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Ragnarök : Le Crépuscule des Dieux

Ragnarök : Le Crépuscule des Dieux

DossierMarvel
Depuis quelques années, le fans constatent que le namedropping de titres qu'empruntent les films Marvel à d'authentiques arcs de comics n'est parfois qu'un effet de manche. Inversement, on peut se demander si l'emploi même du nom Ragnarök, représenté à l'écran par Taika Waititi dans la troisième installation de son héros barbu n'est elle pas doublement erronée.
 
En comics, la publication de Thor aura été partagée entre un cycle passant souvent du cosmique au super-héros, oui, mais en n'omettant la noblesse du matériau où le divin porteur de Mjölnir tire son intérêt premier. A l'image de Wonder Woman, les personnages mythiques transformés dans l'apparat de la bande-dessinée à l'Américaine se sont souvent souvenus d'où ils venaient, et ont proposé à de maintes reprises des réécritures modernes de grands mythes au sein même de publications ongoing.
 
Evidemment, le Ragnarök est sans doute le parent pauvre du lot - difficile de statuer sur un événement qui synthétise à la fois la fin du monde, la mort des dieux et de l'humanité, et la destruction totale d'à peu près tout excepté une alcôve et une dimension mortifère (parce que même chez les textes grecs, on se laisse des portes ouvertes au besoin de rebooter). Parlons un peu de l'apocalypse initiale de cette mythologie à part, hérité des germains et prêté aux Scandinaves, dont Marvel aura retenu quelques leçons. 
1. Viking in the north
Chapitre 1

Viking in the north

Les principales sources de textes sur la mythologie nordique sont l'Edda Poétique et l'Edda en Prose ou Edda de Snori, en référence à Snori Sturluson, un historien, poète et politicien Islandais auteur de cette seconde version. Dans ses deux versions, l'Edda reprend le principe de tout grand texte : organiser ce qu'on connaît des traditions, légendes et croyances en un tout cohérent. On part de la création du monde pour terminer à son apocalypse inévitable, qui se trouve être dans les deux cas un fier moment de bravoure.

Là où ces textes ont le plus directement influencé la création des comics dans les années 1960 par Jack Kirby et Stan Lee, leur plus récent porte-voix aura été le compositeur Richard Wagner. La mythologie nordique est étroitement lié au vieux folklore germanique, aussi lorsque Wagner compose L'Or du Rhin (Der Ring Des Niebelungen), entre autres créations dont chacun se souvient surtout de l'ouverture sur la Chevauchée des Valkyries pour d'obscures raisons, il affuble les héros de la déclinaison allemande de leur nom, mais les concepts sont déjà là.

Cependant, le compositeur ne fera qu'effleurer le Ragnarök dans l'apothéose de son grand final, celui-ci restant un exemple parfait de mythe de fin du monde à la Mahabharatat, où les hommes ont assez peu de combats à mener. Et comme il ne conviendrait pas de faire peur à qui que ce soit en prévoyant une date précise, l'apocalypse est ici décrite à travers une simple prophétie.


Le Ragnarök est compté de la bouche d'une prophétesse et d'un géant, lesquels donnent l'ensemble des détails. Lorsque l'histoire commence, Loki a déjà tué Balder le frère de Thor, se présentant automatiquement comme un ennemi et se retrouvant enchaîné à perpétuité. Le démon du feu Sultur patiente tranquillement en attendant son heure, tandis que les enfants de Loki, le loup géant Fenrir et le serpent de Midgard Jörmungand sont eux aussi enchaînés ou bannis.

Selon la légende, Loki aura eu avec la géante (une race équivalente aux Titans) Angrboda ces deux enfants monstrueux, l'un trop dangereux et venimeux pour demeurer à Asgard, l'autre grandissant sans cesse au point de devenir capable de détruire les Dieux de sa mâchoire carnassière. D'autres rejetons accompagnent la portée, parmi lesquels Hel (ou Hella) la déesse qui représente une version inconcrète du monde des morts. Cette avalanche de noms propres étant presque terminée, voilà ce qui se passe quand, lorsque le soleil s'éteint, dévoré par un des loups frères de Fenrir, et que s'amorcent les trois hivers consécutifs qui mèneront au chaos final.

L'arbre universel Yggdrasil se met à trembler, Surtur fend le ciel de son épée enflammée et mène avec lui les démons du feu. Loki se libère de ses chaînes, et part depuis le monde des morts mener une armée sur Asgard, tandis que Fenrir et son frangin reptilien abondent eux aussi vers la demeure par-delà le Bifrost. Tous combattent dans une immense vallée, où la plupart des figures mythologiques sont assassinées, y compris Odin qui meurt dévoré entre les crocs de Fenrir. Une fois le loup tué par un des fils du dieu tout puissant, le serpent meurt de la main de Thor qui ne survit cependant pas à son poison. La suite est festive, puisqu'en sa démence Surtur enclenche un incendie qui embrase toute forme de vie jusqu'aux étoiles, seul le monde de Hel et un recoin de l'arbre d'Yggdrasil échappent aux flammes, où tous périssent, y compris le vil démon du feu. Les étoiles disparaissent, la mer seule épargnée engloutit la Terre et les mondes, et tout s'obscurcit.


L'apocalypse n'est cependant pas totale dans la mythologie nordique : après cet événement, on apprend qu'avant d'être mangé, le soleil avait eu le temps de donner naissance à une fille qui prendra sa suite un jour. Elle-aussi éparné par le feu, cette seconde lueur se remet à illuminer une mer d'où la Terre rejaillit, et où deux humains, Lif et Lifthrasir, se chargeront de repeupler l'espèce, tandis que quelques dieux abrités ou ressucités reviendront former un nouveau panthéon : Mooi et Magni, les enfants de Thor qui ramènent avec eux Mjölnir et reprennent le rôle de leur père, ainsi que Vior et Vali, deux enfants d'Odin ayant échappé au massacre.

La prophétie ainsi mentionnée décrit ce lointain futur qui marquera un recommencement davantage comparable à une sorte de grand déluge, ou à la conception grecque des générations divines. En cela, une lecture judéo-chrétienne aura tendance à comparer à tort l'idéal du Ragnarök à celui de la fin du monde, quoi que la Bible elle-même comporte un passage similaire dans la prophétie d'Ezzechiel dans le Livre des Révélations. En définitive, point de résurrection de l'ensemble du panthéon, point d'essence éternelle pour Thor et Odin, ceux-ci sont bien morts et n'auront été qu'un épisode dans la longue éternité que comprend cette mythologie.

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2. L'Edda Séquentielle
Chapitre 2

L'Edda Séquentielle

Les comics auront une lecture bien plus terre-à-terre du concept - on comprend pourquoi. La difficulté d'associer au Ragnarök de Thor une apocalypse partie d'une seule série et à appliquer (si on suit la logique) à tout l'univers Marvel dans son entier était problématique, aussi aura-t-il fallu codifier. On oublie l'idée de Loki en paternel des différentes incarnations du chaos, on oublie une construction concrète de concepts invraisemblables, le besoin de ramener les idées à "est ce que le héros peut leur taper dessus" conditionnant une réécriture qui garde tout de même de bons accents de fidélité.


Dès les premiers pas du personnage, on retrouve une inspiration soignée de Jack Kirby et de son étonnante perspicacité créative. Là où l'auteur appliquera une vision cosmique du personnage à sa peinture d'Asgard et du Bifrost, beaucoup de personnages et de concepts sont déjà présents et illustrent avec respect l'idéal qu'on peut se faire de la séculaire rivalité Thor/Loki. En 1963, Marvel enrichit l'ampleur du mythe avec les back ups du titre Tales of Asgard, un titre à la fois représentatif du Silver Age et vu par beaucoup d'analystes comme un pivot dans la façon dont l'éditeur considère le personnage, adossée à un millier de reprises d'authentiques légendes du folklore scandinave. 

Des histoires généralement teintés d'une petite morale à destination de lecteurs enfantins, où l'envie d'éduquer sur les rites et coutumes des lointains pays du nord de l'Europe sont tout de même présents. Entre outre, au delà de l'habituel défilé de vilains grotesques, entre des bestioles emblématiques des années '60 et '70, on retrouve déjà Surtur, Balder et les Géants, jusqu'à un axe mythologique que prendra la série avant de repartir vers des élans plus cosmiques.

 

Un essai sur le Ragnarök est tenté entre les pages de Thor #272 et #278, où le scénariste Roy Thomas présente un arc dans lequel Odin met en scène une parodie de la prophétie pour tenter d'échapper à la mort. Roy Thomas appliquera cette envie de coller aux grands récits nordiques de la même façon en adaptant l'histoire de Siegfried du Niebelungen entre les pages de Thor #285 et #290 où le héros récupère l'épée de la légende et les thèmes de la saga du Ring.

Plus tard, Walt Simonson reprend le bébé viking au numéro #337 pour un run resté célèbre, qui inventera entre autres un second porteur du marteau Mjölnir, Betha Ray Bill. Riche d'un bon millier d'idées, son travail passera aussi par une réintroduction de Surtur dans une caractérisation proche du personnage de l'Edda, et dans un combat mythique qui marquera les esprits. Simonson s'attachera peu à peu à l'idée de quitter la parure la plus cosmique de Thor, souvent occupé à frayer chez Thomas avec les Eternals, Celestials et consorts spatiaux. Quoi que son run reste intimement lié aux autres séries Marvel de l'époque, l'auteur ramène aussi le serpent de Midgard, continuant de puiser dans le terreau légendaire de référence.

Quelques années plus tard, après l'événement Heroes RebornDan Jurgens mène un run complété par Daniel Berman et Michael Avon Oeming où s'accomplit enfin le véritable Ragnarök fictif, centralisé à Asgard, une façon pour l'éditeur de se débarasser du personnage dont la popularité avait décliné. S'enchaîne l'inoubliable quoi qu'inachevé run de Joe Michael Straczynski, où le récit nordique se complète d'une conception peu ou prou différente de ce qu'imaginaient les Scandinaves : le panthéon des dieux vikings revient comme prévu, mais se matérialise au-dessus d'une région de bouseux dans l'Amérique profonde. La plupart des dieux sont ressuscités ou réapparaissent sous une forme nouvelle, et s’intronise l'idée que ce qui était la fin d'une ère dans les textes originaux est devenu une excellente excuse pour un reboot éditorial savamment exécuté. 


Maintenant, on ne jettera pas la pierre à Marvel pour avoir simplifié le propos - et par extension, à Marvel Studios et sa surcouche très résumée. Assez peu dépeint en fiction, le Ragnarök relève de concepts trop imagés pour s'intégrer aux concepts souvent scientifiquement explicables du super-héros (où même la magie peut être codifiée). En définitive, sorti de la peinture et de la musique, l'événement quoi que populaire auprès en tant qu'immense référence culturelle, a moins inspiré de création concrète que d'autres mythes fondateurs, comme l'Apocalypse biblique ou les grands Déluges religieux.

On peut cependant saluer l'effort de plusieurs grands auteurs passés sur Thor qui ont respecté la représentativité symbolique du personnage. Là où le comparatif se fait avec Wonder Woman chez DC, c'est que cette envie s'est souvent montrée cyclique, oscillant entre le besoin de ramener les deux héros à leurs origines divines entre deux passades super-héroïques ou cosmiques, et quelques bizarreries disséminées çà et là. Jason Aaron aura sans doute mieux que personne compris cette double lecture, et offert depuis God of Thunder une fantastique réponse au Thor tel que le cinéma a choisi de le présenter depuis quelques années : complètement à contre-courant de la lecture déique de référence.

Que cela ne vous empêche cependant pas d'apprécier Thor : Ragnarök, puisqu'en définitive, même dans les comics, on a vu des utilisations bien plus apocryphe du bon surfeur barbu.

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Chapitre 1

Viking in the north

Les principales sources de textes sur la mythologie nordique sont l'Edda Poétique et l'Edda en Prose ou Edda de Snori, en référence à Snori Sturluson, un historien, poète et politicien Islandais auteur de cette seconde version. Dans ses deux versions, l'Edda reprend le principe de tout grand texte : organiser ce qu'on connaît des traditions, légendes et croyances en un tout cohérent. On part de la création du monde pour terminer à son apocalypse inévitable, qui se trouve être dans les deux cas un fier moment de bravoure.

Là où ces textes ont le plus directement influencé la création des comics dans les années 1960 par Jack Kirby et Stan Lee, leur plus récent porte-voix aura été le compositeur Richard Wagner. La mythologie nordique est étroitement lié au vieux folklore germanique, aussi lorsque Wagner compose L'Or du Rhin (Der Ring Des Niebelungen), entre autres créations dont chacun se souvient surtout de l'ouverture sur la Chevauchée des Valkyries pour d'obscures raisons, il affuble les héros de la déclinaison allemande de leur nom, mais les concepts sont déjà là.

Cependant, le compositeur ne fera qu'effleurer le Ragnarök dans l'apothéose de son grand final, celui-ci restant un exemple parfait de mythe de fin du monde à la Mahabharatat, où les hommes ont assez peu de combats à mener. Et comme il ne conviendrait pas de faire peur à qui que ce soit en prévoyant une date précise, l'apocalypse est ici décrite à travers une simple prophétie.


Le Ragnarök est compté de la bouche d'une prophétesse et d'un géant, lesquels donnent l'ensemble des détails. Lorsque l'histoire commence, Loki a déjà tué Balder le frère de Thor, se présentant automatiquement comme un ennemi et se retrouvant enchaîné à perpétuité. Le démon du feu Sultur patiente tranquillement en attendant son heure, tandis que les enfants de Loki, le loup géant Fenrir et le serpent de Midgard Jörmungand sont eux aussi enchaînés ou bannis.

Selon la légende, Loki aura eu avec la géante (une race équivalente aux Titans) Angrboda ces deux enfants monstrueux, l'un trop dangereux et venimeux pour demeurer à Asgard, l'autre grandissant sans cesse au point de devenir capable de détruire les Dieux de sa mâchoire carnassière. D'autres rejetons accompagnent la portée, parmi lesquels Hel (ou Hella) la déesse qui représente une version inconcrète du monde des morts. Cette avalanche de noms propres étant presque terminée, voilà ce qui se passe quand, lorsque le soleil s'éteint, dévoré par un des loups frères de Fenrir, et que s'amorcent les trois hivers consécutifs qui mèneront au chaos final.

L'arbre universel Yggdrasil se met à trembler, Surtur fend le ciel de son épée enflammée et mène avec lui les démons du feu. Loki se libère de ses chaînes, et part depuis le monde des morts mener une armée sur Asgard, tandis que Fenrir et son frangin reptilien abondent eux aussi vers la demeure par-delà le Bifrost. Tous combattent dans une immense vallée, où la plupart des figures mythologiques sont assassinées, y compris Odin qui meurt dévoré entre les crocs de Fenrir. Une fois le loup tué par un des fils du dieu tout puissant, le serpent meurt de la main de Thor qui ne survit cependant pas à son poison. La suite est festive, puisqu'en sa démence Surtur enclenche un incendie qui embrase toute forme de vie jusqu'aux étoiles, seul le monde de Hel et un recoin de l'arbre d'Yggdrasil échappent aux flammes, où tous périssent, y compris le vil démon du feu. Les étoiles disparaissent, la mer seule épargnée engloutit la Terre et les mondes, et tout s'obscurcit.


L'apocalypse n'est cependant pas totale dans la mythologie nordique : après cet événement, on apprend qu'avant d'être mangé, le soleil avait eu le temps de donner naissance à une fille qui prendra sa suite un jour. Elle-aussi éparné par le feu, cette seconde lueur se remet à illuminer une mer d'où la Terre rejaillit, et où deux humains, Lif et Lifthrasir, se chargeront de repeupler l'espèce, tandis que quelques dieux abrités ou ressucités reviendront former un nouveau panthéon : Mooi et Magni, les enfants de Thor qui ramènent avec eux Mjölnir et reprennent le rôle de leur père, ainsi que Vior et Vali, deux enfants d'Odin ayant échappé au massacre.

La prophétie ainsi mentionnée décrit ce lointain futur qui marquera un recommencement davantage comparable à une sorte de grand déluge, ou à la conception grecque des générations divines. En cela, une lecture judéo-chrétienne aura tendance à comparer à tort l'idéal du Ragnarök à celui de la fin du monde, quoi que la Bible elle-même comporte un passage similaire dans la prophétie d'Ezzechiel dans le Livre des Révélations. En définitive, point de résurrection de l'ensemble du panthéon, point d'essence éternelle pour Thor et Odin, ceux-ci sont bien morts et n'auront été qu'un épisode dans la longue éternité que comprend cette mythologie.

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