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Punisher : The Platoon, où il n'y a que la Guerre

Punisher : The Platoon, où il n'y a que la Guerre

chronique

Il y a six mois de cela, s'ouvrait Punisher : The Platoon, énième plongée du géant Garth Ennis dans deux de ses passions : la vie de Frank Castle et les récits militaires, ceux des vrais gars de vrais champs de batailles. Autour d'un verre et de lointains souvenirs, les restes d'une équipée de soldats de la Guerre du Vietnam retracent pour un écrivain l'histoire de leur rencontre avec le Punisher, qui n'était à l'époque qu'un type droit dans ses bottes avec un M16 et l'amour du drapeau.

Découpée en six numéros, la mini-série est une parenthèse assez parfaite dans la carrière moderne du héros à tête de mort. Ennis y disperse tout, ses codes, son écriture verbeuse, son amour du jargon référentiel aux vrais dialogues tactiques, un peu de violence et beaucoup d'humanité. Marvel aura confié au scénariste ce personnage qui lui doit beaucoup - la tournure consacrée est de dire que si Frank Miller a créé Daredevil tel que nous le connaissons, Garth Ennis en a fait autant avec le Punisher - peut-être en espérant plus qu'une simple diatribe de ses thématiques préférées. Peut-être pour, une énième fois, sanctifier le retour de noms d'envergure. Après tout, Steve Dillon était aussi revenu prêter main forte, sur une ongoing
 
Et puis, l'année dernière aura été abondante du côté de Castle, une série télévisée s'étant forgée autour de lui et du brillant Jon Bernthal, premier Punisher des écrans à porter fièrement le blason crânien à l'ombre de séries B ou Z plus ou moins agréables dans le registre du plaisir coupable. La dernière série l'aura mis dans le costume de War Machine, et c'est d'ailleurs là-dessus que l'on peut dresser un parallèle intéressant : si Matthew Rosenberg choisit de voir en lui un potentiel bras armé des Etats-Unis, ce n'est pas la première fois que ce héros endosse une posture de patriote.
 

 
On se souvient des Ultimates avec le Punisher en Captain America contraint et forcé. Souvenir pas forcément agréable, mais pertinent si on l'accole à ce que fait Ennis ici : son Frank Castle est un Captain America pour adultes. Bon, valeureux, amoureux de la nation étoilée et fier de la défendre, tout en n'oubliant pas l'absurdité ou la brutalité de ce conflit dans lequel l'Amérique a été se perdre pendant tant d'années. C'est cette stature de colosse au regard innocent, traversé de bonté et de l'envie simple de protéger ses gars, son plateau, son équipe, que le lieutenant Frank Castle arbore dans un récit superbement illustré par Goran Parlov, et qui dit plus sur les soldats de n'importe quelle guerre qu'elle ne dit en réalité sur les origines du Punisher. Ce n'est presque pas le sujet.
 
Voilà de quoi parle Garth Ennis : les champs de batailles, les forêts vietnamiennes, les tranchées et un ciel dégagé de bombardements aériens. Ce monde où il n'y a que la guerre et où le civil retranché devant son poste de télévision disparaît, où seul le soldat - dans chaque camp - peut envisager ou réaliser l'ampleur de la fracture. Avec un recul et un respect pour les authentiques vétérans, le scénariste fait le choix de ce récit rapporté, qui laisse une place secondaire à Castle. On ne fait que suivre ces hommes et le regard que chacun porte sur ce héros à qui ils doivent la vie. Le coeur du texte se concentre sur la réalité au quotidien des missions, des batailles (violentes !) et des assassinats.
 
A la manière des Lettres d'Iwo Jima, Ennis n'oublie pas non plus le point de vue adverse. Je vous avais peut-être parlé de The Other Side de Jason Aaron, récit fantastique sur le même conflit avec la même posture historique : présenter les Américains comme l'ennemi et suivre le parcours d'une valeureuse recrue Viet Cong. Ce comics là, inspiré par les écrits de Gustav Hashford (qui seront adaptés par Kubrick dans le brillant Full Metal Jacket) était à sa façon la résurgence d'une pensée moderne : la guerre est une épreuve douloureuse pour l'homme, peu importe qu'il l'emporte, la perde ou quelles que soient ses raisons et convictions. Si Ennis n'ose pas, avec sa verve étrangement américaniste, remettre en cause l'amour du drapeau de ses vétérans de papiers, le point de vue vietnamien est traité avec force et respect.
 

 
Ces guerriers sont aussi présentés comme déchirés entre la folie passionnée de leur amour rebelle, et la routine de conflits qui ne font que s'accumuler depuis les Japonais, les Français, et les capitalistes de l'ouest. Tout cet appareillage fait de Punisher : The Platoon un fantastique récit sur la Guerre, plus que sur Frank Castle, et ce constat ne surprendra pas les amoureux du Garth Ennis récent. Passionné par les avions et les tanks, les petits soldats et les armes à feu, l'auteur est de cette catégorie des armateurs mesurés. Ceux qui écrivent les meilleurs polars, les meilleurs actionners et les meilleurs gun nations, parce que derrière cet aspect que certains verront comme un point de vue de l'école NRA, Ennis insuffle à chacun de ses héros une profonde humanité.
 
On l'aura vue en particulier dans Preacher, bouleversant récit phare du scénariste. Mais on ne cesse de le voir depuis, lorsqu'il consent à descendre de sa branche de satiriste absurde et troque ses têtes explosées et son balls to the walls contre le sérieux qu'exige, en l'occurrence, ce genre de témoignages, brillants. La série est belle, superbement racontée et illustrée, dans une gouache de dialogues qui imite le franc parler et l'authenticité des répliques militaires. Son Castle est un Steve Rogers qui passe du bleu au vert, obnubilé par la solidarité envers ses hommes, la promesse de rentrer à la maison retrouver femmes et enfants, et le mépris de sa hiérarchie de planqués. 
 

 
L'énième déclaration d'amour d'un auteur aux porteurs de treillis, Punisher : The Platoon rappelle que le vieil Ennis n'aura jamais fini de nous impressionner. Plus à l'aise dans ce registre que dans certains délires ultra-violents ou neuneus de ces dernières années, il accepte de collaborer avec Marvel (plus qu'avec DC) en échange de la promesse de pouvoir s'attaquer à ses thématiques de choix. Il en ressort un excellent récit, beau et parfois assez profond, sur le passé documenté de ces soldats paumés à la recherche de Charlie. Une énième bastos du plus Américain des scénaristes irlandais, avec Mark Millar, cela va sans dire.
Corentin
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