Review

Flex Mentallo, la review

Urban   7
Le 14 Jan par
Alfro
Flex Mentallo, la review
Notre note
• Une lecture exigeante mais jouissive
• Un bon trip sans se droguer
• Une édition à la hauteur du chef-d'oeuvre
• Ne pas mettre à la portée du néophyte en comics
    

Flex Mentallo fait partie de ces oeuvres que l'on croise sans cesse dans les bibliographies sélectives des meilleures séries de Vertigo. Pourtant, cela reste une oeuvre assez confidentielle, surtout en France où il était épuisé depuis belle lurette. Si ce titre a marqué l'histoire par le fait d'être la première collaboration entre Grant Morrison et Frank Quitely, il est aussi important pour comprendre ce qui se trame dans la tête des deux artistes écossais.

"Y a une certaine logique démente derrière ça, non ?"

Flex Mentallo est un héros que Grant Morrison a tiré de Doom Patrol, une série qu'il a précédemment écrit. Mais ses origines remontent à bien plus loin que ça puisqu'il est apparu en 1941 chez Manly Comics. Un pur produit de l'Âge d'Or donc, qui aura traversé toutes les périodes de ce médium. Ce qui sert parfaitement le scénariste chauve puisque son propos dans cette mini-série est faire remonter allégoriquement son héros à travers ses différents âges. Des années 40 délirantes où la seule frontière était l'imagination aux années 90 et ses personnages surarmés et désabusés, on voit l'amour de Morrison pour les premiers temps des comics où les héros étaient colorés et insouciants, où le Mal était le Mal et où les gentils gagnaient à tous les coups.

Mais ce n'est pas ici son unique cheval de bataille, les choses ne sont jamais linéaires avec Grant Morrison. En effet, il explore aussi le lien qui unit le créateur (ici Wally Sage) à sa création. Un thème qui l'a toujours obsédé, on le voit notamment dans Animal Man quand il se met lui-même en scène, et qui ici dévoile son côté angoissant. Car ce n'est pas sereinement qu'il envisage cette relation, surtout lorsque les drogues s'y mêlent. Quelle part prend la création sur son créateur ? Vit-elle par elle-même une fois couchée sur le papier ? Un artiste n'est-il pas vampirisé par ses oeuvres ? Les atermoiements parfois difficilement compréhensibles (en même temps, les hallucinations d'un drogué n'ont souvent de sens que pour lui) de Wally Sage sont autant de questions que se pose Grant Morrison. Son identification à Wally Sage devient même évidente quand il lui transpose sa propre phobie de la bombe nucléaire.



"Où est passé le bon vieux temps ?"


Si déjà son fond est complexe, que dire de sa forme ? Grant Morrison cultive les fausses pistes et les narrations alambiquées. Lire un de ses titres cela se mérite. Si pour Final Crisis, il en avait trop fait sans réelle justification, ici c'est avec intelligence qu'il procède à une complexification du récit. Car si son propos ressemble à celui de Mark Waid dans Kingdom Come, sa façon diffère totalement. Il mélange violemment toutes les timelines sans donner de pistes, si bien que l'on se demande quand se déroule tel ou tel passage. D'ailleurs, il faut un moment pour réaliser que tout ne se déroule pas sur un même plan temporel. Si l'on rajoute à cela les délires narcotiques de Wally Sage, les frontières entre "réel" et fantasme paraissent fortement estompées. Mais tout cela se justifie magnifiquement dans le dernier numéro par une habile mise en situation scénaristique, où tout prend son sens et prend un envol majestueux pour un final qui en impose d'autant plus.

De plus, quand le talent d'un tel scénariste est accompagné par un Frank Quitely au firmament, on tient vraiment une perle entre les mains. Ici, le dessinateur des Highlands montre qu'il est sans doute le plus approprié des artistes pour accompagner Morrison. D'abord, par l'intelligence de sa mise en scène et de sa narration. Il montre qu'il a parfaitement compris le scénario qu'on lui a mis entre les mains, et le transfigure subtilement, par des trouvailles de narration, mais aussi par de petites touches qui semblent être perdues dans le foisonnement de son dessin hyper détaillé pour se révélées plus tard comme étant des indices presque évidents. Heureusement pour nous, Urban Comics sort ce bijou dans une édition qui est un véritable écrin. Avec son lot de bonus, comme une discussion passionnante avec le dessinateur du Flex Mentallo d'origine et des dessins originaux de Quitely, et une maquette au-dessus de tout reproche.



C'est la redécouverte d'un chef-d'oeuvre dont il s'agit ici; ni plus ni moins. Un de ces bijoux cachés dans l'incroyable catalogue de Vertigo et qu'Urban Comics a eu l'intelligence de nous reproposer alors que cela faisait de nombreuses années qu'il n'était plus disponible. Petit avertissement cependant, Grant Morrison écrit ici un récit exigeant que l'on ne saurait trop conseiller à n'importe quel lecteur de comics, mais qui pour un débutant peut être ardu à la lecture. Commencer par cela, ce serait comme se lancer dans un acid test sans avoir goûté à un seul buvard auparavant, vous êtes prévenus.

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