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Web of Venom : Ve'Nam #1 : Le premier symbiote n'avait pas une gueule de porte-bonheur

Web of Venom : Ve'Nam #1 : Le premier symbiote n'avait pas une gueule de porte-bonheur

ReviewMarvel
On a aimé• Predator
• The Thing
• Firebase
On a moins aimé• Dispensable vis a vis de la trame principale
• Un peu court ou léger vis a vis de la promesse
Notre note

Il y a bientôt un an, Marvel annonçait une vaste campagne de publications autour de Venom. Une manière de célébrer les trente années d'existence du personnage, et de préparer le terrain pour le film réalisé par Ruben Fleischer et prévu pour cet automne. La première moitié de cette surexploitation soudaine s'est matérialisée sous la forme la plus abjecte possible dans ce genre de cas, en bombardant les événements, crossovers et mini-séries. Le résultat (catastrophique) laissait à penser que Marvel était incapable de trouver une idée pour rendre Venom intéressant, sous la moindre approche envisagée. 

L'éditorial des grandes sociétés d'édition arrive parfois à prendre le problème à l'envers : plutôt que de considérer un héros en vue suite à un projet d'adaptation comme une simple machine à fric, ils tentent aussi d'en faire quelque chose de lisible. Voire de bon ou d'excellent, dans le cas du symbiote repris en main par Donny Cates et Ryan Stegman.
 
Cette équipe créative aura marché dans les traces d'autres grands réformateurs : pour renouveler un personnage, pour en faire quelque chose de puissant, appliquer une méthode simple et basée sur les retcons. Cette pratique a fait ses preuves depuis que Frank Miller a fait de Daredevil un héros versé dans le folklore ninja, qu'Alan Moore a transformé Alec Holland en souvenir mensonger réinterprété par un authentique golem végétal, et que Joe Michael Straczynski a réinventé le mythe de l'araignée dans son impeccable run de Spider-Man. En résumé, pour faire un chef d'oeuvre, il faut tout démolir, et c'est ce que Donny Cates aura bien compris.
 

 
A travers son premier arc, le scénariste a semé l'idée que le symbiote qui aura infecté Peter Parker en 1984 était loin d'être le premier découvert par les humains. L'espèce avait une première fois émergé au regard du gouvernement américain pendant la Guerre du Vietnam, une période trouble où la nation étoilée aura vécu sa première défaite militaire. Et où, en toute logique, le désespoir de trouver un super soldat capable de l'emporter sur l'infâme Charlie était une priorité.
 
Cates emballe ce principe et profite de l'appétit de Marvel, qui cherche à vendre la marque Venom sous toutes les coutures sans réitérer l'erreur Cullen Bunn, pour sanctifier cette retcon via une parution séparée. C'est ainsi que Web of Venom : Ve'Nam #1 voit le jour, sans Ryan Stegman qui est remplacé par Juanan Ramirez, une nouvelle très bonne lecture proposée par l'auteur.
 
Si vous n'avez pas lu les premiers numéros du run de Cates, il faut comprendre que certaines de ses idées paraissent curieuses sur le papier (et donc, n'allez pas plus loin). Dans la mythologie réinventée par le scénariste, la planète des symbiotes n'existe pas, et ils ne sont pas une réelle race alien mais une cohorte d'esclaves synthétiques inventés par une sorte de dieu cosmique du chaos. Ce-dernier, en envoyant ses légions coloniser par symbiose les planètes où évoluaient différentes formes de vie, aura perdu en chemin une sorte de dragon huileux, sur lequel l'infâme gouvernement aura fait des expériences. Et, comme d'hab parce que ce sont les Etats-Unis, créé des soldats-symbiotiques.
 

 
Cates emprunte dans ce numéro une iconographique qui aura fasciné d'autres auteurs avant lui : la jungle vietnamienne, le monstre, le mystère d'une race alien capable de muter. L'hommage le plus évident est évidemment celui rendu au film The Thing de John Carpenter, avec un symbiote capable de prendre l'apparence de qui il souhaite (et est évidemment sensible au feu). On peut retrouver également du Predator dans les premières planches où un soldat égaré tombe nez à nez avec l'escouade des soldats parasités, de même que dans la description de Fury qui explique que cette race est quasi-invisible au regard humain.
 
Le numéro est assez bref, rythmé et bien dialogué. Si on peine à comprendre comment un Nick Fury classique pouvait déjà être là à l'époque, l'ensemble propose un twist pas inintéressant et une revalorisation des enjeux ou de la dangerosité que posent les symbiotes. Ce qui est plutôt cool, pour une race dont on se sera surtout servie comme d'un jouet récemment, avec Venomverse en particulier - autant être clair, tout ce qui concernait les Poison il y a quelques mois est désormais à considérer comme hors continuité.
 
En jouant avec les codes de série d'action et d'horreur et le décor du Vietnam, on retrouve des accents de ce que Neill Blomkamp espérait faire dans son long-métrage avorté Firebase : mêler le cauchemar du Vietnam à un répertoire de l'horreur facile d'accès, les infectés, la folie, l'esprit de survie dans ces grandes forêts parsemés de pièges potentiels. Les dessins de Ramirez sont à ce titre superbes, et les couleurs descendues rendent un effet jauni de vieille photographie qui fonctionne dans cette petite histoire séparée qui s'apprécie comme un plaisir vite digéré.
 

 
C'est d'ailleurs un reproche en filigrane : si on apprécie que Marvel ne tartine pas sur les minis et se soit mise d'accord avec Cates pour lui laisser les clés des exagérations autour du film Venom (à l'exception de First Host de Costa et Bagley, qui enterre toute idée de cohérence d'ensemble et saute sur la tombe en criant "nique toi, j'étais là le premier"), ce concept aurait pu donner lieu à une mini un poil plus généreuse que ces quelques pages. C'est étrange, après avoir été à ce point abusés par les concepts fumeux de la Maison des Idées, mais pour une fois, on en voudrait plus.
 
Puisque, laissée là au milieu d'autres sorties plus agressives, Web of Venom : Ve'Nam #1 a tout de la bonne idée pour lancer un véritable concept. Voire un crossover avec le Punisher lieutenant de Garth Ennis, ou de proposer un arc conceptuel façon Platoon ou Apocalypse Now pour mettre un peu plus de politique historique dans ce contexte régalant. En résumé, une belle idée mais qui pêche par manque d'ambitions, malgré d'évidentes qualités.
 
Et à la fois, l'éditeur a eu l'honnêteté de ne pas se foutre du lecteur avec un titre qui fait le boulot sans tirer sur la corde. Une très bonne petite lecture, bien illustrée et qui trouve les bonnes références dans ce grand bain de sang et d'huile noire qu'aura été le Vietnam fictif de Marvel, en espérant pouvoir trouver d'autres spin-offs quali' à l'avenir dans les mains de Donny Cates. S'il est trop tôt pour juger de tout le travail du scénariste sur la mythologie symbiotique, on peut d'ores et déjà dire que son premier arc et ce petit numéro bonus font partie des meilleures choses à être arrivées à Venom depuis sa création. Comme quoi, parfois, l'empressement éditorial a du bon. 
Corentin
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