avec ces nombreux procédés de mise en page, notre pool d'artistes crée une réelle force narrative permettant à la fois d'entraîner le lecteur dans un tourbillon d'action tout en approfondissant la relation entre les différents acteurs de l'enquête. Le tout donne à Udaku une dimension humaine l'élevant loin au-dessus d'un simple spin-off de super-héros et l'empêchant aussi de devenir un satané buddy-movie de plus.

 

 

 

Mais alors qu'est-ce qui ne va pas dans cette enquête à la sauce mafieuse ? Car oui il y a quand même quelques points noirs. Mais ce ne sont que des détails, rien qui puisse faire de Udaku un arc moyen.
La première chose qui m'a frappé fut le travail du lettrage. Je ne sais pas ce qu'il en est de la version originale, mais dans l'édition de Delcourt les dialogues de tous les personnages possède la même police de caractère sauf ceux de Sam Burke. Pourquoi ? Au départ je ne m'en suis pas rendu compte car les deux polices sont assez proches l'une de l'autre. Mais une fois que l'on a le nez dessus, on ne voit plus que ça.
Premièrement : quitte à différencier deux personnages par leurs dialogues, autant y aller franco et ne pas jouer avec deux polices trop similaires.
Deuxièmement : pourquoi différencier Sam du reste des protagonistes ? Un tel choix me laisse encore maintenant perplexe. Et pourtant à la base, j'aime cette idée d'avoir une bulle personnalisée par personnage, avec sa propre forme et sa propre police de caractère. Mais alors tout le monde doit être logé à la même enseigne.
La seconde chose qui m'a interpellé tient encore une fois du détail et ne concerne que le scénario : ainsi Bendis proposera une piste quant au dénouement possible de l'enquête mais par la suite plus personne ne parlera de cette piste, comme si elle n'avait jamais existé. Ce genre d'élément m'a d'autant plus frappé que le reste du scénario est globalement sans faille.
Globalement... car au milieu du récit, on peut assister à la scène de fusillade la plus hallucinante qui soit. Selon moi, une séquence totalement incongrue voir même proche du non-sens total. Avec cette histoire de fausse piste, ce sont les deux seuls points qui m'aient choqué, car ils prennent place dans le récit avec une certaine désinvolture qui ne correspond pas à l'idée que je me fais du travail de Brian Bendis.
La dernière chose qui selon moi peut faire du tord à Udaku serait une fin un peu vite envoyée (sans pour autant perdre en intensité, qu'on se le dise) et un épilogue d'un laconisme plus que frustrant, frôlant la paresse narrative.

 

Néanmoins, cela n'empêchera pas cette première aventure de présenter deux équipes d'une efficacité folle :
Tout d'abord Bendis&Medina, qui ont su créer un microcosme complet et profond loin de la puissance de l'univers de Spawn tout en captant l'attention du lecteur grâce à un découpage intuitif et un style graphique tout en énergie et dynamisme. Puis nous avons Sam&Twitch, deux personnages presque palpables, complets, concrets, crus et surtout imposants. Ils sont peu de choses mais on a envie de les suivre jusqu'au bout de leurs enquêtes.
Pour peu qu'on me demande de choisir entre ne plus jamais lire de Spawn et ne plus jamais lire de Sam&Twitch, j'hésiterais.
Sincèrement.

En cherchant bien, vous devriez parvenir à vous procurer la suite de cette série - ne serait-ce qu'en V.O. Alors achetez-moi ce sympathique pavé qui vous ouvrira à coup sûr l'appétit !
À cette affirmation, Sam Burke rajouterait certainement : "
... comme un bon gros hot-dog dégoulinant de sauce ketchup avant d'attaquer l'apéritif !".
"
La prochaine tournée, elle est pour moi !" lancerait Twitch en guise de conclusion.



Bilan :

Les [+] :
- Des personnages loin des clichés dont abondent les comics à capes.
- Une narration soignée grâce à un découpage dynamique et intrusif et à un dessin énergique.
- Un univers particulier façonné à la sauce polar, décalé et agréable.

Les [-] :
- Un travail sur le lettrage des plus déstabilisants.
- Un dénouement abrupte.
- Un épilogue trop laconique.

La note de Deadpoule : 3,5 sur 5

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