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Aquaman - La mort du prince : des embruns au parfum de nostalgie

Aquaman - La mort du prince : des embruns au parfum de nostalgie

ReviewUrban
On a aimé• Une façon de redécouvrir l'univers d'Aquaman
• Une ambiance richement rétro
• Le "Knightfall" d'Aquaman très en avance sur son temps
On a moins aimé• Toute l'écriture des 70's
• Les climax dramatiques loupés
• Les couleurs vieillissent moins bien
Notre note

Avec sa première aventure solo sur grand écran, Aquaman ne pouvait naturellement pas être laissé de côté par Urban Comics du côté des parutions librairie. La question étant de savoir que publier. Problème, les inspirations les plus évidentes du film, venues de Geoff Johns, sont déjà rééditées en intégrales, et la série Rebirth suit son cours, à côté d'un tirage plus récent du sympathique passage Sub-Diego. C'est donc un plongeon (littéral) vers le passé que l'éditeur français nous propose, avec cet imposant La mort du Prince. Un titre certainement en avance sur son époque lors de sa publication, qui montre qu'Aquaman n'aura pas attendu le Dark Age pour se montrer particulièrement sombre.

L'assemblage de ce volume est d'un intérêt certain. Au courant des années 1970, Aquaman perd de sa popularité et DC Comics arrête la publication en '71 de son titre régulier, pour rapatrier les aventures d'Arthur Curry dans les pages d'Adventure Comics. Là, plusieurs scénaristes se relaient, donc Steve Skeates, Paul Levitz et David Michelinie (qui co-créera par la suite Venom et se montrera très prolifique dans les années '90 sur Spider-Man), qui vont emmener notre héros dans une succession de mésaventures à la limite de l'acharnement. Dans un processus de déconstruction extrême du micro-univers qui entoure Aquaman à l'époque (sa famille, ses amis, sa situation royale), le héros rencontre sans temps morts ses plus grands adversaires, qui l'assaillent inlassablement, en vue de lui faire perdre son titre de Roi, ses compagnons de toujours, voire sa famille - le titre de l'ouvrage étant assez explicite. Un moment très sombre de l'histoire d'Aquaman, et qu'on prend plaisir à découvrir. Et qui, à l'époque, aura permis à Aquaman de revenir à sa propre publication après six ans de pause (parce qu'on ne relaunchait pas forcément dans l'bon vieux temps).


La mort du Prince permet en effet, puisqu'Aquaman n'est pas le plus connu des héros DC même dans le versant papier, de retrouver un univers d'époque qui a aujourd'hui bien changé. Où Orm est bien le demi-frère d'Arthur, mais n'a pas d'ascendance Atlantéenne ; où Mera justifiait ses pouvoirs parce qu'elle venait d'une autre dimension ; où le couple a joui de leur union d'un fils, Arthur Jr., surnommé Aquababy (c'est niais, c'est mignon, c'est le Silver Age). Où Aquaman a pour fidèle allié la pieuvre Topo - qui fait une apparition plutôt curieuse sous la caméra de James Wan, d'ailleurs. En somme, une sorte de photographie pour capter un instant d'un passé que les nouveaux lecteurs n'auront pas connu, alors que les plus vieux reconnaîtront les références aux publications d'époque chez Arédit ou Sagédition.

Outre la sensation de re-découverte, La mort du Prince marque par ses thématiques d'époque ; si les vilains emblématiques (Black Manta, Orm, mais aussi le terrible Fisherman) sont de belles figures de comicbooks, leurs motivations et leurs machinations font office de rappel aux grandes craintes de l'époque, certaines étant toujours bien actuelles si l'on parle d'océans. Pollution chimique (aux références techniques poussées), crainte du nucléaire, trafic d'armes entre nations, Michelinie et compères n'hésitent pas à s'ancrer (pun intended) sur le réel pour dépeindre les enjeux ; un général de l'OTAN faisant même office de semi-antagoniste régulier. Bien qu'au départ, la lecture soit rendue un peu ardue par le sentiment d'avoir de petits "récits complets", les scénaristes s'accordent pour mettre en place une trame de long terme, développant une belle continuité au fil des numéros.


C'est là qu'on pourra y retrouver un cheminement similaire à Knightfall des années avant l'heure, puisque le but est d'amener Aquaman au bout, de lui faire vivre des aventures de plus en plus difficiles, à la fois physiquement que psychologiquement. Avec en climax un évènement terriblement difficile, où la façon très sèche qu'a Michelinie de l'aborder dans un second temps fait lever un curieux sourcil quand on voit sur chacune des couvertures (délicieusement rétro) le logo du Comics Code Authority. Des prémisses des changements à venir ? C'est un ressenti qui se fait à la lecture. 

Le gros problème dans cet ouvrage du passé, c'est qu'il en a autant les qualités que les défauts - et en fonction de votre appréciation des anciens codes de narration, votre lecture en sera plus ou moins agréable. Qu'il s'agisse de la façon dont parle les personnages et leur façon de tout expliquer à l'oral ce qu'ils font, des cases de narration trop explicites, de dialogues kitschs ou de retournements de situations franchement abrupts, il y a de quoi rebuter, de façon, presque, à se demander si un découpage en deux tomes de la part d'Urban n'aurait pas été judicieuse - ou de votre côté, une lecture en deux temps. D'autant plus que les moments les plus dramatiques sont très rapidement éclipsés, et que certaines interactions sont franchement sous-travaillées, quand certains récits en back-up trouvent un intérêt plus ou moins grand.


Il faudra donc composer avec votre tolérance à ces errements d'époques pour mieux apprécier le cocktail d'aventures sous-marines. Qui du côté de la partie graphique, n'ont pas à rougir. Des artistes qui ont marqué les époques tels que Mike Grell, Don Newton, mais surtout Jim Aparo, très présent dans cet ouvrage, démontrent de leur savoir faire. Avec un trait caractéristique qui vieillit là très bien Aparo et consorts s'en donnent à coeur joie pour faire vivre l'environnement sous-marin d'Aquaman. Le personnage se meut dans des positions hyper dynamiques, la faune océanique est exploitée à de nombreuses occasions, avec quelques créatures fantasques au design amusant. Si ce n'est pour quelques couleurs qui commencent à dater, La mort du Prince a ce mérite d'être une jolie vitrine artistique - et tant pis si l'écriture prend un peu l'eau.

Aquaman - La mort du Prince s'attache à une période culte dans l'historique du personnage, compilée dans un album en forme de photographie d'époque. Une façon de redécouvrir le personnage et de voir comment des auteurs lui auront fait vivre les pires malheurs. Mais pour ce faire, et malgré une partie artistique encore solide aujourd'hui, il faudra faire avec des écueils de narration et d'écriture qui peuvent vite rendre la lecture lourde. A lire peut-être en plusieurs temps, pour apprécier sans boire la tasse.

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Arno Kikoo
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