Home Brèves News Reviews Previews Dossiers Podcasts Interviews WebTV chroniques
ConnexionInscription
Eternity : le cosmique cinq étoiles venu de Valiant

Eternity : le cosmique cinq étoiles venu de Valiant

ReviewIndé
On a aimé• Une lettre d'amour à la SF
• Kindt s'amuse toujours autant avec le temps
• L'imaginaire du dessin de Hairsine
• La richesse des niveaux de lecture
• Un prologue qui décolle les rétines
On a moins aimé• Une facilité dans l'intrigue
• Le dessin de Hairsine un peu brut
Notre note

Du côté de Valiant Comics, l'auteur Matt Kindt, faisant parti des principaux architectes de leur univers depuis le reboot de 2012, aura alterné avec des reprises des personnages emblématiques de l'éditeur, tout en allant s'amuser avec ses propres créations. Dans ce second cas, on retient Divinity, véritable exploration sur le temps et préparation d'une uchronie explosive en trois étapes, dont le point d'orgue Stalinvers nous avait été proposé il y a un an. Kindt reprend à présent avec son couple de héros omnipotents pour les emmener dans une toute autre histoire, aux confins de l'univers, et riche de sens : Eternity.

Abordons tout de suite un point pour couper court aux questions : faut-il avoir lu Divinity avant d'entamer cette lecture ? On sera tenté de vous répondre par l'affirmative juste parce que la qualité de la trilogie est telle qu'il serait dommage de ne pas en profiter. Dans les faits, Eternity commence avec un numéro Divinity #0 qui fait le résumé des précédents tomes et permet un contact bref mais efficace pour connaître les personnages principaux. Ajoutons à cela qu'il est magnifiquement illustré par un Renato Guedes tout en peinture, pour se convaincre que le voyage en vaut la peine.


Abram Adams et Myshka se sont isolés pour mener une vie loin de tous débordements temporels et autre bizarreries, et ont eu un enfant ensemble. Bien entendu, cette vie tranquille  ne tardera pas à être perturbée quand des êtres venus du confins de l'espace, de l'Inconnu - cette zone qui a donné ses pouvoirs aux deux héros - pour récupérer leur enfant. Dans quel but ? C'est au-delà des limites de la galaxie et de l'esprit humain que Divinity et sa compagne vont aller le découvrir.

Une fois de plus, Matt Kindt fait étal avec Eternity de son amour de la science-fiction, en versant ici dans une lecture à plusieurs niveaux. Bien sûr, la quête de rescousse de Divinity pour son enfant est le moteur principal, et l'occasion pour l'auteur de créer une partie de l'univers Valiant jamais vue, qui va chercher des idées et des concepts à la fois somptueux et perchés. Visuellement, c'est de côté que se fait aussi le second niveau de lecture, puisqu'Eternity est aussi une histoire qui nous parle de science-fiction en tant que genre littéraire. L'auteur s'attache à lui donner ses lettres de noblesse et rend hommage aux écrivains qui l'ont façonné ; on y parle d'extra-terrestres, de robots, de transhumanisme, du temps, et de toutes ces histoires qui auront permis in fine à Kindt d'écrire ce comics.


En quelque sorte, le scénariste transpose sur le papier son histoire et l'envie de créer par l'enfant d'Abram et Myshka, le couple de héros étant mis face, au cours du récit, à un cruel dilemme. Eternity n'en oublie pas non plus l'élégante façon dont Kindt s'amuse à jouer sur la temporalité de ses récits, un aspect qui était déjà au coeur de sa précédente trilogie. On s'amusera donc à retracer l'ensemble de l'histoire en fonction des points de vue, pour déterminer quel est l'évènement, selon la conception du temps, qui intervient en premier. Un regard certain pour une science-fiction intelligente, qui accepte à la fois d'avoir quelques éléments obligatoires (on devine aisément qui est le "méchant") tout en étant très riche dans son processus créatif. De fait, on se retrouve avec un mélange d'influences, qui pioche autant dans le space opéra que dans une SF plus cérébrale ; un récit intelligent mais qui se veut accessible, sans verser dans la facilité.

Il faut souligner d'ailleurs le travail remarquable effectué par Trevor Hairsine sur l'album, toujours accompagné de Ryan Winn (encrage) et David Baron (couleurs), le trio se surpassant visuellement. L'univers imaginé aux confins de l'univers est empli d'images fortes, qui transpirent d'inspirations multiples, et proposent une très belle vision du cosmique Valiant qu'un Moebius ne renierait sûrement pas. Les peuples rencontrés, et surtout les décors qui arrivent pour certains à sortir de leur fonction en allant eux-mêmes interpeller le lecteur, sont autant d'éléments qui parsèment un très beau voyage artistique, qui atteint son point d'orgue (à l'humble avis de votre rédacteur) ou la technique même du dessin, utilisée dans les comics, devient un outil narratif. Du grand art, pour peu que vous soyez sensibles au trait de Hairsine, par moments un peu brut.


Un petit paragraphe également pour mentionner une partie bonus toujours agréablement fournie, caractéristique des publications Bliss, et notamment le making-of de certaines planches de l'album, qui permettent de voir l'évolution du crayonné au dessin finalisé avec les commentaires des artistes impliqués - à se demander pourquoi on ne retrouve pas ça plus souvent dans toute l'industrie.

Coup de coeur pour Eternity, nouvelle prouesse de Matt Kindt après une trilogie Divinity déjà très réussie. Exploration de l'espace et du temps, hommage aux récits de science-fiction dans toute leur diversité et méta-commentaire sur le processus créatif, Eternity gagne par sa richesse et ses niveaux de lecture qui font facilement oublier deux-trois détails narratifs. De même, on se retrouve avec des planches sur lesquelles Trevor Hairsine laisse aller son imagination et délivre un univers travaillé et de toute beauté. Une lettre d'amour à la SF qu'on vous recommande sans hésiter.

Vous pouvez commander Eternity chez notre partenaire à ce lien.

Arno Kikoo
est sur twitter
à lire également

Bliss Comics dévoile son programme pour les mois d'août à octobre prochain

Actu Vf
L'éditeur français Bliss Comics, en charge des titres Valiant sur notre beau territoire, a annoncé il y a peu le début de son programme ...
Commentaires (4)
Vous devez être connecté pour participer